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Interview   

Ben Ash se décarcasse


Rejoindre un groupe culte. Partir en tournée à travers le monde. Jouer devant des milliers de personnes. Côtoyer ses héros. Goûter au mode de vie « sexe, drogue et rock’n’roll ». Quel jeune guitariste n’en a pas rêvé en s’usant la pulpe des doigts sur son instrument plusieurs heures par jour ? Quel adolescent metalleux ne s’en est pas fait un objectif de vie en faisant tourner ses vinyles à plein volume dans sa chambre ?

En rejoignant un Carcass brillamment relevé de ses cendres en 2013, Ben Ash a bien cru toucher le rêve du doigt. Cinq ans plus tard, le guitariste anglais jetait l’éponge, traumatisé par les excès et les dérives d’un monde auquel aucune biographie de rockstar n’avait su le préparer. Au final, il aura fallu tout le talent de persuasion d’une bande de black metalleux norvégiens bien implantés dans le paysage pour le convaincre de remonter sur scène et de ne pas se cantonner à un rôle éducatif.

Entre enseignement, réseaux sociaux, projet solo et engagement envers la santé mentale des musiciens, Ben Ash est parvenu à se reconstruire. Un parcours qu’il nous a raconté en détail dans le cadre d’un entretien de près de trois heures, mené par Zoom interposé alors que le Royaume-Uni commençait tout juste à s’extirper des brumes de l’un des plus longs confinements d’Europe. Une conversation oscillant en permanence entre franchise brutale et diplomatie toute British, dont les maîtres mots sont résilience, largeur d’esprit et respect de soi.

« Il y a une quantité astronomique de documentaires à voir et à lire sur les musiciens de rock en tournée. Tu peux lire The Dirt ou voir le film et te faire une idée, mais tant que tu ne le vis pas toi-même, c’est un conte de fées. C’est une cour de récréation pour adultes : énormément de choses sont proposées sur un plateau, mais il faut bien se souvenir que tu es seul responsable de tes actes. Personne n’est là pour te tenir la main ; la responsabilité te revient. »

Radio Metal : Pour ceux de nos lecteurs qui ne te connaîtraient pas, peux-tu te présenter et évoquer un peu ton parcours ?

Ben Ash (guitare) : Je m’appelle Ben Ash, et je suis un musicien de 40 ans qui a commencé en tant que fan et a réussi à passer de l’autre côté de la barrière grâce à une série d’heureuses opportunités. La plupart des gens me connaissent grâce à mon passage chez Carcass, avec qui j’ai tourné en tant que guitariste live entre 2013 et 2017. L’an dernier, j’ai participé aux festivals d’été avec Satyricon, et entre les deux, j’ai suivi un master Music Industry and Enterprise chez Waterbear College, où je suis aussi enseignant et mentor. Pendant la pandémie, j’ai essayé d’être aussi innovateur que possible. Voilà pour le récapitulatif !

La façon dont tu as rejoint Carcass est assez unique : Jeff [Walker, chant et basse] est tombé sur une de tes vidéos YouTube, dans laquelle tu chantais les louanges de Bill Steer [guitare]. Je me souviens d’une interview dans laquelle Jeff qualifie cela d’« histoire à la Ripper Owens ». Que penses-tu de la comparaison ? Pensais-tu qu’une vidéo YouTube pourrait avoir un effet pareil sur ta carrière ?

Il y a effectivement un point commun. Le même genre d’histoire est arrivé à Arnel [Pineda], le chanteur de Journey. C’est à mettre sur le compte de la naïveté. Poster des tutoriels en ligne avait en fait pour but de faire décoller mes leçons de guitare. J’avais des idées de sujets en tête et je me suis demandé : « Que puis-je faire pour encourager les gens à regarder les vidéos ? » J’ai décidé de faire cette rubrique appelée « Unsung Guitar Heroes », dans laquelle je parlais de guitaristes dont je pensais qu’ils étaient sous-estimés. L’un d’eux était Bill. Je n’avais aucune idée que ça allait changer ma vie – absolument pas la moindre idée. C’était assez bizarre de recevoir « le coup de fil ». Je donnais un cours à ce moment-là, et j’ai reçu un coup de téléphone disant : « Tu as le temps de discuter ? » Comme à n’importe quelle personne qui m’aurait appelé pendant un cours, j’ai répondu : « Désolé, je suis avec un élève. Je peux te rappeler ? » J’ai reposé le téléphone et continué mon cours. Dans la soirée, j’ai reçu un message disant : « Ça te dirait d’auditionner pour le groupe ? » Au début, j’ai répondu : « Firebird ? » « Non. L’autre groupe. » Il m’a fallu un petit moment pour assimiler ! Je crois que je n’avais aucune idée de ce dans quoi je m’embarquais. Et le reste fait partie de l’histoire ! J’ai appris par la suite que plusieurs autres guitaristes étaient dans la course. Avec le recul, je pense qu’ils étaient à la recherche d’un inconnu. Il ne faut pas oublier que le line-up précédent était à moitié composé de membres d’Arch Enemy [Michael Amott et Daniel Erlandsson]. [Arch Enemy] est un groupe très, très populaire, et je crois que [Carcass] voulait avoir un contrôle total sur le groupe. C’est un peu comme quand Mike Portnoy (ex-Dream Theater) était dans Avenged Sevenfold. L’une des raisons pour lesquelles ça s’est terminé comme ça s’est terminé est qu’une partie des gens qui allaient voir les concerts d’AS y allaient pour voir Mike. Il y a avait deux types de public. Embaucher des inconnus à l’époque permettait de renforcer le groupe et de le définir comme une entité propre.

C’est drôle que tu aies d’abord pensé à Firebird. Le groupe n’avait pas déjà splitté, à l’époque ?

Il était encore actif. J’ai vu un paquet de line-ups de Firebird, y compris le classique, avec Leo Smee (Cathedral) et Ludwig Witt (Spiritual Beggars), au Barfly, dans Camden Town. Mais les line-up avaient beaucoup changé entre-temps.

Tu as créé ton entreprise, Stay Inspired Music Ltd, en 2014 – en d’autres termes, alors que tu jouais déjà avec Carcass depuis un moment. Était-ce un filet de sécurité pour toi, quelque chose sur lequel te rabattre « au cas où », ou ton objectif avait-il toujours été d’enseigner pendant que tu n’étais pas en tournée avec le groupe ?

Cela faisait suite aux conseils de mon comptable de longue date, Adrian Haywood, avec qui je travaillais déjà depuis des années quand j’étais professeur particulier. Avec cette nouvelle source de revenus, il m’a proposé de créer une entreprise limitée. Parmi les avantages, il y a le fait de pouvoir déduire plus de choses, comme les déplacements, les consommables, l’équipement – des dépenses qui sont davantage contestables en tant qu’indépendant. Même s’il faut payer une avance pour obtenir le statut d’entreprise limitée, ça vaut le coup. Tout devient beaucoup plus officiel, sans le côté « cowboy » malheureusement souvent associé au statut d’indépendant. Je ne cherche pas à critiquer les indépendants, mais à l’époque, ça me semblait être la chose à faire.

Le nom « Stay Inspired Ltd » m’est venu d’un slogan que j’avais commencé à utiliser dans mes vidéos YouTube : « Keep rocking, stay inspired » [« Keep rocking, restez inspirés »]. Je me souviens de la tournée Deathcrusher en 2015, juste après l’annonce des attentats de Paris (en novembre). Nous étions en Suisse, quelques jours avant le concert prévu à Paris, et nous ne savions pas si le concert pourrait se faire. J’ai posté un message sur Facebook avec mon mot de la fin habituel – « Keep rocking, stay inspired » –, et j’ai ajouté : « Be safe and never be afraid » [« Prenez soin de vous et n’ayez pas peur »]. C’est la raison principale pour laquelle j’ai choisi ce nom et pour laquelle ce slogan s’est développé. Ça me permettait de rester pertinent.

Tu répètes ce slogan dès que tu postes quelque chose sur les réseaux sociaux, et je le trouve incroyablement motivant. Pourquoi ressens-tu le besoin de le réitérer à chaque fois ?

C’est quelque chose que j’essaie d’enraciner dans mes propres habitudes. Plutôt que de prêcher sur ma montagne et de dispenser toutes ces informations sans les mettre en pratique moi-même, j’essaie de les intégrer à mon quotidien. Les gens peuvent penser que c’est un simple slogan, un outil marketing – et d’une certaine façon, c’est le cas –, mais j’y crois vraiment. Les temps sont très difficiles, en ce moment, et ça fait du bien aux gens de l’entendre, comme ça me fait du bien de me le répéter en permanence et de l’appliquer à ce que je fais.

« ‘Le job de rêve’ a un prix. Rien n’est gratuit. Je n’étais plus en mesure de payer, et il fallait que je me retire, que je fasse le point et que je me concentre sur ma santé. »

Tu as quitté Carcass en 2017, et tu as été très honnête sur le site de Waterbear à propos de ce que tu qualifies de « coût de la vie de rockstar ». Peux-tu développer un peu et nous parler de ce qui t’est arrivé, physiquement et mentalement, pendant ces cinq années passées à tourner avec Carcass ?

C’est une question récurrente, et d’un point de vue professionnel, je dois faire très attention à la façon dont j’y réponds. J’ai annoncé ma décision publiquement sur Facebook suite au Deathfest, aux Pays-Bas, où le nouveau line-up a joué en 2018. Je me souviens avoir reçu des tonnes de messages. J’étais sorti avec des amis, et j’ai reçu une quantité astronomique de messages et d’e-mails de gens que je connaissais et d’autres que je ne connaissais pas, me demandant ce qui se passait – parce qu’il n’y avait eu aucune annonce. Après en avoir parlé avec des amis proches, j’ai pris sur moi d’aborder la question de façon respectueuse et professionnelle. Pour ceux qui sont intéressés, le message est sur ma page Facebook.

