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Chronique   

Ayreon – Transitus


Ayreon a de nouveau vu les choses en grand. Peut-être davantage qu’à l’accoutumée. Le multi-instrumentiste néerlandais Arjen Anthony Lucassen a peaufiné son projet pendant trois années avec pour dessein initial de réaliser un film. Il a décidé de délaisser sa saga de science-fiction complétée par The Source (2017), qui en narrait les origines, pour embrasser un univers d’horreur gothique ancré dans la fin du XIXe siècle. Ce fantasme victorien a nécessité une révision partielle du lexique d’Ayreon. Lucassen s’érige ainsi, plus que jamais, en véritable musicien progressif, prompt à proposer de nouvelles choses pour éviter la répétition qu’il honnit. La crise sanitaire a néanmoins amputé son projet de réalisation. L’écriture d’une musique toutefois ancrée dans l’ADN Ayreon accompagnée de son roman graphique a motivé Lucassen pour l’intégrer dans sa discographie en tant que véritable album d’Ayreon, peut-être le plus ambitieux. Transitus prend l’allure d’une pièce de théâtre musicale, plus encore que d’un opéra-rock, qui ne souffre pas d’une écoute superficielle.

Il faut toujours garder à l’esprit que Transitus a été pensé comme un film. C’est ce qui explique les inspirations de Lucassen. Transitus puise dans les réalisations d’Ennio Morricone, John Carpenter (« Hopelessly Slipping Away ») ou encore Jerry Goldsmith ainsi que dans les opéras-rock tels que JC Superstar ou War Of The Worlds. Il en est de même pour le choix des invités. Lucassen voulait qu’ils soient capables de jouer leur propre rôle comme de véritables acteurs. En résulte une pléthore d’invités charismatiques tels que Cammie Gilbert (Oceans Of Slumber), Tommy Karevik (Kamelot), Dee Snider (Twisted Sister) – dont l’éloquence accapare toute notre attention sur « Get Out! Now! » et fait regretter qu’il ne soit pas plus présent dans l’opus – ou Simone Simons (Epica). S’ajoutent à cela des virtuoses tels que Joe Satriani ou Marty Friedman et Transitus prend des allures de mastodonte du genre. Lucassen a eu en outre le privilège d’obtenir la participation de l’acteur Tom Baker (Doctor Who) en tant que narrateur, une première bienvenue dans la discographie d’Ayreon tant il aide à suivre les péripéties. Celles-ci concernent l’amour impossible entre Daniel (Tommy Karevik) et une servante nommée Abby (Cammie Gilbert). Leur destin prend subitement un tour tragique et amène Daniel à visiter une dimension étrange située entre le paradis et l’enfer : le transitus, résolument inspiré du purgatoire. Quand l’univers de science-fiction habituellement dépeint par Ayreon a fini par devenir incroyablement complexe, la narration de Tom Baker est brillante de clarté et d’interprétation sans interrompre la dynamique de l’opus. C’est la principale réussite de Transitus : la fluidité du récit. D’autant que Transitus prend soin d’incorporer une touche de second degré savamment dosé, à l’instar de « Dumb Piece Of Rock » ou de ce « You got this » lâché par un ange, digne d’une réplique de Dwayne Johnson dans Fast And Furious au terme du pourtant dramatique « Seven Days, Seven Nights ».

Arjen Lucassen a bel et bien tranché radicalement avec les guitares heavy qui forment la colonne vertébrale de ses précédents opus, en particulier The Source – pas d’inquiétude, il y en a quand même un peu, à l’instar de « Listen To My Story » au groove boogie heavy, repris plus loin pour « Your Story Is Over! ». Les premières notes de « Fatum Horrificum » se rapprochent explicitement de Pink Floyd, avec un affect évident pour le jeu de David Gilmour. « Two Worlds Now One » entérine ce penchant pour un rock progressif, laissant la part belle à la myriade d’arrangements (pianos, orgue Hammond, flûte, chœurs… ces derniers prenant même un tournant lyrique sur « Fatum Horrificum » ou « Inferno ») qui ne sont plus confrontés à un mur de guitares phagocytant une bonne partie du spectre. Transitus respire et ses arrangements brillent, notamment lorsque Arjen Lucassen lorgne du côté de la folk mélangée avec quelques segments de clavecin et de cuivres sur un « Talk Of The Town » au refrain familier ou de la musique celtique sur « Dumb Piece Of Rock ». Transitus s’amuse avec les associations d’instruments tout au long de l’écoute et embrasse pleinement sa vocation fourre-tout. Ayreon conserve quelques accents épiques qui voient les virtuoses s’illustrer. Joe Satriani nous gratifie d’un solo sur le heavy typé eighties de « Get Out! Now! » et Marty Friedman se lâche une minute durant au terme du groove jazzy de « Message From Beyond ». Il faut voir Transitus comme une accentuation de tous les traits de la musique d’Ayreon en termes de richesse, de dynamique et d’interprétation.

Transitus est limpide, grâce à Tom Baker et à l’interprétation des chanteurs. Si son concept tranche radicalement avec la science-fiction de la discographie d’Ayreon, on perçoit quand même aisément les traits musicaux caractéristiques du projet d’Arjen Lucassen, dont certains se rapprochent même davantage, à certains égards, de l’indéboulonnable chef-d’œuvre Into The Electric Castle. Véritable film musical, Transitus prend pleinement place dans l’ensemble de l’œuvre d’Ayreon en tant que summum de son exubérance et de son audace.

Lyric vidéo de la chanson « This Human Equation » :

Lyric vidéo de la chanson « Hopelessly Slipping Away » :

Lyric vidéo de la chanson « Get Out! Now! » :

Album Transitus, sortie le 25 septembre 2020 via Music Theories Recordings. Disponible à l’achat ici



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