ENVOYEZ VOS INFOS :

CONTACT [at] RADIOMETAL [dot] FR

Back In Backstage   

Back In Backstage, série 2


Traîner son flycase aux quatre coins du globe provoque des situations imprévisibles et parfois inoubliables. Car il y a le spectacle que le public voit sur scène et il y a aussi tout ce qui se passe hors scène, et qui représente la part la plus importante de la vie d’un artiste. Dans le cadre de la rubrique Back In Backstage, les artistes nous racontent leurs moments insolites passés en coulisse, que ce soit en festival, dans une grande salle ou dans un club miteux, qu’ils soient étranges, effrayants, drôles, ou qu’ils se soient gravés dans leur mémoire pour toute autre raison… et autant dire que ce n’est pas toujours glamour.

Note : certains des témoignages ci-après ont été originellement publiés dans le cadre des numéros 4, 5 et 6 du magazine Radio Metal, tandis que les autres sont inédits.

Aaron Stainthorpe (My Dying Bride – chant) : Nous avons ouvert pour Iron Maiden en 1995. Le premier concert était à Helsinki en Finlande. Nous n’avions pas encore rencontré Iron Maiden. Nous étions dans cette énorme arène et nous nous sommes posés dans notre loge. Nous étions très nerveux parce qu’évidemment, nous étions un groupe étrange qui ouvrait pour un grand groupe de heavy metal. Nous savions qu’au moment où nous allions monter sur scène, des milliers de gens allaient commencer à huer parce qu’ils voulaient juste voir Iron Maiden. Pour apaiser nos nerfs, Steve Harris est venu dans la loge. C’est comme un dieu, nous étions tous complètement stupéfaits, il était tellement sympa et jovial. Il nous a serré la main et dit : « Les gars, vous êtes en tournée avec Iron Maiden parce que je trouve que votre album The Angel And The Dark River est extraordinaire, je l’adore. Allez-y ce soir, soyez confiants et chantez certaines de ces superbes chansons ! » C’était incroyable de voir quelqu’un comme ça, qu’on admire depuis qu’on est tout jeune, dire des choses positives et sympathiques à propos de notre nouvel album. On ne l’imaginerait même pas écouter ce style de musique, et pourtant si. Puis il a presque immédiatement changé de ton, arrêté de parler de musique et dit : « Plus important encore les gars, qui joue au football ? » Nous savions qu’Iron Maiden avait une équipe de football. Donc Rick [Miah], Andrew [Craighan] et moi avons levé la main. Steve a dit : « Super ! Demain, on va en Suède. Vous mettrez un maillot de football Iron Maiden, vous jouerez avec moi dans l’équipe Iron Maiden et on va affronter une équipe en Suède. Quoi qu’il en soit, bon concert. » Puis il est parti et nous étions scotchés ! Non seulement nous venions de rencontrer une légende qui aimait notre nouvel album, mais en plus nous allions jouer au football dans l’équipe d’Iron Maiden ! Et c’est ce qui s’est passé, le lendemain nous étions en Suède et nous avons joué contre une sorte d’équipe de deuxième division. Ils nous ont battus, bien sûr, mais Andrew a marqué le premier but, ce qui était extraordinaire. Le fait de courir en tenue de football Iron Maiden, à passer la balle à Steve Harris, c’était juste incommensurable ! Je n’oublierai jamais ce souvenir, c’était incroyable.

Aaron Beam (Red Fang – chant & basse) : Je ne vais pas vous donner le nom de la personne impliquée, mais c’était en France et nous jouions dans une salle à plusieurs étages. Nous étions au second étage, trois groupes jouaient dans la salle de taille moyenne, et il y avait un artiste français et un groupe d’ouverture dans la grande salle en bas. Les loges étaient toutes au troisième étage, donc nous étions tous au même endroit. C’était deux concerts complètement séparés, deux affiches totalement différentes. C’était juste le même bâtiment et on partageait les coulisses. Après nos balances, David, notre guitariste, montait les escaliers pour retourner dans notre loge et le chanteur en question l’a coincé dans la cage d’escalier. Il a commencé à lui hurler au visage, mais en français, or David ne parle pas français. Il était là : « C’était bizarre… » Puis, pendant que nous étions en train de jouer, notre tour manager a fait une pause, car il vend aussi le merch et personne n’achète de T-shirt pendant le concert. Il monte dans la loge pour se détendre un peu. Il entre et cette personne était en train de partir, et toute notre loge avait apparemment été complètement saccagée. Les sacs à dos et les vestes des gens avaient été jetés, un extincteur avait été vidé partout dans la pièce. Il était donc monté pour se détendre et il a fini par devoir nettoyer nos loges durant tout le temps du concert. Nous ne nous doutions pas de ce qui s’était passé, donc nous sommes montés après le concert. Lui est retourné en bas pour le merch, donc personne n’est là pour nous dire, et John prend son sac à dos et il est là : « Pourquoi mon sac à dos est-il tout mouillé ? » Et nous n’arrivons pas à trouver certains trucs car tout avait été déplacé. Apparemment, c’était parce que la personne de cet autre groupe pensait que nous étions sataniques et il était tellement furieux qu’il a affronté David et lui a crié dessus, et ensuite il a tout vandalisé. Nous étions là : « C’est quoi ce bordel ? » C’est le truc le plus bizarre qui me vient en tête en matière de backstage !

