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Interview   

Avec 7 Weeks, la nuit dévoile ses secrets


Il y a quelques semaines nous vous parlions de Dead Of Night, un petit bijou d’album sorti pourtant en décembre dernier dans une relative indifférence (en partie provoquée de l’aveu du groupe par un « anticommercialisme assumé »). Avec All Channels Off, 7 Weeks avait fait trembler les cactus ensablés grâce à un rock désertique rappelant furieusement les meilleurs moments de Queens Of The Stone Age. Non content d’avoir proposé un premier album (second si l’on considère B(l)ack Days comme leur premier vrai album) d’une maturité étonnante et enrichi une scène stoner française quasi capable de rivaliser avec les étalons américains, les Limougeauds ont aujourd’hui l’outrecuidance de surprendre en proposant un nouvel album aux consonances expérimentales et, une fois de plus, diablement réussi.

Julien Bernard, le talentueux et charismatique bassiste-chanteur de la formation, est venu à l’antenne d’Anarchy X nous dévoiler les secrets enfouis sous cette œuvre à la fois chaude et crépusculaire. Nous avons également évoqué avec lui ce que représentait pour l’évolution de 7 Weeks cet épisode musical si particulier et qui a nécessité un investissement colossal. Une interview passionnante qui, à l’instar du disque, nous a mis l’eau à la bouche. Après écoute ou lecture de cet entretien, vous aurez peut-être envie, comme nous, de voir le film (si ce n’est pas déjà fait) et de faire l’expérience d’un de ces ciné-concerts à l’ancienne qui proposent la diffusion du film sur grand écran, accompagnée du groupe interprétant la bande originale.

Ci-dessous, l’audio de l’entretien :

[audio:interviews/Interview 7 Weeks.mp3|titles=Interview 7 Weeks]

« Nous ne voulions pas simplement faire des morceaux sur certaines parties, nous voulions accompagner le film et faire une histoire parallèle. »

Radio Metal : Dead Of Night est un album conceptuel basé sur l’histoire d’un film datant de 1974 qui s’appelle justement Dead Of Night. Est-ce le film en lui-même qui vous a poussé à faire cet exercice de style ou est-ce la volonté de faire un exercice de style de ce genre qui vous a amené à choisir ce film ?

Julien (bassiste / chanteur) : C’est Christophe Guillot, le programmateur de la salle rock John Lennon à Limoges, qui a proposé à 7 Weeks de faire un ciné-concert. Nous avons dit oui parce que l’expérience nous tentait mais nous n’avions aucune idée de comment ça allait se passer. Lorsque nous avons accepté, c’était six mois avant de commencer à bosser dessus. Au bout de ces six mois, nous nous sommes retrouvés et, entre temps, nous avions choisi le film. J’avais trouvé « Dead Of Night » super prenant, assez poignant, pas du tout gore ou sanguinolent, c’est plus un film psychologique. Je trouvais qu’il y avait quelque chose à faire musicalement. En revanche, nous ne voulions rien utiliser de ce que nous avions déjà fait. Donc, nous avons commencé à regarder le film sans aucune idée de musique et on s’est mis à bœufer par-dessus le film. Petit à petit, des idées sont venues se greffer, on a commencé un peu à réfléchir sur le projet et c’est parti comme ça.

Comment procède-t-on pour mettre un film en musique, pour que la musique colle vraiment au film ? Ce serait donc en bœufant par dessus le film que vous arrivez à vous imprégner de son ambiance ?

Complètement. Nous avons amené une télé dans notre local. Au début, on éteignait même les lumières mais on s’est vite rendu compte que c’était un peu chiant pour tout un tas de choses. Nous avions aussi, par exemple, mis le film en noir et blanc car nous voulions partir sur quelque chose de très sombre et de très minimaliste, puis on s’est pris au jeu et on a commencé à vraiment suivre le film un peu comme un pianiste le faisait autrefois sur les films muets. Le but était de suivre tout le film. Nous ne voulions pas simplement faire des morceaux sur certaines parties, nous voulions accompagner le film et faire une histoire parallèle.

Étant donné que l’on entend certains extraits du film sur l’album, comment cela s’est-il passé au niveau des autorisations ? Vous avez eu le droit de récupérer ces extraits ?

