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Éditorial   

Baiser avec la musique


C’est un comble, mais c’est un fait : il y avait des années que je n’avais pas écouté un disque dans son intégralité, toutes lumières éteintes, sans rien faire d’autre.

Nous vivons dans l’ère de l’immédiat, des bouts d’albums compilés sur un Ipod, des morceaux découverts au compte-goutte en streaming.

Nous autres journalistes sommes les premiers à dénoncer cette évolution alors que nous commettons les mêmes péchés. Certes, plus par nécessité que par fainéantise. Car c’est guidé par l’obsession d’être à la page que je passe mes journées à m’écouter tous les albums que je dois diffuser dans Anarchy X, tout en prenant le bus, en répondant aux mails, en rédigeant des articles ou en bouffant.

Demandez à Doc’, Spaceman ou à l’Animal ce qu’ils en pensent, ils vous répondront très probablement la même chose. Et, même en essayant d’être le plus attentif et le plus respectueux possible vis-à-vis de l’œuvre, une telle boulimie tue ce qui fait de nous des passionnés de musique : notre patience. On s’habitue à n’écouter la musique que pour accompagner une autre activité. L’écoute n’est plus une fin en soi.

Vous tenterez cette expérience, dans le noir, sans bouger, sans rien, ni téléphone, ni ordinateur, si ce n’est éventuellement une lampe torche et le livret. Et, dans un premier temps, ce sera éprouvant. Votre mode de vie se défendra avec virulence pour tenter de reprendre le dessus : après vingt minutes seulement, j’étais déjà pris d’une bougeotte maladive. Résistez : cela ne dure qu’un temps. Rapidement, vous vous réhabituerez à vous concentrer pleinement. Et vous apprécierez à nouveau ce qui est moins immédiat, ainsi que la gymnastique intellectuelle que cela implique.

Voilà des mois que je prends dans la musique ce qu’il y a de plus simple, délaissant le reste. Je n’aurais jamais nié la qualité d’albums plus complexes. Sens de l’analyse malgré tout opérationnel et conscience professionnelle oblige, j’en aurais identifié les qualités sans pourtant ressentir le moindre frisson. Un état de saturation qui, au concert de Metallica à Lyon en mai 2010, alors que je sortais d’une série de dix concerts en deux semaines, provoquait en moi la réflexion suivante : « bon, bah Phil, t’es en train de regarder un super concert mais tu ne ressens rien, il ne se passe rien. »

Si vous me voyiez, encore il y a quelques jours, le doigt constamment maintenu sur le bouton « retour en arrière » de mon baladeur, afin de ne m’écouter que tel ou tel refrain ou passage, jusqu’à plus soif avant de passer directement à la chanson suivante. Il y a quelques mois, j’avais même isolé un refrain que j’affectionnais tout particulièrement et créé un fichier sonore avec une boucle de deux minutes.

Bref, voilà des mois que je baise avec la musique.

Hier, j’ai fait l’amour. Il ne s’agissait pas d’un grand disque. Bien au contraire, c’était un album simple et même bourré de défauts. Mais peu importe, même ceux-là sont perçus différemment dans un tel contexte. Le disque en lui même n’avait pas d’importance. Je vous vois venir : « de quel disque s’agissait-il ? ». Vous ne croyez tout de même pas que je vais répondre à ça ?! Et par conséquent vous donner l’occasion de faire dériver la réflexion sur un débat stérile sur la qualité ou non de l’album ? Je vous prends pour des cons ? Peut-être un peu, oui. Mais j’ai retenu la leçon : ne jamais illustrer ce genre d’article par du concret.

Quoi qu’il en soit, tant que vous n’aurez pas réessayé cette expérience et mis votre ego de connaisseur de côté (particulièrement présent chez le public metal), cette conclusion me vaudra des sourires narquois. Mais j’ai l’habitude. Donc : la musique n’est pas une course. Dans le cas présent, l’essentiel est de participer VRAIMENT. N’ayez pas peur de faire un choix, n’ayez pas peur de « passer pour un con » parce que vous n’avez pas écouté le dernier Devil Rollmops. Soit dit en passant, si vous n’avez dans votre entourage que des individus avec qui tout échange musical est une compétition, changez de potes. Car celui qui a tout vaguement entendu n’a rien compris à la musique. Celui qui en a au moins écouté une, lui, a tout compris.



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  • Y a rien à redire, ça fait des années que je fais ça avant de dormir. Peros pour ça mes préférés restent les Led Zep et Pink Floyd! Sinon, dj bon vieux death metal =D!

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  • En tant que metalleux je pense que c’est la chose la plus importante !!

    Savoir écouter et apprécier la musique dans de bonnes conditions !
    Personnellement je fais l’amour avec la musique tous les soirs ! Haha dis comme ça… disons que j’écoute 2-3h de musique dans le noir, c’est une question d’habitude !

    Y’a que comme ça que j’apprécie la musique à fond ! ( sans mauvais jeu de mot x) )
    Et les émotions sont plus fortes j’ai l’impression ! Bref un conseil ça serait d’écouter toutes les musiques en entier … même si c’est éprouvant parfois !

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  • Evilcliff dit :

    Moi le seul album avec qui je fait ça c’est Made In Japan de Deep Purple. Après ça m’arrive d’écouter dans le noir quelques chanson au hasard. Mais c’est vrai que c’est rare.

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  • c est une excellente idée car après tout le plus important dans la musique c est de plonger pleinement dans l ambiance qu elle dégage et dans l univers des artistes

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  • cette facon d’écouter la musique c’est pas en une fois que ce vient ca fait 3-4 mois que je fait ca avec mon ipod en lecture aléatoire et réécoutant 5-6 fois le même morceau et au plus on le fait au mieux on sent la musique et on a de plaisir a la jouer avec des amies 🙂

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    drum

    amis*

  • Fatalblood dit :

    Et je suppose que la ou le partenaire de Metalo le savait

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    El Molusko

    Ou les….qui sait!

  • Y’a « baiser avec la musique » et « baiser sur de la musique »: ma deuxième interprétation me paraît encore plus divine haha

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  • C’est exactement ce que j’ai fait chez moi : mettre les baffles de la sono en stéréo, et passer un album entier avant de dormir (nota : pas « pour » dormir), quoi que ce soit : Anathema, Ratatat, Chopin, Rhapsody : on plonge alors dans l’ambiance même de l’abum, pas nuancé par ce qui s’passe autour.
    Allant plus loin, je me suis mis à montrer ça à mes amis : se vautrer sur le lit, tout éteindre, écouter. Un peu réticent au début, on le fait desormais à chaque fois qu’ils viennent…

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  • superbe article, ce soir je ferais donc l’amour avec un de mes album choisir par pur hasard.

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    Papy Wired

    Attention à ne pas te blesser : le trou au milieu du CD est assez petit tout de même…

  • Encore un bel article plein de reflection avisé. C’est heureux de constater cela. 😉

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