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Interview   

Ayreon : Arjen Lucassen remonte à la source


Arjen Lucassen, tête pensante d’Ayreon, mais également de Star One et de nombreux autres projets, ainsi qu’artiste solo, est un compositeur hyperactif, ce n’est plus à prouver ! Archétype du savant-fou, coupé du monde, réfugié derrière ses écrans et son monde imaginaire, le géant Arjen a tout de même daigné sortir de sa grotte pour venir nous parler de cet album, The Source, qu’il présente comme un prequel à la saga qu’Ayreon nous fait suivre depuis ses débuts, et à laquelle, pourtant, il avait annoncé avoir mis un terme avec l’album 01011001. Mais, dans le monde de Lucassen, rien n’est jamais figé dans le marbre !

Cet entretien, c’est aussi l’occasion de se glisser dans la tête de cet artiste prolixe, et d’essayer d’en savoir un peu plus sur son fonctionnement, notamment basé sur le challenge. Et pour finir, il partage avec nous quelques mots sur les trois concerts exceptionnel de The Ayreon Universe prévu pour Septembre à Tilburg, et le moins qu’on puisse dire est que ça promet !

« Je n’ai pas l’impression de faire partie de ce monde. Je ne regarde pas les informations. Je n’écoute pas la radio. Je ne lis pas les journaux. Je ne sais rien de ce qui se passe dans le monde. »

Radio Metal : Tu as déclaré à propos de The Source qu’initialement, tu avais « le sentiment qu’un nouvel album de Star One arrivait à l’horizon car les guitares étaient prédominantes. Mais après que les premiers flutes et violons sont arrivés, [tu t’es] rendu compte qu’un nouvel album d’Ayreon était en train de se créer. » Dirais-tu que savoir à l’avance que tu es en train de composer pour un album d’Ayreon, ou n’importe quel autre projet, serait un fardeau pour l’inspiration ?

Arjen Lucassen : Oui et c’est pourquoi je ne me fie jamais au plan. Je change tout le temps d’avis. Il n’a même pas commencé comme un album de Star One, il a commencé comme un album solo. En gros, chaque album que je fais commence comme un album solo parce que c’est ce que je préfère faire, car je peux tout faire moi-même. Je suis un maniaque du contrôle et un égocentrique, donc j’adore travailler tout seul, mais ensuite je commence à entendre des parties et je me dis « oh, ce serait super pour Hansi ! » ou « ce serait super pour Russel ! » Et puis ça prend forme et ça change pour devenir un album de Star One, car c’était un peu plus heavy, et puis je me dis « non, non, cette partie un peu folk là »… Ça change tout le temps ! Donc ouais, si je commençais un projet et disait « maintenant, je veux faire ça » je me limiterais. Ce ne serait pas un fardeau, pour répondre à ta question, parce que j’aime les challenges, j’ai besoin de challenges, c’est très important pour moi, mais j’aime tout laisser ouvert et me permettre de changer d’idée jusqu’à ce que je me décide.

A quel stade du processus commences-tu à te mettre en mode Ayreon ?

La partie où je n’arrête pas d’entendre différents chanteurs et la partie où… Star One n’est que le côté metal d’Ayreon, donc les parties vraiment folk et les flutes sont interdites dans Star One. Je suis obligé de mettre ces limites, tu sais. Avec Ayreon, tout est possible, je peux mettre tout ce que je veux dans Ayreon. Donc du moment que je ressens, genre, « ok, je ne veux aucune limite pour celui-ci » c’est là que je décide « ok, ce sera un album d’Ayreon. »

Et comment est-ce que la musique évolue à partir de là ?

C’est très difficile avec Ayreon. C’est très difficile parce que tu as énormément de choses à prendre en considération. J’ai toutes ces idées, ensuite il faut que je travaille dessus. Généralement, j’écris toutes les idées sur de petits bouts de papier et ensuite, je me retrouve avec vingt ou trente petits bouts de papier, et puis je commence à les mettre dans un certain ordre. Car, tu vois, avant d’écrire les paroles, les chansons doivent être dans le bon ordre. D’autres groupes peuvent dire, au final, « non, je veux que la sixième chanson soit la première. » Moi, je ne peux pas faire ça parce qu’il y a une histoire [petits rires]. Et l’histoire doit être chronologique – ou avec le voyage dans le temps, ce n’est pas toujours chronologique mais… Donc vraiment, c’est un puzzle et ça me prend environ deux semaines à constituer ces petits bouts de papier, et puis je dois ordonner les chansons, et puis j’ai d’autres morceaux de papier avec tous les chanteurs. Tu as douze chanteurs sur des morceaux de papier. C’est deux CDs, si un chanteur chante toutes les chansons [sur un CD] et rien sur l’autre CD, ce n’est pas possible, donc ça aussi c’est un puzzle : où est-ce que je vais mettre les chanteurs dans les chansons ? Donc c’est un gros, gros truc de faire un album d’Ayreon, mais j’aime le faire ! Ce n’est pas un fardeau, c’est un challenge.

