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Metalanalyse   

Ayreon démontre l’écart entre la théorie et la pratique


En 2008, le projet Ayreon avait été mis aux arrêts après la réception mitigée de son dernier album 01011001. Manifestement conscient, rétroactivement tout du moins, de n’avoir rien offert de vraiment neuf avec 01011001, le géniteur du projet Arjen Lucassen avait bien perçu la critique réservée sur l’originalité de son nouvel opus. Avec six albums classés dans sa discographie, il faut bien avouer qu’Ayreon a eu le temps de mettre au point sa recette : des albums-concept copieux, une intrigue de science-fiction orchestrée sur un rock progressif métallisant. Et surtout, peut-être le plus excitant dans l’histoire, une brochette de musiciens et chanteurs prestigieux venus de multiples horizons du monde metal, dévoilée au compte-goutte avant la sortie de chaque nouvel opus.

Lucassen a donc appuyé sur la touche pause de son projet principal. Mais cela n’a pas coupé court à sa productivité pour autant, loin s’en faut : il enchaîne en 2009 sur Guilt Machine, un nouveau projet, puis sur un opus de Star One et enfin un projet solo intitulé Lost In The New Real su lequel il expérimente de nouvelles idées. Une approche qui le ramène alors vers Ayreon. Prenant sa place au pupitre, Arjen Lucassen ressaisit sa baguette de chef d’orchestre pour donner vie à un nouvel opéra rock : The Theory Of Everything.

Sans aucun doute, ce nouvel album n’aura pas perdu ce qui fait l’identité des projets de Lucassen. Le concept abandonne le genre de la science-fiction mais ne s’en écarte pas de beaucoup puisque l’histoire de cet opus est une fiction dans le domaine de la science. The Equation of Everything s’inspire de deux biopics de scientifiques : « A Beautiful Mind » et « Rain Man », qui brossent les portraits de deux savants respectivement schizophrène et autiste. L’intrigue de l’album suit ainsi l’histoire d’un garçon autiste doué pour les mathématiques qui va aider son père physicien à atteindre le Saint Graal de la physique moderne, une théorie unificatrice des lois de l’Univers aussi appelée Théorie du Tout. The Theory Of Everything raconte un drame humain qui lie les membres de la famille de son héros, dans une veine qui rappelle The Human Equation. Lucassen ne fait donc cette fois-ci pas de science-fiction, mais il ne peut tout de même pas s’empêcher d’y faire des clins d’œil : le sujet n’est pas si éloigné d’un sujet typique de hard SF, et le découpage de l’album en 42 sections renvoie au Guide mythique du Voyageur Galactique (H2G2).

Pour The Theory Of Everything, Ayreon forme un line-up plus concentré de chanteuses et de chanteurs : sept invités se partagent le micro, ce qui constitue une réduction tout à fait drastique en comparaison des dix-sept intervenants sur 01011001. Une manière, selon lui, d’approfondir son travail avec chacun de ses invités pour exploiter leur potentiel vocal plus en profondeur. Se succèdent ainsi au chant pour leur première collaboration avec le Néerlandais : JB (Grand Magus), Sara Squadrani (Ancient Bards), Michael Mills (Toehider), Cristina Scabbia (Lacuna Coil), Tommy Karevik (Kamelot, Seventh Wonder), Marco Hietala (Nightwish, Tarot) et John Wetton (Asia, King Crimson). Lucassen se laisse toujours une grande liberté puisqu’il propose à nouveau un double album pour 1h30 de musique au total. The Theory Of Everything tient d’ailleurs une composante instrumentale marquée : « The Parting » au feeling prog sur le solo de Steve Hackett, les multiples jeux électroniques (intro de « The Visitation »). « Progressive Waves » mérite quant à lui particulièrement bien son nom puisqu’il est le prétexte à un combat de soli à trois entre Keith Emerson, Jordan Rudess et Troy Donockley.

Il reste une question bien évidemment en suspens : la pause d’Ayreon entre 01011001 et ce nouvel opus a-t-elle réellement porté ses fruits pour redonner du souffle au projet ? Car il est finalement bien difficile de détacher The Theory Of Everything de la lignée de ses prédécesseurs : des mélodies accrocheuses, riches en arrangement électroniques, quelques mélodies folkloriques et des percées très progressives, le tout à la sauce Lucassen. Force est de constater que dans la forme, outre le fait d’être constitué de quatre longues chansons, The Theory Of Everything n’apporte rien de vraiment neuf. Le panel de chanteurs aussi est classique avec des influences gravitant autour du metal symphonique, du heavy, du power metal et du rock progressif, très proche de la distribution de 01011001. Mais ces racines communes n’expliquent pas complètement les prestations vocales finalement assez sages de cet album. A comparer avec le casting de The Human Equation, avec ses personnalités vocales fortes comme Devin Townsend et Mikael Åkerfeldt qui n’hésitaient pas à instiller des hurlements de rage sur leurs parties – chose absente sur cet album.

Et c’est peut-être cela qui manque à The Theory Of Everything : une énergie qui ferait contraste avec les mélodies gentilles, les entremêlements de rock progressif et les balades qui constituent l’essentiel de l’album. Lucassen a manifestement pris du recul sur son processus de composition et l’organisation de son équipe de musiciens. Mais à vouloir simplifier son concept et rendre sa musique plus digeste, il en oublierait presque de prendre quelques risques pour pouvoir tenir la distance d’un double album. A l’image de ce concept de la fiction scientifique qui prétend quitter le domaine de la science-fiction sans arriver à s’en détacher vraiment, la musique d’Ayreon n’a pas véritablement réussi à se renouveler. Certes, The Theory Of Everything bénéficie d’une certaine légèreté qui lui confère sa fraîcheur. Mais celle-ci reste immanquablement enchaînée à des fondamentaux trop bien connus.

Album The Theory Of Everything, sortie le 28 octobre 2013 via Inside Out Music



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  • Bon album dans l’ensemble, mais le ton est trop uniforme et il y a un manque certain d’énergie .
    Je préfere nettement The Human Equation dont il est souvent fait allusion dans les critiques de ce dernier opus de Ayreon .

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    PhilippeBilou

    Bon album dans l’ensemble, mais le ton est trop uniforme et il y a un manque certain d’énergie .
    Je préfere nettement The Human Equation dont il est souvent fait allusion dans les critiques de ce dernier opus de Ayreon .

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