Pour résumer, j’ai décidé de quitter le circuit et de revenir à un rôle éducatif. J’étais en contact avec mon mentor de longue date, Bruce John Dickinson (de Little Angels, pas celui d’Iron Maiden), et il m’a parlé de ce nouveau projet d’université musicale sur lequel il travaillait. Bruce avait déjà travaillé avec l’Academy of Contemporary Music (ACM) aux débuts de celle-ci, et il était également fondateur du Brighton Institute of Modern Music (BIMM). Il comptait lancer une nouvelle académie populaire et recherchait des professeurs, et c’est dans ce cadre qu’il m’a offert un poste. La condition pour l’obtenir était d’avoir une base plus solide en termes de formation. Il m’a donc proposé de suivre le master en guise de formation, et l’université me soutiendrait dans cette optique.

Concernant l’article publié sur le site de Waterbear, j’ajouterais qu’on ne réalise pas dans quoi on s’embarque avant d’être dedans. Il y a une quantité astronomique de documentaires à voir et à lire sur les musiciens de rock en tournée. Tu peux lire The Dirt ou voir le film et te faire une idée, mais tant que tu ne le vis pas toi-même, c’est un conte de fées. C’est une cour de récréation pour adultes : énormément de choses sont proposées sur un plateau, mais il faut bien se souvenir que tu es seul responsable de tes actes. Personne n’est là pour te tenir la main ; la responsabilité te revient. Pour moi, c’était une première. Je n’avais joué que dans des clubs et fait de petits festivals, rien d’énorme. J’étais un « week-end warrior », le roi du monde pendant le concert, mais ensuite, c’était retour au turbin. Beaucoup de musiciens font ça, c’est un fait. Mais le rock’n’roll 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7… Je vais te raconteur une anecdote. Lors d’un séminaire à l’AMC, mon mentor, Bruce (Dickinson), nous a dit : « Vous avez probablement entendu beaucoup d’histoires parlant de sexe, de drogue et de rock’n’roll. Laissez-moi vous dire qu’elles sont toutes vraies ! » Toute la salle s’est mise à rire, et moi avec. Mais ce n’est que quand j’ai accepté ce boulot que je me suis rendu compte à quel point il avait raison. Plus l’histoire est ridicule, plus elle a de chances d’être vraie. Ça a commencé à avoir un véritable impact sur moi, physiquement et mentalement. Je suis parti en burn-out et il y avait beaucoup de problèmes que je devais gérer. La décision la plus sensée et la plus saine consistait à repartir sur de bonnes bases et à redécouvrir ce que j’aimais vraiment – et j’ai toujours aimé enseigner. C’était la meilleure chose à faire.

Même si je n’ai été que guitariste live pendant cinq ans, je fais partie de l’histoire du groupe et les gens continueront à m’en parler. Le public aime ce groupe, et il a raison ; il y a un héritage qui doit être respecté. De mon côté, le plus important pour moi est de ne pas éroder cet amour que les fans ont pour la musique. Il ne faut pas oublier qu’il y a une énorme différence entre les personnalités des musiciens et la musique, et ce que la plupart des gens connaissent, c’est la musique. Par conséquent, si quelqu’un me demande : « Est-ce que je dois acheter l’album ? », ma réponse est : « Absolument ». « Est-ce que je dois aller voir les concerts ? » Tout à fait. Si les gens veulent plus d’informations, ils peuvent en trouver dans ce billet sur le site de Waterbear et dans mon annonce vidéo. Comme je l’ai dit, je me suis lancé dans cette aventure de façon très naïve. Même si j’étais plus âgé que certains de mes collègues et que j’avais un peu d’expérience en termes de concerts, c’était un autre monde. Pour commencer, bon nombre des livres dont j’ai parlé sont écrits par des nègres littéraires. C’est difficile de répondre à cette question, mais il est important pour moi d’y répondre du mieux que je peux.

Il ne faut pas oublier que « le job de rêve » a un prix. Rien n’est gratuit. Je n’étais plus en mesure de payer, et il fallait que je me retire, que je fasse le point et que je me concentre sur ma santé. Avoir cette opportunité chez Waterbear et suivre la formation a été une vraie bouée de sauvetage. Je suis très reconnaissant envers Bruce pour son soutien ; c’est un type génial. Je me souviens m’être demandé : « Qui pourrait vraiment comprendre mon parcours ? » La réponse était Bruce. Son groupe, Little Angels, était un peu le Bon Jovi anglais. Ils ont tourné avec Bon Jovi, Van Halen sur la tournée For Unlawful Carnal Knowledge et Queensrÿche sur la tournée Empire. Ils ont même donné un concert avec Guns N’ Roses au Marquee [à Londres] lors de la sortie d’Appetite For Destruction. Bruce était au cœur de l’action, avant le mouvement grunge, Napster et l’avènement du téléchargement. Il a été et est toujours une bénédiction pour moi. Son soutien et son aide m’ont tout simplement sauvé la vie, et je lui suis très, très reconnaissant.

Merci pour ta franchise. Je ne suis pas sûre que tout le monde aurait répondu aussi honnêtement…

Pas de problème. En ce moment, beaucoup de gens ont de grosses difficultés. Le stress post-traumatique, la dépression et l’abus de drogue sont de vrais problèmes et je ne les prends pas à la légère. Tu peux toujours mener un cheval à l’abreuvoir, mais ce n’est pas pour autant qu’il va boire. Tout ce que tu peux faire, c’est tirer le signal d’alarme et t’assurer que les gens vont bien. Avec toute l’expérience que j’ai accumulée sur une période assez courte, je me sens obligé de le faire. Quand j’étais encore en phase de rétablissement, je me disais : « N’y va pas ! Danger ! Loups-garous, ail ! » Aujourd’hui, mon point de vue est beaucoup plus tempéré : « OK, si tu as l’intention de t’engager dans cette voie, voilà ce que tu dois savoir. Tu vas apprendre plein de trucs dont je ne peux pas te parler, mais si tu as besoin de quelqu’un avec qui discuter, je suis là. » Voilà ce que j’offre de façon inconditionnelle. Avec Stay Inspired Music Ltd, je ne me contente pas de proposer mes services en tant que professeur et musicien de session ; je suis aussi mentor. J’ai appris beaucoup de choses à la dure. Tellement de gens se lancent là-dedans à l’aveugle, sans aucune mise en garde. Il y a tellement de mensonges que tout le monde avale, et ce n’est pas normal. J’essaie de mettre un terme à ces conneries autant que possible ! [rires]

« Le côté physique de la prestation est dingue. C’était vraiment étrange, parce qu’à certains moments, tu touches à l’euphorie du coureur – ce point où tu franchis une limite et où tout semble sortir de ‘2001 : L’Odyssée de l’espace’, avec les lumières qui se précipitent vers toi. »

Je pense que les gens voient l’industrie à travers le prisme du glamour et n’ont aucune idée des réalités du business.

Exactement ! À moins d’être en tête d’affiche avec Aerosmith ou dans le groupe d’Hannah Montana, la vie est assez brutale pour les groupes. Tu peux voir un concert filmé par des pros au Wacken, avec toute la pyrotechnie qui va avec, mais ça ne veut pas dire que le groupe n’a pas passé la nuit précédente dans un hall d’aéroport, la tête sur les bagages à main, à attendre un avion retardé ou à espérer retrouver des bagages perdus dans un autre pays et à passer des coups de fil pour obtenir de l’équipement en urgence, afin que le concert puisse avoir lieu. Tous les groupes doivent en passer par là. La demi-heure ou l’heure passée à jouer est géniale et le rapport que tu peux établir avec le public est incroyable. Mais il y a beaucoup de trucs qui viennent s’ajouter avant et après, en fonction du pays. Ça varie énormément.

Je recommande fortement le livre de Henry Rollins, Get In The Van. Il s’agit de son journal quand il était jeune. Il y parle de son boulot dans un magasin de glaces, et de la façon dont, alors qu’il était allé voir Black Flag en tant que fan, il s’est retrouvé à monter sur scène et à jammer, ce qui a marqué le début de sa carrière chez Black Flag. J’ai trouvé ce bouquin très inspirant, parce qu’il n’a rien de glamour. C’est assez sombre. Ce qui m’a parlé, c’est l’aventure, le fait de quitter sa zone de confort et de voyager à travers le monde, de découvrir des régions inexplorées avec des gens différents. Il y a un passage dans le livre où le groupe est dans la banlieue de Londres, chez Jimmy Pursey, le chanteur du légendaire groupe de punk oi! Sham 69. Je vis à Hersham, et Sham 69 s’appelle comme ça en raison d’un vieux garage sur lequel était écrit « Hersham 69 », mais plusieurs lettres avaient disparu – d’où « Sham 69 ». J’ai beaucoup de respect et d’affection pour Jimmy, parce que j’ai travaillé avec sa mère, Betty Pursey, au Squires Garden Centre. Jimmy y passait assez régulièrement. C’était assez bizarre, parce que j’ai lu ce livre alors que je travaillais au centre, et je me disais : « Bon sang, il est dans le bouquin ! » Je suis fier d’être de Hersham en raison de l’héritage de Sham, même si, malheureusement, le mouvement punk oi! a été associé au mouvement skinhead et aux partis nationalistes qui utilisaient ces groupes pour servir leur cause. Je pense que l’une des raisons pour lesquelles Sham 69 a quitté la scène est qu’ils ne voulaient rien avoir à faire avec l’extrême-droite. Ils avaient des chansons comme « If The Kids Are United », dont les paroles disent : « If the kids are united/Then we’ll never be divided » [« Si les gosses sont unis/Nous ne serons jamais divisés »]. C’était censé parler d’unité. Il n’était pas question de dire : « Cette personne est d’un côté, et cette personne de l’autre » à cause de la couleur de leur peau. C’est aussi l’une des raisons pour lesquelles j’ai rejoint le mouvement metal contre le racisme. J’ai commencé à m’impliquer dans la scène metal parce que j’étais un peu différent des autres, et que c’était un refuge pour les outsiders et les opprimés. Quand je reviens aux disques de Sham 69, je n’y vois aucune notion d’élitisme. C’est très terre à terre – et tellement, douloureusement anglais ! Ils ont une chanson appelée « Hurry Up Harry », qui parle littéralement d’un groupe de potes qui va au pub. « Hurry up Harry, we’re going down to the pub! » [« Grouille-toi, Harry, on va au pub ! »] Je peux te garantir que si cette chanson est jouée sur un jukebox dans un pub anglais, tout le monde la connaît ! [il chantonne]

