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Nouvelles Du Front   

Aveugle mais pas sourd


Depuis la pierre angulaire Nightfall In Middle Earth, Blind Guardian prend son temps pour créer ses albums – quatre ans exactement entre chaque. En même temps, comment leur en vouloir ? Leurs albums plafonnent en qualité tout en se renouvelant. C’est un fait particulièrement remarquable pour un groupe de heavy metal. Il ne faut pas se voiler la face, s’il y a bien un style qui aujourd’hui manque cruellement de créativité et d’inspiration, c’est celui-ci. On parle ici de la « nouvelle » vague du genre – avec « nouvelle » entre guillemets car ça fait plus de dix ans qu’elle dure et s’essouffle sans toutefois accepter de mourir. Le heavy metal est devenu une caricature de lui-même. Malgré tout, il y a des groupes qui sortent leur épingle du jeu car, pour eux, le heavy n’est pas qu’un assemblage de codes et de clichés perpétuellement répétés. C’est le cas notamment de Blind Guardian. Pourtant, les apparences sont trompeuses : l’imagerie mediévalo-fantastique fait partie intégrante de la musique des Teutons depuis leurs débuts. Or, c’est cette imagerie qui a, en partie, mis à mal la crédibilité du genre – mais comment pouvaient-ils le savoir à l’époque ?


En réalité, ce n’est pas l’imagerie en elle-même qui est à blâmer, mais bel et bien l’utilisation « bourrine » qui en a été faite. Il suffit de voir les pochettes de Rhapsody : on survole (à dos de dragon) tout un pan de la littérature anglo-saxonne contemporaine tout en s’asseyant confortablement sur ses véritables richesses. Lorsque l’on dit que Luca Turilli n’a jamais pris la peine de lire Tolkien avant de revendiquer son ?uvre comme influence, on a tout dit. Il l’a avoué lui-même : ce sont les peintures et dessins dans les bouquins qui ont attiré son attention. Luca n’est qu’un gamin qui collectionne les vignettes panini. Vous me direz, c’est une passion comme une autre. On ne peut pas non plus lui enlever le fait qu’il reste précurseur dans le domaine du « panini metal ». Les pires sont, en réalité et sans conteste, ceux qui suivent l’idiot du village sans chercher à comprendre.

Blind Guardian est loin de tout ça. Blind Guardian, c’est du heavy metal instruit, à l’image des pères du genre. Il suffit de regarder les pochettes d’albums qui, pour la plupart, racontent une histoire (bon, ok, c’est moins le cas sur les deux dernières). Et puis, bien sûr, il y a surtout la musique. Même sur leurs titres les plus « folkloriques », comme leurs ballades de ménestrels, avec « The Bard’s Song » en ligne de mire, ça fonctionne à merveille. On y croit, parce qu’ils savent de quoi ils parlent et parce ça nous parle, à nous, citoyens du monde bien réel. A l’image de l’?uvre du regretté Dio, derrière ces récits fantastiques se cache une vraie lecture à double sens. Avec ceci, Blind Guardian a toujours refusé de trop se répéter. Preuve en est le nouvel album « At The Edge Of Time » : une nouvelle et franche réussite. Un opus des plus dense et ayant pour particularité de s’ouvrir et se refermer sur deux titres épiques, complexes et rehaussés d’un véritable orchestre.

Un orchestre ! Voilà un autre cliché du heavy metal de ces dernières années. Quoi ? Tu as un groupe de heavy metal et tu n’as toujours pas fait d’album avec orchestre ! Tu es has been mon pote ! Véritable élément « crédébilisant », l’orchestre est tantôt là pour le sport, tantôt pour cacher la misère. On veut même faire croire aujourd’hui que le heavy metal a quelque chose à voir avec la musique classique ; comme s’il ne s’assumait plus et avait besoin de se fabriquer une parenté avec une ancienne famille royale pour légitimer son sang. Le terme même de metal symphonique est une aberration. Mais voilà, Blind Guardian, une nouvelle fois, aborde l’exercice avec intelligence : l’orchestre est un moyen et non une fin. D’ailleurs, seules deux compositions en bénéficient – le reste se porte très bien sans – et, surtout, cela n’atrophie en aucun cas le travail du groupe qui joue sans plus de retenue qu’à l’accoutumée. A quoi bon inonder son assiette de sauce si c’est pour ne manger qu’un carré de viande? C’est du gâchis. Ou, autrement, appelons ça de la soupe !

Décidément, on se rend bien compte que Blind Guardian n’est pas aidé par les apparences. Mais pourquoi devrait-il abandonner des valeurs qui lui sont chères et qu’il utilise de manière intelligente, uniquement parce que des garnements s’en servent pour rédiger des torchons? Il ne faut juste pas y prêter attention. Quelques groupes comme Blind Guardian sont là pour garantir un standard de qualité. C’est bien là tout ce qui compte, même si ça ne paye pas toujours. En tout cas « At The Edge Of Time » sort à la fin juillet et si vous souhaitez découvrir un vrai bon album de heavy metal raffiné, ne cherchez pas plus loin.



Laisser un commentaire

  • J’avoue avoir du mal à comprendre le but de l’article. Cracher sur les groupes de sympho à imagerie « heroic fantasy » ( Rhapsody en tête de liste ) était-il nécessaire pour simplement dire que le dernier Blind Guardian est génial ?

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  • Spaceman / RM dit :

    @painkillerqueen: tu as raison. La pochette du nouvel album est un peu creuse en comparaison de ce qu’ils avaient l’habitude de proposer par le passé.

    @Margoth: ce n’est pas l’imagerie de Blind Guardian en particulier qui est critiquée. Mais, de manière générale, la thématique Heroic Fantaisy de nombreux groupes de heavy, a cause du vide sur laquelle elle repose trop souvent. Blind Guardian est parfois mêlé à ça, à tord, simplement par amalgame. Car en y regardant de plus prêt, dans leur cas, il y a un vrai fond, à l’instar de Dio qui lui aussi utilisait souvent ce genre d’imagerie.

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  • J’ai beau ne pas apprécier Blind Guardian (principalement dû au timbre de voix que je ne supporte pas mais bon là est une question de goût), j’ai quand même un certain respect pour eux. Je n’arrive pas à comprendre ce qu’on leur reproche au juste par rapport à cette imagerie. Certes, c’est vrai qu’il y a un peu de cliché mais ils ont réussi à en faire quelque chose de personnel au bout du compte. Dans leur musique, il y a ce petit quelque chose qui fait qu’on les reconnaît tout de suite. Et ça c’est plutôt bien, à notre époque où tous les styles sont investis par un masse de jeunes groupes sans personnalités qui ne font que copier leur pairs sans chercher à apporter une quelconque patte personnelle…

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  • c’est juste dommage qu’ils n’aient pas (pu) garder des pochettes dessinées, plus parlantes et fouillées.

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