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Interview   

BACKYARD BABIES : ENTRETIEN AVEC DREGEN




Radio Metal : Cet album est très riche en matière de mélodies, riffs et refrains : il donne vraiment envie de vous voir sur scène ! Comment avez-vous procédé sur l’écriture de cet album ?

Dregen (Guitare/Chant) : L’année prochaine, ça fera 20 ans que Backyard Babies a le même line-up. Quand nous avons commencé, nous avions 15 ans, maintenant nous en avons 35 mais je crois que l’idée que nous avons du combo est la même. Nous aimons toujours les albums que nous avons sortis quand nous avions 15 ans, nous n’avons pas vraiment changé de musique mais bien sûr au fil des années nos goûts ont évolué indépendamment les uns des autres. Dans le groupe, par exemple, je suis le seul à avoir quelques albums de hip-hop et je ne sais pas combien d’albums de country et western music Nicke a par exemple. En ce qui concerne l’album Backyard Babies, si tu prends les cinq opus précédents et presse le meilleur de ce que nous pouvons faire …tu obtiens Backyard Babies ! C’est comme d’avoir une échelle de 360 degrés, nous pouvons aller d’une ballade avec juste une guitare et un chant comme sur « Saved By The Bell » à un titre plus punk comme « Zoe Is A Weirdo » ou plus tourné vers les riffs comme dans « Degenerated ». Il y a différentes chansons mais ça sonne de toute façon comme du BB.

Voilà pourquoi vous l’avez appelé BB justement !

Oui !

L’enregistrement a duré 90 jours, ce qui peut sembler assez court…

Dans notre carrière, nous avons pu passer cinq mois en studio mais nous avons aussi pu faire un album en deux semaines. En tout et pour tout, nous nous sommes sérieusement penchés sur l’écriture de cet album vers les fêtes de fin d’année 2007 Nous avions déjà fait le travail d’écriture pendant cinq ou six mois avant d’entrer en studio. Nous étions assez bien préparés, ce n’était pas comme si on s’asseyait dans le studio à se demander ce que nous allions faire, nous étions assez concentrés.

Et comment était l’atmosphère ?

C’était plutôt calme cette fois-ci. Nous avons à nouveau travaillé avec l’excellent producteur Jacob Hellner (Rammstein, Clawfinger). C’est la première fois que nous utilisons un même producteur pour plus d’un album, et je pense que nous travaillerons à nouveau avec lui.

Penses-tu que cet album peut faire office d’une bonne introduction à BB pour quelqu’un qui ne vous connaît pas ?

Oui, et c’est également pour cela qu’on a appelé l’album Backyard Babies ! Si vous êtes un nouveau fan et que vous voulez connaître la discographie du groupe mais que vous n’aimez pas ce dernier album ça ne servira à rien de jeter un coup d’oeil sur les vieux opus…parce que vous ne serez assurément pas fan !


(Dregen) : « Si vous êtes un nouveau fan et que vous voulez connaître la discographie du groupe mais que vous n’aimez pas ce dernier album ça ne servira à rien de jeter un coup d’oeil sur les vieux opus…parce que vous ne serez assurément pas fan ! »

Alors comment décris-tu cet album par rapport aux autres ?

C’est comme le hamburger que vous achetez 5 minutes avant que sonne 5h du mat après une longue nuit dans les clubs ou autres. (NDLR : Voilà une bonne comparaison : on sent le vécu !) Vous voulez de tout, du fromage ? Oui ! De la mayonnaise ? Oui ! Du Ketchup ? Oui ! Nous avons voulu mettre en avant les meilleurs ingrédients. Si je devais le comparer aux autres albums, je dirais qu’il est légèrement plus orienté sur les riffs.

Et ça te plaît je suppose…

Bien sûr : je suis le guitariste !

Oui, mais est-ce que c’est quelque chose que vous avez cherché à obtenir dès le départ ?

Oui, d’une certaine manière, la question s’est posée. Nous avons toujours porté beaucoup d’attention à l’écriture dans BB, et je crois qu’on s’en sort bien. Mais nous avons également beaucoup tourné et de ce fait, nous sommes devenus de meilleurs musiciens dans une formation elle aussi meilleure. Nous nous sommes logiquement tournés vers une composition basée sur le riff.

Maintenant explique-nous, si tu le veux bien, de quelle type de rébellion il est question dans la chanson « Fuck Off and Die ». Est-ce personnel ou bien ce sont des sentiments plus généraux ?