Nick Holmes (Paradise Lost – chant) : Ce n’est pas particulièrement étrange, mais une fois, nous étions en backstage et une chauve-souris a débarqué dans la pièce. Je ne sais pas comment elle est arrivée là, mais elle volait dans la pièce. J’ai envoyé une serviette dessus et elle a atterri au sol. Je l’ai très naturellement ramassée et je l’ai laissée sortir [rires]. Nous avons aimé le fait que c’était une chauve-souris. C’était très gothique ! Ceci étant dit, je n’ai pas du tout fait le truc à la Ozzy Osbourne avec, je ne pense pas que ça aurait été une bonne idée [rires].

Ol Drake (Evile – chant & guitare) : Ce n’est pas vraiment du backstage mais il y a une salle où nous avons joué aux Etats-Unis, qui était en face d’un hôtel où Jeffrey Dahmer a tué quelques personnes. La salle en elle-même avait une zone abandonnée en dessous, avec une sorte de piscine asséchée, toute délabrée et horrible. L’histoire du tueur en série plus ce truc bizarre en dessous, combiné au fait qu’ils disaient que c’était hanté… Je suis allé me promener là en bas et on a entendu des sons venant de coins qui n’auraient pas pu produire de sons parce qu’il n’y avait rien. C’était le truc le plus effrayant dont j’ai jamais été témoin [rires]. Je crois plus ou moins aux fantômes. Je sais que les fantômes n’existent pas mais je pense qu’il y a quand même quelque chose, je ne sais pas ce que c’est. Une autre fois, ce n’était pas en backstage, c’était après un concert. Nous avions l’habitude d’entreposer mon matériel dans la maison de mes parents, ils vivent dans le nord de l’Angleterre, c’est à flanc de coteau et il n’y a rien là-bas. Il était peut-être quatre heures du matin et pendant que nous étions en train de charger le matériel, nous avons entendu des filles qui devaient avoir cinq ou six ans. Elles chantaient « Ring-a-ring o’ roses, a pocket full of posies » depuis le versant de la colline, là où il ne devrait y avoir personne à quatre heures du matin, surtout pas des fillettes de cinq ans. Tout le groupe l’a entendu, ainsi qu’un Américain qui était avec nous. Nous sommes restés là à écouter, nous nous faisions littéralement dessus [rires]. C’est le moment le plus flippant que j’ai vécu avec le groupe.

Patrick Mameli (Pestilence – chant & guitare) : Nous avons fait un concert et Sodom jouait aussi. Nos loges étaient l’une en face de l’autre, et pendant qu’ils se préparaient pour leur concert, leur porte et notre porte étaient toutes les deux ouvertes. Tom Angelripper était en train de se changer pour revêtir ses habits metal, j’imagine. A un moment donné, il a retiré son pantalon et était là en sous-vêtements. Je me disais que ce n’était pas très metal. Quelques instants plus tard, il allait devenir metal, mais là ce n’était qu’une personne normale qui changeait de pantalon. Il n’aurait jamais fait ça avec des amis autour pour le voir. C’était un moment très vulnérable. Ça m’est toujours resté en tête : après tout, nous ne sommes que des gens normaux. On met en place un spectacle pour les fans, on doit faire les gros durs et avoir l’air forts, et la musique et les paroles doivent être brutales, mais au fond, on est juste des gars comme les autres. Tom Angelripper en sous-vêtements ! T’as envie de sortir cette image de ta tête [rires].

