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Chronique   

Baroness – Gold & Grey


Purple (2015) a considérablement accru la notoriété de Baroness, jusqu’à devenir l’un des albums de metal plébiscités de 2015. Pour Baroness, le dessein était plus sérieux : il s’agissait de montrer que la tragédie de 2012 (un grave accident de bus) n’avait pas altéré l’envie de continuer de John Baizley, frontman et tête pensante de la formation. L’aspect franc et direct de Purple avait indéniablement une fonction de témoignage, de posture. Gold & Grey (qui n’est pas un double album à l’inverse de Yellow & Green, 2012) traite des conséquences sur le long terme d’évènements tragiques. Il reprend d’une certaine façon où Yellow & Green nous avait laissés, un processus créatif qui cherche à s’affranchir des styles, véritable pied de nez au « qu’en-dira-t’on ». En résulte l’album de Baroness le plus opulent, le plus déroutant, et peut-être le plus prenant.

L’histoire de Gold & Grey est principalement une histoire de découverte : celle de la capacité des musiciens de Baroness à ne pas se limiter eux-mêmes. La prestation donnée au Hellfest avec des éléments acoustiques et un Fender Rhodes, conséquence de l’absence du batteur Sebastian Thompson, a révélé au groupe sa capacité à improviser et à établir un lien avec l’auditeur sans forcément avoir recours à l’agressivité dans sa musique. Gold & Grey est le premier album de Baroness avec la guitariste-chanteuse Gina Gleason, qui a notamment joué avec le Cirque du Soleil à Las Vegas, remplaçant Peter Adams. C’est en réalité le seul changement de line-up pour un album profondément différent de son prédécesseur. Pour preuve, le producteur est resté le même : Dave Fridmann s’est attelé à dessiner les multiples facettes de Gold & Grey. Celles-ci sont incroyablement nombreuses et on comprend mieux la métaphore de John Baizley lorsqu’il évoque un album « kaléidoscopique ». Les premières notes de « Front Towards Enemy » pourraient installer l’habitué de Baroness dans une zone de confort, avec une basse saturée grondante et le timbre profond de Baizley. En réalité, les compositions de Gold & Grey font effet de poupées russes, avec une multitude d’imbrications difficiles à déceler lors des premières écoutes. « Front Towards Enemy », bien que rempli d’énergie, ne connaît pas l’explosion habituelle typée sludge (à l’instar d’un vieux Mastodon) à laquelle Baroness a eu souvent recours. Le titre garde une certaine tension, illustrée par un riffing de guitare extrêmement haché. Le très mélodique « I’m Already Gone » tranche radicalement avec l’ouverture de l’opus. Le jeu de Sebastian Thompson prend des allures de groove pop, soutenu par des arpèges de basse rappelant le rock de White Lies For Dark Times de Ben Harper & Relentless7 (2009). « Seasons » est quant à elle introduite par une rythmique presque trip-hop qui se mue progressivement en titre de post-rock survitaminé, en se payant le luxe d’intégrer un passage de blast aussi surprenant qu’exaltant.

La puissance de Gold & Grey provient justement de ces « easter-eggs » musicaux qui sont légion. Baroness s’est montré extrêmement ambitieux dans l’agencement de ses compositions à l’allure d’immense playlist affranchie des registres. Outre les effets psychédéliques qui plongent parfois l’auditeur dans une sorte de voyage sous acide, la production elle-même ne cherche pas à convenir et se veut parti pris : la batterie est parfois saturée lorsqu’il s’agit d’incarner une forme d’explosion (l’outro de « Cold Blooded Angels » ou de « Throw Me An Anchor »), le son devient chirurgical lorsqu’il s’agit de rendre compte de la juxtaposition des éléments (piano, claviers, guitares acoustiques et nappes saturées post-rock sur la pop contemporaine d’« I’d Do Anything »). Gold & Grey se veut ainsi d’une impressionnante richesse sans perdre en justesse. S’il a besoin de davantage de temps qu’un Purple pour être appréhendé, il contient de véritables moments d’élégance musicale : « Throw Me An Anchor » est l’un des titres les plus puissants composés par Baroness à ce jour (avec un John Baizley toujours aussi convaincant lorsqu’il vocifère), tandis que « Pale Sun », porté par un groove basse-batterie et une farandole de sonorités psychés, pratiquement improvisé en studio, profite de la voix féminine de Gina Gleason qui confère une tonalité à la Massive Attack à un titre tout en nuances.

Gold & Grey est très loin d’être aussi « efficace » que Purple. Ce qu’il propose est plus complexe, plus nuancé. Si l’on reprend les dires de John Baizley, Gold & Grey incarne la vision artistique qu’il avait pour Baroness. Pas de contraintes stylistiques, pas de contraintes techniques. Gold & Grey est possible parce que Baroness fait confiance à l’intelligence de son public, et l’attention qu’il lui demande lui est rendue au centuple. C’est élégant, puissant, émouvant et honnête.

Chanson « Throw Me An Anchor » :

Clip vidéo de la chanson « Seasons » :

Clip vidéo de la chanson « Borderlines » :

Album Gold & Grey, sortie le 14 juin 2019 via Abraxan Hymns. Disponible à l’achat ici



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    Hellfest - Altar - Jour 3
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