Oui c’est personnel. En fait, ce n’est pas aussi agressif que le titre le laisse à penser. J’ai écrit les paroles, et je parle de mes sentiments. Chaque humain sur cette planète a un côté sympa et poli mais aussi un côté sombre et mauvais, c’est un peu le yin et le yang. Lorsque mon côté sombre prend le dessus, je voudrais l’envoyer chier et qu’il meure. Je ne sais pas si tu as vu le clip mais les ombres représentent le côté sombre dont on ne veut pas qu’il nous fasse faire certaines choses… et qui pourtant nous les fait faire.

Tu as écrit les paroles…

Oui et j’ai composé la chanson aussi.

Pourquoi avoir partagé le chant avec Nicke ?

Et bien je trouve que ça sonne bien. J’ai toujours aimé les groupes qui ont plus qu’un chanteur. J’ai grandi avec Paul Stanley et Gene Simmons de Kiss mais j’aimais aussi Ace Frehley. Pareil pour les Rolling Stones, j’aime quand Keith chante.

En parlant de rébellion en général, penses-tu qu’il y a toujours un esprit de rébellion dans le hard rock de maintenant ?

C’est une bonne question parce que beaucoup de monde jacasse à propos de ça. Tout le monde est habillé de la même manière, utilise une batterie, une basse, une guitare, les mêmes. D’une certaine manière c’est une sorte de rébellion mais de nos jours, c’est difficile de définir ça. C’est une chose positive que l’industrie de disque se soit cassée le nez depuis ces 5 dernières années. En Europe par exemple, la « rébellion attitude » est plus tenace qu’aux Etats-Unis. Je parle des compagnies importantes qui contrôlent tellement les artistes. Ils montent des groupes de toutes pièces, comme des boys bands et leur disent de chanter de telle manière, d’avoir tel look, il n’y a aucun esprit de vraie rébellion. C’était un peu la manière dont nous ressentions le choses lorsqu’on a quitté BMG ; c’est pourquoi on a sorti cet album sur notre propre label (Billion Dollar Babies). Il n’y a aucun problème de censure en sortant un single intitulé Fuck Off and Die, on est les boss et on fait ce qu’on veut !

C’est une façon d’entretenir cet esprit de rébellion ?

BB est un groupe schizophrénique, nous avons un pied dans la scène underground avec notre côté punk, et d’un autre côté nous voulons mener le groupe aussi loin que possible. Dès qu’un CD sort, on est commercial, il faut vendre. Il y a différents niveaux en enfer, différents degrés de chaleur. Si McDonalds me demande de lui faire de la pub pour un big mac, je dirais non parce que ce n’est pas moi, mais en même temps je porte des Shock Taler depuis l’âge de 12 ans alors si Converse me demande de leur faire une chanson… Vous pouvez penser ok c’est une grosse compagnie mais ces chaussures font partie de mon identité. La frontière est fine (…) Je ne pense pas que ça soit super que les gens te reconnaissent dans la rue après que tu aies fait une pub pour McDonalds… Ca tue la personnalité artistique à petit feu.

C’est ton état d’esprit au bout de 20 ans ou ça a toujours été le cas ?

Je pense que je suis un peu plus « attiré » par l’argent qu’il y a 20 ans ! Non, pas vraiment, la bonne chose quand tu vieillis c’est que tu gagnes en confiance. Il y a 10 ans quand on sortait un album, on se demandait quelles allaient être les réactions des fans et des journalistes. Maintenant, c’est 100% nous, c’est « fuck you » et j’en suis fier. C’est à prendre ou à laisser, ce qui est plutôt une bonne chose. Nous sommes dans le business depuis 20 ans donc je pense qu’on peut se vendre un peu. Je ne devrais pas dire ça mais si on a la chance d’obtenir un certain montant, on peut l’utiliser à notre guise…

Je ne sais pas s’il y a un lien avec la présente conversation…mais qui sont les « Idiots » que tu évoques dans la chanson ?

C’est une chanson écrite par Nicke. Je ne sais pas si vous avez ce type d’émission en France, aux US, ça s’appelle American Idol. De jeunes personnes viennent chanter, ils obtiennent un producteur, sortent un album, deviennent des stars, vendent beaucoup d’albums et au bout de 4 semaines plus personne ne se souvient d’eux, ils n’ont laissé aucune trace dans l’histoire de la musique. Désolé pour McDonalds mais c’est pareil quand tu manges un big mac, ça a du goût et deux heures après tu as encore faim et tu te sens con. Voilà de quoi parle Idiots. De nos jours les groupes, je ne devrais pas dire gâchent, mais se forment le lundi, enregistrent une démo le vendredi et s’il n’ont pas une signature avec une maison de disque ou du succès dans les deux semaines, ils arrêtent le groupe. Monter un groupe…c’est surtout beaucoup de travail.

Est-ce que tu comprends cet état d’esprit ? Tout vouloir tout de suite…

Je veux tout mais pas maintenant. Pour atteindre ce niveau, il faut passer tout un tas d’épreuves.