The Source est clairement plus heavy et orienté guitare. Qu’est-ce qui t’as poussé dans cette direction au départ ?

Chaque album que je fais est une réaction à mon album précédent. Et mon album précédent était The Gentle Storm. C’était un album avec Anneke, qui est un peu la meilleure chanteuse au monde. C’était un album très féminin, il y avait Anneke qui chantait, c’était aussi une histoire d’amour – alors que moi, j’écris à propos d’extra-terrestres et de science-fiction… J’avais le sentiment de vouloir faire quelque chose de très masculin, je voulais vraiment faire l’inverse. J’équilibre toujours mes albums. Et donc, c’est devenu un album très masculin. Il a plein de chanteurs, c’est plus puissant. Donc voilà, c’était une réaction à The Gentle Storm.

The Gentle Storm mais aussi le précédent album d’Ayreon, The Theory Of Everything, se déroulaient dans un monde réaliste. Est-ce que la science-fiction te manquait ?

Oui ! J’adore l’évasion. Je n’ai pas l’impression de faire partie de ce monde. Je ne regarde pas les informations. Je n’écoute pas la radio. Je ne lis pas les journaux. Je ne sais rien de ce qui se passe dans le monde. A partir du moment où je vois quelque chose à la télévision, comme les élections en Amérique ou peu importe, je suis là : « Oh, c’est en train d’arriver ! Oh, je ne peux pas le changer et je ne veux pas en entendre parler ! » Ca me met vraiment en ébullition. Donc je m’évade dans la science-fiction et je veux aussi offrir une évasion aux fans. Ceci dit, il y a clairement des choses à lire entre les lignes, car j’écris à propos d’une autre planète – Planet Alpha où la technologie a pris le contrôle – mais évidemment, secrètement, si tu veux, il y a des références à ce qui se passe sur terre.

« Je connais mes fans : ils connaissent l’histoire mieux que moi, et si je fais une erreur, c’est : ‘Ouais, mais comment c’est possible ?’ […] Il faut que je sois cohérent. Et j’avais peur de ça, oui. »

Les chansons sont structurées de façon plus conventionnelle, elles sont plus accessibles, plus accrocheuses et plus orientées guitares, si on compare à The Theory Of Everything. Comment as-tu travaillé sur le bon équilibre entre le côté direct de cet album et la dimension épique intrinsèque à Ayreon ?

Bonne question ! J’ai pris les choses par l’autre bout. Habituellement, j’écris d’abord la musique et ensuite la musique m’inspire pour l’histoire, et ensuite, lorsque tout est prêt, je commence à chercher une illustration. Cette fois, j’ai commencé par l’illustration. Donc j’avais une partie de la musique terminée, ensuite j’ai été chercher des illustrations sur internet. Ensuite j’ai trouvé cet artiste français, Yann Souetre. J’ai vu son art et, en gros, ça m’a inspiré pour revenir à la science-fiction. Donc j’étais davantage concentré cette fois. J’avais le visuel de ces images, qui étaient très industrielles, avec un côté très « machine ». C’est pour ça que cet album est plus cohérent et concret que les albums précédents, car j’avais clairement cette vision dans ma tête de ce à quoi il devait ressembler. Et je pense que c’est la première fois que j’ai davantage adapté la musique à l’artwork que l’inverse.

Est-ce que le fait que tu aies été chercher des illustrations si tôt au cours du processus signifie que tu as eu un manque d’inspiration à moment donné ?

Non, c’était juste un challenge. Je recherche toujours des challenges. Souvent le challenge c’est de vouloir uniquement travailler avec de nouveau chanteurs, mais cette fois, je voulais un challenge différent, simplement une autre façon de travailler. Je me dis toujours que si je travaille autrement, la musique deviendra un peu différente. Et je déteste me répéter.

Et comment est-ce que l’illustration de Yann Souetre a déterminé l’histoire de The Source ?

