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Chronique   

Behemoth – I Loved You At Your Darkest


Difficile pour Behemoth d’entreprendre sereinement le successeur de The Satanist (2014), tant ce dernier album a été plébiscité, à raison. Nergal avait réussi à imposer une véritable patte artistique dans un genre extrême, jusqu’à devenir une référence incontournable, nécessaire même. L’attitude logique serait de continuer dans la lignée de The Satanist, en améliorant par touches infimes ce qui pouvait l’être. Mais Behemoth n’a que faire de considérations de ce genre : avec I Loved You At Your Darkest, onzième album du groupe, l’objectif de Nergal était d’incarner ni la continuité, ni un retour arrière, mais de proposer un album unique, ce qui est au final la meilleure formule possible et également celle que Behemoth a toujours suivi avec succès.

Nergal se plait encore une fois à faire un pied de nez à la religion chrétienne en intitulant son album d’après une citation de la Bible même, de Jésus pour être précis. I Loved You At Your Darkest est toujours empli de cette verve, ce sentiment antireligieux très fort qui anime le groupe, et quoi de mieux pour attaquer la religion que de le faire avec ses propres outils et symboles ? Cette énergie et cette rage est le point commun principal de I Loved You At Your Darkest avec le reste de la discographie des Polonais. Car comme le souhaitait Nergal, Behemoth a cherché à « redéfinir » ce qui constitue leur son. Déjà en passant par une révision de la production, la batterie étant l’affaire de Daniel Bergstrand (In Flames, Meshuggah), le mix réalisé par Matt Hyde (Slayer, Children Of Bodom) et le mastering par Tom Baker (Marilyn Manson, Nine Inch Nails). Des grands noms, à dessein. La production de ce I Loved You At Your Darkest est à la fois singulière et irréprochable, y compris la voix de Nergal, véritablement écorchée et viscérale, avec un traitement brut la rendant plus perçante et intelligible (« Ecclesia Diabolica Catholica »). Outre la production, c’est davantage l’orientation musicale prise par Behemoth qui intrigue. Les premières secondes de l’introduction « Solve » sont des chœurs d’enfants insurgés (qu’on retrouve plus loin sur « God = Dog »), symbole d’innocence qui créé une sorte de malaise, de tension, avec pour fonction de mettre l’auditeur dans les meilleures dispositions pour ce qui s’ensuit, à savoir une violence constante portée par le martelage d’Inferno sur « Wolves Ov Siberia ». Jusque-là, Behemoth permet à l’auditeur de se retrouver en terrain connu, ce que « God = Dog » accentue avec les guitares très denses chères au groupe (les effets de césure pour reprendre après les passages de calme sont redoutables). En revanche, les arrangements de chœurs – d’enfants, lyriques ou même liturgiques pour rester dans le détournement religieux (« Bartzabel ») – ainsi que les rythmiques et soli plus rock confèrent à I Loved You At Your Darkest une facilité d’accès qu’aucun autre album du groupe n’avait auparavant. Le cultuel « Bartzabel » incarne ce mélange entre musique extrême et rythmiques plus simples et plus posées, quasi-tribales, avec un solo de guitare dans un registre très mélodique de rock progressif. Un titre tel que celui-ci ou « If Crucifixion Was Not Enough… », avec sa batterie tour à tour punk rock, black metal et doom sous une atmosphère morne, insuffle énormément de dynamisme à l’ensemble de l’opus.

La profonde réussite d’I Loved You At Your Darkest réside justement dans ce dynamisme et le songwriting rénové du groupe. « Ecclesia Diabolica Catholica » fait se côtoyer des riffs effrénés, des refrains relâchés, où le jeu mélodique de la basse se révèle, et un solo épique, pour aboutir à un final où apparaît une guitare folk. Même un titre en apparence extrêmement violent tel qu’ « Angelvs XIII » en vient à dériver intelligemment vers des arpèges de guitare acoustique presque aériens qui viennent tempérer la fougue du groupe. « Sabbath Mater » a des airs de Gojira, et par extension de Morbid Angel, avec des sonorités de guitare et chœurs graves qui viennent soutenir un Nergal extrêmement vindicatif. « Havohej Pantocrator » et son introduction faite d’accords plaqués et de roulements de batterie lui confère un ton dramatique au possible. Le titre est l’un des plus mélodiques et des plus poignants de l’opus, devant beaucoup justement au travail de la guitare acoustique/claire couplée à la saturation. Behemoth rappelle ainsi qu’il excelle dans la grandiloquence, avec une dimension quasi-cinématographique incorporée à sa musique. « Coagula », l’instrumentale qui clôture l’opus, joliment amené par le long final onirique, lui-même instrumental, de « We Are The Next 1000 Years », laisse un auditeur non pas épuisé mais médusé, impressionné par la qualité des arrangements et la richesse des compositions et surtout, leur facilité d’appréhension, déroutante pour le genre.

I Loved You At Your Darkest ne pâlira pas devant The Satanist. Ce n’est pas une version 2.0 de ce dernier, c’est un opus à part entière, distinct dans la discographie du groupe, même si les points communs ne manquent pas. Nergal et ses compères se détachent légèrement des influences classiques du metal extrême pour se rapprocher davantage de l’origine de la musique pratiquée par le groupe, le rock. Pour autant, il ne perd pas tant en fureur qu’il gagne en profondeur. En résulte une qualité de songwriting très rare qui mérite d’être laudatif. I Loved You At Your Darkest entérine ce que beaucoup savaient et d’autres pressentaient, on peut se détourner de Dieu, pas de Behemoth.

Clip vidéo de la chanson « Wolves Ov Siberia » :

Clip vidéo de la chanson « God = Dog » :

Album I Loved You At Your Darkest, sortie le 5 octobre 2018 via Nuclear Blast. Disponible à l’achat ici



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