Quand on fait les ciné-concerts, il faut payer les droits de diffusion du film. Nous voulions, par exemple, utiliser des images du film pour un clip mais c’est trop compliqué et cher. On ne pouvait pas. C’est pour cette raison que beaucoup de ciné-concerts se font sur des vieux films parce que leur temps d’exploitation payant est périmé et, donc, il y a moins de problèmes de droits. Ce sont donc souvent des films des années 30 et des films muets qui sont utilisés. Là, c’était intéressant de faire ça sur un film parlant parce qu’on voulait vraiment intégrer le son du film à notre travail, on voulait que ça fasse partie de la musique.

Pourquoi avoir fait ce choix d’un album globalement instrumental ?

A vrai dire, au contraire, il y a très peu de ciné-concerts avec du chant. A la base on n’a pas fait l’album et le ciné-concert ensuite. Au départ, c’est un ciné-concert. C’était une commande, on devait jouer pendant la projection du film comme dans un cinéma. On l’a fait et on n’avait pas d’autre but que ça. Mais quand on a ré-écouté le concert, on s’est dit que ça serait super chouette de l’enregistrer, donc on l’a retravaillé encore d’une autre manière pour l’adapter en studio. Il y a des morceaux que nous avons raccourcis. Nous n’avons pas pu tout mettre car le film dure une heure et demie et on joue pendant ce même laps de temps. Là, il n’y a que quarante trois minutes de musique mais il y a l’essentiel. On a sélectionné les morceaux les plus importants. Au départ, nous voulions tout faire en instrumental et puis, à un moment, je ne sais pas, je me suis dit : « Là, je vais chanter », je le sentais bien.

Vous avez fait le choix du film « Dead Of Night » mais est-ce que, éventuellement, il y aurait eu un autre film que vous auriez aimé adapter ?

Lorsque je discutais avec Christophe Guillot qui est un gros cinéphile contrairement à nous – chacun a ses centres d’intérêts dans le cinéma mais on n’est pas vraiment des geeks des films de zombies – les films de George Andrew Romero venaient naturellement à l’esprit car je voulais un truc sur le mort-vivant mais pas gore. Je voulais quelque chose de différent car ce sont des thèmes qui sont développés dans certains textes, notamment l’image du zombie un peu contemplatif. On parlait de ça et puis il m’a dit qu’il y avait un film qui pouvait être pas mal, qui était un peu à part dans le genre délire de zombies, c’était « Dead Of Night ». Je connaissais ce film seulement de réputation, il me l’a passé, je l’ai regardé et, tout de suite, je me suis dit que c’était celui-là. J’en avais regardé deux ou trois autres avant mais celui-là m’a vraiment marqué.

Est-ce que, justement, un film d’horreur et de zombies est ce qu’il y a de mieux à adapter en musique dans le sens où il y a généralement des ambiances particulières dans ce genre de films ? Est-il nécessaire d’avoir un film qui soit d’une manière globale imprégné d’une ambiance assez caractéristique ?

Je suppose que c’est plus facile de faire ça sur un film d’horreur, un road-movie ou un film ayant beaucoup de passages prenants, basés sur la tension, que de faire ça sur une comédie, c’est évident, surtout avec la musique que l’on fait. En ce qui nous concerne, nous n’avons vraiment rien calculé c’est le film qui nous a amené à faire tout ça. On pensait, au début, faire quelque chose comme on en avait l’habitude, un peu stoner, mais, en fait, on s’est pris au jeu et il y a des parties qui sont vraiment très calmes, ambiantes et très barrées. C’est le film qui conditionne ça, nous n’avions pas d’idées préconçues à l’avance.

En fin de compte, il semblerait que tu sois toi-même surpris du résultat…

Nous avons commencé à bosser deux mois avant le ciné-concert. On a fait le ciné-concert en janvier 2010 et nous n’avons enregistré l’album que six mois plus tard. C’est vraiment très différent. Nous avons donc bossé le ciné-concert deux mois avant mais on s’est rendu compte que c’était un travail énorme. C’est une heure trente de musique et il faut suivre des images et un rythme qui est déjà existant. En réalité, nous n’avons pas eu le temps de réfléchir, on a bossé à mort, on avait un rythme de répétitions plus soutenu que notre rythme habituel, on répétait énormément. On ne se rendait pas compte, on se disait : « Allez, ça ira. On va le faire comme ça ». Mais c’est une fois que ça a été fait qu’on a réalisé qu’on n’avait pas bossé dans le vide. C’était vraiment chouette et c’est ce qui nous a motivés à en faire un album parce qu’on s’est dit que c’était énormément de travail mais aussi une super ouverture pour nous. On était content d’avoir osé faire des choses comme ça.