Essentiellement, c’était l’image de la fille sous l’eau. Ce n’était pas encore sous cette forme qu’elle a maintenant avec tout l’environnement qui rappelle Matrix, c’était une fille avec les tubes. J’ai vu cette image et j’adorais le look qu’elle avait et ça m’a fait réfléchir. J’écris toujours à propos de la race des Forever qui vit sur Planet Y, et Planet Y est une planète constituée d’eau, donc ils vivent sous l’eau. Et lorsque j’ai vu cette image, je me suis dit : « Est-ce que ça ne serait pas cool si les Forever, fut un temps, avaient été humains ? Et ça voudrait dire que nous descendons de cette race, que nous avons auparavant vécu ailleurs. » Donc voilà ce qui a initié toute l’histoire.

Peux-tu nous parler de la collaboration avec Yann Souetre ? Connaissait-il ton travail lorsque tu l’as contacté ?

Un peu. Il avait entendu parler de moi mais ne connaissait pas vraiment mes trucs. Il est lui-même musicien, il fait un genre de musique industrielle. Et puis il a été écouter ma musique, il était là : « Oh, c’est cool ! » Et puis je lui ai envoyé tous mes albums. Environ la moitié de l’illustration sur l’album était déjà là, ce sont des choses qu’il a faites auparavant, et l’autre moitié, il l’a faite en s’inspirant de ma musique. Donc ça a fonctionné dans les deux sens : je me suis inspiré de ses anciennes œuvres pour faire ma musique et il s’est inspiré de ma musique et de l’histoire pour sa nouvelle œuvre. En gros, nous avons beaucoup parlé de l’histoire. Nous échangions des idées et il était là : « Pourquoi ne fais-tu pas ça ? » Mais c’est plus quelqu’un qui réfléchit en terme de « bien et mal », genre : « Les machines veulent faire exploser la planète ! Donc voilà le destructeur, et les explosions ! » Et je n’aime pas le bien et le mal dans les histoires. J’aime me dire : « Non, les machines essaient d’aider les humains mais elles ne comprennent pas les humains. » C’est plus ma façon de penser. Donc pour lui, la grosse explosion s’appelle le « destructeur » alors que pour moi, ça s’appelle le « noyau quantique » ou quelque chose comme ça, donc… [Petits rires]

C’est l’une des rares fois où tu n’as pas utilisé une illustration de Jef Bertels, dont le style est très lié à l’univers d’Ayreon dans l’esprit des fans. As-tu atteint une limite à cette collaboration ?

Je pense que c’est un artiste de fantastique. Par exemple, l’artwork qu’il a fait pour Into The Electric Castle, ce château, ces montagnes, ces créatures et tout, mais c’est plus du fantastique que de la science-fiction. Sur 01011001, je recherchais un peu ce côté science-fiction mais je ne pense pas que l’illustration y soit vraiment parvenue, ça reste dans un côté organique et fantastique. Et je voulais vraiment, cette fois, avoir quelque chose qui ressemble à de la science-fiction. Voilà, en gros, la raison. Mais j’adore le travail de Jef ! C’est génial. Et ce n’est clairement pas la fin de cette relation.

Comme tu l’as dit, The Source revisite la saga des Forever qu’on pensait être arrivée à son terme avec l’album 01011001. Avais-tu dès le départ l’idée qu’un jour tu ajouterais de nouveaux chapitres à cette saga ?

Non, je voulais vraiment arrêter avec l’histoire [rires]. Ça devenait trop compliqué et, vraiment, officiellement, j’ai dit que 01011001 était la dernière chose, et puis j’avais un morceau supplémentaire qui s’appelait « The Memory Remains », qui s’est retrouvé sur la compilation Timeline, et c’est là où j’ai dit que « la boucle est bouclée, je ne veux pas y revenir. » Donc non, j’avais vraiment prévu… C’est bizarre, lorsque j’ai commencé avec Ayreon, je n’avais pas prévu toute l’histoire. C’est juste que chaque album semblait avoir des références à d’autres albums, et avant que je ne m’en rende compte, tous les albums étaient liés, c’était étrange ! Et puis, soudainement, cette histoire a émergé. Non, je voulais vraiment l’arrêter, jusqu’à ce que je vois cette image de Yann, et puis je me suis dit : « Hmm, ce pourrait être un prequel. Alors ce n’est pas vraiment connecté mais ça se passe avant. » Et j’ai pensé que c’était une bonne façon de s’en tirer [rires].