Si tu montais un groupe aujourd’hui, tu ferais pareil ?

Non.

Tu comprendrais qu’il faut du temps avant de récolter le fruit de ses efforts ?

Oui je pense mais de nos jours tout est plus rapide d’une façon générale. Dans le domaine de la culture, prenons la peinture par exemple, tu ne peux pas peindre un tableau et le vendre, il faut deux bonnes semaines avant que ça soit sec. Pareil pour le vin. Chaque chose doit prendre son temps. Donc « Idiots » parle de ça, de l’industrie du disque et l’état d’esprit fast-food dans la musique.

Et les paroles en général ne sont pas très positives, il y a de la déception en amour, un sentiment de revanche…

Nous sommes quatre garçons qui apprécions la vie. Lorsque je suis joyeux, je peux penser à mille façons de m’exprimer au lieu de m’asseoir et d’écrire une chanson sur mon contentement. Nous écrivons de meilleures chansons lorsque nous sommes en colère après quelque chose ou frustrés ou même tristes. Personnellement j’apprécie plus les chansons qui traitent d’une colère ou d’une tristesse que quelque chose comme : « oh il fait beau aujourd’hui, je suis content » ! C’est difficile pour moi de m’exprimer, si je suis heureux je préfère garder ça pour moi… mais quelque chose qui m’emmerde, je veux écrire sur ça !

Est-ce que vous voulez amener les gens à réfléchir au travers de vos paroles ou juste apporter du fun avec la musique ?

Plus du fun, la musique d’abord. Le jour où je tiens une idée que je veux vraiment écrire/développer je vais voir un éditeur pas une maison de disque. Je ne pense pas que ça soit très dur à comprendre. Nous avons une opinion sur la guerre en Irak ou le réchauffement climatique, bien sûr, tout ça c’est merdique, mais ce n’est pas notre mission de parler de ça, on laisse ça à Bono et U2 parler de la pop/du Pape et tout ça… Nous on préfère traîner avec les Rolling Stones !

On en a parlé un peu plus tôt mais ça fait 20 ans que vous êtes ensemble, quelle est ta réaction lorsque tu entends que BB a atteint un statut respectable, que vous êtes une référence et même une influence pour de nouveaux groupes ?

C’est… c’est amusant, j’en suis fier, j’espère que ça va durer.

Est-ce juste ton sentiment ou celui du groupe ?

Celui du groupe. Nous avons beaucoup travaillé, et ce n’est pas forcément marrant tout le temps. Lorsque tu passes par dessus ces mauvais jours, au final c’est positif.

Après toutes ces années dans la musique, y a t-il quelque chose que vous n’avez pas atteint ?

BB est allé directement au premier rang des charts suédois, et Abba avec Mamma Mia à la seconde, donc c’est vraiment bien ! C’est assez important parce que notre musique n’est pas celle qu’on s’attend à retrouver à ce niveau. Peut-être que pour le prochain album on pourra être numéro 1 en France. Nous allons jouer le 6 octobre à La Locomotive, pour moi ça serait un rêve de pouvoir faire complet, et la prochaine fois que nous venons nous jouerons dans une salle plus grande qui sera aussi complète. Bref, nous fonctionnons étape par étape.

Ok, donc c’est trop tôt pour parler du prochain album je suppose ?!

Oui, oui, je ne veux pas en parler !

Vous voulez sans doute vous concentrer sur la promo…

Oui, et il manque un bon DVD live à notre catalogue, nous devrions sans doute y penser.

La dernière question concerne la pochette. Pourquoi avez-vous voulu réutiliser cette fameuse photo des indiens laveurs de vitres à New-York pour illustrer la couverture de l’album Backyard Babies?

Depuis que je suis tout petit, j’ai toujours vu cette image dans chaque restaurant de Stockholm… J’étais assis avec ce gars, Micke Eriksson , avec qui on a travaille depuis des années et qui s’occupe de notre artwork et photos etc… On se demandait pourquoi aucun groupe ne l’avait reprise à son compte. D’une certaine manière ça représente le rock n’roll. En fait sur l’image originale les ouvriers construisaient l’immeuble de la RCA…et il s’agit de notre ancienne maison de disque ! Donc c’était un peu marrant. Sur cette photo, vous êtes au sommet du monde et si vous faites un pas en avant vous tombez, et à la fin on tombe tous…

Tu veux rajouter quelque chose pour conclure cet entretien ?

Réservez votre 6 octobre et venez même si vous êtes de Toulouse ou Rennes ! Il y a des voitures, des avions, l’auto stop, des vélos, et les amis d’amis pour vous emmener !

Entretien réalisé le 15 septembre 2008 à Paris
MySpace Backyard Babies : myspace.com/backyardbabies



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