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Chronique   

Azusa – Heavy Yoke


2018 verra le premier opus d’Azusa voir le jour, l’année de naissance d’une formation aux mille contrastes. Azusa est une sorte de super-groupe, formé de membres d’Extol, Dillinger Escape Plan et Sea + Air. La formation emprunte des chemins expérimentaux sans aucune retenue, mais avec un sens de la concision, portée par un timbre féminin aussi agréable que corrosif. Heavy Yoke est un album qui laisse circonspect au premier abord, avant de petit à petit envahir l’auditeur de manière insidieuse. C’est alors que la gêne et la difficulté d’appréhension volent en éclats.

Azusa prône une musique progressive, crossover même, dans son sens le plus extrême. Il y a des constructions alambiquées, des plans tordus, des harmonies dissonantes et un contraste des registres omniprésent mis en valeur par une production atypique, mais organique, qui laisse énormément de champ aux subtilités guitaristiques. Il est aisé de percevoir qu’Heavy Yoke s’est réalisé sans que personne n’en attende quoi que ce soit, ce qui se traduit par ce sentiment de liberté totale qui anime les musiciens. L’un des premiers points marquants d’Azusa est sa voix féminine incarnée par Eleni Zafiriadou qui propose une prestation aussi riche qu’inattaquable. Cette dernière s’exprime via des cris écorchés intenses (Greg Puciato au féminin ?) sur des compositions aux allures entre mathcore et death telles que « Succumb To Sorrow » ou par un timbre de chanteuse pop rock (qui rappelle parfois le phrasé de Marjana Semkina du duo progressif Iamthemorning), à l’instar d’ « Interstellar Islands », « Heart Of Stone » ou sa prestation déchirante sur le court « Fine Lines ». Eleni Zafiriadou est le principal orfèvre des enchevêtrements d’atmosphères de ce Heavy Yoke, qui transitionnent parfois abruptement, à l’image du furieux « Lost In The Ether », qui démarre a-capella, puis se mue subitement en progression harmonique jazzy à la Intronaut, elle-même enchaînée à un jeu de syncopes déstabilisant. Le jeu de tension entre une instrumentation complexe et parfois agressive et la voix délicate d’Eleni atteint son paroxysme sur « Programmed To Distress », où un décalage apparaît entre l’intention, à la fois suave et étrange, de la chanteuse et l’engouement des musiciens, avec cette guitare qui louvoie (il y a du Ephel Duath là-dedans). Aussi surprenant que ça puisse paraître, cette distorsion profite à la composition plutôt que de frustrer l’auditeur.

Car au-delà des prouesses de la chanteuse, il y a une instrumentation extrêmement ambitieuse. Azusa n’a pas besoin d’artifices pour s’exécuter, il a même une approche assez minimaliste de la musique progressive soutenue par le batteur David Husvik et le guitariste Christer Espervoll, tous deux membres d’Extol, ainsi que le bassiste Liam Wilson de The Dillinger Escape Plan. Azusa emprunte à tous les registres, que ce soit le death classique, à l’image de l’introduction d’ « Interstellar Islands » ou du riffing martelé de « Spellbinder », ou le post-core, avec des sonorités qui renvoient à des groupes d’avant-garde tels Sumac et Old Man Gloom, via des arpèges de guitare qui structurent la composition (« Succumb To Sorrow », « Lost In The Ether », « Heart Of Stone »). Parfois Azusa se nourrit du punk, au moins de sa philosophie avec cette volonté de rentrer immédiatement dans le vif du sujet, ce qu’il fait sur « Heavy Yoke » (et son refrain aérien qui se mue en complainte complètement torturée) ou « Spellbinder ». On retrouve même du Deftones sur « Distant Call » avec ce chant au phrasé qui traine en longueur, caractéristique de Chino Moreno. Quoi qu’il en soit, Azusa ne se laisse pas entrainer par ses revendications expérimentales. Il s’attache à conserver un sens de la mélodique avec une acuité bienvenue. Chaque composition profite d’accroches singulières, « Distant Call » bénéficie justement d’un refrain entraînant très rock, même « Iniquitous Spiritual Praxis » et ses accents à la Cynic parvient à guider l’auditeur via des balises intelligemment disposées (en l’occurrence, le riff thrash de fin qui vient clore les débats avec autorité).

Azusa est protéiforme, en résulte un Heavy Yoke qui déroute au premier abord et déjoue très vite cette impression. Au terme de l’écoute, il est évident que les musiciens se sont délectés de l’absence de pression autour du projet. Heavy Yoke n’est pas insaisissable, l’apport de la voix d’Eleni Zafiriadou sert justement de point de repère constant au milieu d’une instrumentation très mouvementée. La fusion des deux éléments semble être le résultat d’une expérience alchimique qui avait toutes les raisons de mal tourner et qui pourtant a fonctionné pour atteindre des résultats presque miraculeux.

Clip vidéo de la chanson « Fine Lines » :

Clip vidéo de la chanson « Interstellar Islands » :

Album Heavy Yoke, sortie le 16 novembre 2018 via Indie Recordings. Disponible à l’achat ici



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