Pour revenir au fait de jouer live – retour en arrière, Sham 69, Henry Rollins, le livre. Ce qu’il y a de génial à propos de Get In The Van, c’est que c’est un peu un conte fées, mais malgré tout, j’ai adoré le bouquin. Quand j’y repense avec le recul, je comprends un peu mieux les dangers. Certes, il en parle, mais quand tu es naïf et complètement fasciné, tu te dis : « Ouais, ouais… » On te dit les choses, mais tu n’écoutes pas vraiment. Mais je continue de penser que c’est un super livre à lire. Après mon dernier concert [avec Carcass] à Tel Aviv, en décembre 2017, je ne suis pas monté sur scène pendant un an et demi. J’ai totalement quitté la scène. À la même époque, j’ai rassemblé toutes mes autobiographies et je les ai données à un ami. Il m’a demandé pourquoi je m’en débarrassais, et je lui ai répondu : « Je n’en ai plus besoin. Je l’ai vécu ! Je suis venu, j’ai vu et j’ai ramené trop de T-shirts ! » J’avais complètement perdu mes illusions. Le seul livre que j’ai gardé, c’est Get In The Van. C’était celui qui me semblait le plus honnête. Il n’essayait pas du tout de glorifier les tropes du métier. Il disait les choses de façon très directe, mais il était aussi plein d’enthousiasme.

Tu tournes avec Satyricon depuis un petit moment, maintenant. Qu’est-ce qui t’a fait changer d’avis à propos de la vie de musicien de tournée ? Penses-tu que tu étais tout simplement mieux préparé, cette fois-ci ?

Même si j’avais de l’expérience à ce moment-là, j’avais aussi un syndrome de stress post-traumatique à gérer. Quand on m’a demandé de « venir jammer », ce qui est un code pour « auditionner », je venais de commencer mon master chez Waterbear en septembre. J’ai reçu un message d’Anders Odden autour de Noël 2018. La plupart des gens connaissent Anders en tant que membre de Satyricon, mais il sort pas mal de nouveautés avec Cadaver en ce moment, ce qui est très cool. Il m’a contacté en disant : « On cherche un guitariste pour la saison des festivals. Tu te sens d’essayer ? » J’ai répondu : « Pourquoi pas… » Ce qui est curieux, c’est que j’avais vu Satyricon il y a des années, en 2000, en première partie de Pantera sur la tournée Reinventing The Steel, mais ils avaient disparu de mon radar depuis longtemps. La seule chanson que je connaissais était « KING », que la moitié des fans adore, alors que l’autre moitié a une opinion radicalement opposée. L’ambiance est très différente. Il n’y a pas moyen de comparer Now, Diabolical et Nemesis Divina. Quand j’ai commencé à me pencher sur les chansons plus anciennes, je me suis dit : « Bon sang, je n’étais vraiment pas au courant de ce changement d’orientation musicale ! » Ça s’est poursuivi sur chaque nouvel album. Ce qu’il y a de génial dans le fait d’apprendre les chansons, c’est l’individualité de chaque album. Ils ont tous leur propre identité, et c’est quelque chose que je respecte dans le talent artistique de Satyr et Frost. Ils développent et testent sans arrêt de nouvelles idées, ils ne se contentent pas d’utiliser les mêmes ingrédients tout le temps. J’ai aussi dû vraiment modifier mon style de jeu. [il s’arme d’une guitare] Par rapport à ce type de lead ou de riff de thrash [il joue], c’est très différent. Dans beaucoup de styles de metal, on se contente d’accords de quinte, d’accords mineurs étendus, d’accords avec cordes ouvertes, de trémolos, ce genre de choses. Il y en a un peu en death metal. Je jouais aussi ces accords très lourds [il fait la démonstration], et il fallait que je sois beaucoup plus léger sur les frettes. Ça me semble très naïf aujourd’hui, mais pour les curieux, j’ai fait quelques vidéos sur le black metal et le son d’Abbath et Demonaz. L’un des sujets que je voulais aborder était le risque de TMS dû à une mauvaise technique. Si on effectue une action répétitive de façon inadaptée, on finit avec un trouble musculo-squelettique. Celui qui fait vraiment peur, c’est le syndrome du canal carpien. Ce que j’ai cherché à faire, c’est à me conditionner de façon à ne pas fatiguer un certain groupe de muscles et à pouvoir continuer à jouer sans partir en burn-out. La technique que j’utilisais avant était très fixe, très linéaire par rapport au corps, ce qui verrouille l’ensemble du bras. Si tu relâches un peu le poignet et que tu le balances un peu, tu prends le rythme, mais le bras droit n’est pas complètement verrouillé ; il se détend. Tu peux passer de ce genre de chose, totalement fermé [il fait la démonstration], à… [il fait la démonstration avec un poignet plus souple]. Ce sont des choses que j’ai vraiment dû travailler. Je me suis rendu compte de ça au fur et à mesure du processus ; je ne pouvais pas avancer dans le même état d’esprit qu’avant. Sans compter que j’attaquais les cordes vraiment, vraiment fort. Par certains aspects, la musique de Satyricon est beaucoup plus extrême, mais tu dois attaquer les cordes beaucoup plus délicatement. C’est un drôle de paradoxe. Ce sont des choses que j’ai dû revoir.

« Le pire qui puisse arriver, c’est de tomber sur un prof qui prêche sur sa montagne, mais qui n’a pas mis les pieds sur le terrain depuis longtemps. »

Je suis parti en mode prof de guitare, il faut que je revienne en arrière ! J’ai décidé d’utiliser l’expérience de l’audition pour la partie « développement personnel » de mon master. J’en ai fait une étude de cas. J’en ai filmé les différentes étapes et fait des vlogs. J’ai appris une sélection de chansons issues de l’album Deep Calleth Upon Deep ainsi que quelques classiques. Les gars sont vraiment tatillons sur la façon dont la musique doit être jouée. Tu peux jouer un accord ici, et les notes et le phrasé sont les mêmes que cet accord joué ici, mais la tonalité est complètement différente. Si l’original était joué là [plus bas sur le manche] et que je le jouais ici [plus haut sur le manche], ils me disaient : « Stop, stop ! L’accord doit être joué ici ! » En tant que musicien de session, il faut savoir s’adapter. Bill Hudson (I Am Morbid, Trans Siberian Orchestra, Doro) m’a un jour dit quelque chose de marquant : il faut apprendre à séparer l’art du cœur. Même si tu préfères jouer un accord à un certain endroit, si on te dit : « Non, il faut que ce soit joué là », il faut apprendre à s’adapter. Ça m’a vraiment mis dans l’embarras, parce que je ne pensais pas jouer à nouveau. J’ai donc dit : « OK, je vais tenter », mais c’était une situation étrange. Avant d’y aller, je n’avais pas réalisé à quel point mon syndrome de stress post-traumatique était encore présent suite à mon expérience précédente. Les gars ont été d’un grand soutien. Après l’audition, Satyr m’a dit: « Ne prends pas de décision dictée par la peur. » J’avais joué une chanson en étant complètement figé, parce que j’étais terriblement nerveux et incapable de me concentrer. Il a dit : « Stop, stop. » Là, j’ai pensé : « C’est fini, on rentre à la maison. » Mais ce n’était pas le cas. Satyr a dit : « Il est évident que ce gars sait jouer. Soyez tolérants. » C’est ce que j’ai entendu de plus gentil et de plus encourageant dans cet environnement ces cinq dernières années. Pour moi, ça comptait beaucoup.

On m’a fait une offre, à laquelle j’ai beaucoup réfléchi. Je menais mon master en parallèle, et à l’époque, ma priorité allait à la formation. Dans ma tête, j’en avais fini avec les groupes et les idées de gloire. Je voulais juste revenir à l’enseignement. À ce moment-là, j’ai donc répondu par la négative. Mais [Satyr] est revenu vers moi et m’a dit : « Écoute, je sais que tu n’es pas dans le meilleur état d’esprit, mais nous avons une unité capable de te soutenir, et je pense que ça pourrait mener à de belles choses. » Le concert des 25 ans de Rebel Extravaganza était prévu au programme – un concert totalement unique dans leur ville d’Oslo (Norvège). Il y avait aussi la première partie de Slayer. Mais comme j’avais déjà tourné avec Slayer [en tant que membre de Carcass], je me suis dit : « Ouais, déjà fait… » Cela dit, combien d’artistes peuvent se vanter d’avoir tourné et fait la première partie de Slayer avec deux groupes légendaires de la scène metal ? [rires] Le fait que Satyr soit venu vers moi et m’ait dit : « Je sais que tu as d’autres options, mais ne prends pas de décision dictée par la peur », le fait qu’il y ait un immense soutien, m’a fait me dire : « Tu sais quoi ? Je tente. » J’ai discuté avec mon mentor chez Waterbear, John Hart, qui m’a dit : « Ben, au point où tu en es, je crois que tu te cherches des excuses pour ne pas le faire. » Dans le cadre de mon rétablissement, pour dépasser ce blocage mental, je me suis dit : « Même si c’est juste pour la saison des festivals, il faut que je le fasse. »

