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Interview   

BEN BARBAUD : ENTRETIEN AVEC LE PROGRAMMATEUR DU HELLFEST 2009


Radio Metal : Pour démarrer, est-ce que tu peux nous faire un petit bilan de 2008 en quelques mots ?

Ben Barbaud : Nous sommes contents de ce que nous avons fait. Nous avions promis des améliorations comparées à l’année 2007 et les gens étaient en attente de voir si effectivement, nous allions tenir nos promesses. Je pense que les festivaliers sont partis avec le sourire. Donc si les artistes, et le public qui a accepté de nous faire confiance en payant le prix d’entrée, ont estimé qu’ils ont passé un bon moment et assisté à un bon spectacle, et bien c’est bon.

Quelques améliorations et changements pour cette année?

Et bien nous n’allons pas en faire trop, ce serait complètement stupide de changer alors que l’année dernière les gens s’y sont sentis plutôt bien. Donc changements non, améliorations oui. Etant donné que nous augmentons la jauge de 15 000 à 20 000 personnes, ça va être une ré-évolution en terme de sanitaires, de stands de restauration, l’ajout d’un écran géant, une quatrieme scène et euh… ah oui les douches sur le camping! Ce sont des petites choses comme ça, mais sinon les gens qui ont passé un bon moment sur le site l’année dernière devraient retrouver plus ou moins les mêmes infrastructures.

Justement les gens, de l’extérieur, ont maintenant l’impression que le Hellfest est devenu une grosse structure, une grosse machine. Pourtant il y a une fragilité liée à toute chose d’envergure. Qu’est-ce qui aujourd’hui te paraît définitivement acquis pour le Hellfest ?

(silence) Rien ! Faut pas rêver : si on veut gagner de l’argent sereinement… Ce n’est pas un métier de fonctionnaire, donc nous savons pertinemment que la santé d’un festival est remise en cause chaque année et ce n’est pas parce que, à ce jour, les ventes sont relativement bonnes qu’il ne va pas se passer quelques chose de négatif au festival qui remettra en cause sa santé financière. Donc nous savons que, de toute façon, c’est très fragile. Avec un festival ce n’est pas possible de se dire qu’on va toujours gagner de l’argent. C’est remis en cause tous les ans. Nous sommes plus sereins. Effectivement nous avons déjà organisé plusieurs éditions parce que nous savons que techniquement nous sommes plus au point et qu’en terme de suivi budgétaire également. Donc nous faisons moins d’erreurs.

On sent une vraie volonté de pédagogie dans toute votre démarche, notamment dans les explications liées par exemple au respect de l’environnement. Quel est le rapport que vous avez maintenant avec la ville de Clisson? Est-ce que ça s’est amélioré avec le temps ?

Bien sûr! Je suis un gars du pays (NDLR : Ben est né à Clisson) donc je suis assez conscient de l’endroit où je vis et c’est la campagne ici. Nous sommes dans un milieu rural où les gens n’ont pas accès à la culture de la même façon que les habitants des métropoles, donc évidemment, il y a des préjugés. Nous avons dû faire un gros travail de pédagogie envers les citoyens Clissonais, les élus et les institutions qui ne connaissaient pas le public qui allait participer au festival. Depuis trois ans il y a un véritable respect mutuel entre les habitants aux alentours de Clisson et les festivaliers, donc cet objectif a été atteint mais cela nous a pris un peu de temps.

La prochaine étape en terme administratif serait-elle d’obtenir des subventions du Ministère de la Culture? Où est-ce que vous en êtes par rapport à ça ?

Nous sommes conscients qu’un festival sur ce style musical a besoin de faire plus ses preuves qu’un festival de variété française. Parce que c’est un style de musique méconnu donc les gens qui ne connaissent pas en ont généralement un peu peur. Nous avons essayé dans un premier temps de faire voir que c’est un festival qui est sérieux et sécurisé, avec des gens qui se respectent les uns les autres. Nous essayons maintenant de faire voir aux institutions que cette étape est passée et qu’elles pourraient se servir de cet événement comme un moteur en terme d’image. C’est un gros festival qui ramène du monde et qui fait parler donc ça commence à bouger mais nous ne sommes pas encore à un événement qui est porté haut et fort, même si ça vient petit à petit. Nous arrivons à la quatrième édition, j’estime que le trajet qui a été fait en terme de pédagogie à travers les élus et les Clissonais est déjà énorme. Je pensais que ça allait prendre plus de temps.

(Ben) : « Nous sommes conscients qu’un festival sur ce style musical a besoin de faire plus ses preuves qu’un festival de variété française. Parce que c’est un style de musique méconnu donc les gens qui ne connaissent pas en ont généralement un peu peur. »
Est-ce que vous bénéficiez à ce jour du soutien financier de la part des pouvoirs publics etc? Et si oui à quelle hauteur ?

