ENVOYEZ VOS INFOS :

CONTACT [at] RADIOMETAL [dot] FR

Interview   

Backyard Babies remonte quatre à quatre les marches du rock n’ roll


Backyard Babies by Ville Juurikkala

Il est clair qu’on ne se rend pas toujours compte que faire vivre un groupe au niveau professionnel peut être éreintant. Voir tous les jours, pendant des mois, sur scène, dans l’espace confiné d’un van ou dans les chambres d’hôtels, toujours les mêmes têtes peut finir par porter sur les nerfs. Et la cohabitation peut naturellement vaciller. Sans même parler de l’inspiration qui peut s’éroder dans la routine ou de la volonté de se construire une vie – familiale, par exemple – à côté de la musique. Tout groupe – surtout lorsqu’il n’a pas changé de line-up depuis vingt-cinq ans – semble avoir besoin à un moment ou un autre d’une respiration et laisser ses membres vaquer à d’autres occupations pour se ressourcer. Six ans que Backyard Babies a disparu des écrans radars avant de réapparaître cette année, alors qu’en 2009 le guitariste Dregen disait que « si la pause durait un an, ce serait un grand maximum. » Comme quoi il y avait un réel besoin de prise de recul que les membres du groupe ne contrôlaient pas totalement.

Mais voilà, les quatre compères sont enfin de retour pour délivrer leur rock n’ roll festif des plus efficaces avec leur nouvel opus Four By Four, et les fans peuvent se réjouir d’avoir évité le pire, à savoir, un split du groupe, comme nous en parle Nicke Borg, le chanteur-guitariste de la bande, ci-après. Nous sommes donc très largement revenus sur ce long hiatus, mais aussi et surtout sur le retour, pour comprendre comment le groupe a mûri et quel état d’esprit l’anime aujourd’hui.

Backyard Babies by Ville Juurikkala

« [La pause,] c’était ma décision et j’ai pris le risque que peut-être il n’y aurait plus jamais de Backyard Babies ! »

Radio Metal : Backyard Babies s’est absenté pendant six ans avant de revenir cette année avec un nouvel album baptisé Four By Four. Qu’est-ce qui vous a poussés à faire cette pause de six ans ?

Nicke Borg (chant & guitare) : Nous faisons ça depuis la fin des années quatre-vingt et, comme avec tout ce qu’on fait dans la vie, je pense qu’il est sain, après plus de vingt-cinq ans, de prendre un peu de hauteur sur ce qu’on fait. Personnellement, j’avais besoin de voir si je voulais vraiment continuer à jouer de la musique. Car nous avons débuté ce groupe lorsque nous étions très jeunes et nous avons commencé pour les voyages, la drogue, les filles, les fêtes, tout, et… Je veux dire que la musique n’était pas la priorité [petits rires]. Donc je pense que nous en avions un peu marre de toute l’industrie, marre d’avoir fait la même chose pendant tant d’années. Nous voulions continuer en tant que groupe mais nous voulions aussi nous assurer que nous pouvions effectivement le faire. C’était ma décision mais c’est un peu plus tard que les autres gars ont reconnu que nous avions besoin d’une pause, de nous éloigner les uns des autres, nous éloigner de cette scène musicale et de retrouver l’inspiration, de relancer le feu. Car autrement, je pense que nous aurions peut-être fait un autre album et ensuite nous aurions sans doute splitté, et nous ne voulions pas splitter. Voilà pourquoi.

Penses-tu que tous les groupes devraient faire une pause de temps en temps pour maintenir l’inspiration et la motivation ?

[Petits rires] Eh bien, il est possible que ça sonne un peu comme si je savais tout mais, ouais, je le pense effectivement ! Je pense que c’est une très bonne chose. Je veux dire que la plupart des gens n’osent pas le faire parce qu’ils ont peur de diverses choses et ils ont beaucoup d’intérêts dans le groupe, et ils ne savent pas ce qu’il va se passer. C’était une pause honnête. Encore une fois, c’était ma décision et j’ai pris le risque que peut-être il n’y aurait plus jamais de Backyard Babies ! J’étais prêt à prendre ce risque parce que je savais que si nous continuions, le groupe finirait par se séparer de toute façon. Je crois que les groupes ont besoin d’être poussés jusqu’à une certaine limite pour prendre cette décision. Mais, ouais, je crois que beaucoup d’artistes ou groupes devraient prendre des pauses plus tôt au lieu d’essayer de se forcer à sortir un nouvel album, de faire une nouvelle tournée, etc. Tu peux te rendre compte lorsque les groupes ne veulent pas jouer et composer de la musique ensemble ; c’est un peu tragique, surtout pour les fans. Je veux dire que Backyard Babies est un groupe très porté sur ses fans. Le groupe a été construit par les fans. Monter sur scène et jouer, alors que tu ne veux pas le faire, ce n’est pas juste pour les fans. Nous avons donc dit aux fans : « Ok, vous devrez être patients. Nous allons faire une pause. Nous ne sommes pas certains de ce qu’il va se passer mais si nous revenons, nous reviendrons avec honnêteté. Et nous reviendrons parce que nous voulons revenir, être sur scène et jouer à nouveau. » Les gens nous ont vus cet été et ils ont sûrement vu la différence, car nous nous éclatons, nous adorons être à nouveau sur scène ensemble, donc c’est top.

