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Chronique   

Avatarium – Death, Where Is Your Sting


Le projet germé il y a exactement dix ans dans l’esprit de Leif Edling, leader de Candlemass, poursuit son évolution, en mettant désormais à profit l’indépendance prise à l’égard de son géniteur initial. Contraint en 2014 par ses soucis de santé de se retirer de ses activités musicales pour quelques années, ce dernier avait alors laissé le champ libre au guitariste Marcus Jidell, avec qui il avait fondé le groupe, à la chanteuse Jennie-Ann Smith et au reste du groupe pour s’investir dans la composition et orienter à leur manière Avatarium. Le précédent album, The Fire I Long For, avec seulement trois morceaux composés par Leif Edling (et retravaillés par le couple leader), entérinait cette émancipation. Après trois albums redéfinissant tour à tour les contours stylistiques du groupe, d’un doom traditionnel à un doom teinté de rock psyché, hard rock et rock prog 70’s, le quatrième incarnait une stabilisation de son identité musicale en réaffirmant son assise doom, portée par un son plus moderne et lourd, mais pour mieux faire ressortir les beautés aériennes de son spleen.

Si Avatarium était une personne, The Fire I Long For marquerait la fin de l’adolescence et Death, Where Is Your Sting serait l’orée de l’âge adulte. Ce cinquième album s’inscrit en effet de façon naturelle dans la suite de son prédécesseur, tout en épurant et singularisant encore son approche. Fondamentalement doom mais aussi infiniment gracieuse, la musique d’Avatarium se concentre plus que jamais autour de ses deux piliers que sont les guitares de Marcus Jidell et le chant aux mille nuances de Jennie-Ann Smith. Les claviers de Daniel Karlsson, davantage en retrait, distillent moins de touches psyché, au profit de sonorités nouvelles, plus personnelles.

Assumant sa belle originalité, avec « A Love Like Ours », le quintet ouvre l’album dans un éclatant et sombre maelström de violon vibrant jusqu’à la dissonance, de riffs de guitare saccadés et du chant théâtral et grandiose de Jennie-Ann Smith. La poignée de riffs pondéreux qui introduisent « Stockholm » rappelle la nature doom d’Avatarium, ainsi que la présence, toujours, dans ses coulisses, de Leif Edling, coauteur du morceau. Selon le schéma habituel du groupe, ces quelques mesures accablantes, pavant le chemin jusqu’au chant, débouchent sur une partie aérée où dominent la guitare acoustique et la mélodie vocale. Cette construction reposant sur le contraste entre, d’un côté, des guitares pesantes ou fougueuses et, de l’autre, un élégant chant féminin et de délicates mélodies de guitare arpégées est finement exploitée au fil d’un album en forme de voyage introspectif. Distillés sans excès, les soli de Marcus Jidell trahissent souvent une inspiration gilmourienne : insérés au milieu de la trame narrative du progressif « Stockholm » ou en longue échappée finale du tragique « Mother, Can You Hear Me Now », ils zèbrent de leurs lueurs le drame ambiant.

Cérébrale autant que sensible, la musique d’Avatarium est inextricablement liée aux textes qu’elle porte, ceux-ci guidant les arrangements de chaque morceau. Pour la première fois entièrement écrits par Jennie-Ann Smith, ceux de cet album s’inscrivent dans la continuité des thèmes existentiels qui inspirent le groupe depuis son premier album (et le genre du doom dans son ensemble). Avatarium s’est toujours voulu avant tout une affaire d’émotions et, parce que la vie intérieure est d’une richesse parfois complexe, le groupe multiplie, d’un morceau à l’autre, les approches et les formes musicales. En témoigne par exemple ce qui sépare les deux singles « Stockholm » et « God Is Silent ». La même dimension dramatique prend dans le second une tournure beaucoup plus imposante et massive que dans le premier, en sertissant les envolées de Jennie-Ann Smith dans d’écrasants riffs de pure tradition doom à la Trouble ou Candlemass et en les appuyant par un solo hard rock à la Deep Purple.

Le chant de Jennie-Ann Smith, par sa grande expressivité vocale et par sa tessiture plus blues et rock que metal, demeure un des principaux atouts d’Avatarium. De la sobriété du morceau éponyme à l’intensité vibrante de la ballade parcourue de frissons électriques « Psalm For The Living », les lignes vocales forment la colonne vertébrale des compositions. Elles sont le moteur qui les guide hors des sentiers communs, vers des territoires où prime l’émotion. S’il s’est toujours distingué par une identité musicale assez personnelle, le groupe se libère de plus en plus, en même temps que de l’influence de Leif Edling, d’attaches stylistiques marquées et ose une expression singulière entièrement au service de l’objectif que Marcus Jidell s’était fixé dès les débuts d’Avatarium : produire une musique qui soit lourde, sombre et poétique.

Clip vidéo de la chanson « Death, Where Is Your Sting » :

Chanson « God Is Silent » :

Album Death, Where Is Your Sting, sorti le 21 octobre 2022 via AFM Records. Disponible à l’achat ici



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