« Je sais comment me servir de la technologie et je ne vais jamais permettre à la technologie de se servir de moi. »

Comment c’était pour toi d’aller à la racine – ou la source – de tout cet univers conceptuel ? Etais-tu particulièrement prudent avec l’histoire et les détails ?

Ouais, il fallait que ça colle ! Et je connais mes fans : ils connaissent l’histoire mieux que moi, et si je fais une erreur, c’est : « Ouais, mais comment c’est possible ? Tu as dit là dans ces paroles que ceci et cela s’est passé mais sur ces paroles sur cet album, tu dis autre chose ! » J’ai ce genre de choses ! [Rires] Il faut que je sois cohérent. Et j’avais peur de ça, oui. J’ai même contacté celle qui gère la fan page d’Ayreon sur Facebook, et je lui ai parlé et j’ai dit : « Est-ce que je devrais impliquer quelques fans ? Je veux impliquer des fans dans cette histoire. Je veux leur offrir l’histoire et dire ‘qu’est-ce que tu en penses ? Est-ce que tu penses que ça colle encore ?’ », car je ne voulais pas faire d’erreur. Et elle a dit : « Non, non, tu devrais voir ça par toi-même. » Donc, au final, je l’ai fait moi-même. Mais ouais, j’ai fait très attention qu’il n’y ait aucune erreur. Et, tu sais, je pense que peut-être il y aura quand même des gens qui trouveront des choses qui ne sont pas correctes [rires].

Dans l’histoire de The Source, l’unité centrale de l’ordinateur global décide que la solution au problème des Alphas – qui sont nos ancêtres humains – est d’en fait les exterminer. Penses-tu que c’est le genre de conclusion vers laquelle nous nous dirigeons dans la vie réelle ?

Non, je ne pense pas que ça ira si loin. [Réfléchit] C’est vrai qu’en 2050, les ordinateurs seront plus intelligents que les humains ; ça s’appelle la singularité technologique et c’est un fait. Car la technologie s’améliore exponentiellement, ce ne sera pas comme ça [il montre une courbe de croissance constante], ce sera comme ça [il montre une courbe exponentielle]. Et à un certain stade, ça ira très vite et les machines seront plus intelligentes que les gens, mais je ne pense pas que les gens soient aussi stupides, qu’ils vont… D’un autre côté, j’ai des doutes mais je suis plus un observateur que quelqu’un qui apprend aux gens ce qu’il va se passer ou ce qu’ils ne devraient pas faire. Et je ne pense pas que la technologie soit mauvaise, c’est juste la façon dont nous l’utilisons. Je pense que oui et non. Je pense que plein de choses vont mal se passer mais la technologie est aussi bonne, ça va aussi aider pour la gestion ou rendre les voitures plus sûres et ce genre de choses. Donc c’est une épée à double tranchant, je suppose.

Et quel est ton sentiment par rapport à la perspective de l’intelligence artificielle qui surpassera les capacités intellectuelles des humains d’ici 2050 ?

Je pense que ce ne sera pas effrayant mais intéressant. Je n’en ai pas peur. Mais je sais comment me servir de la technologie et je ne vais jamais permettre à la technologie de se servir de moi. Je veux dire, regarde mon téléphone ! [Il sort un vieux téléphone portable de sa poche] [Petits rires] Il doit avoir dix ans ! Voilà ce que j’ai, je n’ai pas de petit ordinateur. Vraiment, je faisais mon jogging l’autre jour sur une petite route de campagne et c’était la sortie de l’école, et tous les gamins étaient sur leurs vélos, huit d’entre eux avaient leur téléphone devant eux et ne m’avaient pas vu arriver, car c’était une route déserte ! Ils étaient là sur leur vélo, « oh, merde ! » [Petits rires] Je ne veux pas dire que c’est bien ou pas bien mais je dirais qu’on vit maintenant, on vit ici, et il y a toujours des choses plus palpitantes qui arrivent ailleurs, mais où est-ce que ça fini ? Mais encore une fois, je ne veux pas juger.

Comment penses-tu que ceci affectera la société humaine ? Penses-tu que ça affectera aussi la façon dont on fait de l’art ?