La rumeur voulait que la tournée que vous aviez faite en soutien de la compilation Them XX serait votre dernière. Est-ce que vous avez, à quelque moment que ce soit, pensé à arrêter Backyard Babies au lieu de faire ce break ?

Tout le monde était un peu fatigué et en colère à la fin lorsque nous faisions ça. Donc, comme je l’ai dit, j’étais prêt à prendre ce risque. Si personne n’avait voulu jouer à nouveau cette année… Car, mon idée était que nous devrions sortir un nouvel album en 2015, j’y avais déjà réfléchi en 2013, mais je ne savais pas si Dregen, Peder et Johan seraient partants. Nous ne pensions pas que nous devions arrêter le groupe mais, comme je l’ai dit, il y avait un risque que nous splittions. Nous ne savions pas. Je suppose que c’est pourquoi les gens sont ultra contents aujourd’hui, car ils savaient que c’était une pause honnête. Il n’y avait pas de stratégie de promotion derrière ça. C’était juste quelque chose qui est venu… C’est ainsi que ce groupe a agi : nous jouons toujours avec notre cœur, tu sais, nous ne simulons rien. Cette pause n’était pas simulée non plus. Nous étions juste là : « Ok, faisons une pause. Il se peut qu’on ne joue plus jamais mais on espère que si. »

En 2009 Dregen a dit que « pour Backyard Babies, deux semaines c’est une longue période. Si la pause durait un an, ce serait un grand maximum. »

[Rires]

On dirait qu’un an s’est finalement changé en six ans… Est-ce que vous aviez besoin de tant de temps pour vous sentir prêts pour un retour ?

Il y a deux choses à considérer par rapport à ça. La première est que tu peux facilement dire que ce n’est pas Dregen qui décide des choses dans ce groupe [petits rires]. La seconde est que j’ai lancé mon truc solo, Nicke Borg Homeland, et j’ai commencé à sortir des albums et jouer en concert. Et Dregen a toujours dit qu’il voulait aussi faire un album solo et ça lui a pris beaucoup de temps de le faire. Il a passé quelques années à ne rien faire ! Et ensuite, il a joué avec Michael Monroe, et il a enfin sorti son album solo. Ensuite il a voulu tourner pour cet album avec le groupe qu’il avait constitué. Et moi, pendant ce temps, j’ai continué à travailler avec d’autres gens. Ouais, peut-être que nous avions besoin de tout ce temps, ou peut-être pas, mais puisque nous étions occupés à faire d’autres choses, ça a pris cinq ou six ans.

Tu as d’ailleurs enregistré pas moins de quatre albums sous ton propre nom pendant ce temps. Penses-tu que faire tes propres trucs de ton côté était une nécessité ? Avais-tu quelque chose à te prouver à toi-même en faisant ça ?

Les deux, ouais. Quiconque a été dans un groupe pendant toute sa vie, je pense, finit par vouloir essayer de se montrer, à lui-même et peut-être au monde, qu’il peut faire des choses tout seul ou avec d’autres gens. Lorsque j’ai commencé à travailler avec d’autres compositeurs et artistes, j’étais plutôt content de pouvoir rencontrer un peu de succès avec mes trucs solos. Ça m’a donné un peu confiance en ce que je fais avec Backyard Babies et la façon dont je compose et aborde Backyard Babies. Je suppose que tu peux dire que c’était quelque chose que j’avais besoin de faire pour me prouver à moi-même et aux autres que je pouvais faire plus de choses en tant qu’artiste que simplement les trucs de Backyard Babies. Et j’ai aussi appris à devenir un artiste plus ouvert, de façon générale, ce qui est bien aujourd’hui pour Backyard Babies.

Backyard Babies by Ville Juurikkala

« Lorsque j’étais en train d’essayer de jouer des chansons de Backyard Babies avec ces supers musiciens, ça sonnait comme de la merde ! [Rires] Je suppose que c’est parce qu’ils étaient trop bons ! »

Et qu’est-ce qui a déclenché le retour de Backyard Babies aujourd’hui ?