Mon premier concert a eu lieu au Domination Festival, au Mexique. En dehors d’une soirée micro ouvert ici et là, je n’avais pas donné de vrai concert en un an et demi, et voilà que je me retrouvais dans un nouveau groupe, avec une technique et un jeu de scène radicalement différents. L’expérience était complètement inédite. Aller au Mexique est un défi dans tous les cas. Le trajet est long et tout ne se passe pas toujours conformément à la feuille de route, donc il faut savoir garder son calme. Mais c’était vraiment une super expérience. Ce qui m’a aussi beaucoup aidé, c’est le fait que The Black Dahlia Murder jouait également ce jour-là. J’avais joué avec eux en 2014, sur la tournée Decibel, avec Noisem et Gorguts. C’était génial de retrouver Trevor, Brian, Lee and Al. C’était du genre : « Salut, mec ! Qu’est-ce que tu fais là ? »
« On joue. Et toi, qu’est-ce que tu fait là ? »
« Je joue aussi. »
« Cool ! Avec qui ? »
« Tu verras ! » [rires]
J’ai vraiment gardé le secret. J’ai posté une photo sur Facebook, en disant : « Hello, je suis au Mexique ! » Les gens m’ont fait : « Tu joues au tech ? Tu as là-bas en touriste ? » Je n’en avais vraiment pas parlé avant le concert, et ce n’est qu’après, quand j’ai posté une photo avec Frost et Satyr, que les choses sont devenues virales. Les réponses se sont transformées en : « Hein, quoi ? D’où ça sort, ça ?! »

Je vais te raconter une autre histoire (comme d’habitude avec moi). Nous étions à la dernière répétition avant le concert au Tons Of Rock. Nous étions dans cette toute petite salle pour une répétition secrète à Oslo. La scène était en cours d’installation et Frost tapait comme un fou, et moi, j’étais sur mon ordinateur portable, à envoyer mon dernier mémoire – littéralement pendant la répétition. C’était dingue ! Je mettais la dernière main à mon mémoire tout en répétant pour le concert. C’était assez intense. J’ai appuyé sur le bouton « Envoyer », puis j’ai pris une guitare et je me suis dit : « Ça, c’est fait ! Plus qu’à jouer, maintenant ! »

Le concert au Tons of Rock a été génial. C’était une performance vraiment dynamique, parce que cet album [Rebel Extravaganza] ne s’arrête jamais. Quand tu joues tout de « Tied In Bronze Chains » à « The Scorn Torrent » [il joue une partie de la chanson]… Tu vois la main qui fait le trémolo ? J’ai dû faire ça pendant sept minutes complètes. Et Frost enchaîne les blast beats sans fill et sans break pendant sept minutes. Le côté physique de la prestation est dingue. C’était vraiment étrange, parce qu’à certains moments, tu touches à l’euphorie du coureur – ce point où tu franchis une limite et où tout semble sortir de « 2001 : L’Odyssée de l’espace », avec les lumières qui se précipitent vers toi. C’est ce que j’ai ressenti pendant cette chanson. On était passés en vitesse démesurée, quelque chose comme ça ! Mais c’était très gratifiant. Le plus curieux dans ce concert, c’est que la chanson « Phoenix », qui est jouée avec un chanteur norvégien [Sivert Høyem], était prévue au rappel, mais je ne l’avais pas apprise. J’ai donc joué le set Rebel, j’ai débranché ma guitare, je suis sorti de scène pendant que le groupe jouait « Phoenix », puis j’ai rebranché la guitare et nous avons fini avec « KING ». C’était tellement bizarre ! Je venais de finir ce set super intense, je sors de scène, et on me dit : « C’est pas fini, mec ! Reste là ! » [rires] Ce qui était encore plus dingue, c’est que je me souviens avoir regardé autour de moi, et tout le gotha du black metal était là : Nergal, Abbath, les gars de Dimmu… Tous ces groupes super importants regardaient le concert sur le côté de la scène. J’étais là : « Oh. OK. » [rires] Ça ne me perturbe pas. Peut-être que je fais ça depuis trop longtemps, qui sait ! C’était un concert incroyable, sans doute l’un de mes meilleurs souvenirs.

« Lorsque l’intro retentit avant un concert, la première personne à entrer sur scène et à être reconnue comme un musicien aura droit à un tonnerre d’applaudissements. Quand les vraies stars arrivent, le bruit monte d’un cran. Je reste persuadé que si un chat montait sur scène, il obtiendrait les mêmes applaudissements initiaux. Si tu penses que c’est pour toi, tu as bien tort. »

J’ai fait neuf concerts au total, mais ils étaient relativement espacés. Personnellement, je préfère quand ils sont plus rapprochés, parce que tu y gagnes un certain élan. Tandis que si tu te contentes de jouer un concert le week-end, le temps passe, et tu dois répéter et t’entraîner pour ne pas perdre la main. C’est un peu délicat. Mais les concerts étaient super. J’ai mis un moment à apprendre les chansons, parce que, comme je l’ai dit, c’est complètement différent de ce à quoi j’étais conditionné. Et puis le show est très physique, avec tout ce headbanging synchronisé. Même si tu répètes le même riff tout du long, il faut bouger constamment. C’est l’équivalent de se taper la tête en se frottant le ventre. Ça m’a pris du temps, et j’y travaille toujours. Au moins, s’il y a un côté positif à la quarantaine, c’est que j’ai le temps d’explorer le catalogue et d’affiner mon jeu pour me sentir à l’aise. Dans un groupe, il peut arriver que les choses changent sans préavis. Avec le groupe précédent, on me disait parfois : « Tu vois cette chanson qu’on a répétée ? Eh bien on la retire de la setlist et on met celle-là à la place. » Je me souviens d’une fois [avec Carcass] : « On va fait un medley. On va prendre un bout de cette chanson, puis un bout de celle-là, et un bout de cette troisième. » Nous avions répété en acoustique dans les loges, et puis : « OK, maintenant, on va faire ça devant quelques milliers de personnes. » Heureusement, à ce moment-là, le groupe avait beaucoup répété ensemble, et la plupart du temps, ça passait. Et d’autres fois, c’était une vraie catastrophe – aïe ! Je suis habitué, mais il faut y être préparé. Les Norvégiens sont très rigoureux. Ce qu’il y a de génial avec ces gars, c’est que, quelle que soit la période couverte par la setlist, de Dark Medieval Times à Deep Calleth Upon Deep, il y a toujours l’envie de jouer ces chansons de façon méticuleuse et avec le cœur, sans apathie. Ils se dépassent constamment, et travailler avec des gens aussi disciplinés m’a vraiment poussé à m’améliorer. Je suis très reconnaissant envers le groupe, à qui j’ai pourtant bien failli dire non. Je suis vraiment content d’avoir accepté le job, et que mes derniers souvenirs de collaboration avec un groupe bien établi soient si positifs.

Ravie que les choses aient finalement bien tourné pour toi ! À partir de 2018, tu t’es donc lancé dans un master en Music Business, Innovation and Enterprise avec Waterbear College of Music. Qu’est-ce que cela t’a apporté d’un point de vue personnel et professionnel ?

C’est une excellente question ! Ça a beaucoup aidé mon processus de guérison. Je travaillais avec d’autres créatifs qui ne venaient pas seulement de la scène metal. Certains travaillaient sur la scène indépendante, dans la production, le copyright ; d’autres étaient simplement enseignants. Tout le monde venait de secteurs différents, et tous les participants se soutenaient les uns les autres. Les groupes étaient assez restreints, ce qui permettait d’avoir de bonnes conversations, de bonnes interactions, et des débats intéressants, ce qui était de toute façon encouragé. Si tu n’étais pas d’accord avec quelque chose, tu étais poussé en permanence à justifier ton raisonnement : « Et alors ? Où sont tes preuves ? Pourquoi est-ce important ? » Il y avait d’autres musiciens qui avaient été piétinés par l’industrie d’une façon ou d’une autre et qui cherchaient à guérir. C’était une partie importante du processus. Bruce me parlait de mettre en place un cours sur la santé mentale, car jusqu’à ces dernières années, c’était un sujet tabou. Tu connais le film « American Trip », avec Russell Brand ?

J’en ai entendu parler, mais je ne l’ai pas vu.

Ça parle d’un représentant de maison de disques (Jonah Hill) qui se retrouve à chaperonner une rockstar sur le retour (Brand) pour son grand come-back à Los Angeles. Je me souviens avoir regardé ce film début 2013, dans un avion pour l’Amérique du Sud. Je rigolais et je me disais : « Oh, c’est ridicule ! » Mais avec le recul, je me dis : « En fait, c’est terriblement proche de la réalité. » Le plus parlant, c’est le personnage de Russell Brand. La représentation du toxico qui remonte la pente et du niveau de toxicité qui peut exister – qui existe vraiment – dans l’industrie est tellement exacte que c’en est terrifiant. Il y a notamment cette scène :
Jonah Hill : « Il est malade, il ne peut pas jouer ! »
Le patron du label : « Donne-lui ça, il ira mieux et il montera sur scène ! »
Jonah Hill : « Non, il ne va vraiment pas bien ! »
Et même s’il y a des moments vraiment drôles dans le film, il y a aussi beaucoup de choses qui me dépriment.

Mais revenons au master de Waterbear. La formation nous permettait de partager ces expériences et nous offrait un groupe de soutien. Tu n’es pas seul, et quelles que soient les erreurs que tu as commises, tu peux toujours apprendre de ces erreurs. Tu peux t’améliorer. C’était formidable au niveau du développement personnel. Pour cette partie du processus, j’ai utilisé mon audition avec Satyricon. Le soutien que j’ai reçu de l’académie (et du groupe) valait tout l’or du monde. Une grande partie de moi se disait : « C’est fini, je ne jouerai plus. Terminé, je ne suis plus là-dedans. » Mais là, c’est devenu : « OK, tu as vécu une expérience, mais tout arrêter à cause de cette expérience est terriblement injuste. Et si tu utilisais ces connaissances et cette expérience pour apprendre et faire les choses autrement ? » La vérité, c’est que, si je n’avais pas eu cette première expérience, j’aurais fait exactement les mêmes erreurs cette fois-ci. Aujourd’hui, je me dis : « Quel est ton rôle ? Quelle est ta place au sein de ce groupe, de cette organisation ? Que t’a-t-on demandé d’apporter ? » Comme dans n’importe quel job, tu fais ce qu’on t’a demandé de faire. Pour rester dans un groupe, il faut un certain niveau de respect, accordé comme reçu. On ne quitte pas un mauvais boulot, on quitte un mauvais management.

