ENVOYEZ VOS INFOS :

CONTACT [at] RADIOMETAL [dot] FR

Carnet De Route   

Bangkok, l’autre Cité Des Anges et du Metal


Le long des Khlongs (canaux) de la ville-province-mégalopole de Thaïlande s’égrène une vie toute sauf reposante : Bangkok, la Cité Des Anges (la signification en Thaï) de l’Asie du sud-est ne dort jamais, suinte, ronronne, brûle et se consume vingt-quatre heures sur vingt-quatre au gré des embouteillages prodigieux, des marchés merveilleux de couleurs et de richesses, des odeurs de nourritures aux milles origines, des histoires et parcours fascinants des quinze millions d’habitants du Grand Bangkok. De ce volcan en fusion permanente a émergé une scène Metal incarnée par des hommes, des lieux et des événements qui donnent une identité propre au Metal Made In Thaïlande, une scène en constant devenir, encore loin du bouillonnement Indonesien, la Mecque du Metal d’Asie du Sud-Est actuel, mais un vivier passionné et passionnant, solidement ancré et niché dans les ruelles sombres des artères de Bangkok, au su et au vu de qui veut bien le chercher, agrippant parfois la vague populaire mais dévoilant ses plus profondes ramifications dans l’underground.

Inscrire le Metal thaïlandais dans l’unique giron géographique de Bangkok serait bien sûr réducteur, de la même manière que M6 pourrait cantonner la Thaïlande à un repaire de drogue et de prostitution ; pourtant quand un pays dispose d’une telle mégalopole pour capitale (1 700 km², à titre de comparaison, la superficie de Paris est de… 105 km² !) il est plus ou moins normal d’y retrouver la majeure partie de l’agitation Metal du pays, même si par exemple, un festival Thrash a lieu tous les ans à Phitsanulok, dans le Nord-Est du pays. Pour tenter de pénétrer le tissu Métallique Thaïlandais, il nous fallait un guide ; plus qu’un guide c’est presque l’épicentre du phénomène que nous avons localisé à l’Immortal Bar de Bangkok en la personne de Lakfah Sarakul, dit « F ». Le personnage est haut en couleurs, doté d’un charisme, d’un regard sévère et d’une fierté 100 % Metal qui en ferait trembler plus d’un… jusqu’à découvrir la nature profondément amicale et sincère de l’individu. Le maître des lieux d’un endroit où le Metal résonne tous les week-ends à travers les prestations scéniques de groupes connus et moins connus dont il accompagne l’éclosion en les faisant jouer, réunissant les thaïlandais et internationaux de la ville férus du style.


Carnivola

Lakfah ne s’en laisse pas conter. Il faut dire que le type est l’ancien frontman de Plahn, un mythique groupe Thaï de Speed Metal/Thrash underground des années 90, aujourd’hui à la tête de Carnivola (ex-Carnivora, le groupe ayant dû changer de nom pour des raisons légales), une des formations référence du pays en termes de Metal, même s’il réapparait à l’occasion pour quelques dates avec l’ancienne formation de Plahn. Il est propriétaire de l’Immortal Bar (qui s’appelle ainsi en hommage au groupe) et voue une admiration sans faille à Max Cavalera, qu’il répercute à travers sa musique, les titres de ses chansons et albums (l’album de Carnivora se nomme Asian Tribe) ou encore la décoration de son bar où le chevelu brésilien tient une place de choix, exposant bien évidemment les photos de sa rencontre avec son mentor, qu’il rencontra un jour de passage de Soulfly en Thaïlande. Evidemment, hors de question d’évoquer Sepultura, un groupe qui est mort pour lui le jour ou Max l’a quitté, le culte du bonhomme s’articule aujourd’hui bien évidemment autour de Soulfly… et qu’on ne vienne pas lui parler de Derrick Green !


Ebola

Le bonhomme organise aussi le plus ancien festival thaïlandais dédié au Metal en plein cœur de Bangkok : le Demonic Festival, créé en 2000, et qui a lieu tous les deux ans et se tient en une journée, réunissant la crème du Death (le style le plus représenté au festival mais aussi en Thaïlande), du Grindcore, Deathcore, ou encore un peu de Black et de Hardcore, sous condition que Lakfah aie les fonds nécessaires pour organiser le festival. Le ticket d’entrée en 2012 était de 400 baths (9 euros environ), couvrant essentiellement la location de la scène et du matériel, le festival se déroulant au centre culturel, généreusement prêté par la ville à cette occasion. Le « pays du sourire » possède en fait son lot de festivals honorant le Metal de diverses manières. Le Bangkok Thrash, qui existe depuis cinq ans, voit le jour grâce à un collectif qui organise des événements toute l’année dont un majeur en juin sur Bangkok. Le Burapa, un festival de Bikers, possède son lot de groupes Rock et Metal au milieu d’autres styles, tandis que le Kot Indy, organisé par la ville de Bangkok elle-même, se targue de deux scènes Metal sur quatre au total, avec la spécificité d’une interdiction d’y fumer et d’y boire, la ville généreuse ne cautionnant pas les abus en son sein. Ajouté à cela quelques festivals sans nom à travers le pays, un festival Hardcore (le Ost Fest, organisé par le Rust Bar) des événements dans l’année et des célébrations à Halloween, notamment, et vous obtenez une scène somme toute très active en manifestations.