Plein de choses, je suppose. Tout d’abord, j’adore le type de groupe que nous sommes. J’adore composer, performer et jouer en concert les trucs de Backyard Babies. J’ai commencé à écrire plein de chansons de Backyard Babies et je me suis dit que ce serait vraiment dommage de ne pas enregistrer et sortir ça. Aussi, mes trucs solos étaient complètement différents. Souvent, je joue face à une audience assise, c’est plus des trucs calmes, en acoustique, de country et americana, alors que Backyard Babies c’est à fond du rock n’ roll, comme tu le sais. Et ça c’est quelque chose qui, une fois que tu y as goûté, te manquera si tu ne l’as plus ! Donc, j’avais envie de revoir les fans et d’être sur scène pour jouer nos vieux trucs mais aussi de nouveaux trucs. Et je savais, comme Dregen l’a aussi dit, que Backyard Babies avait encore beaucoup à offrir avant de tirer sa révérence. J’espère que nous pourrons continuer ce groupe pendant encore au moins vingt ans !

Le truc délicat par rapport au fait de revenir avec un album après une si longue pause, c’est qu’il y a beaucoup d’attentes. Donc, quel était l’état d’esprit du groupe lorsque vous vous êtes réunis pour commencer à concevoir Four By Four ? Avez-vous ressenti de la pression ?

D’une certaine manière, oui ! D’un autre côté, j’ai composé toutes ces chansons sur une période d’une année environ, par intermittence, et je savais que c’était de super putains de chansons, et je savais que lorsque Dregen, Peder et Johan allaient s’ajouter aux chansons, elles allaient être géniales. Et lorsque nous avons composé « Th1rt3en Or Nothing », nous savions que nous avions un premier single, genre : « Ce sera notre première sortie ! » Nous le savions lorsque nous étions en train de la composer. La pression est toujours présente et, d’une certaine façon, il y en avait même un peu plus parce que nous avons été absents, comme tu l’as dit, mais d’un autre côté, je pense que nous avons beaucoup gagné en confiance en soi avec les années et nous sommes un groupe mûr aujourd’hui [petits rires], donc nous ne dépendons pas tellement de ce que les médias et les gens pensent. Je suis sûr que si tu as aimé Backyard Babies auparavant, tu adoreras cet album. C’est un album qui a un peu de tout dans notre carrière. Je trouve que c’est difficile de… Je veux dire que des gens seront toujours déçus, peu importe ce que tu fais, tu ne peux rien y faire. Mais j’espère que la plupart de nos fans feront front derrière cet album et je suis assez certain qu’ils le feront.

Apparemment, cet album a été conçu en deux temps…

C’est juste que nous avons eu l’opportunité de commencer à enregistrer quatre chansons qui étaient finies, car nous n’avions jamais fait ça auparavant. Et aussi, nous avions besoin de commencer à enregistrer le premier single, de manière à nous assurer qu’il sortirait à temps. Pour nous, c’est assez intéressant de commencer avec quelques chansons en studio et les finir, et ensuite retourner en salle de répétition pour continuer à composer et finir les cinq autres chansons. C’est un luxe, car parfois tu n’as pas le temps ou l’argent pour faire ça, mais nous trouvions que c’était vraiment une bonne idée.

Tu as déclaré que vous avez pu « bien comprendre pourquoi [votre] public aime tant Backyard Babies. » Est-ce important d’avoir en tête l’appréciation du public en composant de la musique ?

Ouais, je veux dire que, comme je l’ai dit plus tôt, ce groupe s’est construit autour de nos fans qui l’ont beaucoup soutenu pendant des années et qui ont toujours été à nos côtés. Certains fans aiment les albums du début, d’autres les derniers, mais il y a quelque chose avec ce groupe qui est assez unique, et je ne suis pas sûr de savoir ce que c’est mais nous avons essayé de comprendre pourquoi les fans aiment tant le groupe et pourquoi nous aussi nous aimons tant le groupe. Je pense que ça a à voir avec le fait que nous composons avec honnêteté. Nous sommes un peu stupides, d’une certaine façon. Nous ne planifions pas vraiment les choses, nous nous contentons de composer et nous ne savons pas comment ça va sonner avant d’être dans le studio, et nous avons toujours procédé ainsi. Parfois ce n’est pas une bonne période et parfois ce n’est pas la musique la plus à la mode qui soit mais je suppose que les gens peuvent s’identifier au groupe, les fans peuvent s’identifier à notre truc qui est honnête. Tu sais, nous n’étions que quatre gosses d’une petite ville qui ont grandi dans ce groupe. Je crois que nous avons essayé de retrouver ce sentiment lorsque nous avons enregistré le nouvel album, des chansons très honnêtes. La ballade, c’est vraiment une ballade, « Th1rte3n Or Nothing » est vraiment un morceau groovy de Backyard Babies, la chanson rapide est vraiment une chanson punk rapide, etc. Il n’y a aucun compromis.

