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Chronique   

Battle Beast – Circus Of Doom


« Ce n’est pas un album strictement conceptuel sur les thèmes du cirque… » Cette présentation du dernier effort de Battle Beast par son claviériste Janne Björkroth a de quoi intriguer. Battle Beast a bénéficié d’un succès retentissant dans son pays d’origine, la Finlande, ainsi qu’en Allemagne avec No More Hollywood Endings (2019). Battle Beast devenait ainsi l’une des formations les plus « spectaculaires », qui se permettait d’amalgamer les styles, en allant du hard rock au heavy et au symphonique, et en puisant allègrement dans les eighties. Une versatilité rendue notamment possible par les prouesses de sa chanteuse Noora Louhimo qui sied parfaitement à l’exubérance de la formation. Circus Of Doom est une nouvelle réalisation grandiloquente – inspirée par l’univers fantasmé du cirque donc –, qui veut entériner la marque de fabrique Battle Beast : des accroches mélodiques disséminées aux quatre coins des compositions, des orchestrations grand format et quelques riffs de guitare pour remplir le cahier des charges heavy metal. Circus Of Doom promet effectivement du spectacle, quitte à paraître un grand bazar tout juste organisé.

Circus Of Doom obéit à nouveau à cette « écriture aux multiples interprétations » que privilégie Battle Beast pour développer ses thématiques. Non, Circus Of Doom ne va pas se structurer littéralement autour de l’univers circassien. C’est ce que ce dernier évoque et les métaphores qu’il permet qui intéressent Janne Björkroth à nouveau responsable de la production. À ce titre Battle Beast souffre justement d’un déséquilibre entre ses arrangements orchestraux qui ont besoin de la voix de Noora pour exister et un son de batterie et de guitare complètement générique. Circus Of Doom dégage de la puissance et de l’intensité au prix de sa personnalité. Le titre éponyme de l’album utilise les mélodies facétieuses que l’imaginaire rattache au cirque pour se calquer au thème général avant de dévoiler un riffing anémique. Il est sauvé par l’interprétation de Noora et les accents symphoniques qui permettent à la composition de s’élever et de ne pas rester à un metal de convenance. Une occurrence malheureusement singulière. « Wings Of Light » se montre moins ambitieux dans sa structure et délivre un heavy tout droit hérité des années 80 avec les nappes de clavier de circonstance et les inévitables soli. Battle Beast a conservé une certaine efficacité dans la construction des refrains taillés pour les grandes scènes. C’est justement ce retour à une décennie perdue qui fonctionne le mieux sur Circus Of Doom. « Master Of Illusion » peut autant exaspérer par ses ponctuations symphoniques grossières que ravir par ses soli permanentés et les phrasés de Noora qui porte à elle seule tout l’univers d’une époque.

Circus Of Doom devient ainsi l’histoire d’un groupe qui maîtrise mal ses artifices – ou, en tout cas, en fait usage sans la moindre notion de finesse. Cette obstination à établir des parallèles avec le metal symphonique qui doit être considéré comme le vocabulaire privilégié du grand spectacle lui joue des tours. « Where Angels Fear To Fly » accroche quand il ne se perd pas dans ses diatribes pompeuses et laisse se développer un riffing qui laisse quelques mélodies de claviers poindre. « Eye Of The Storm » emporte lorsque les guitares prennent le pas sur ces pseudo-arrangements de cordes que les claviers ne peuvent malheureusement pas reproduire avec suffisamment de fidélité. Parfois l’exubérance de Battle Beast fait véritablement mouche et ne reste pas au statut de cosmétique mal appliqué : « Russian Roulette » emprunte un vocabulaire disco (roulements de batterie électronique compris) et devient une invitation crédible à danser avec bien davantage de force que le heavy générique permanenté de « Freedom ». La conclusion épuisante « Place That We Call Home » est symptomatique des défauts de Circus Of Doom : Battle Beast n’a pas les moyens de rivaliser avec les figures de proue d’un genre dominé par Epica et consorts. Sa force réside dans le côté hymnique voire « plaisir coupable » de ses mélodies et un vocabulaire plus restreint, prenant ses distances avec le fastueux et l’expression amphigourique, permettant de valoriser ces dernières, à l’instar de l’essentiel de « The Road To Avalon ».

Battle Beast veut trop en faire et ne file pas assez sa représentation. Il a de véritables atouts qu’il n’exploite pas de manière suffisamment explicite (et c’est dire). Son obsession de la grandiloquence et de ce qu’il estime être le grand spectacle l’enferme dans des circonvolutions symphoniques qui entravent sa musique plus qu’elles ne la servent. Pourtant, Battle Beast donne des indices quant à sa maîtrise des codes démonstratifs des eighties. Le talent de Noora est certes conséquent, il ne peut pourtant pas tout raccrocher à lui seul. Le cirque n’a pas besoin d’empiler les numéros pour divertir.

Clip vidéo de la chanson « Eye Of The Storm » :

Clip vidéo de la chanson « Master Of Illusion » :

Album Circus Of Doom, sortie le 21 janvier 2022 via Nuclear Blast. Disponible à l’achat ici



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