Un internaute nous demande si vous vous êtes inspirés du groupe Microfilm ?

On n’a pas été spécialement inspirés par eux mais l’autre jour, Jérémy (batterie) avait récupéré leurs albums car on nous avait souvent dit dans les chroniques que l’album rappelait leur manière de faire. En fait, Microfilm fait de la musique dans laquelle ils intègrent des extraits de films. Nous, on l’a fait par la force des choses parce qu’on estimait que ça faisait partie du concept mais eux le font volontairement, non pas par rapport au film, ils ne font pas forcément de ciné-concerts. Donc, nous n’avons pas été influencés mais nous nous reconnaissons bien dans ce qu’ils font et l’on trouve ça vraiment très chouette, même si ce n’est pas du tout le même style que nous.

« J’avais personnellement besoin de chanter parce que j’avais envie d’entendre parler ce mec puisqu’il ne dit quasiment rien pendant le film. »

Il est vrai que ce film a quand même des thèmes proéminents notamment la guerre du Vietnam mais il recèle aussi une métaphore sur les drogues lorsque le mort-vivant s’injecte le sang de ses victimes. Est-ce que ce sont des thèmes qui vous touchaient d’une manière ou d’une autre ?

En fait, la musique et le chant sont notre vision de ce que pense ou non le héros qui est en réalité le zombie revenant du Vietnam. D’ailleurs c’est plus un antihéros puisque c’est lui qui tue les victimes. J’ai vraiment essayé que cela ressorte dans la musique. Et, lorsque je chantais, de me mettre dans sa tête. Les histoires de traumatismes de la guerre, de traumatismes de la cellule familiale américaine ultra-conservatrice à la sortie des années 60 et donc tout ce qui en a découlé : la drogue, l’adolescence difficile… tout cela m’a beaucoup servi pour me mettre dans la peau du personnage et nous avons vraiment écrit dans ce sens là. C’est aussi comme ça que je me suis mis à chanter. Il y avait en effet des passages du film où l’on ne savait pas comment en suivre le rythme parce que c’était trop découpé, il y avait trop de choses différentes qui étaient mélangées alors on s’est dit qu’on allait faire quelque chose de global sur cette partie qui nous gênait un peu. Pour parvenir à cela, on a essayé de chercher un peu le concept de ce qui se passait à ce moment-là et c’était le héros qui se rappelait sa vie d’avant. C’est donc comme ça que l’on s’est mis à écrire des textes. J’avais personnellement besoin de chanter parce que j’avais envie d’entendre parler ce mec puisqu’il ne dit quasiment rien pendant le film. Donc, oui, ce sont des thèmes que l’on a réutilisés et qui sont sous-jacents dans le film et aussi assez prenants d’ailleurs quand on voit le personnage.

C’est plus qu’une réadaptation musicale du film, c’est presque une extension puisque tu fais parler le héros…

Oui, c’est une extension. Mais on voulait le faire comme ça parce que le film existe déjà, il est connu, il a ses fans et ses détracteurs, il a une vie propre. C’est quand même un film assez reconnu on pouvait donc l’interpréter de plusieurs manières. De plus, il a déjà une musique même si elle est très minimaliste et assez stressante, elle existe. Ce qui nous intéressait, c’était donc plutôt de nous raconter une histoire en parallèle. C’est après coup que l’on s’est rendu compte de cela. Sur le moment, on n’a pas calculé du tout, on jouait par dessus et c’est après qu’on a réalisé que ce qu’on avait fait c’était raconter l’histoire d’Andy, le personnage principal.

« Dans ce projet-là, pour tout le monde, il y a des influences assez « premières » dans le sens où ce sont les premiers groupes qui nous ont marqué qui sont ressortis. »

Tu nous parlais de l’influence des ambiances du film mais qu’en est-il des influences purement musicales ? Y a-t-il des groupes ou des musiques qui vous ont inspirés ?

