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Interview   

Benighted dans Anarchy X : ça promet d’être sublime


De l’amour en bloc, voilà bien tout ce qu’on attend d’un nouvel album de Benighted. Carnivore Sublime, leur nouveau bébé, le second chez Season Of Mist, sortira le 14 février (et sera donc à offrir à l’élu de votre cœur), succédant à un Asylum Cave (2011) déjà considéré comme un classique du groupe par leurs fans, et qui offrait à l’auditeur un séjour dans la prison de Josef Fritzl. Cette fois, pour fouailler dans la chair brutal death, c’est en s’appropriant le thème classique du cannibalisme que les Stéphanois remettent le couvert et Julien Truchan (chanteur) et Kevin Foley (batteur) étaient invités à décrypter le menu en interview, en notre compagnie, en direct dans notre studio et dans l’émission Anarchy X, le 28 janvier dernier.

Au-delà de cet album, marqué par la présence de quelques invités, dont le chanteur Niklas Kvarforth du groupe suédois Shining, mais aussi le départ du bassiste Eric « Candy » Lombard, suite à son enregistrement (cet entretien fut justement l’occasion d’en apprendre plus sur son remplaçant Alexis Lieu), Benighted partira aussi en tournée dans toute la France avec Loudblast, tournée baptisée Brutale Coalition, avant de partir pour de nouvelles contrées, comme la Russie, où le groupe se produira pour la première fois. Autant de thèmes, et bien d’autres, qui furent abordés dans cette interview pleine de câlins et de tendresse (et avec de vrais morceaux de Carnivore Sublime dedans) mais aussi d’anecdotes, comme celles sur l’enregistrement du morceau « Spit » avec Niklas Kvarforth et ses méthodes très personnelles, ou sur l’expérience de Kevin avec Sepultura l’an dernier.

Malgré un problème technique sur le micro de Kevin au début de l’émission pour lequel nous nous excusons, vous pouvez tout de même déjà écouter ou réécouter cet entretien ci-dessous.

Réécouter l’interview :

[audio:podcasts/anarchyx_benighted_28_01_2014.mp3|titles=Interview Benighted (Julien et Kevin]

« Pour écrire le texte, je suis parti de l’histoire d’un patient qui, conditionné par son angoisse d’abandon, aurait été capable de tuer sa copine pour en manger des morceaux, pour la garder « en vie »… »

Radio Metal : Première question, qu’avez-vous retenu de 2013 ? Des événements, des concerts, des albums ?

Kevin Foley (batteur): Niveau musique, le deuxième album de Kvelertak était vraiment cool et le dernier Queens Of The Stone Age était pas mal.

Julien Truchan (chanteur): Moi je ne sais pas du tout, j’en ai aucune idée… (rires) Il n’y a rien qui me vient, pourtant il y en a un paquet mais je ne sais pas s’ils sont de 2012 ou 2013. On était bien occupés !

Kevin : Au moins trois semaines dans l’année !

Vous avez quand même composé avant ?

Julien : On a eu entre six et neuf mois de composition intensive, puis l’enregistrement en juillet et août en jonglant avec les festivals qu’on avait en même temps. On était bien occupés quand même…

Votre nouvel album Carnivore Sublime traite du cannibalisme, un thème assez rabâché dans le death, qu’est-ce que Benighted en fait de spécial ?

Julien : Pour écrire le texte, je suis parti de l’histoire d’un patient qui, conditionné par son angoisse d’abandon, aurait été capable de tuer sa copine pour en manger des morceaux, pour la garder « en vie », pour ne pas qu’elle l’abandonne…

C’est mignon, c’est une histoire d’amour en fait ?

Presque ! (rires)

Quel est le rapport avec cette mère qui tient son enfant sur la pochette de l’album ?

La pochette est la projection de ce qu’il voit, c’est la femme qui l’a détruit quand il était gamin, l’institutrice qui le harcelait sexuellement et qui a fini par fracasser sa personnalité…

C’est ce que l’on retrouve dans le clip du morceau « Experience Your Flesh » ?

Exactement et il y a deux pochettes, l’une représente le côté bienveillant de l’institutrice qui prend soin de l’enfant, et l’autre, plus gore, symbolise la façon dont on peut ruiner un gamin en s’en occupant mal.

Vous avez déclaré en juillet dernier avoir enregistré votre chanson la plus extrême, mais était-ce vraiment possible de faire plus extrême que ce que vous aviez déjà fait ?

Oh, bah oui !

C’était quelle chanson exactement ?

Kevin : « Slaughter / Suicide ». En concert, à mon avis je vais chier ma race. (rires)

Est-ce que la recherche de l’extrême est quelque chose qui vous préoccupe, ou est-ce juste venu comme ça ?

Julien : Ça se fait un peu tout seul. Quand on commence un morceau, on n’a pas dans l’idée de se dire « on va faire plus violent que tel morceau »…

On a l’impression qu’aujourd’hui beaucoup de groupes essaient juste de faire quelque chose le plus extrême possible, non ?.