L’album est en fait assez court. N’avez-vous pas peur que les fans restent un peu sur leur faim après la longue attente ou était-ce en réalité l’intention d’offrir un album à la fois concis et solide, sans remplissage ?

Ouais, c’est clair. Je crois que tout le concept de l’album est à l’agonie. Même si j’adore les albums, je trouve qu’il y a eu une génération qui a enregistré des albums trop longs, avec beaucoup, comme tu l’as dit, de remplissage ou de chansons bonus ici et là. Je pense que les fans qui achèteront cet album n’auront vraiment pas le sentiment d’avoir trop peu de musique. Ils ont neuf putains de chansons géniales ! Et ils verront un vrai show lorsqu’ils viendront nous voir en concert, nous jouons toujours un peu plus longtemps, tu sais. Mais je trouve que la musique rock n’ roll ne devrais pas être surconsommée, tu sais. Peut-être allons-nous essayer de composer et enregistrer un nouvel album rapidement, je n’en suis pas sûr, mais je pense que ce serait stupide de faire… [Petits rires] Je veux dire que les Use Your Illusions sont de supers albums mais c’est un bon exemple d’une trop longue attente pour revenir avec vingt nouvelles chansons. C’est toujours dur de faire plein de super chansons en studio, car tu es dans un état d’esprit particulier lorsque tu composes un album. Je crois que, pour nous, ces neuf chansons étaient parfaites. Nous y avons mûrement réfléchi : « Devrait-on en avoir neuf ? Devrait-on en avoir dix ? » Mais nous avions un très, très bon sentiment sur le fait de nous arrêter sur neuf chansons !

Backyard Babies - Four By Four

« Backyard Babies est un 4×4 ! On passe dans la boue, les terrains et, putain, partout, on gravit des montagnes. »

Avec tous les projets que vous avez faits, avez-vous eu l’impression en concevant Four By Four d’avoir maturé en tant que compositeurs et musiciens ? Surtout toi, avec ta carrière solo…

Ouais, clairement. Je veux dire que j’étais un peu en train de peaufiner mes talents de composition de mon côté et avec d’autres gens, et puis j’écris aussi beaucoup de musique pour d’autres artistes. Je pense avoir mis les meilleures choses que j’ai apprises en travaillant avec d’autres dans la composition du nouvel album de Backyard Babies. C’est désormais plus facile lorsque tu sais pour quoi tu composes, car tu peux te concentrer là-dessus. Les premières années, j’étais beaucoup porté sur la country et les trucs acoustiques, et parfois j’avais envie d’inclure ça dans Backyard Babies alors que ça n’était pas censé s’y trouver, tu vois ce que je veux dire ? Du coup, maintenant que j’ai mon projet solo et l’occasion d’écrire et enregistrer avec d’autres gens, je n’ai plus besoin de combiner ces trucs dans Backyard Babies. Aujourd’hui, Backyard Babies peut être encore plus Backyard Babies qu’il n’a jamais été.

Tu as déclaré que cet album était « un mélange de développement personnel et du fait d’avoir retrouvé l’essence et les énergies du groupe… » Comment y êtes-vous parvenus ? Comment avez-vous retrouvé l’essence du groupe ?

[Rires] Je ne sais pas, ce sont des conneries [rires]. Bon, je veux dire que, comme je l’ai dit, nous avons grandi avec ce groupe et nous avons toujours vécu dans ce groupe, et lorsque nous avons fait une pause en 2009 ou 2010, nous avons fait plein d’autres trucs, nous nous sommes mariés, certains ont eu des enfants, nous avons construit les familles que nous avons aujourd’hui, etc. et je pense qu’on commence à vivre et apprécier la vie sous un autre angle. Et en faisant ça, je crois que je pensais à l’avenir et j’avais envie de retourner sur scène avec les autres et revoir l’audience rock n’ roll. Car si tu ne fais que ça, c’est comme tout : ça devient ennuyeux ! Tout le monde avait envie d’une vie de famille pendant un moment et aujourd’hui nous avons l’opportunité parfaite de combiner la vie de famille et les tournées rock n’ roll, ainsi que d’autres boulots. Je le recommande à tout le monde, peu importe ce qu’on fait. Je travaille aussi dans une station de radio – je suis au studio de radio là tout de suite – et lorsque je me pose ici toute la journée – je travaille depuis huit heures ce matin – je suis là : « Ok, j’ai vraiment envie de partir en Espagne mardi pour jouer ! » Car le fait de faire d’autres boulots me donne encore plus d’énergie pour jouer et enregistrer avec Backyard Babies. Je crois donc que c’est ainsi que tu trouves l’énergie.