Carrément, ouais. Et je le sais parce que j’ai grandi à une époque avant les ordinateurs. Ma télévision était en noir et blanc, tu sais [petits rires]. Un ordinateur était une grosse machine bizarre avec… Donc je vois à quelle vitesse ça a déjà changé au cours des dix ou vingt dernières années. Donc ouais, ça va complètement affecter… Et tu ne peux pas le prévoir, tu ne peux pas prévoir ce qui va se passer. Je veux dire que j’essaie de le prédire ici mais ce n’est que du fantasme, en gros. Donc je ne peux vraiment pas prédire ce qui va se passer. Si tu regardes les prédictions d’il y a dix ans, aucune ne s’est concrétisée et personne n’aurait pu prévoir que « ceci » se serait passé ou que « cela » se serait passé. Donc c’est très dur.

Une majorité de chanteurs sur l’album sont déjà apparus sur des albums précédents d’Ayreon. Tu as déclaré que « la règle auto-imposée d’éviter d’inviter un chanteur plus d’une fois pour un album d’Ayreon […] ne rendait pas service aux fans. » Mais ne pourrait-on pas dire que tu ne te rendais toi-même pas service non plus, t’empêchant de faire appel à quelqu’un qui autrement aurait été parfait pour un rôle ou de développer ta relation avec ces chanteurs ?

Absolument, ouais. C’est certain. Je me limitais. Et sur cet album, je ne voulais pas me limiter du tout. Je voulais juste les meilleurs chanteurs au monde [rires] et les meilleurs guitaristes au monde. Je ne voulais pas me limiter. La raison pour laquelle je me suis limité – ce n’était que pour deux albums, sur The Human Equation et sur The Theory Of Everything, où j’ai utilisé seulement des chanteurs à qui je n’avais jamais fait appel – est simplement parce que c’était un challenge, encore une fois, de travailler seulement avec de nouvelles personnes et c’est rafraichissant, ce sont des gens que je n’avais jamais rencontrés avant, et aussi pour le public. Et évidemment, il y a une raison commerciale : si je travaille avec huit chanteurs de groupes avec qui je n’avais jamais travaillé, leurs groupes vont être là : « Hey, c’est quoi ce projet Ayreon ? » Donc, en faisant ça, tu étends ton public. Mais cette fois, c’était plutôt : j’entendais des parties et il fallait que ce soit tel chanteur, et j’avais déjà travaillé avec lui, et je me disais « bon, et puis zut… » Donc, cette fois, c’est à peu près du cinquante-cinquante.

« Je dois toujours prendre cette décision : est-ce que je veux faire appel à ces grands noms et vendre plus d’albums et atteindre plus de gens ? Ou est-ce que je veux donner à tel talent inconnu sa chance ? J’essaie généralement de trouver un équilibre. »

D’un autre côté, Ayreon a toujours été une bonne façon pour les fans de découvrir de nouveaux talents. Du coup, ne perds-tu pas un peu de cet aspect ? D’autant que la grande majorité des chanteurs sur The Source sont très reconnus dans la scène rock et metal…

Je pense que parfois, j’entends simplement un chanteur, comme Michael Mills sur cet album, c’est un bon exemple. Je l’ai découvert sur YouTube, je crois qu’il faisait une chanson de Jethro Tull et puis il faisait « Bohemian Rhapsody » rien qu’à la guitare acoustique, et j’étais là : « Oh, bon sang ! Ce gars est bon ! » Et puis j’ai voulu que le reste du monde la sache aussi ! Et je m’en fiche si je ne vends pas plus d’albums lorsque je lui demande de chanter pour Ayreon. Encore aujourd’hui, je veux que le monde connaisse Michael parce que c’est un talent extraordinaire. Donc ouais, parfois, lorsque je découvre un nouveau talent, je veux le partager avec le reste du monde, c’est important. Je dois toujours prendre cette décision : est-ce que je veux faire appel à ces grands noms et vendre plus d’albums et atteindre plus de gens ? Ou est-ce que je veux donner à tel talent inconnu sa chance ? J’essaie généralement de trouver un équilibre. En l’occurrence, sur mon album précédent The Theory Of Everything, il y a quelques talents inconnus, donc l’équilibre était plutôt en ce sens, mais cette fois, l’équilibre est plus du côté des grands noms, mais quand même, il y a des gens comme Michael Erikson de Circus Maximus, qui mérite plus d’attention qu’il n’en reçoit, car c’est un super chanteur. Donc ouais, j’essaie toujours de trouver cet équilibre.

Dans « The Day That The World Breaks Down », on peut entendre le code binaire pour « Trust TH1 », qui est le personnage interprété par Mike Mills. Etait-ce aussi voulu comme un lien direct avec l’album 01011001 ?