Ce qu’il y a de formidable avec Waterbear, c’est qu’ils se soucient vraiment de toi. Ce sont tous des musiciens actifs – chanteurs, compositeurs, musiciens de session… Le pire qui puisse arriver, c’est de tomber sur un prof qui prêche sur sa montagne, mais qui n’a pas mis les pieds sur le terrain depuis longtemps. Dans ce cas, il peut avoir des idées archaïques et à côté de la plaque, voire faire de la désinformation. Il peut simplement chercher à se faire mousser. Si tu ne traites pas ces sujets de façon actuelle et contemporaine, tu ne rends pas du tout service aux étudiants. Waterbear est vraiment à jour là-dessus. Les profs prennent le temps de discuter avec les étudiants pour mettre en place de vraies interactions. La base étudiante est vraiment solide, et tous font de très belles choses. Je pense que l’éthique de Waterbear les distingue vraiment des autres académies de musique. L’attitude est profondément populaire. Ils n’essaient absolument pas de produire le prochain Ed Sheeran ou le prochain Justin Bieber. Ils travaillent avec du talent à l’état brut. Les gens qui étudient là-bas ne sont peut-être pas les meilleurs guitaristes ou les meilleurs chanteurs, mais la raison pour laquelle ils étudient, c’est justement parce qu’ils ne sont pas parfaits mais ont cette étincelle de talent. Ils ont le potentiel. Quand j’ai débuté, j’étais loin d’être parfait. Mais si tu fais preuve de potentiel, tu as la possibilité de grandir. Si tu as déjà appris tout ce que tu avais à apprendre, pourquoi es-tu là ? Pour moi, ce qu’il y avait de formidable à revenir sur les bancs de l’école, c’était d’avoir la confirmation par des figures d’autorité de choses que je savais déjà, mais dont j’avais fini par douter. Et aussi d’apprendre des choses avec ce qu’on appelle un état d’esprit de développement. Avec un état d’esprit fixe, tu ne peux être que deux choses : « Je suis le meilleur ! Je suis le roi du monde, je suis intouchable ! » ou « Je suis totalement nul, je ne suis rien, je ne devrais même pas faire ça. » Tu es soit tout en haut, soit tout en bas. Tandis qu’avec un état d’esprit de développement, tu as une base qui est là pour te porter. Ça a fait des merveilles chez moi.

« Même quand on s’est fait un nom, il y a beaucoup d’autres aspirants YouTubeurs qui mettent en ligne du super contenu. Il faut se concentrer sur ce qu’on a à proposer. Je crois fermement qu’on peut obtenir de grands résultats à partir de tout petits ingrédients. »

Quand j’ai fini mes études à l’ACM en 1997, je me souviens d’être allé à ma cérémonie de remise des diplômes et d’avoir reçu un certificat disant que j’avais fini la formation, mais que je ne l’avais en fait pas validée, car j’avais raté la partie déchiffrage. Ça m’a fichu un peu, parce que je pensais que je m’en étais vraiment bien sorti. Aujourd’hui, j’ai un vrai master en musique. J’ai pu porter la tunique et le chapeau bizarre ! J’ai posté une vidéo récapitulative sur YouTube récemment, et on y voit un passage où je récupère mon diplôme. Je n’en reviens pas de me voir courir comme ça ! Je n’en ai même pas profité ; j’ai juste récupéré le papier, fait : « Ciao ! » et quitté la scène ! C’était mon moment de gloire et j’ai joué à Groucho Marx : « Hello, I must be going! » [rires] C’est totalement ridicule !

Voilà toute l’histoire, avec les hauts, les bas et la rédemption. Toutes ces choses qui se sont passées, les moments formidables et les moments où j’ai été lâché ou me suis lâché tout seul. Tout ça pour repartir de zéro et en arriver à obtenir un master.

Il ne faut jamais oublier que quand tu fais partie d’un groupe… Il y a une excellente citation de Jason Hook (Five Finger Death Punch) dans le film « Hired Gun », que j’aimerais voir au programme de n’importe quelle formation musicale, parce qu’il contient tellement de bonnes informations. Jason a dit : « Tu as été invité dans ce monde fait de glamour et de gloire, et ça n’a rien à voir avec toi. » Lorsque l’intro retentit avant un concert, la première personne à entrer sur scène et à être reconnue comme un musicien aura droit à un tonnerre d’applaudissements. Quand les vraies stars arrivent, le bruit monte d’un cran. Je reste persuadé que si un chat montait sur scène, il obtiendrait les mêmes applaudissements initiaux. Si tu penses que c’est pour toi, tu as bien tort.

Début 2017, j’ai reçu une belle leçon d’humilité. Je venais de jouer pour la deuxième fois au 70,000 Tons of Metal, et un très bon ami à moi a dû être opéré d’une tumeur cancéreuse à l’épaule. Il va bien aujourd’hui, mais il était physiquement incapable de jouer de la guitare à ce moment-là. Son groupe devait donner une série de concerts dans des clubs européens, et il m’a demandé si je pouvais le remplacer. Je lui ai répondu : « Pas de problème, mais je ne veux aucune mention du groupe dans lequel je joue, aucune affiliation avec quoi que ce soit. Je veux être complètement anonyme. » Ce qui était tout à fait faisable, étant donné que le groupe portait des masques sur scène. Je descendais littéralement d’un bateau de croisière, après avoir joué plusieurs fois dans des salles combles où le public était dingue, et là, je me retrouvais dans des clubs, à jouer devant trois ou quatre personnes. Et quand nous avions fini de jouer – rien ! Tu joues en espérant recevoir des applaudissements pour te prouver ta propre valeur, donc c’était une vraie leçon d’humilité. Il ne faut surtout pas se laisser avoir par cette fausse impression de sécurité, parce qu’à moins que ton nom ne soit sur l’affiche et que les gens aient fait le choix délibéré d’aller te voir, ça n’a rien à voir avec toi. Mais c’était sympa de jouer sans aucune pression. J’étais masqué, je pouvais me lâcher un peu et m’amuser. L’ambiance était très détendue. Évidemment, il n’est pas question d’être trop confiant, mais c’était cool de revenir aux sources, à ces premiers concerts où tu essayes d’impressionner le public. Ce n’est pas seulement une question de toucher ton chèque. Tu te reconditionnes, tu cherches juste un merci. Cela dit, je préfère que le « merci » n’arrive pas sous forme de projectile ! Je crois que le truc le plus bizarre qu’on m’ait lancé était une botte high-tech à Mexico en 2014. Je m’en souviens très distinctement : nous étions en train de jouer « Exhume To Consume » [il joue le riff], et soudain, cette super grosse botte m’arrive dessus. Je n’ai pas pu m’empêcher de penser à « Austin Powers » : « Qui lance une chaussure ?! » Et je me suis dit : « Il y en a un qui va rentrer à cloche-pied ! » Du grand n’importe quoi !

J’ai un peu détourné la conversation, à passer d’un sujet à un autre ! En gros, au fil de ce parcours, il y a eu beaucoup de développement personnel. On n’apprend vraiment qu’avec le recul.

Qu’est-ce que l’enseignement et le mentoring t’apportent en tant qu’artiste ? Penses-tu que tu apprends également de tes élèves ?

Tout à fait. Il faut garder ce côté éponge, où tu peux toujours apprendre quelque chose de neuf. Si tu en arrives au point où tu te dis : « J’arrête, ma coupe est pleine »… Il y a toujours quelque chose à faire. Regarde les choses sous cet angle : tu n’as pas une seule coupe, mais plusieurs. Celle-là est peut-être pleine, mais qu’en est-il de celle-ci, ou de cette autre ? Il y a tellement de choses à faire. C’est une relation réciproque, symbiotique. J’essaie vraiment de comprendre leur point de vue pour faciliter l’apprentissage. Mais dans le même temps, c’est génial pour affiner ses propres compétences. Chaque élève apporte son lot de défis différents. C’est super pour continuer à s’entraîner et éviter l’excès de confiance. J’apprends tout le temps.

Dès les débuts du confinement, tu as commencé à faire des live chats sur Instagram avec des figures connues (et parfois moins connues) de la scène metal, comme Dan Mongrain de Voivod, Bill Hudson, Matt Harvey d’Exhumed ou Aaron Homma d’Annihilator, entre autres. Qu’est-ce qui t’a motivé à lancer les Quarantine Sessions, et comment as-tu choisi les gens avec qui tu voulais discuter ?