Oui, les fans de stoner vont fuir mais je pense qu’un groupe comme Massive Attack a été indirectement une influence importante. La première fois que j’ai vu le film, je pensais faire un mélange de stoner à la Fu Manchu car, comme dans la plupart des vieux films des années 70, il y a beaucoup de voitures et je me disais que l’on pouvait exploiter ça : le stoner comme on sait faire d’habitude et le mélanger avec quelque chose d’un peu plus dub-électro à la Massive Attack, un truc très ambiant. En fait, on s’est rendu compte qu’à la fin il n’y avait presque plus de stoner, on a vraiment collé au film qui ne méritait pas de plans rock’n’roll et stoner. Question influences, je pense qu’il y a aussi du Pink Floyd notamment avec la basse cyclique. C’est le morceau « Careful With That Axe, Eugene » qui est sur l’album Ummagumma qui m’a marqué à l’époque quand j’ai découvert le disque. Je sais que ces choses là ressortent forcément. C’est marrant parce que dans ce projet-là, pour tout le monde, il y a des influences assez « premières » dans le sens où ce sont les premiers groupes qui nous ont marqués qui sont ressortis. Alors que Pink Floyd est une influence que je n’ai pas du tout dans 7 Weeks, je n’écoute plus depuis longtemps. Je les écoutais énormément quand j’étais adolescent et c’est pour ce disque que cette influence est ressortie. Ce qui est amusant, c’est que le film nous remet dans une ambiance un peu Seventies, donc on a tapé dans des genres comme ça.

C’est vrai que « Coming Home » a un peu ce côté trip-hop à la Massive Attack.

C’est exactement ça. C’est du trip-hop joué par des mecs qui ne font pas du trip-hop. Sur cet album, nous avons collaboré avec un de nos potes qui s’appelle Manu Costa et qui est le clavier et compositeur-arrangeur d’un groupe de trip-hop qui s’appelle Olen’K donc, forcément, je savais que ces influences-là allaient non seulement ressortir mais en plus être jouées parce que le son des claviers le fait. Par exemple, le sample de « Andy Part II » et toute l’intro au piano, c’est très Massive Attack. Cette influence est revendiquée ; je savais qu’elle viendrait même si je ne suis pas un gros fan de Massive Attack, je n’ai jamais trop écouté, mais je connais un peu comme tout le monde.

Quand on voit les photos promo de cet album vous apparaissez à quatre, y aurait-il un quatrième membre officiel ?

Pour ce projet là nous sommes quatre. Sur le Net, tu trouves plein de photos car comme on a dû avoir quatre ou cinq guitaristes différents depuis les débuts du groupe, il y a des photos promo qui sont un peu mélangées partout. Le 7 Weeks classique est devenu un trio depuis un an et demi. En revanche, lorsque l’on fait les ciné-concerts nous sommes vraiment quatre car Manu fait partie intégrante du groupe. Il joue les claviers et quand moi je fais de la guitare, il fait de la basse. D’ailleurs, on continue à bosser avec lui sur notre prochain album et il est possible que l’on y intègre des parties claviers notamment pour faire durer un peu cette collaboration parce qu’elle est vraiment chouette.

Dans ce cas, quel est son statut ? Ce n’est pas vraiment un membre à part entière c’est plus un contributeur ?

Pour l’instant, nous sommes obligés de séparer le 7 Weeks « rock classique » qui est un trio et qui joue les morceaux des deux premiers albums ainsi que des nouvelles choses du 7 Weeks « ciné-concert ». C’est pour cette raison que l’on a appelé l’album « 7 Weeks Plays Dead of Night » car quand on fait ça, on ne fait vraiment que ça, on ne mélange pas avec les autres albums. Donc, quand on est sous cette forme-là, Manu fait totalement partie du groupe. Il est crédité, il a composé la plupart des titres avec nous, il y a même un morceau qu’il a composé seul. Il est donc vraiment totalement intégré au groupe quand on fait ça.

Finalement, on pourrait dire qu’il y a un peu deux 7 Weeks alors est-ce que cet album représente une sorte d’évolution pour le groupe ou est-ce plutôt une parenthèse pour cet exercice de style en particulier ?

Il y a six mois, j’aurais dit que c’était une sorte de parenthèse, maintenant je pense que c’est une évolution naturelle. Ça ne veut pas dire qu’on va continuer à faire ça. D’ailleurs, je pense que l’on n’a vraiment pas intérêt à tenter de le refaire parce que ça sera forcément moins bien. C’est vraiment quelque chose de pas réfléchi, qui n’a pas été conditionné par quoi que ce soit si ce n’est l’urgence et nous avons été nous-mêmes surpris et très contents du résultat, mais on ne refera pas la même chose. Par contre, ce qui est sûr, c’est que cela va laisser des traces, notamment dans l’utilisation de claviers. Ça ne veut pas dire que l’on va avoir des synthés, on n’est pas Bon Jovi [rires]. Ce que je veux dire, c’est qu’il risque d’y avoir une place plus importante donnée aux arrangements. Avant, on faisait des arrangements principalement à deux guitares, c’était assez simple, là, sous cette formule, ça nous permet de faire des choses un peu plus riches et ça nous fait du bien.