D’ailleurs, comment définirais-tu l’essence du groupe ?

[Rires] Eh bien, l’essence du groupe c’est qu’il s’agit de quatre mecs qui sont à peine capables de jouer de leurs instruments, comme Nirvana, comme Guns N’ Roses, comme tous ces groupes. Je veux dire qu’ils étaient à peine capables de jouer au début mais ils avaient envie de jouer, ils voulaient avoir un groupe. Ils ont commencé dans un garage, à balancer des chansons et elles étaient vraiment merdiques, ils ont plagié pas mal de trucs et ils n’arrivaient à rien, mais tout d’un coup, quelque chose s’est passé ! Les chansons sont devenues meilleures, un genre de son a commencé à prendre forme et c’est ainsi que tu obtiens un son et un vrai groupe. De nos jours, lorsque tu passes des auditions ici et là, tu as des putain d’émissions à la télévision et tu as des groupes qui sont assemblés par des maisons de disques et toutes ces merdes, tu ne peux jamais trouver ce que Nirvana avait, ce que U2 a, ce que Backyard Babies a… Je pense que c’est ça l’essence du groupe. Si tu retires Johan ou, évidemment, Dregen ou moi, il ne serait même pas question de continuer en tant que Backyard Babies. Ce serait juste : « Ok, on arrête là, on fera d’autres trucs à la place. » Peu de groupes ont réussi en changeant des membres… Mais l’essence, c’est comme… Le rock n’ roll ! Je ne sais pas. [Rires] C’est difficile à expliquer autrement que comme ça !

Tu as dit qu’au début, tous les quatre vous étiez à peine capables de jouer. Penses-tu que la volonté de jouer soit en fait plus importante que la capacité à jouer ?

Ouais, c’est sûr. J’en suis convaincu. Aujourd’hui, je respecte vraiment les bons musiciens. Je veux dire que, lorsque j’ai fait mon truc en solo, lorsque j’ai travaillé avec d’autres gens, parfois je jouais avec des musiciens vraiment supers… C’est ridicule ! Je me sens vraiment stupide, tu sais, parce qu’ils sont tellement bons, mais lorsque j’étais en train d’essayer de jouer des chansons de Backyard Babies avec ces supers musiciens, ça sonnait comme de la merde ! [Rires] Je suppose que c’est parce qu’ils étaient trop bons ! Ils ne parvenaient pas… J’ai joué avec un batteur une fois, c’est un batteur incroyable, et nous allions envoyer la sauce et jammer, je crois que c’était sur « Minus Celsius » des Backyard Babies, pour un concert que nous avons donné, et il n’arrivait pas à jouer ! Il ne pouvait pas jouer la chanson ! J’étais là : « Gars, c’est tellement simple ! » Et il était là : « Ouais mais j’imagine que c’est justement le problème, tu vois ! » Car Peder joue de la batterie d’une façon très particulière, tu sais. Personne ne peut jouer comme Peder, et ce n’est pas parce qu’il est super bon, c’est parce qu’il est unique ! Donc, ouais, la volonté de jouer, je suppose que c’est plus important. Et aussi, la volonté de jouer, comme je l’ai dit, c’est avec ça que tu te construis un son et un groupe. Car si quatre types veulent vraiment jouer ensemble et qu’ils continuent à jouer ensemble, au bout d’un moment, un son se formera.

Le titre de l’album Four By Four fait évidemment référence aux membres du groupe. Mais quelle signification mets-tu derrière ce titre ?

C’est un titre marrant parce qu’évidemment il parle de nous mais c’est aussi comme une comparaison avec un camion à quatre roues motrices. Backyard Babies est un 4×4 ! On passe dans la boue, les terrains et, putain, partout, on gravit des montagnes. Mais si une roue s’arrête de fonctionner, si un membre ne se sent pas très bien, il y a toujours les trois autres qui peuvent faire avancer le véhicule. C’est très poétique ! [Petits rires]

Il y a une chanson qui s’intitule « I’m On My Way To Save Your Rock N’ Roll » As-tu le sentiment que le rock a besoin d’être sauvé ?

