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Chronique   

Behemoth – Opvs Contra Natvram


En trente ans de carrière, Behemoth est passé de l’obscurité de l’underground polonais aux feux des projecteurs du monde entier. Mené par le charismatique Nergal, le groupe a certes évolué musicalement, mais n’a jamais quitté le monde du metal extrême, et idéologiquement, n’a jamais divergé d’un satanisme anti-religieux sans compromis. Il ne s’est jamais non plus laissé abattre par les tribulations de son leader, des plus menaçantes – leucémie, procès pour blasphème – aux plus anecdotiques – passage comme juré dans un radio-crochet, autres aventures musicales comme son projet rock/folk Me And That Man –, au contraire : rien ne semble pouvoir arrêter l’ascension de Behemoth. Avec The Satanist, dixième opus du combo, en 2014, elle semblait avoir atteint son sommet. Succès tant critique que commercial, l’album avait porté à incandescence la patte du groupe : black death épique mais accessible, atmosphère sombre et esthétique ambitieuse. Son successeur, I Loved You At Your Darkest, avait reçu en 2018 un accueil plus nuancé : dans la même lignée que The Satanist, ses audaces, notamment ses touches rock, ont été autant saluées que décriées. C’est donc à son douzième album, Opvs Contra Natvram, que va incomber la tâche de véritablement transformer l’essai.

Composé pendant la longue pause imposée à ces bêtes de scène par la pandémie de Covid-19, le disque est présenté par sa tête pensante comme l’album de la maturité : pas de gras, que de la viande, pas de digressions inutiles, mais que des tubes. Et en effet, Opvs Contra Natvram est saignant, plus agressif et incisif que son prédécesseur. Le très atmosphérique « Post-God Nirvana » fait figure d’introduction tout en démesure avec ses percussions tribales et ses imprécations, et ouvre sur l’explosif « Malaria Vvlgata », deux minutes de black metal sans concession. Pas une seconde d’ennui pendant les douze titres de l’album qui enchaînent déferlements d’agressivité et moments de respiration. La production, remarquable de mordant, de chaleur et de clarté, permet à tous les instruments et toutes les nuances de briller : solos endiablés et très rock (« The Deathless Sun »), riffs incisifs (« Neo-Spartacvs ») ou guitare dissonante (« Thy Becoming Eternal ») ; chœurs et cuivres volontiers grandiloquents que l’on entend en fil rouge tout au long de l’album et aboiements bilieux d’un Nergal en grande forme qui s’essaie à l’occasion au chant en voix claire. C’est le cas notamment de l’ouverture tout en douceur de l’ambitieux morceau final « Versvs Christvs ». Mi-cathédrale, mi-pièce montée, il résume l’album et case piano délicat, chœurs super catchy, riffs anguleux et syncopés, tremolo picking et cuivres épiques en à peine plus de six minutes. La batterie, implacable, soutient le tout, et la basse a aussi la place de briller tantôt discrètement – les motifs mélodiques de « Malaria Vvlgata » – tantôt sur le devant de la scène – tout au long de « Disinheritance ». Avec son final ultra-chaotique, ce titre marque le pôle le plus radical de l’album, qui sait aussi se faire redoutablement accrocheur, des chœurs de « The Deathless Sun » au riff imparable de « Once Upon A Pale Horse » en passant par l’ambiance un peu gothique, presque Tribulation de « Neo-Spartacvs ».

Cette fois-ci, difficile de reprocher aux Polonais d’avoir mis de l’eau dans leur vin de messe : le quatuor semble prêt à en découdre et en pleine possession de ses moyens. On peut traduire littéralement « opvs contra natvram » par « œuvre contre-nature », mais Nergal choisit de le traduire par « à contre-courant » : comme The Satanist, ce titre pourrait être celui de toute la discographie du groupe, tout entière vouée à l’opposition. Cela dit, pas question de s’opposer à soi-même ou à ses œuvres précédentes : Behemoth consolide ses acquis, parfait sa formule, et n’y déroge que pour la renforcer. Pas question de s’opposer non plus à son public, qui trouvera dans cet opus taillé pour le live tout ce qu’il aime ; des passages irrésistibles pour capturer son attention et suffisamment de couches et de détails à découvrir au fil des écoutes pour la conserver. Qu’il s’en prenne à l’Église, à Dieu ou à la cancel culture, Nergal prouve que la colère est un carburant très efficace, et que l’opposition est un sacré moteur pour aller de l’avant.

Clip de la nouvelle chanson « Thy Becoming Eternal » :

« Performance vidéo » de la chanson « The Deathless Sun » :

Clip vidéo de la chanson « Off To War! » :

Chanson « Ov My Herculean Exile » :

Album Opvs Contra Natvram, sortie le 16 septembre 2022 via Nuclear Blast. Disponible à l’achat ici



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