Ce n’est pas du tout notre but au départ, on essaie juste de faire de la musique efficace, taillée pour la scène et avec laquelle on se sent exploser en concert. On ne pense jamais à ces choses là avant de composer, c’est toujours avec la hargne du moment, il n’y a pas vraiment de choses préméditées. On a toujours la même façon de composer, on arrive avec des riffs, on bosse tous ensemble, chacun donne ses idées et on bosse les breaks, les arrangements…

Vous avez des invités sur chaque album, est-ce une volonté constante ou le fruit du hasard ?

En fait, c’est plutôt le morceau qui nous dit : « putain il faudrait ce type de voix », que moi je n’ai pas et qui irait très bien pour renforcer le côté schizophrène avec ma ou mes voix.

Finalement, comment cela se fait qu’il n’y ait pas plus d’invités que ça par album ?

Parce qu’on se limite.

Et que cela a un coût ?

Des fois, mais pas forcément.

A propos de Niklas Kvarforth : « Il a serré sa ceinture comme un salaud, il était tout rouge, et il nous a sorti des vieux râles d’agonie, c’était absolument énorme. »

Tu as tout de même beaucoup de registres différents au niveau de la voix, tu ne pouvais pas du tout faire ce qu’a apporté Niklas Kvarforth (Shining), par exemple ?

Disons que ce qui m’intéresse dans un morceau comme ça, c’est la façon dont l’invité va s’approprier le morceau, ses lignes de chant qui ne me viendront pas spontanément, et son originalité à lui. Niklas m’a dit : « Je veux juste les textes, les parties que je dois faire, je les bosserai », il est arrivé et savait exactement ce qu’il devait faire, il avait préparé son truc et c’était vraiment énorme.

C’est vrai qu’il apporte beaucoup de démence au morceau… Il vit le truc !

(Rires) Oh oui ! Pour l’avoir vu enregistrer, il l’a bien vécu !

C’est-à-dire ?

Alors déjà quand il enregistre il ne faut pas le déranger ! (rires) Il est vraiment à fond dedans, il a des idées de malade, il arrive à faire des trucs de fou. Le truc qu’il a fait à la fin et qui a fait un peu peur au mec du studio d’ailleurs, il nous a dit : « Là, tu enregistres bien du premier coup, je vais faire des voix de mecs pendus et je vais m’étrangler avec ma ceinture pour le faire, il se peut que je tombe dans les pommes, ne vous inquiétez pas ». Et effectivement ! (rires) Il a serré sa ceinture comme un salaud, il était tout rouge, et il nous a sorti des vieux râles d’agonie, c’était absolument énorme. Moi, ce morceau, il y a des parties qui me foutent vraiment les poils parce que je sais comment elles ont été enregistrées, c’était quelque chose… (rires)

Tu arrives à écouter l’album juste après l’avoir enregistré ?

Jamais tout de suite. On l’écoute une fois que le mix est fini pour vérifier que tout va bien mais on a tendance à plutôt redécouvrir les morceaux plus tard.

Et là vous vous rendez compte de tout ce qui ne va pas ! (rires)

Julien : Exactement !

Et là vous refaites un nouvel album !

Julien : Et voilà ! Remarque pour l’instant on n’a pas à se plaindre, pour les deux derniers albums on ne changerait vraiment pas grand-chose.

Kevin : Celui-là en particulier, j’arrive à l’écouter et j’en suis vraiment content.

On voit souvent pour des concerts de stoner ou de hardcore, des groupes rester pour regarder d’autres groupes jouer. Julien, toi qui as récemment été invité sur le dernier album d’Otargos, dirais-tu que ce sentiment de « grande famille » est aussi présent dans le metal extrême ?

Julien : Oui, complètement ! On retrouve des potes dans tous les festivals européens, on est très proche de groupes comme Aborted ou Dew-Scented. On échange très facilement et quand on a le temps de le préparer on aime bien s’inviter sur scène pour la déconne.

La rencontre avec Niklas Kvarforth s’est faite de cette manière ?

Là, c’est un petit peu différent, on l’a croisé en festival en Autriche il y a quelques années, on n’avait jamais eu de contact depuis, on avait juste discuté deux minutes. Dans le groupe, on est des gros fans de Shining et de tout ce qu’il fait avec sa voix, de l’émotion qu’il met dedans. Quand il a accepté, j’étais vraiment super content parce que j’avais entendu dire qu’il ne faisait plus aucun guest.

Pourtant on le voit de plus en plus en guest, non ?

Il a recommencé justement. Quand j’ai été mis en contact avec lui par Season Of Mist, car c’est un mec un petit peu difficile à joindre, il a reçu le morceau et le concept, et les deux lui ont beaucoup parlé. Là où on a été surpris, c’est qu’au lieu d’enregistrer ses parties pépère en Suède et de nous les envoyer, il nous a demandé si ça nous emmerdait s’il venait faire ça au studio avec nous. On était super agréablement surpris et on était curieux de découvrir le personnage en plus de l’artiste.