« Il y a six mois, j’aurais dit que c’était une sorte de parenthèse, maintenant je pense que c’est une évolution naturelle. Ça ne veut pas dire qu’on va continuer à faire ça. D’ailleurs, je pense que l’on n’a vraiment pas intérêt à tenter de le refaire parce que ça sera forcément moins bien. »

On ne doit donc pas forcément s’attendre sur le prochain album à un retour du 7 Weeks plus classique, stoner comme on avait entendu sur All Channels Off mais plutôt à un groupe vraiment imprégné de cette expérience ?

Nous sommes en ce moment en phase de pré-prod pour le prochain album, je pense qu’on va l’enregistrer avant l’été donc on commence à avoir une vision un peu plus affirmée de ce qu’on va faire. Ce ne sera pas Dead Of Night, ce ne sera pas All Channels Off mais ça risque d’être un bon mélange des deux, ce qui serait logique d’ailleurs. On reste un groupe rock influencé par le stoner, le post-grunge et le metal mais ce qu’on a fait dans Dead Of Night nous a beaucoup plu et c’est assez prenant donc on a envie d’en garder des éléments.

Est-ce que, justement, ça ne va pas vous aider quelque part à affirmer votre identité ? Lorsque vous avez sorti All Channels Off, on vous a, par exemple, beaucoup comparés à Queens Of The Stone Age. Alors, peut-être que cette influence, cette expérience qui va laisser des traces sur le prochain album, va vous permettre d’installer un peu plus votre style, votre personnalité pour ne pas forcément toujours vous comparer à un autre groupe.

Oui, sûrement, et, d’ailleurs, c’est un peu l’avantage de cet album-là. Ça a montré que l’on pouvait dire ce qu’on voulait sur le fait qu’on était des suiveurs de Queens Of The Stone Age. D’ailleurs, moi ça ne me pose aucun problème et je crois que ça ne pose problème à personne dans le groupe. On est forcément obligé de suivre des groupes qui changent la donne comme ça. Au début des années 2000, Queens Of The Stone Age a changé la donne. Ce n’est donc pas un problème mais, par contre, je pense que ça a fait du bien parce que ça a permis d’annoncer la couleur : « Non, ce ne sont pas des mecs qui ne vont faire que des chansons pop-stoner ».

Tu disais qu’on était obligé de suivre un groupe mais pour le coup en ce qui concerne Dead Of Night, je n’ai pas le souvenir d’un groupe qui ait ressemblé à ça.

C’est pour ça que nous pensons que nous avons tout intérêt à garder l’essence de ce projet sans pour autant essayer de refaire la même chose. C’est vrai que c’est beaucoup plus personnel et forcément plus intéressant. All Channels Off a quand même été enregistré en octobre 2008 et est sorti en 2009 alors, maintenant, en trois ans et demi, il s’est passé pas mal d’événements, alors heureusement qu’on ne va pas refaire la même chose.

« ‘Stoner’ ça ne veut rien dire en fait. Tu ne peux pas faire la même musique que des mecs qui habitent dans le désert de Californie. »

Le stoner est un style assez old-school, centré sur le riff et le groove, mais qu’on a du mal à faire évoluer hormis en en faisant quelque chose de plus psyché. Avec cet album, vous avez réussi à faire évoluer le stoner vers quelque chose d’expérimental sans pour autant le faire sonner psychédélique, justement…

Oui, je trouve qu’à part un riff peut-être, il n’y a rien de stoner dans Dead Of Night.

Après, il y a quand même votre son…

Oui, c’est vrai mais je ne nous ai jamais trouvés purement « stoner ». D’ailleurs, pour moi, il est difficile de trouver un vrai groupe stoner, peut-être à part Loading Data mais qui est plus un groupe de stoner desert rock mais pas un groupe stoner à la Saint Vitus ou Black Sabbath. « Stoner » ça ne veut rien dire en fait. Tu ne peux pas faire la même musique que des mecs qui habitent dans le désert de Californie, ce n’est pas possible, donc ça ne veut un peu rien dire. Il y a plein de groupes qui se sont rattachés à ça parce que, quelque part, ça fait un peu exotique de dire ça. Et il y a plein de groupes de metal qui se sont mis à avoir une voix claire pour dire qu’ils faisaient du stoner à la Down. C’est un peu un raccourci. Donc, nous, ça ne nous gêne pas d’avoir fait un album qui n’a presque plus rien à voir avec le stoner.