Lars Nedland (White Void, Solefald, Borknagar – chant & claviers) : Il y a de nombreuses années, nous avons joué avec Borknagar à Vilnius, en Lituanie. C’était en 2000 ou 2001, je crois, donc il y a vingt ans ! Et c’était encore un peu dingue dans ce pays à l’époque. Nous jouions dans un club de moto ou quelque chose comme ça. La moitié des gens dans le public étaient des motards ; tout le monde était bourré et avait des flingues, et ils étaient dehors, à boire de la vodka avec une bouteille dans une main et à tirer en l’air avec un flingue dans l’autre main. En soi, c’était une expérience assez spéciale ! Nous avions un groupe d’ouverture – je ne vais pas dire lequel ! – et nous étions en train de boire en backstage avec le président du club de moto et des gens qui sont venus après les concerts, qui étaient vraiment éméchés et voulaient picoler avec nous. Je suis sorti pour vérifier le matériel, et à un moment donné, j’ai vu le chanteur du groupe d’ouverture rouler des pelles à la femme du président du club de moto – le gars bourré avec un flingue assis en backstage ! C’était une expérience assez effrayante… mais ça allait finalement, car il avait demandé la permission ! [Rires]

Robert Lowe (Grief Collector – chant) : C’était sur la tournée King Of The Grey Islands avec Candlemass. Nous étions dans le tour bus. J’étais en train de dormir, parce que quand on est sur la route, je passe beaucoup de temps à dormir, c’est ma manière de prendre soin de ma voix, en plus de fumer et boire [rires]. Je me repose autant que possible. J’étais donc dans le bus et typiquement, ce qui se passe quand nous arrivons à la salle l’après-midi, nous y allons, nous mangeons et nous vérifions les lieux, la salle, les loges, où sont les douches, tous les trucs typiques qu’on fait chaque jour, nous allons prendre un café et tout le toutim. Ce jour-là, je n’ai pas pris la peine d’aller voir. Je me suis dit que ce serait comme toutes les autres salles, donc peu importait, et que je resterais dans mon petit sarcophage pour dormir. Je finis par me lever, on approche de l’heure du concert. Je me prépare. J’ai fini de me préparer. Le groupe monte sur scène et la musique d’intro commence à résonner. Mec, c’était tellement du Spinal Tap… Je me rends à la porte sur le côté et il y a un gars en coulisse qui me laisse entrer et me dit : « il faut juste monter par là. » Je dis : « D’accord, cool. » J’entends que ça commence et je suis là : « Ok, c’est le moment d’y aller. » Donc je suis en train d’arpenter le couloir et je tourne à droite : « Merde, ce n’est pas là. C’est la remise. » Bon, je retourne sur mes pas et je prends à gauche : « Maintenant ce sont les toilettes, ça ne peut pas être ça. Saloperie. » Je refais donc tout le chemin inverse pour retourner voir le gars, je lui demande : « Bordel, où est la scène ? » Il me dit : « Par là-bas, après la remise… » Déjà, il faut savoir que c’était le noir complet. Et il rajoute : « Il y a un rideau par là-bas. » J’y retourne : « D’accord, la remise, c’est bon. Les toilettes, c’est bon. Il doit y avoir un rideau quelque part. Oh ok, super, c’est là. » Je monte ces sortes d’escaliers et il y a un genre de mur, des planches avaient été mises barrant le passage. Je ne peux pas monter. Je ne pouvais pas atteindre la scène d’ici. A ce moment-là, la musique était lancée, le groupe était déjà en train de faire durer, en regardant autour de lui : « Putain, mais où est passé Rob ? » J’étais en train de regarder ces planches et ils pouvaient me voir par-dessus, en étant là : « Je ne sais pas par où passer ! Je ne peux pas atteindre la scène. Je ne sais pas comment monter. Je suis désolé ! » J’ai fini par devoir revenir sur mes pas, passer par-derrière, escalader l’estrade de la batterie et me frayer un chemin entre les putains d’enceintes pour arriver devant, genre : « Tada ! » C’était une entrée en scène très classe [rires]. Ils avaient dû rallonger l’intro de trente ou quarante-cinq secondes. J’étais là : « D’accord, très Spinal Tap. Merci pour l’aide. » Crois-moi, Spinal Tap c’est du vécu. Quand tu as connu ce que c’est que d’être en tournée et que tu regardes ce film avec tes collègues de groupe, vous vous regardez en disant : « Bordel de merde, tu te souviens la semaine dernière ? » Ce film tape dans le mille.

