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Chronique   

Ayron Jones – Child Of The State


Ayron Jones semble être destiné à se tailler une place de choix dans la scène rock contemporaine. Le guitariste-chanteur de trente-quatre ans originaire de Seattle entend reprendre le flambeau d’artistes qui ont permis de tordre le cou au rêve américain – Nirvana, Pearl Jam, Rage Against The Machine pour ne citer qu’eux. Faire d’Ayron Jones l’héritier du grunge serait toutefois incorrect, celui-ci se reconnaît aussi dans l’approche de la guitare délurée de Jimi Hendrix ou l’art des mélodies entêtantes de Stevie Wonder. Toutes les présentations d’Ayron Jones mettront en avant le fait que le musicien « revient de loin » : abandonné dans son enfance, il a dû tracer son chemin dans une Amérique au racisme persistant. Une prouesse qui lui vaut aujourd’hui la reconnaissance de ses pairs tels que Duff McKagan ou Mike McCready. Son troisième album studio Child Of The State – réalisé sur le label du styliste John Varvatos au sein du groupement de labels Big Machine – a une consonance autobiographique : il s’agit de surmonter les obstacles petit à petit sans sombrer dans le déni ou le refus malsain de sa propre histoire. Un rock thaumaturgique porteur d’espoir en somme.

Les premières notes de « Boys From The Puget Sound » révèlent les principales forces d’Ayron Jones : la guitare en guise d’arme privilégiée et un timbre de voix polyvalent, capable de tutoyer certains phrasés soul. Ayron Jones n’est pas pour multiplier les artifices : les accords de six-cordes sonnent presque crus et confèrent à Child Of The State un cachet étrange, oscillant entre production lisse pour la section rythmique et le chant et recherche d’organicité pour les guitares (parfois à la limite de l’écrasant). « Boys From The Puget Sound » repose sur une rythmique simple et répétée jusqu’à permettre à Ayron de gagner en intensité. Le guitariste a indéniablement le sens du spectacle, à l’image des premiers phrasés soul de « Mercy » qui en constitueront le refrain. Ayron Jones pratique le rock grand public à coups de grooves minimalistes et d’accords lâchés en guise d’ouverture. Il y a effectivement des similitudes avec Rage Against The Machine par cette volonté constante d’écrire des riffs de guitare « escaliers » qui reprennent un même motif en variant son accentuation : « Take Me Away » présente explicitement cette méthodologie, jusque dans le solo à la pédale whammy façon Tom Morello. La différence vient de cette capacité d’Ayron Jones à effectuer des grands écarts, à passer du mordant au chantant au sein d’une même composition.

« Supercharged » permet à Ayron Jones de montrer un autre lexique que le grunge ou le rock fusion. Il abandonne la gravité des titres précédents pour embrasser un rock plus enjoué et festif quitte à aller chercher des phrasés aigus qui ne sont pas sans rappeler les gimmicks du glam ou du sleaze. L’introduction sautillante de « Free », et ses vocalises en arrière-plan, doit quant à elle beaucoup au pop rock anglais. « My Love Remains » joue le rôle de la ballade folk aux refrains à gros sabots, tout comme « Spinning Circles » verse dans le larmoyant moins subtil à renforts d’arrangements de cordes tout en profitant d’un certain sens de la dynamique. « Baptized In Muddy Waters » brille quant à lui par ses couplets soul. Il confirme qu’Ayron Jones se démarque particulièrement lorsqu’il opère cette fusion entre chant très articulé et accroches rock grandeur nature. La noirceur qui se dégage d’« Emily » (et sa parenté avec les mélodies moites du rock de La Nouvelle-Orléans) bénéficie grandement du timbre clair du chanteur. Un contraste qui manque davantage lors d’exercices plus convenus comme le semi-zeppelinien « Take Your Time » qui ne décolle réellement que lorsque les arrangements soul (à nouveau) surviennent. Child Of The State est probant lorsqu’il intègre, moins lorsqu’il imite.

Ayron Jones peut compter sur un songwriting de première classe qui lui garantit quoi qu’il en soit de faire fredonner son audience. Il a phagocyté tous les styles qui ont façonné son jeu de guitare : un hybride de rock FM, d’alternatif, de pop et de soul. Seule l’inspiration n’a pas la constance de la performance du chanteur, justement parce qu’il fait côtoyer le poignant et l’anecdotique. Reste qu’au jeu de la machine à singles, Child Of The State a une myriade d’arguments à faire valoir et qu’Ayron Jones a réussi à inverser le cours de son histoire. Il n’est plus question de se faire accepter mais de fédérer.

Clip vidéo de la chanson « Mercy » :

Lyric vidéo de la chanson « Mercy » :

Chanson « Take Me Away » :

Album Child Of The State, sortie le 21 mai 2021 via Big Machine/John Varvatos Records. Disponible à l’achat ici



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