Oui, absolument. J’ai l’impression – j’espère – que j’étais le premier à utiliser du binaire pour une chanson [petits rires], ça me paraissait cool, et ça faisait intello coincé, évidemment, mais je suis un intello coincé, donc… [Rires] Je me demandais comment on pourrait communiquer avec des extra-terrestres ? Qu’est-ce qui pourrait représenter quelque chose d’universel ? Et je me suis dit, eh bien, peut-être le binaire, parce que c’est 0/1, c’est allumé-éteint, c’est tout, deux choses, c’est très basique. Et j’imaginais que ce serait une façon de communiquer avec des formes de vie extra-terrestre. Donc c’est comme ça que ça s’est retrouvé sur 01011001. Et là dans une chanson, j’avais cette longue partie, et c’était tout instrumental, et je voulais que Michael Mills se lâche ici. Et je me suis simplement dit « et si on utilisait ce 01 ? Je suis sûr qu’il peut faire des choses géniales avec ça. » Heureusement il l’a fait, car c’est une partie vraiment fantastique. Mais ouais, c’est une référence directe à l’album 01011001.

A la fin de « Sea Of Machines » il semble y avoir des références aux chansons « Time Beyond Time » d’Into The Electric Castle, « Beneath The Waves » de 01011001 et « Journey On The Waves Of Time » de Flight Of The Migrator. Etait-ce prévu ainsi ?

Oui ! Car c’est une chanson sur le personnage du prophète, et le prophète voit des choses qui se déroulent dans le futur. Et évidemment, c’est très cool pour moi d’utiliser des références vers, sur un plan temporel, des albums futurs ; chronologiquement, évidemment, ce sont des albums plus anciens. Mais ouais, il y a des références à Into The Electric Castle, « I see a castle deep in space » (« Je vois un château loin dans l’espace », NDT)… Le prophète voit déjà des visions du futur, de ce qui va arriver. J’aime ces petites références ! J’aime lorsque je vais voir un film et qu’il y a des références à d’autres films.

En septembre, il va y avoir trois prestations exclusives de « The Ayreon Universe » à Tilburg. A quoi peut-on s’attendre et quelle est ton implication là-dedans ?

Ce sera énorme. D’abord, il y aura seize chanteurs [rires]. Et pour arranger ça, ça nous aura pris deux ans. Nous avons déjà travaillé dessus pendant un an car c’est un énorme projet. Nous allons essayer de jouer au moins deux chansons de chaque album d’Ayreon et quelques chansons de Star One. Car nous avons vendu tous les billets pour trois concerts, ça fait neuf mille billets, et ça nous permet d’investir plus d’argent dans le show, donc nous sommes en train de réfléchir pour avoir un grand écran derrière la scène, peut-être des robots et tout. Tu sais, c’est une fois dans une vie et je pense que nous devrions faire quelque chose de vraiment grand. Mon implication là-dedans est bien plus importante que pour The Theory Equation – je n’étais pas vraiment impliqué là-dedans. Mais cette fois, je suis le patron, et ce sera fait à ma façon. Bien sûr, il faut aussi que je sois sur scène. Ce n’est pas mon truc, comme tu peux le savoir. Je suis déjà stressé.

Ouais, tu nous avais déjà expliqué à quel point tu étais reclus. Qu’est-ce qu’il faut pour te convaincre de monter sur scène ?

Il faut tous les visages joyeux que j’ai vus durant The Theory Equation. Il faut que je sois derrière la scène et que je regarde le public, voyant les gens surexcités, en train de sourire ou de pleurer… J’en ai la chair de poule maintenant ! Car, habituellement, je suis reclus, tout ce que je vois, ce sont des emails et messages sur Facebook ou peu importe, et c’est super, mais après, je vois ces visages, et après chaque concert, j’ai été dans le public juste pour signer leurs trucs, et il y avait quelque chose comme cinq ou six-cent personnes qui attendaient, et tout le monde souriait, personne ne se battait, personne ne poussait, tout le monde attendait patiemment. C’est vraiment un super public ! Voilà ce qu’il faut, voir leurs visages [petits rires].

Interview réalisée en face à face le 22 février 2017 par Aline Meyer.
Fiche de questions : Nicolas Gricourt & Philippe Sliwa.
Retranscription & traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Lori Linstruth.

Site officiel d’Arjen Lucassen : www.arjenlucassen.com

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