En toute honnêteté, c’était un accident ! Je faisais un livestream en solo sur Instagram, et soudain, Anders [Odden] a demandé à participer à la vidéo. J’ai juste appuyé sur les boutons, et il est apparu sur mon écran – exactement comme ce que nous faisons en ce moment ! Et bien sûr, comme il a ses propres abonnés, tous ces gens ont commencé à suivre la discussion. Nous avons discuté de nos différents projets en cours, de ce qu’il fait avec Cadaver, dont l’EP était sur le point de sortir, et de ce que je fais de mon côté. C’était beaucoup plus sympa que de faire un chat tout seul. Il arrive qu’on perde un peu le fil, et le monologue commence à ne plus avoir de sens. Du coup, je me suis dit : « Je connais des gens ; je vais passer des coups de fil. » J’ai appelé et envoyé des messages. Si c’était un guitariste, il devait avoir une guitare à portée de main, comme ça, nous pouvions facilement parler d’un riff ou d’un lick. Je voulais surtout faire ça avec Dan « Chewy » Mongrain, qui est un incroyable guitariste. Ce qu’il y a de bien avec Voivod, c’est qu’ils sont très actifs. Je crois qu’ils n’ont pas été aussi actifs depuis des années ! Ils font des tonnes de trucs. C’était génial de faire ça avec lui. J’ai aussi eu des gens comme Sam Bell, le responsable du pôle guitare chez Waterbear, qui est un incroyable guitariste lui aussi, pour parler de créativité. J’ai également eu Michael Pilmer. C’était un peu inattendu, car il fait beaucoup de choses en coulisses pour des groupes comme Devo, par exemple, ou Sigue Sigue Sputnik. Je n’avais pas réalisé qu’il avait travaillé avec eux. Nous étions en train de jammer, et il m’a dit : « Joue du Sigue Sigue Sputnik ! » J’étais là : « Quoi, le groupe à la Ferris Bueller ?! » C’était vraiment cool. Une partie de l’envie de développer mon activité sur les réseaux sociaux est venue de Trevor (Strnad, Black Dahlia Murder), qui m’a dit un jour : « Au point où on en est, il est important d’assurer le fan service et d’être présent. Quoi que tu fasses, assure-toi d’être dans la pièce. » Ce qu’il voulait dire par là, c’est qu’il faut s’adresser aux gens en tenant compte de la situation actuelle. Il faut aussi éviter de s’auto-congratuler et de flatter son propre ego, parce que les gens le remarqueront tout de suite. J’ai récemment parlé de la campagne Let The Music Play, qui a eu un impact énorme ici [au Royaume-Uni] : le gouvernement a mis en place une enveloppe de secours pour le secteur créatif. C’est un bon exemple de ce que veut dire être dans la pièce et traiter des problèmes actuels. Je me suis dit que si je ne faisais pas quelque chose, j’allais finir par me perdre dans une masse de bruit. C’est important d’être présent. J’ai continué, je me suis laissé porter. Dan était le dernier, parce que c’était à l’époque où les gens commençaient à retourner au travail. Je trouvais plus pertinent de limiter la durée plutôt que d’en faire trop. Je me suis donc dit que j’allais m’arrêter là. Je mettrai bientôt en ligne un « best of » des entretiens sur YouTube, alors ouvrez l’œil !

« Le plus important dans l’utilisation des réseaux sociaux, c’est de garder du temps pour soi. On ne peut pas passer tout son temps sur l’écran. Il faut prendre le temps de se désintoxiquer de tout ça. Sinon, ça peut devenir obsédant, et ce n’est pas sain. »

Quels retours as-tu reçus des gens qui ont regardé les Quarantine Sessions et de ceux qui y ont participé avec toi ?

Les retours ont été généralement assez bons. Ça dépend de la plateforme. Pendant les livestreams sur Facebook, il n’y a parfois que de la famille ou des amis qui me connaissent et qui veulent simplement dire bonjour. Mais sur Instagram, et encore plus sur YouTube, ce sont des gens que je ne connais pas directement et qui se sont abonnés parce qu’ils étaient intéressés par le sujet traité ou l’invité. Chaque invité apporte ses propres abonnés. Avec certains, c’est beaucoup plus calme. Il ne faut pas oublier que je suis à l’heure anglaise et que je dois penser aux invités qui vivent aux États-Unis et qui ont énormément d’abonnés là-bas. C’est complètement idiot de faire quelque chose à une heure indue, parce que les gens qui aimeraient regarder ne pourront pas le faire. Nous nous sommes donc mis d’accord sur un horaire intermédiaire pour plus d’accessibilité. Les gens étaient généralement très réceptifs et il y a eu d’excellentes conversations. Ce qui est vraiment bien avec cette formule, c’est la création d’une communauté. Pour continuer sur cette lancée, j’ai organisé un concours, dans lequel les gens pouvaient me soumettre ce qu’ils faisaient pendant le confinement, et les plus créatifs ont pu participer à un chat. C’était génial. Les participants étaient tous très différents et faisaient preuve de beaucoup d’optimisme et de résilience. C’était super de leur parler. Je ne suis pas élitiste dans mon choix d’invité. Ce qui est vraiment important, c’est que le contenu que tu mets en ligne ait un but. Tu dois avoir quelque chose à dire. Dans le cas contraire, ça ne sert qu’à se faire mousser, et les gens s’en fichent complètement. Si tu invites un musicien qui fait… [il fait semblant de jouer très vite de la guitare], ça ne sert à rien. Tandis que si tu contentes de ces quatre notes… [il joue les notes d’introduction de « Shine On You Crazy Diamond » de Pink Floyd]. Quand cette chanson est jouée sur scène, avec ces nappes de claviers, et que la guitare fait son entrée, le public devient fou. En comparaison, les trucs super rapides, ce n’est rien du tout. Quand tu joues les bonnes notes au bon moment, le public est fou. Je me souviens des répétitions pour Necroticism [de Carcass] : le groupe se demandait s’il devait ou non utiliser les samples d’intro. Je leur ai dit : « C’est l’équivalent death metal de Operation: Mindcrime. Ces samples sont absolument indispensables au fan service. » Dès que les gens entendent le chirurgien parler de l’étude du corps, ils savent quelle chanson va être jouée. Ça pose une ambiance. Ce sont des petites choses très importantes du point de vue d’un fan.

J’ai eu la chance de discuter avec Don Felder l’an dernier, et il me disait qu’il n’a même pas besoin de jouer les premières notes de « Hotel California ». Tout ce qu’il a à faire, c’est entrer sur scène avec la guitare à deux manches, qui est un vrai symbole, et les gens deviennent dingues !

Oh, absolument, parce qu’ils devinent la suite ! Je cherche un équivalent dans le set de Satyricon. La seule chanson avec ce type d’intro est « Brethren In The Dark », qui est d’ailleurs ma préférée du dernier album [Deep Calleth Upon Deep]. L’atmosphère est incroyable. Je me souviens du Domination Festival au Mexique l’an dernier. Je n’avais pas donné un concert depuis un an et demi, et le public était estimé à 80 000 personnes. Nous avons commencé à jouer cette chanson [il joue les premières notes à la guitare], et à un moment, cette sensation de calme s’empare de toi, et tu peux regarder la foule et distinguer tout le monde. Il ne faut pas oublier que, dans le groupe précédent, j’avais l’habitude de bourriner tout le temps. Alors quand arrive un moment qui frôle la ballade, tu as le temps de respirer et de te concentrer sur l’ambiance de ta performance, et tu te dis : « Mon Dieu, c’est génial… » C’était un merveilleux accueil pour mon retour. « Tu es là ! Tu avais dit que tu ne le ferais plus jamais, mais tu es de retour ! »

Tu as récemment ressuscité ta chaîne YouTube après une pause de sept ans. Tu as constaté par toi-même ce que les vidéos YouTube peuvent apporter à quelqu’un qui aspire à devenir musicien, mais que penses-tu que cela puisse apporter à quelqu’un avec ton CV ? Qu’en attends-tu aujourd’hui, en 2020, par rapport à 2012 ?

J’ai remarqué que les standards de production sont beaucoup, beaucoup plus élevés. Mais même pour quelqu’un comme moi, il reste beaucoup à prouver. Même quand on s’est fait un nom, il y a beaucoup d’autres aspirants YouTubeurs qui mettent en ligne du super contenu. Il faut se concentrer sur ce qu’on a à proposer. Je crois fermement qu’on peut obtenir de grands résultats à partir de tout petits ingrédients. Même si tu utilises simplement ton téléphone pour filmer, ce qui importe vraiment, c’est de proposer du bon contenu, concis et accessible. Tu peux toujours essayer de faire passer de la merde pour de l’or, mais ça reste de la merde !

Un des professionnels affiliés à Waterbear, Damian Keyes (cofondateur du BIMM/DK Music Management Ltd.), qui a sa propre entreprise de développement artistique, répète souvent que, si tu veux utiliser les réseaux sociaux, tu dois t’assurer de le faire correctement en limitant le nombre de plateformes. Il est préférable de se limiter à deux ou trois – voire une seule – mais de le faire vraiment bien. Rien ne sert de se disperser. Par exemple, si je fais une vidéo spéciale, qui nécessite du montage et peut être regardée plusieurs fois, je la mets sur YouTube. La vidéo récapitulative des Quarantine Sessions, c’est du contenu YouTube. Si c’est au jour le jour, pour des informations rapides, ce sera Instagram. Pour le live, même si j’ai tenté sur YouTube et que ça s’est bien passé, je préfère de loin Facebook. C’est beaucoup plus simple ; pas besoin de se prendre la tête, tu appuies sur « Live » et c’est bon. Et puis la vidéo est enregistrée automatiquement. C’est vraiment convivial. Chaque personne doit évaluer quelles sont ses forces et où se trouve son public. Par exemple, Ol Drake (Evile) fait pas mal de trucs sur Twitch ces derniers temps, et ça marche bien. Je ne me sentirais pas nécessairement à ma place là-bas, parce que c’est davantage une plateforme pour gamers. Ol est aussi un gamer, donc c’est complètement logique. Trevor de Dahlia utilise Twitch également, mais lui aussi est un gamer, donc c’est son public. Ça ne sert à rien d’essayer à toute force de faire quelque chose là où le public n’a aucune chance de suivre. C’est comme essayer de faire quelque chose sur MySpace. Oublie, les gens sont passés à autre chose il y a longtemps ! En termes de contenu, le plus important est donc d’éviter de publier n’importe quoi. Il faut qu’il y ait une réflexion derrière. Et s’il faut un peu de temps pour le mettre en ligne, autant le faire bien. Je suis aussi sur LinkedIn pour le côté professionnel. En résumé, je conseillerais de réfléchir au contenu, aux plateformes à utiliser et à la façon de les utiliser.

« Ce que je trouve formidable dans la communauté metal, c’est son acceptation des outsiders, son soutien aux exclus. C’est souvent un endroit sûr, où tu peux être toi-même, où tu as la possibilité de progresser dans un environnement inclusif avec une vraie base égalitaire. »

Outre tes live traditionnels du samedi sur Facebook, les Quarantine Sessions et les séances de jardinage et de cuisine en direct – mes préférés ! –, comment es-tu resté créatif pendant la pandémie ? Que s’est-il passé en coulisses ?