« Au départ on ne voulait pas le sortir. Il y a de ‘l’anti-commercialisme’ complètement assumé sur ce disque car on ne voulait le faire qu’en vinyle et que sur les stands des concerts. »

Est-ce-que vous considérez « B(l)ack Days » comme un premier album ?

Oui, parce que pour nous, c’était vraiment notre premier disque. On a tendance à dire que c’est un EP parce qu’il ne fait que huit titres, alors même si ce n’est pas vraiment un album, ça reste notre première production.

Est-ce que le fait de sortir un album aussi particulier que Dead Of Night si tôt dans une carrière ne peut pas, quelque part, dérouter les gens et avoir une conséquence inattendue ?

Une « carrière »… J’aime bien ce terme ! [Rires] Quand on allait sortir cet album, on flippait un peu, on ne savait pas trop comment les gens allaient l’accueillir, surtout les fans qui venaient aux concerts en disant « On veut du gros son ! », « On veut du stoner ! », « On veut du heavy ! » etc. Et puis, finalement, la pilule est bien passée. On a des mecs de Limoges qui représentent un peu le fan-club hardcore du groupe, qui nous suivent partout en concert – il faut vraiment qu’on soit à trois cent kilomètres de chez nous pour qu’ils ne viennent pas – et ces mecs là sont assez hard rock, metal, alors je flippais un peu. Ils sont venus au ciné-concert et à la sortie ils avaient les yeux qui brillaient. Ils ont adoré, ils ont pris le disque et je me suis dit que ça n’allait pas leur plaire mais finalement ils ont trouvé ça super ! Ça ne les choque pas du tout, je crois que ça ne choque pas grand monde en fait. Tout le monde dit que c’est étonnant à l’écoute mais ça ne les choque pas qu’on ait fait ça.

L’album reste assez difficile à trouver en magasin, à quoi est-ce dû ?

Au départ on ne voulait pas le sortir. Il y a de « l’anti-commercialisme » complètement assumé sur ce disque car on ne voulait le faire qu’en vinyle et que sur les stands des concerts. Et puis, on a eu des supers retours dès que ça a commencé un peu à circuler. Nous sommes chez un distributeur qui s’appelle MVS qui nous a dit qu’il voulait des pièces, je lui ai proposé de lui en envoyer une centaine mais il a répondu non : ils en voulaient plus. Je crois qu’il y en a à peu près cinq cents distribués en France mais ce n’est rien du tout. Je pense qu’on le trouve plus facilement sur des sites comme la Fnac ou Amazon qu’en bacs.

Ce côté un peu rare de l’objet était donc voulu. Ça donne l’impression que vous ne cherchez pas spécialement à le répandre et au final vous ne l’avez pas forcément envoyé à des labels, etc. pour essayer de le sortir de manière plus officielle…

On n’a pas du tout démarché cet album. On a fait un mailing pour savoir qui voulait le recevoir pour le chroniquer mais par rapport à ce qui s’est passé en promo pour All Channels Off, c’est trois fois rien. C’est pas plus mal comme ça, je pense qu’on ne le fera pas forcément presser, cela restera un peu underground et puis c’est tout.

Ça veut dire que ça va devenir une rareté et qu’il faut dire à nos lecteurs et auditeurs de vite aller l’acheter !

Voilà ! Achetez-les vite, ça va devenir très rare ! Ça fait quand même gros démago… [Rires] Mais je pense que là où on peut le trouver le plus facilement ce sont dans les Fnac et les Leclerc multimédias mais il va souvent falloir le commander.

Finalement, ce disque c’est un peu la récompense de celui qui fait l’effort de l’avoir.

Oui, mais on ne va pas gagner d’argent comme ça [rires].

Quelque part, ça renoue un peu avec le plaisir d’avoir l’objet, le plaisir d’acquérir la musique puisqu’elle est difficile à trouver. Alors quand tu l’as, tu la chéris, tu la vois un peu autrement peut-être.