[Rires] Et toi, tu le penses ? C’est un peu un titre pour se marrer, à ne pas prendre au sérieux. Si je puis dire, ouais, je crois que Backyard est un groupe dont le monde a besoin parce que nous jouons avec nos cœurs ! Nous jouons avec nos tripes ! Et, comme je l’ai dit plus tôt, nous ne réfléchissons pas beaucoup. Le rock n’ roll n’est pas censé être mûrement réfléchi. Le rock n’ roll n’est pas censé être un produit. Le rock n’ roll n’est pas censé être un putain de truc à la mode ! Le rock n’ roll est un langage du peuple ! C’est une rébellion ! Et c’est dans cet état d’esprit que Backyard Babies a été formé. Je ne dis pas que peut-être je vais sauver le rock n’ roll mais, avec ce titre, je dis que je vais sauver votre rock n’ roll. Donc, si vous êtes porté sur le rock n’ roll et que vous avez un peu perdu la foi, je pense qu’en écoutant Backyard Babies, en allant voir Backyard Babies en concert, il se peut que nous vous redonnions un peu d’espoir. Comme je l’ai dit, nous allons essayer de jouer du rock n’ roll pendant encore, au moins dix, vingt ans ou plus, et avec un peu de chance nous ne mourrons pas d’ici là ! [Rires]

Backyard Babies by Ville Juurikkala

« Le rock n’ roll n’est pas censé être mûrement réfléchi. Le rock n’ roll n’est pas censé être un produit. Le rock n’ roll n’est pas censé être un putain de truc à la mode ! Le rock n’ roll est un langage du peuple ! C’est une rébellion ! »

Une autre chanson s’intitule « Wasted Years ». A quelles années gâchées fais-tu référence ?

Nous avons grandi dans une petite ville où je pense que beaucoup de gens sont restés coincés ; ils n’ont pas eu l’occasion de sortir de cette petite ville. Soit ils se retrouvent avec une famille ou quelque chose comme ça trop tôt soit ils se retrouvent coincés avec un boulot à la con. Si j’étais resté, j’aurais complètement gâché mes années. Il n’y a pas grand-chose à faire dans une très petite ville : soit tu fais du sport, soit tu te mets à la drogue ! Je vois les gens qui sont encore dans la ville d’où je viens et je trouve qu’ils sont en train de gâcher leurs années. Mais, ce n’est que mon avis.

Il y a aussi une chanson amusante qui s’appelle « Never Finish Anything ». Est-ce une confession de ta part ?

[Rires] Non, c’est une chanson au sujet de la réalité d’aujourd’hui, toute la consommation de masse, le gavage constant à la TV, sur les réseaux sociaux, les écrans, les plateformes et tout. Tu vois ce que je veux dire ? Tu en fais sans doute l’expérience de ton côté, en étant assis devant ton ordinateur, tu t’apprêtes à écrire quelque chose et tout d’un coup, tu entends quelque chose à la radio, tu vois quelque chose sur Facebook, tu jettes un œil à ton téléphone et ensuite quelqu’un t’appelle… Tu ne termines jamais rien ! Tu es constamment en train de faire des milliers de tâches en même temps ! Il se peut que je renvoie l’image d’un vieux type [petits rires], mais en l’occurrence j’ai quarante-deux ans. Je le dis à mon fils, il a douze ans… Il n’écoute jamais rien… Il est comme partout à la fois ! C’est donc de ça dont parle la chanson. Je trouve que les médias d’aujourd’hui, ou peu importe d’où tu tires tes informations, sont vraiment un problème. Les gosses vont être pas mal perturbés par la façon dont nous vivons aujourd’hui.

La dernière chanson qui s’appelle « Walls » est assez remarquable, en ce sens que c’est vraisemblablement la plus longue chanson du groupe depuis « Shame », sur votre premier album. Elle possède une longue outro un peu flippante et Johan utilise même de la contrebasse. Quelle est l’histoire de cette chanson, qu’est-ce qui l’a inspirée ?