Ce qui est génial, c’est que, comme tu le vois, je suis dans mon bureau. J’ai plein de trucs et de machins. Pour une raison quelconque, j’ai une main tranchée (fausse, bien sûr !) juste là. Elle m’a été lancée lors d’un concert d’Halloween en 2015, sur la tournée Deathcrusher. Je conserve pas mal de souvenirs. Sur le mur, là, j’ai tous mes pass. Le plus important, c’est de s’assurer que tout est toujours disponible. Il y a une guitare dans chaque pièce ; si tu as envie de jouer, tu n’as qu’à la prendre. Il y a des choses très simples à faire. Nous avons tous [un smartphone], et la plupart de ces petites choses ont un enregistreur vocal. Shane Embury (Napalm Death) m’a un jour donné un excellent conseil sans le savoir : « J’ai quelques idées. J’ai pensé à ce riff qui fait… » [il fait semblant de chanter dans un téléphone]. Mon imitation est un peu ridicule, mais si tu as une idée de riff, tu peux simplement l’enregistrer sur ton téléphone, rentrer chez toi, prendre ton instrument [le reproduire]. Pas besoin de faire quelque chose d’impressionnant ; tu peux juste l’enregistrer et c’est parti.

Ce qu’il y a de bien avec les live du samedi, c’est que j’essaie de changer le set. Bien que cette situation soit complètement nulle, pour beaucoup de raisons, c’est aussi un moment plein d’opportunités. Tu ne peux pas aller travailler ? Prends ce bouquin dont tu dis depuis une éternité que tu veux le lire. Tu as le temps, alors lis-le ! Ou si tu comptais monter une étagère, monte l’étagère. C’est pour ça que je fais mes trucs dans le jardin, par exemple. Je ne sais pas pourquoi j’ai fait [le live depuis le jardin] ! L’une des raisons pour lesquelles je vais dans le jardin est que je veux m’éloigner des réseaux sociaux, mais pour une raison quelconque, je me suis dit : « Tiens, j’ai le téléphone… », et je l’ai planté dans la terre pour rempoter mes plantes. Je me demandais : « Qui ça va intéresser ? C’est n’importe quoi ! » [rires]

Je crois que tout le monde cherchait un peu d’escapisme à ce moment-là. Les gens avaient besoin de sortir de chez eux pour se retrouver dans le jardin de quelqu’un d’autre. C’est un peu alarmant, dit comme ça, mais tu vois ce que je veux dire !

Tout à fait, mais il y a un équilibre à trouver, parce tu n’as pas envie d’en rajouter. Il y a des gens qui sont coincés dans des tours ou dans une toute petite chambre, et qui ne peuvent pas aller où que ce soit. Si tu commences à dire : « Oh, je suis là, dans mon jardin… » Il faut faire attention à ça. J’ai simplement décidé de tester quelques trucs, et si ça ne fonctionne pas, tant pis, je passe à autre chose. Cette opportunité de discuter avec toi, par exemple, ne se serait pas nécessairement présentée si je n’avais pas fait tout ça.

Sans doute pas. J’étais déjà très impressionnée par tout ce que tu fais en temps normal – les live du samedi et tout le reste –, mais tu en as encore rajouté pendant cette période, et c’est ce qui m’a motivée à te demander cette interview. Tu donnes l’impression de ne jamais t’arrêter ! Entre le moment où je t’ai contacté et cette interview, il s’est écoulé une dizaine de jours, et j’ai bien dû ajouter cinq questions à ma liste car je voulais parler de toutes les choses que tu as faites pendant ce laps de temps.

J’essaie simplement d’être actif pendant le confinement, d’être présent, de tenter des trucs. Ça ne coûte rien d’essayer, et si ça ne marche pas, tant pis. Mais je devais faire quelque chose. Le plus important dans l’utilisation des réseaux sociaux, c’est de garder du temps pour soi. On ne peut pas passer tout son temps sur l’écran. Il faut prendre le temps de se désintoxiquer de tout ça. Sinon, ça peut devenir obsédant, et ce n’est pas sain. On a besoin de temps pour soi. C’est là que la gestion du temps entre en jeu. J’ai un peu tâtonné, mais avec la pratique, j’ai appris beaucoup de choses. C’est super de voir qu’il y a eu une vraie évolution. Encore une fois, je ne savais pas exactement ce que je bâtissais, mais quelque chose est en train de se passer, et c’est génial. Je vais continuer de surfer sur la vague et de voir ce qui en découle.

Parlons un peu de ton soutien au mouvement Metal Vs. Racism. Comme beaucoup de gens, l’une des raisons pour lesquelles j’aime cette communauté est que je l’ai toujours trouvée accueillante et inclusive. Mais même si j’ai très envie de croire que le metal est une grande famille et que tout le monde y est le bienvenu, je suppose que tout n’est pas toujours parfait. As-tu vu ou entendu des choses, en tant que fan ou artiste, qui t’ont fait penser que la communauté metal n’était peut-être pas aussi inclusive qu’on pourrait l’espérer ?

J’ai décidé de soutenir le mouvement Metal Vs. Racism de mon propre chef. Je n’essaie pas d’entraîner quelque groupe ou tiers que ce soit là-dedans, c’est purement ma décision. L’un de mes invités [pendant le confinement] était Mary Bielich (Derketa, Mud City Manglers, Behind Enemy Lines). Elle m’a contacté à propos d’une vidéo que réalisait Luca [Indrio, de Necrot]. J’ai vu la première vidéo, qui comportait des gens comme Igor Cavalera, Alex Skolnick et mes potes Matt [Harvey, d’Exhumed] et Trevor, et je me suis dit : « Waouh, il y a du sacré beau monde ! Je veux participer à ça. » Mais il fallait réfléchir à plusieurs choses. Par exemple, avant de mettre en avant le nom d’un groupe, il faut comprendre où il se positionne politiquement. J’ai pensé qu’il serait beaucoup plus respectueux de faire ça en mon nom propre. Dans les faits, avec ces groupes, je suis un freelance. Je suis remplaçable, et je n’ai aucune envie d’être viré. C’est un sujet tendancieux, et si je dois faire quelque chose, je suis seul responsable.

Quant à ce que je peux dire sur ce que j’ai vu dans la communauté metal… Je pense que c’est une attitude inhérente à la société. Aucun club n’en a l’exclusivité. Comme toi, ce que je trouve formidable dans la communauté metal, c’est son acceptation des outsiders, son soutien aux exclus. C’est souvent un endroit sûr, où tu peux être toi-même, où tu as la possibilité de progresser dans un environnement inclusif avec une vraie base égalitaire. Mais ce n’est pas toujours le cas. C’est un peu comme le privilège blanc : j’ai le sentiment d’avoir toujours été accueilli, mais d’autres personnes non caucasiennes auront peut-être une histoire différente à raconter. Avoir tourné à travers le monde et rencontré tant de gens différents m’a permis d’acquérir une certaine perspective. S’il y a une chose que j’ai toujours aimé faire et que j’ai toujours faite après un concert, c’est aller discuter avec les gens et socialiser. Certaines personnes pensent que je le fais pour l’ego, mais je suis juste quelqu’un de social ! Si je suis dans un endroit que je ne connais pas, montre-moi quelque chose de nouveau ! Je ne sais pas quand j’aurai l’occasion de revenir, alors allons-y ! J’ai rencontré et travaillé avec beaucoup de gens et de cultures différentes, et il faut comprendre et accepter les différences entre les cultures et la façon dont les gens perçoivent les choses. Il y a des façons de s’adresser à un certain groupe qui seront totalement inacceptables avec un autre groupe. Il faut s’avoir s’adapter.

« Je ne jugerai jamais quelqu’un sur son physique, son ethnicité ou son lieu de naissance, sur sa couleur de peau, son style de vie, son sexe… Je juge les gens si ce dont des cons. Si ce n’est pas le cas, alors c’est bon ! »

J’ai été sérieusement harcelé quand j’étais au collège. Je hais les harceleurs – je HAIS profondément les harceleurs de tout poil. La discrimination ne se limite pas forcément à la couleur de la peau ; ça peut être lié à des choix de style de vie et à beaucoup d’autres choses. Ce n’est pas bien. Les gens utilisent ça comme un mécanisme de défense. L’une des séries de comics qui parlent énormément de ça est la franchise X-Men. J’ai vu tourner un meme qui m’a vraiment dérangé et qui disait : « Si vous ne comprenez pas l’esthétique des histories de Stan Lee, alors vous n’avez rien saisi. » En gros, le meme disait que X-Men parle d’homosexualité. Ça m’a vraiment agacé, parce qu’à ma connaissance, il n’y a qu’un seul personnage qui soit vraiment gay – Banshee, l’Irlandais avec la voix supersonique. Mais je trouve que ça dévalorise complètement toute la saga, parce que le sujet principal, c’est le racisme. Je suis un grand fan, et avoir lu ces comics m’a permis d’apprendre des choses et m’a conditionné. Je ne juge les gens que s’ils sont mauvais. J’essaie de ne pas être grossier sur Internet ! Je ne jugerai jamais quelqu’un sur son physique, son ethnicité ou son lieu de naissance, sur sa couleur de peau, son style de vie, son sexe… Je juge les gens si ce dont des cons. Si ce n’est pas le cas, alors c’est bon ! Je me suis dit que si, dans la position où je me trouve aujourd’hui, je pouvais participer à un mouvement qui affirme : « Oui, nous sommes inclusifs », alors ça en vaut la peine. Je suis totalement pour. Là où je sors les griffes, c’est quand les gens commencent à se montrer trop élitistes ou extrémistes. C’est dans ces moments-là que l’objectif positif initial disparaît. Ça me fait mal de le dire, mais c’est quelque chose que j’ai beaucoup vu pendant cette pandémie. Les gens partent d’un bord ou de l’autre, et plutôt que d’avoir une conversation, ils se ruent aux extrêmes. Ils ont forcément raison, tous les autres ont tort, et il n’y a pas de débat. Si on en arrive là, ne comptez pas sur moi, c’est juste ridicule. Mais pour l’instant, ça a été très positif. Encore une fois, je suis conditionné à aider les gens. J’ai pensé que c’était important de participer à ce mouvement. Mais je l’assume complètement. Ça ne concerne personne d’autre, uniquement moi. C’est très important de le préciser, parce que c’est un sujet sérieux, qui a des conséquences. On peut perdre des abonnés ou des fans quand on soutient un mouvement pareil. Ça s’est déjà vu et ça se verra encore. Tout le monde ne sera pas d’accord. Soyons ouverts à la discussion.