C’est possible mais c’est surtout le fait que, au début, nous n’avions pas du tout prévu de le sortir, alors on l’a fait d’une manière assez confidentielle.

As-tu une idée de quand sera terminé votre prochain album ?

Je pense qu’il va être fait cet été, donc il va sortir en fin d’année ou début 2013.

En ce qui concerne la scène, j’ai vu que vous aviez ces derniers temps quelques dates notamment avec The Inspector Cluzo.

Oui, c’était début mars. On a fait quelques jours avec eux en Bretagne.

Avez-vous prévu des choses un peu spéciales scéniquement parlant ?

Nous avons des dates qui sont spécifiquement des ciné-concerts au cours desquelles le film passe et nous jouons par-dessus. Alors, bien sûr, nous jouons tout l’album dans une forme quasi identique. Les structures sont un peu différentes parce qu’elles suivent vraiment le film alors que sur l’album c’est un petit peu plus condensé. Mais ce n’est pas un concert de 7 Weeks, c’est un ciné-concert qui s’appelle « Dead Of Night » et nous avons aussi nos dates habituelles de « rock classique » mais où l’on commence à intégrer des morceaux du ciné-concert.

Comptez-vous aussi sortir un jour ces autres morceaux ainsi que les versions longues des titres déjà présents sur l’album en les enregistrant par exemple au cours d’un ciné-concert ?

Nous y avons pensé mais souvent ce sont des extensions des thèmes principaux, ce sont des passages ambiants. Par exemple, on joue déjà le morceau qui clôture l’album et qui s’appelle « Four Again », mais sous une forme beaucoup plus simple et beaucoup plus tendue. C’est une sorte d’appel quarante minutes plus tôt dans le film mais qui n’est pas chanté à ce moment-là alors que sur l’album il est chanté. Nous réutilisions les thèmes d’une autre manière notamment en fonction des scènes. Je pense que ceux qui écoutent l’album et qui viennent nous voir en ciné-concert vivent encore autre chose.

Ne serait-ce pas intéressant de faire une version vidéo ?

Nous nous sommes renseignés pour récupérer les droits pour faire un DVD mais c’est beaucoup trop cher. Il faut compter en milliers de dollars pour obtenir les droits d’exploitation du film.

C’est dommage car cela pourrait donner un regain d’intérêt au film lui-même…

Bien sûr ! Alors si tu as quelques milliers de dollars à me donner… [Rires]

Je vais regarder dans ma poche, on ne sait jamais ! [Rires] Pour en revenir à la diffusion, les dates de ciné-concerts sont-elles déjà toutes calées ?

On a fait six dates de ciné-concerts, la prochaine est à Cannes à la MJC Picaud. On part ensuite trois jours au mois de mai. Le premier soir sera un ciné-concert et les deux jours suivants seront du 7 Weeks classique.

Vous pensez faire d’autres dates de ciné-concerts à travers la France ?

On en a fait pas mal cet hiver mais beaucoup vers chez nous. On commence maintenant à avoir des plans pour jouer dans des villes un peu plus loin mais c’est très difficile. Les soirées ciné-concerts ne ramènent pas beaucoup de monde donc les programmateurs ne sont pas toujours très chauds pour les organiser. Ce n’est pas hyper fréquent de voir des ciné-concerts mais je pense que l’on va avoir une date à Paris d’ici quelques temps ou du moins en région parisienne. On a des choses qui doivent arriver. On a, par exemple, une date vers Rennes au mois d’octobre.

Et est-ce que vous en avez d’autres pour la fin d’année, par exemple ?

Je pense qu’on a quelques dates cet été et puis au mois d’octobre on fera une petite tournée en France comme on a l’habitude de faire. Ça sera une petite dizaine de jours comme on avait fait avec Mudweiser ou Loading Data.

Souhaites-tu ajouter une dernière chose ?

Nous sommes en ce moment en sélection rock sur Deezer, vous pouvez donc trouver l’album en écoute intégrale. Nous avons également un clip pour le titre « Four Again » qui a été fait sur un bout du ciné-concert, les images n’ont rien à voir avec le film mais ce sont des mecs assez barrés qui nous ont fait un truc très cinématographique et ça vaut le coup d’aller le regarder. Vous pouvez le trouver en passant par notre site internet.

Interview réalisée le 29 mars 2011 à l’antenne d’Anarchy X.
Retranscription : Isa

Site Internet de 7 Weeks : 7weeks.fr



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