Dezember

Surtout que les groupes internationaux, et notamment américains, commencent à intégrer depuis quelques années la Thaïlande à leurs plans de tournée : Megadeth, Soulfly, Cannibal Corpse, Dillinger Escape Plan, Death Angel, Exodus, Possessed ou Havok mais aussi des européens comme Kreator ou Children Of Bodom. Avec un succès important auprès du public. S’agissant des Américains, il faut dire que l’Oncle Sam a pris l’habitude depuis longtemps de venir se détendre en Thaïlande : pendant la guerre du Vietnam, les soldats américains issus de la base aérienne de U-Tapao venaient prendre un peu de bon temps 70 km à l’est, à Pattaya, au sud de Bangkok, trouvant filles, boissons et paradis artificiels, transformant ainsi cette ville au fil des années, et une fois la guerre terminée, en un lieu idéal pour le tourisme sexuel… Aujourd’hui, c’est le Silverlake festival qui a lieu proche de cette bourgade, qui a notamment vu Incubus en tête d’affiche l’année dernière, et qui aurait dû voir Nine Inch Nails cette année, avant que Trent Reznor et ses sbires ne fassent marche arrière suite à la crainte qu’inspiraient les manifestations politiques dans le pays cette année, même si les revendications s’exprimaient bien loin de Pattaya et la plupart du temps de manière pacifiste, à l’exception notable, il est vrai, de quelques répressions brutales de manifestations par le pouvoir en place…

Body Slam, pub Pepsi

Mais qu’en est-il de la vraie substance du Metal en Thaïlande, à savoir les groupes locaux ? Il y a bien évidemment quelques groupes majeurs, très populaires, à ranger dans le Classic Rock ou le Metal 70’s telles Stone Metal Fire, The Sun, The Olarn Project ou Hi-Rock. Des plus récents, comme les jeunes stars de Body Slam, qui se sont récemment illustrés dans une pub pour une célèbre boisson gazeuse les mettant en scène et qui pratiquent un Metal ouvert et plutôt mainstream. Quant à la scène alternative, voire carrément underground, elle est franchement riche de groupes qui ont la caractéristique première d’être excellents techniquement : Ebola, dignes représentants du Neo local, les excellents System Sucker qui viennent de signer chez Warner et font dans le Heavy/Metalcore plutôt burné, le Heavy-Rock à la guitare héroïque de Dezember… pour ne citer qu’eux. Il y a également une scène Punk-Harcore montante surtout auprès des jeunes (Born From Pain, X On The Hand, A-Zero) et plusieurs formations Black Metal dont l’une (Surrender OF Divinity) s’est malheureusement illustrée récemment aux yeux du monde entier puisque son bassiste Jaruvan Surapol a été assassiné par un fan du groupe qui n’acceptait pas que l’on se moque du Satanisme en conservant des pratiques bouddhistes…

System Sucker

La générosité thaïlandaise n’étant pas un vain mot, il nous a été donné la très belle opportunité de pouvoir profiter d’un échantillon représentatif de la scène thaïlandaise à l’occasion d’une soirée donnée en l’honneur de Radio Metal (eh oui !) à l’Immortal Bar : trois groupes issus de la jeunesse Metal de Bangkok, trois manières de nous montrer à nous occidentaux, comment la Thaïlande rend hommage à ce style dans ce coin de la planète. Du Rock/Metal très bien exécuté d’Ultra Slim qui commence à se faire un nom à Bangkok, qui glisse des compos très maitrisées entre des reprises de Metallica et Slipknot au poil (les Thaïs sont particulièrement friands de reprises, et celles-ci sont exécutées avec brio), du Brutal Death de Brain Scrubber lorgnant vers le Grind franchement dévastateur, et la claque technique que nous a mis Nihilist Strain, un trio Death Metal ultra-technique aux influences Jazz qui multiplie plans de guitares affolants à la huit-cordes et changements de rythmes furieux… Si la constante du niveau technique nous a bluffé pour des groupes en devenir, l’enthousiasme et la dévotion porté au genre Metal a terminé de nous faire penser que la scène Metal Thailandaise à décidément de beaux jours devant elle.


Nihilist Strain

Sur la terrasse de l’Immortal Bar, dans la chaleur moite du début de l’été Thaïlandais, on déguste un dernier Khao Pad (plat de nouilles) arrosé de Singha (la fameuse bière Thaï) en se disant que le rythme effréné et incessant de la ville colle comme un gant au Metal et à tout ce qu’il véhicule. La population de Bangkok, fatiguée d’être divisée ces dernières années, trouve à la fois un refuge apaisant et un défouloir dans la musique, qu’elle apprécie grâce à une fascinante culture Rock dont elle est pourvue. Et le ballet sans repos des taxis fous, des Touks-Touks et des innombrables chalands de mets épicés continue de s’écouler au gré des Khlongs de la ville qui ne se repose jamais…

Nihilist Strain



Laisser un commentaire

  • IXequilibrium dit :

    Superbe reportage et merci pour les découvertes !

    [Reply]

  • Bonne découverte. Il faudra qu’on leur renvoit la pareille quand l’occasion se présentera d’accueillir un groupe thaï chez nous.
    En tout cas, ça donne bien envie d’aller y faire un tour.

    [Reply]

  • Arrow
    Arrow
    Tool @ Hellfest
    Slider
  • 1/3