C’est très intéressant parce que la première partie de la chanson est plus une chanson de blues. J’en avais une version électrique, je l’ai jouée à Dregen et il était là : « On devrait faire ça en acoustique ! » Comme un truc à la Danzig, The Doors ou Pink Floyd. Et j’ai dit « ok » et nous avons commencé à travailler dessus en acoustique. Et ensuite, Dregen était assis au studio en train d’improviser un truc genre [il chante une mélodie], quelque chose dans l’esprit du thème du Parrain. Nous étions là : « Ouais ! Ça sonne mortel ! » Et j’ai commencé à jouer des accords par-dessus et tout d’un coup, nous avions une longue outro qui était presque devenue comme une nouvelle chanson. Nous étions là : « On ne peut pas avoir ça ! C’est dingue ! Ça va devenir trop confus et trop long… » « Mais, attends une seconde ! C’est ce que Backyard Babies doit faire ! » Car c’est notre boulot et notre mission d’avoir une chanson comme celle-ci sur l’album, parce que les maisons de disques n’en veulent pas, les stations de radio ne la joueront pas… Mais tu en parles, les fans en parlent, chaque journaliste à qui j’ai parlé jusqu’à présent m’a bien sûr parlé de cette chanson ! Ça en dit long sur la manière dont la musique est censé être composée. Car nous nous sommes tellement éclatés en composant ce truc ! Nous étions allongés par terre dans le studio, avec des vieux chorus et reverbs bien amples, je jouais sur la guitare de Dregen, l’ingénieur du son était en train [d’enregistrer] toute la table de mixage et ça sonnait de façon démentielle ! Nous étions là : « Ouais ! On repart pour un tour ! » C’est inspirant d’enregistrer de la musique comme ça, et tu peux entendre lorsque tu l’écoutes que ça a été enregistré comme ça. Je crois que c’était Trent Reznor qui disait dans le film Sound City qu’aujourd’hui on peut tout faire soi-même sur son ordinateur portable mais qu’on ne devrait pas. Car toutes les erreurs qui sont commises dans la salle de répétition et tous les sons de fou que tu obtiens lorsque tu joues avec quatre personnes, et tout le bruit que tu fais… Tu ne peux pas obtenir ce bruit, tu ne peux pas obtenir tout ça lorsque tu es assis tout seul devant ton ordinateur portable ! Tu ne peux pas télécharger un plugin qui fait des sons psychédéliques improvisés de fou ! L’histoire derrière cette chanson ne va pas plus loin que ça. C’est quelque chose qui est venu pendant que nous écrivions la chanson. Je suis vraiment content que nous l’ayons conservée et que nous l’ayons faite jusqu’au bout. Nous aimons tous ce type de… Nous adorons Entombed, tu sais, il y a un peu de death metal là-dedans, donc c’est cool !

D’ailleurs, cette outro sonne inspirée de films d’horreur ou peut-être comme quelque chose que King Diamond aurait pu faire…

[Rires] Ouais ! Comme je l’ai dit, nous adorons Entombed et le death metal suédois. J’adore Watain, ils sont putain de géniaux ! Je veux dire que nous ne sommes pas un groupe de metal, nous ne sommes pas un groupe d’horror rock ou quoi que ce soit de ce genre mais nous adorons ce type de trucs. Donc dès que nous en avons l’occasion [petits rires], nous jouons des trucs un peu plus sombres que ce que nous faisons habituellement. Nous ne sommes pas des fanas de films d’horreur mais c’est clair que nous aimons le death metal.

Tu as mentionné que les maisons de disques ne veulent pas de ce genre de chansons. Est-ce que vous avez eu des réticences de votre maison de disques ?

Non, pas du tout. Je disais juste ça parce que la maison de disques ne veut jamais soutenir quoi que ce soit qui sorte de l’ordinaire, tu sais. Mais je crois qu’ils sont très contents de l’album de façon générale. Beaucoup de gens qui ont entendu l’album le trouvent cool. Ils ne nous ont pas du tout restreints par rapport à ce que nous devions ou pas faire. Je suppose qu’ils ont un peu [compris] que nous nous concentrons sur les chansons, car c’est ce que je voulais faire lorsque j’ai composé cet album, tu sais, le fait de faire des chansons vraiment solides qui sont complètement dans la veine de Backyard Babies mais aussi qui sonnent un peu neuves et actuelles.

Backyard Babies by Ville Juurikkala

« Tous les sons de fou que tu obtiens lorsque tu joues avec quatre personnes, et tout le bruit que tu fais… […] Tu ne peux pas obtenir tout ça lorsque tu es assis tout seul devant ton ordinateur portable ! »

Ça fait vingt-cinq ans que Backyard Babies existe. Est-ce que vous êtes prêts pour vingt-cinq années supplémentaires ? Penses-tu que la motivation et l’énergie soient de retour pour de bon ?

Ouais. Je veux dire… [Il réfléchit] Je ne sais pas. La seule chose dont je sois sûr, c’est que nous avons fait une pause pour pouvoir à nouveau jouer, et maintenant nous jouons à nouveau. Il est donc possible que nous refassions une autre pause, peut-être dix autres pauses, mais je pense que l’esprit et l’âme de Backyard Babies… Nous nous sommes prouvés à nous-mêmes et aux fans que c’était notre bébé, c’est notre vaisseau mère, nous ne l’abandonnerons pas. Il est clair que Backyard Babies continuera à jouer jusqu’à ce que nous ne puissions plus rester debout sur scène. Mais nous n’allons pas faire ça comme des dingues pendant vingt ans à tourner, sortir dix albums de plus d’affilée. Je veux dire qu’il est important avec Backyard Babies, lorsque nous faisons quelque chose, que ce soit de supers choses. Et aujourd’hui, nous avons fait un super album et nous voulons interpréter cet album autant que possible. Nous verrons après ça. Je n’en ai aucune idée. Mais Backyard Babies est clairement de retour et nous ne sommes pas près de partir. Tout du moins, ce n’est pas ce qui est prévu !