Récemment, tu as également annoncé avoir reçu une subvention de la PRS Foundation, qui t’aidera à financer ton premier album solo, Glass Roses. Que peux-tu nous dire sur ce projet à ce stade ?

Glass Roses est en développement depuis un moment maintenant. J’ai vraiment commencé à écrire quand j’ai quitté mon groupe principal (Carcass), début 2018. J’ai repris des idées de chansons que j’avais écrites en tournée, et d’autres il y a environ dix ans. J’avais laissé ça traîner pendant longtemps, et je n’en avais rien fait jusqu’à présent. Ça a été une expérience très cathartique. Certaines chansons ne verront jamais le jour, parce qu’elles ont été écrites par pure catharsis, mais pour d’autres, je me disais : « Non, il y a quelque chose… » J’ai donc commencé à contacter des musiciens de ma connaissance pour leur demander de participer. Il y a eu quelques indices sur les réseaux sociaux ces deux dernières années avec lesquels les gens essaient de s’orienter. Certains invités sont connus, d’autres pas. Je ne voulais pas d’un de ces projets qui servent uniquement à flatter l’ego du compositeur, avec des tonnes de noms connus qui feront vendre au début, mais dont la musique ne dit pas grand-chose. Quand un guitariste connu sort un album « solo », ça devient un vrai cirque à base d’acrobaties sur l’instrument, mais la musique n’a aucune substance et aucune émotion. L’une des rares exceptions qui me vient à l’esprit, c’est quelqu’un comme Joe Satriani. Il a de vraies chansons, avec un motif, une mélodie. Je voulais avoir des chansons, c’était la priorité absolue.

Il y a plusieurs artistes inconnus ou montants avec qui j’ai travaillé, et ils ont tous enregistré de super prestations. Parmi les noms connus, il y a Kenny Andrews (Obituary), Kim Dylla (ex-GWAR, Cruachan) et Rich Gray (Annihilator). Curieusement, j’ai essayé de me concentrer sur le chant et d’avoir une identité vocale vraiment forte sur chaque chanson. Kim a fait de l’excellent boulot. Parmi les petits nouveaux, je veux citer Danny Page (Negative Thought Process), un chanteur génial et un sacré personnage ! Il participe à plusieurs projets de metal extrême au Royaume-Uni, dont NTP, un super groupe de grind. Il y a aussi Craig McBrearty (Gutlocker). Encore un personnage, celui-là ! Il y a environ un an, il est apparu dans une vidéo qui est devenue virale, dans laquelle il faisait semblant de prendre du chloroforme et de perdre connaissance. Il était tellement contrarié, parce qu’il se disait : « Je fais de la musique depuis une éternité, et le seul truc que je fais pour blaguer devient viral ! » Mais c’est une force sur qui compter, un chanteur formidable. Autre nom à mentionner : Charlotte Jones (Winters Edge), une femme extrêmement talentueuse. Ça a été un plaisir de travailler avec toutes les personnes que j’ai citées et je suis ravi du résultat. Rich Gray s’occupe également de la post-production et du mixage. Pour l’instant, je suis très satisfait.

Le projet passe par différentes phases, en ce moment, mais je suis très excité à l’idée de sortir enfin quelque chose. C’est mon premier album, et il n’y a qu’une seule occasion de sortir un premier album. Je voudrais également remercier la PRS Foundation pour leur soutien financier, et je recommande fortement aux aspirants musiciens metal et rock de se renseigner sur le système de subventions, qui est mis à jour régulièrement avec de nouvelles opportunités.

En parlant d’invités, j’ai participé à The Divine Apostate (Redefine Darkness Records), le dernier album du groupe de death metal américain Angerot, avec Chad Petit (Legion Guitars, Hydra Coffee). Je l’ai rencontré il y a des années, nous étions un peu correspondants. Il m’a demandé si je voulais faire quelque chose pour son nouvel album, sur lequel il y a aussi Terrance Hobbs (Suffocation) et Snowy Shaw (ex-Dream Evil/ex-King Diamond). C’est plutôt cool de se retrouver en pareille compagnie en tant qu’invité ! Le vinyle est arrivé pendant le confinement, ce qui est génial. Donc oui, il y a beaucoup de choses excitantes dans les tuyaux.

« Parlons un peu du fameux : ‘Fais-le, ou ne le fais pas, mais il n’y a pas d’essai’ de Maître Yoda dans Star Wars. De mon point de vue, essayer, c’est faire quelque chose sans expérience, ou exécuter sans arriver au bout. Faire, c’est arriver au bout. Pour arriver à faire, il faut essayer. Il faut activer le processus. »

As-tu déjà une date de sortie ? Quand peut-on espérer voir arriver l’album ?

À confirmer ! Bientôt, c’est promis.

Évidemment, avec la pandémie, l’industrie de la musique et ceux qui comptent dessus pour payer le loyer et mettre des pâtes sur la table ont été sérieusement impactés. Tu dis toujours aux gens de ne pas avoir peur, mais n’es-tu pas un peu inquiet de ce que le futur réserve aux artistes ?

Tout le temps. Il se passe plein de choses dans le monde entier et tu n’as pas nécessairement de contrôle dessus. Les gens doivent être inquiets, mais encore une fois, je peux entendre Satyr me dire : « Ne prends pas de décision dictée par la peur. » Il y a tellement de choses que je n’aurais jamais faites si j’avais laissé mes démons me dominer. Il faut absolument rester informé. C’est normal d’être inquiet quant à ce qui va suivre, mais il faut savoir faire la distinction entre le rationnel et l’irrationnel. La seule personne qui peut juger de ça, c’est toi-même. C’est une situation accablante dans laquelle personne ne s’est jamais trouvé avant, et il est important de dire aux gens qu’ils ne sont pas seuls. Le soutien est là. Nous n’avons pas nécessairement toutes les réponses, mais nous allons nous en sortir. Quelle que soit l’issue, nous allons devoir nous adapter. J’en reviens à mon fameux slogan : « Keep rocking, restez inspirés, prenez soin de vous et n’ayez pas peur. » C’est un mantra et ce sera forcément remis en question, mais ça m’a aidé à rester concentré. Discuter avec toi et savoir que ça a vraiment eu un impact sur les gens, c’est vraiment génial.

En parlant d’essayer, parlons un peu du fameux : « Fais-le, ou ne le fais pas, mais il n’y a pas d’essai » de Maître Yoda dans Star Wars. De mon point de vue, essayer, c’est faire quelque chose sans expérience, ou exécuter sans arriver au bout. Faire, c’est arriver au bout. Pour arriver à faire, il faut essayer. Il faut activer le processus. Se contenter de dire : « Fais »… Les gens ne prennent pas naturellement une guitare pour commencer à jouer leurs riffs préférés. Ils ne se lèvent pas simplement pour danser. Il faut passer par tout un processus. Ce que j’essaie de dire, c’est qu’essayer, c’est faire sans expérience, tandis que faire implique une expérience. Je sais que c’est controversé, mais c’est mieux que de dire : « Fais-le, ou ne le fais pas, mais il n’y a pas d’essai. » Ferme-la, espèce de marionnette !

Je crois que le plus controversé, c’est que tu viens de critiquer Maître Yoda. Ça ne va pas passer auprès de certaines personnes !

Ça, c’est un autre sujet ! [rires]

Pour conclure, quel serait ton conseil aux musiciens qui essaient de se faire un nom dans cette industrie compliquée ?

Soyez présents, mais pas seulement : soyez dans la pièce. Quand vous entrez dans une pièce, ayez conscience des gens qui s’y trouvent, des actions qui s’y déroulent, jusqu’aux petits détails, comme la chaise juste ici ou les luminaires là. En 2020, les gens dans la pièce tombent malades, sont furieux, perdus et inquiets. Si tu as conscience de toutes ces choses, comment vas-tu dire bonjour ? Comment vas-tu te présenter dans cette ambiance plombée ? Si tu fais le fanfaron, ça ne va pas passer. En ce moment, quel que soit ton propre ressenti, tu dois t’adapter à la pièce. C’est comme donner un concert. Si tu joues dans un stade immense, tu peux te permettre de hurler : « Bonsoir, Londres !!! » en guise d’introduction. Mais si tu joues dans un pub et que tu fais : « Bonsoir, Londres !!! », les gens vont de regarder en mode : « Qu’est-ce que tu fiches, là ? Je veux juste manger mes frites ! La ferme, dégage ! » C’est une pièce différente. Adapte-toi à la pièce.

Si tu postes quelque chose sur les réseaux sociaux, c’est le monde entier qui va le voir, et pas seulement tes amis et ta famille. Tu vas forcément recevoir des critiques. Certaines personnes vont aimer ce que tu fais, d’autres seront indifférentes, et la dernière catégorie va complètement détester. Réfléchis à tout ce que tu postes.

Privilégier la qualité par rapport à la quantité est aussi très important. Ne poste pas n’importe quoi. Si tu n’as rien à dire, mets-toi en retrait. Tu peux faire le point avec tes abonnés et dire : « Je reviendrai plus tard. » L’important, c’est de prévenir. En résumé, je dirais :

Adapte-toi à la pièce. Sois présent. Privilégie la qualité par rapport à la quantité. Fais le point.

Pour finir, comme je dis toujours, keep rocking, restez inspirés, prenez soin de vous et n’ayez pas peur \mm/xx

Interview réalisée par téléphone le 8 juillet 2020 par Tiphaine Lombardelli.
Retranscription & traduction : Tiphaine Lombardelli.
Photos : Lizzie Stanton (1), Andrew Whitten (2), Solthy Solano (9).

Facebook officiel de Ben Ash : www.facebook.com/stayinspiredmusicLTD



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