Nous en avons toujours eu, mais le problème avec la distribution des subventions en France c’est la disparité qu’il peut y avoir. Il y a énormément d’événements, selon les avis, trop subventionnés. Je suis en train de me plaindre qu’en effet le Hellfest n’a pas les subventions à la hauteur de l’ événement mais par contre je suis conscient qu’il y a plein d’autres festivals dans ce cas ou pire. Pour être honnête, sur l’ensemble de la région du département, la mairie ne paye pas de subventions. Nous en sommes à 40 000 euros sur un budget de 3 millions d’euros. Il faut savoir que dans les événements de la musique classique, par exemple, ils sont subventionnés à plus de 70% avant même que les portes ne s’ouvrent. Ce n’est pas normal qu’il y ait une disparité aussi énorme et même si l’on pense que ce genre de musique est plus accessible et que les petits budgets devraient plutôt s’y intéresser, c’est complètement faux. C’est se voiler la face ! Les prolos veulent de la musique de prolos ! Alors arrêtons de mettre la musique classique à pas cher pour intéresser les prolos : ça les intéresse pas ! Les prolos y voudraient que le Hellfest soit moins cher. Parce que beaucoup de jeunes ne peuvent pas se payer le Hellfest. Moi à 16 ans, 120 Euros je ne peux pas me le payer. Beaucoup de gens aimeraient que le Hellfest soit moins cher mais ce n’est pas possible tant que des spectacles dont les gens se foutent sont subventionnés. Mais ça commence à bouger! On a commencé en 2006 avec 5 000 Euros de subventions…

Le Hellfest est forcément toujours à la recherche de visibilité, cette nuit tu étais sur France Inter (à 1h du matin, Ben était l’invité de Serge Levaillant sur France Inter dans l’émission « Sous Les Etoiles Exactement »). Le fait d’effectuer la promotion sur une fréquence FM de ce type, même à des horaires très tardifs, c’est avant tout pour convaincre une très forte population ou c’est avant tout pour la crédibilité du festival ?

Un peu des deux parce que je suis conscient de la tâche et que ça ne sert à rien d’essayer de convaincre des jeunes qui préfèrent aller en boîte de nuit plutôt que d’aller au Hellfest parce qu’il y a une différence de culture trop énorme. Je sais pertinamment que les vrais passionnés de musique vont prendre une décision en voyant l’affiche. Effectivement c’est pour donner une crédibilité au festival et je veux rester proche au questionnement des gens. Je m’intéresse aussi à ce que les gens disent au dépends du festival et je pense qu’il est important que les gens, surtout dans ce milieu de musique, aient envie de savoir comment se passe le festival et pas seulement les aboutissements. C’est un milieu où les gens ont envie d’être activiste. Ils font un fanzine, ils montent un groupe, une association pour faire des concerts etc, donc souvent les gens me demandent comment j’ai monté le festival et qu’est-ce qu’il faut faire pour y arriver. C’est pour ça que j’essaie de prendre un peu de temps avec ces gens-là pour essayer de leur expliquer. Ce n’est pas aussi commercial qu’un concert de Britney Spears par exemple! On essaie de garder une proximité qui est parfois dérangeante parce que les gens du coup s’approprient un peu le festival, donc dès que tu fais une erreur, ils te sacquent. C’est valorisant parfois et parfois c’est blessant aussi. Si j’avais voulu que personne ne m’attaque personnellement, je ne me serais pas montré et je n’aurais pas fait parler de moi.

Quelques mots maintenant sur votre programmation. De quoi est-tu le plus heureux? Est-ce que tu es particulièrement fier d’avoir fait venir certains groupes cette année? Et si oui, lesquels ?

Comme tous les ans je le redis, c’est surtout la globalité qui me rend fier. Il n’y a pas un groupe en particulier. Il y en a évidemment dont je suis content d’avoir reussi à dénicher la venue, mais je suis surtout fier des commentaires des gens quand ils trouvent que l’affiche est bien équilibrée et éclectique. Que les gens se disent “Tiens Ben a encore pensé aux goûts de tout le monde, à la personnalité et il y encore eu des surprises auxquelles on ne s’attendait pas”.

Le public devient de plus en plus nombreux et notamment les Anglais. Est-ce que tu es capable de chiffrer le nombre ?

Les Anglais c’est difficile de les chiffrer. Effectivement c’est le public qui est largement majoritaire au niveau de tous les pays étrangers. Nous recevons à peu près 35% d’étrangers, comme l’an passé au festival.

Est-ce que tu as une explication par rapport à ça ?

Je ne sais pas mais je pense que les Anglais ont une culture bien différente de la musique et qu’il n’est pas rare en Angleterre de voir des fans de Manowar et de Pig Destroyer, beaucoup plus qu’en France. En France il y a des barrières plus précises où on a l’impression que les fans de stoner sont interdits d’aimer le rock parce que c’est mal vu. En Angleterre je pense qu’il y a beaucoup moins de barrières et que les gens se posent beaucoup moins de questions car ils ont eu accès à la culture plus largement que nous. Pour nous c’est confidentiel donc on a essayé de créer des liens. Les Anglais ont tellement eu l’opportunité de voir des groupes de heavy metal car c’est leur variété. Alors que nous c’est Jean-Luc Lahaye, Frédéric François ou Johnny Hallyday, pour eux c’est Whitesnake et d’autres groupes comme ça. Donc évidemment ils n’ont pas le même regard sur la musique que nous, je pense que c’est pour ça qu’ils sont attirés par l’affiche du Hellfest.

Et de votre côté il y a un effort de communication par rapport à l’Angleterre ?

Bien sûr, nous avons remarqué que du côté de l’Angleterre ça vendait pas mal et qu‘il y a pas mal de festivals metals. On vend plus de billets aujourd’hui en Angleterre que ne le font le Wacken et le Graspop. C’est pour ça que nous avons augmenté de façon significative les partenariats que nous avions là-bas, les pages de pubs etc.

Dernière question. Les places partent vite ? Là vous en êtes où à peu près ?

Là nous en sommes à peu près au double de ce nous avions vendu l’année dernière, mais en même temps nous avons augmenté la jauge donc il n’y a rien d’inquiétant. Mais je pense que le samedi risque d’être complet assez vite. Peut-être pas entièrement complet cette année. C’est 20 000 complet et je pense qu’on va arriver entre 16 et 18 000 à peu près.

Entretien réalisé le 19 mai 2009
Transcription réalisée par Izzy

Site Hellfest : www.hellfest.fr



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