Peut-on s’attendre à d’autres albums solos de ta part ?

Ouais, assurément ! Je veux dire que j’adore enregistrer et composer avec d’autres gens. L’automne va d’ailleurs être très, très chargé pour moi. Je suis sur deux ou trois processus de composition différents où j’écris avec d’autres compositeurs. Je suis avec trois artistes différents pour lesquels je compose de gros trucs. Et je pense aussi qu’à la fin de l’année, je commencerais à composer de nouvelles chansons solos. Je suis un toxicomane en voie de désintoxication, donc j’ai besoin de travailler en permanence [petits rires], autrement je deviens fou. Depuis que j’ai arrêté la drogue et l’alcool, le besoin de travailler est devenu encore plus fort. Je pense que j’ai au moins un album qui traîne et que je vais me mettre à finir en studio. Mais l’an prochain sera pas mal pris par Backyard Babies aussi. Je ne vais pas me risquer à spéculer mais il y aura certainement d’autres albums solos. Et il y aura d’autres albums de tout ce qui peut avoir mon nom dessus.

Les sessions de composition que tu as mentionnées, c’est pour quoi ?

J’ai bien peur que je ne puisse pas te le dire, car c’est un secret pour le moment ! [Petits rires]

Tu as mentionné plus tôt au cours de cet entretien que tu travailles dans une station de radio. Est-ce ton emploi principal ou bien est-ce juste un hobby ?

Non, ce n’est ni mon emploi principal, ni un hobby. C’est juste un boulot. Je suis entré en contact avec une radio il y a environ quatre ans et j’ai commencé à travailler dans une station, j’ai animé ma propre émission une fois par semaine et j’ai fait ça pendant trois ans. Ensuite une plus grosse radio dénommée Rockklassiker, ce qui signifie Classic Rock, a voulu que je vienne pour travailler chez eux. J’ai saisi l’opportunité. Désormais, j’anime ma propre émission chaque jour de la semaine. Donc tous les jours, de six heures à dix heures, du lundi au vendredi, tu peux entendre le Nicke Borg Show. C’est vraiment sympa parce que c’est une radio commerciale mais j’ai quand même cette plage de temps tous les soirs où je peux diffuser des groupes non signés et méconnus qui m’envoient de la musique, j’écoute les démos… Je reçois tellement de musique que je ne peux même pas tout écouter ! Ce sont des trucs très sympas, et je parle de ces groupes et je les diffuse… Je reçois beaucoup de retours par rapport à ça. J’aime vraiment le format radio, je le préfère largement à la télévision, et je trouve que c’est important de nos jours que… Tu sais, beaucoup de gens utilisent ces services de streaming assis devant leur ordinateur portable mais ils ne savent pas quoi rechercher, ils sont juste là : « Ok, j’entre dans cette playlist qui s’appelle Rock N’ Roll… » C’est quoi cette connerie ? Et je considère que c’est mon travail en tant que présentateur radio que de jouer de la musique pour donner des pistes aux gens, genre : « Ecoutez ça, c’est un nouveau truc d’un nouvel artiste, c’est un groupe non signé… » Les gens en général aiment avoir quelqu’un en qui ils ont confiance pour leur faire découvrir de la musique. C’est donc ce que j’aime à propos de la radio. Je n’ai absolument pas prévu d’arrêter ce travail. C’est génial d’être ici, tu sais. Et heureusement, je peux combiner ça avec Backyard Babies. Je fais juste un petit break avec la radio lorsque je pars pour jouer, et ensuite, généralement, je suis de retour le lundi ou mardi pour enregistrer d’autres émissions.

Il y a ce facteur humain dans les radios qu’on ne trouve pas sur Spotify et les choses de ce genre…

Exactement ! Tu sais exactement ce que je veux dire puisque tu as aussi une radio. C’est exactement ce que je disais. Et plein de gens ne le comprennent pas jusqu’à ce qu’on le leur retire. Genre : « Oh, ouais, voilà pourquoi j’aimais tant ma radio ! » Donc, c’est cool.

Interview réalisée par téléphone le 3 août 2015 par Nicolas Gricourt.
Retranscription et traduction : Nicolas Gricourt.
Photos promo : Ville Juurikkala.

Site officiel de Backyard Babies : backyardbabies.com.



Laisser un commentaire

  • Arrow
    Arrow
    Tool @ Hellfest
    Slider
  • 1/3