Conny Bloom (Electric Boys – chant & guitare) : Ce n’était pas exactement en coulisse, mais en tout cas c’était hors scène. Quand nous avons joué sur la croisière Monsters Of Rock à Miami il y a quelques années, je portais mon pédalier et je montais une grande rampe pour monter sur la scène. Juste avant de poser le pied sur la scène, toute la rampe est tombée. La scène était assez haute, genre ma hauteur voire plus. C’était en extérieur. Je suis tombé en arrière avec mon pédalier dans les mains. Je me souviens m’être dit que si ma tête percutait le coin d’un flight case, c’en était fini pour moi. Heureusement, il n’y avait rien derrière moi. Je me suis fait mal, mais ce n’était aussi grave que le choc psychologique que ça m’a fait. Nous devions monter sur scène cinq minutes plus tard, c’était très difficile de se remettre dans l’état d’esprit et de se détendre. Je ne sais pas de quoi sont faites ces rampes mais elles sont hyper lourdes, et quand je suis tombé au sol, tout le navire était là : « Quoi ?! » Ils avaient super peur. Ça craignait parce que c’était le premier concert que nous faisions en Amérique depuis de nombreuses années. J’ai fini par me remettre dedans, mais je tremblais durant les premières chansons. C’était horrible. John Corabi était là – avec son groupe solo, je crois. Il était très sympa. Il est venu me voir en me demandant : « Eh, qu’est-ce qui se passe ? Comment tu vas ? Comment tu te sens ? » Ensuite, il a joué le lendemain et, en gros, je voulais remonter sur scène, je me sentais beaucoup mieux. Donc j’ai demandé : « Est-ce que je peux vous rejoindre pour le concert de ce soir ? » Il a répondu : « Ouais, viens ! » Nous avons fait un morceau de Led Zeppelin – je ne sais plus lequel – et « Never In My Life » de Mountain. C’était vraiment amusant.

Jarle Kvåle (Vreid – basse) : Pour moi, le Wacken, ce sont deux choses. Ce sont les concerts les plus fantastiques qu’on peut rêver de faire, avec un public incroyable, et c’est aussi être complètement torché comme c’est le cas à chaque fois que nous y allons. Je me souviens en particulier quand nous y avons joué pour la seconde fois, je crois. Nous avons joué sur la main stage et nous étions le premier groupe à onze heures du matin. Nous sommes allés faire les balances, et ensuite tu regardes le Wacken complètement vide, vingt minutes avant d’envoyer la sauce. Nous nous sommes dit que ça allait être bizarre. Puis voir le lieu se remplir de vingt mille personnes, ça a donné un boost énorme. C’était la toute première fois que nous pouvions aller en backstage à midi et nous mettre complètement minables. C’était génial ! Je me souviens… Je ne me souviens pas de grand-chose [rires]. Je crois que nous nous sommes vraiment bien éclatés. Nous avons fait des trucs stupides, mais c’est le cas de tout le monde quand on est bourré, non ? Le truc, c’est qu’en allant au Wacken, nous avons amené plein d’amis et de membres de nos familles. Donc nous traînions là-bas dans notre petit monde, et évidement tu rencontres des gens d’autres groupes et tout. L’atmosphère est merveilleuse là-bas. J’espère que nous pourrons y retourner. J’ai tellement de bons souvenirs de ce festival.

Esa Holopainen (Amorphis – guitare) : Le truc le plus bizarre était probablement quand nous tournions avec Volbeat, nous ouvrions pour eux et ils faisaient cet énorme concert chez eux, à Copenhague, au Danemark. Ils avaient invité tous leurs amis et après le concert, il y avait une fête en backstage. J’y suis allé et il y avait plein d’invités. Il y avait Mille [Petrozza] de Kreator, je me souviens lui avoir parlé. Puis je me suis retrouvé à parler à Cliff Burnstein, le manageur de Metallica, qui manage aussi Volbeat. Puis j’ai parlé à Lars Ulrich, qui a été invité par Volbeat pour jouer de la batterie. C’était mon moment de fanboy, donc j’ai probablement fait l’éloge de Master Of Puppets et Ride The Lightning – c’était les meilleurs albums avec les premières démos [rires]. Il y avait plein de gens que je n’aurais jamais imaginé rencontrer. Ils étaient là, dans cette pièce pas si grande que ça dans les coulisses. C’était amusant, et étrange, je dois dire.

Illustrations : Will Argunas.



Laisser un commentaire

  • Arrow
    Arrow
    Tool + Brass Against @ Paris
    Slider
  • 1/3