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Chronique   

Avatarium – The Fire I Long For


Les Suédois d’Avatarium n’ont eu besoin que de trois albums pour se tailler une réputation de groupe au talent singulier : Hurricanes And Halos (2017) démontrait l’étendue de la maîtrise de la formation, capable d’explorer pléthore de registres. Avatarium a été depuis le début influencé et marqué par les compositions de Leif Edling, l’un de ses membres fondateurs. S’étant remis de ses problèmes de fatigue chronique, ce dernier se concentre aujourd’hui sur son groupe principal, Candlemass. Il confirme ainsi sa tendance à de moins en moins s’impliquer dans Avatarium pour ne jouer désormais plus qu’un rôle de contributeur et mentor, laissant une grande partie du travail créatif au guitariste Marcus Jidell et à la chanteuse Jennie-Ann Smith. The Fire I Long For, quatrième opus d’Avatarium, incarne en ce sens une sorte de nouveau départ, illustré par un changement de line-up, le batteur Lars Sköld étant remplacé par Andreas Johansson. Avatarium avait besoin de voler de ses propres ailes pour perdurer, tout en se recentrant, paradoxalement, sur ses racines : le doom.

Fort d’un processus de composition bien plus collaboratif qu’avant, The Fire I Long For a évidemment un cachet légèrement différent de ses prédécesseurs : il présente un Avatarium en tant que véritable « groupe », moins porté par un cerveau que par l’ensemble des musiciens. C’est peut-être le point crucial de l’opus : l’entrain qui a mené à la création de The Fire I Long For se perçoit tout au long de son écoute. Avatarium a une fois de plus revisité et réajusté son travail de production, avec pour principal argument un son de guitare particulièrement lourd et gras. Marcus Jidell s’est amusé à pousser ses amplis dans leurs retranchements et est ainsi parvenu à construire une véritable griffe. Les premières notes du riffing béton de « Voices » font un effet de coup de massue et rendent compte du dessein initial d’Avatarium de se démarquer du côté plus classic-rock de l’album précédent. « Epitaph Of Heroes » témoigne lui aussi d’un goût retrouvé pour les tempos qui traînent et une culture du riff atypique, privilégiant les atmosphères et la puissance aux envolées mélodiques. Pour autant, Avatarium s’évertue à conserver la qualité du songwriting, jouant sur le contraste entre la rugosité des guitares et la voix gracieuse de Jennie-Ann Smith, à l’image du groove sombre de « Porcelain Skull » (l’un des trois titres, avec « Stars They Move » et « Epitaph Of Heroes », proposés par Leif Edling) qui voit la chanteuse conférer de la sensualité au morceau, jusqu’à porter à elle seule un refrain libérateur.

Car au-delà d’un son retravaillé qui sied parfaitement au propos de The Fire I Long For, Avatarium continue de sublimer ses constructions par des mélodies envoûtantes. « Rubicon », au riff principal écrasant et pourtant ultra catchy, a des airs de stoner-rock des années 90, incorporant des arrangements de piano et se muant progressivement en rock-psyché des années 70, jouant là encore sur le timbre de Jennie-Ann. Le romantique « Lay Me Down » est une ode à la polyvalence des musiciens d’Avatarium avec son travail sur la guitare acoustique d’une élégance rare. La douceur brumeuse de cette ballade parvient à coexister avec une énergie rock au premier degré : « Shake That Demon » délaisse en effet un temps la pesanteur pour entraîner l’auditeur via un riff énergique et enlevé, agrémenté de sonorités de synthé psychédéliques. En outre, Marcus Jidell parvient toujours à distiller ses solos avec ce souci de la pertinence et de l’expressivité. Les prouesses instrumentales de ce dernier s’incarnent dans cette recherche du son et cette science du placement : le solo « The Fire I Long For » n’a pas besoin d’une déferlante de notes pour trancher dans la composition. Il accompagne la rythmique subtilement, presque comme une deuxième voix. Et c’est par un jeu de lignes superposées qu’il parvient, presque à lui seul, à conférer au final de « Great Beyond » une dimension aussi majestueuse que déchirante. L’opus se conclut audacieusement par « Stars They Move », porté par le piano et la voix de Jennie-Ann qui flirtent avec le jazz. Simplement histoire d’affirmer qu’Avatarium peut tout faire, avec classe.

The Fire I Long For a effectivement des airs de second départ dans la carrière d’Avatarium, entité collective encore plus affirmée. En revenant à un son plus « doom » et limitant ses expérimentations pour plus de cohérence, mais sans trahir son expérience après trois albums, Avatarium conserve l’essentiel et le rend parfaitement : il y a toujours ce jeu en clair-obscur entre un riffing massif et les touches de grâce, et cette recherche d’une construction qui veut à tout prix éviter la monotonie. The Fire I Long For prouve que le génie est aussi parfois de savoir s’effacer : autant l’héritage de Leif Edling dans Avatarium est plus que jamais respecté, autant la place qu’il laisse aux autres compositeurs permet au groupe de s’épanouir de façon éclatante.

Vidéo de la chanson « Lay Me Down » en version acoustique :

Clip vidéo de la chanson « Rubicon » :

Album The Fire I Long For, sortie le 22 novembre 2019 via Nuclear Blast. Disponible à l’achat ici



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