Comment cela va se passer pour jouer ce morceau sur scène ?

On va essayer de travailler ça en répète pour je puisse en faire les plus grosses parties et on a la chance d’avoir Adrien (Guérin, guitariste) qui peut faire de très bons « backing vocals ». Dès qu’on sera sur des scènes en commun avec Niklas, on se débrouillera pour qu’il monte sur scène avec nous.

Les backing vocals semblent un peu avoir partagé vos fans, comment se sont-ils intégrés dans le processus de composition ?

C’est un peu moi qui gère les voix, je suis très fan de la voix hardcore d’Adrien et je pense qu’elle peut apporter un plus dans le sens où l’on a des parties qui s’y prêtent vraiment. Je n’aime pas qu’on se mette des limites au niveau des voix, ceux qui aiment tant mieux, ceux qui n’aiment pas tant pis. On essuie toujours un peu les mêmes critiques depuis des années : « il y a trop de gruik-gruik », « on aime pas telle partie de chant », « c’est pas du death », tout un tas de critiques dont on se fout un petit peu, il faut être clair.

C’est sûr que si l’on se plaint du gruik-gruik, ce n’est pas la peine d’écouter Benighted…

Mais il y en a toujours qui s’amusent à venir dire : « Benighted il y a trop de gruik-gruik »… Bah oui, qu’est-ce que tu veux que je te dise ? Je ne vais pas me mettre à chanter en voix clair pour faire plaisir… (rires)

Tu pourrais…

Non ! C’est le seul chant que je ne peux pas faire du tout, ou alors en soirée… (rires)

En karaoké, peut-être ?

Ha non, faut pas déconner quand même !

« De nos jours c’est un peu la course à la surenchère. Les groupes les plus brutaux, ça a déjà été fait, ça sert plus à rien de les refaire. »

Concernant le côté hardcore, on le retrouve au niveau des riffs et encore plus sur cet album, non ?

Bien sûr. On l’a depuis plusieurs albums et c’est une partie qu’on aime renforcer. La scène hardcore, on l’aime tous.

Kevin : On a toujours été fans de groupes comme Madball…

Julien : … Sick Of It All, tout ça. C’est vraiment des groupes qu’on aime tous.

Ce côté hybride renforce l’efficacité de votre musique et donne tout de suite envie d’headbanguer…

A mon sens, nos morceaux sont vraiment taillés pour la scène, c’est ce qui « marche bien ». Faire que du blast et des parties rapides ce serait gavant, on ne prendrait plus de plaisir…

N’est-ce pas ça finalement la recette d’un album d’extrême réussi, la variété ?

De nos jours c’est un peu la course à la surenchère. Les groupes les plus brutaux, ça a déjà été fait, ça sert plus à rien de les refaire… L’essentiel c’est surtout que les gens se retrouvent dans la musique, on ne fait pas ça pour se prendre une décharge sonore innommable dans la gueule qu’on ne comprend pas. On fait ça pour que les gens puissent se rappeler d’un morceau quand ils l’écoutent et qu’ils puissent profiter lorsqu’il arrive sur scène, le reconnaître dès qu’il commence et ainsi de suite. La musique, on la ressent comme ça, on n’est pas dans la course à l’extrême.

Est-ce que Benighted évoluera vers quelque chose de moins en moins extrême ?

Non plus. On a notre identité, on fait la musique qu’on aime faire. Il y aura sûrement quelques petites évolutions comme il y en a d’albums en albums, des petites touches qui changent un peu, mais notre base et l’identité du groupe restera le brutal death.

A la fin de l’un de vos morceaux on peut entendre des voix d’enfants, c’était quelque chose qui était déjà présent sur l’album Asylum Cave, non ?

Oui, sur le morceau « Fritzl », c’était Asphodel du groupe Pin-Up Went Down qui avait fait l’intro et qui imite à merveille les petites filles, elle a vraiment une voix incroyable.

Pas de lien entre ces morceaux en particulier ?

Non non, c’est juste que comme on parle de maladie mentale, c’est normal que les traumatismes de l’enfance ressortent. C’est pour ça c’est un peu omniprésent dans notre concept, la maladie ne se fabrique pas comme ça, il y a des causes et le thème de l’enfance revient donc naturellement.

Il y a souvent ce genre de « petites surprises lugubres » dans vos morceaux, est-ce un moyen de faire réagir l’auditeur ?

Kevin : Nos morceaux restent super extrêmes, et même s’ils sont très variés il faut qu’il y ait des petites surprises comme ça.

Surtout qu’elles arrivent à des moments parfois inattendus, comme le passage tribal au début de « Collection of Dead Portraits ».

Pour le coup on n’avait pas prévu ça pour celui là, ça s’est fait en studio.

Julien : A la base ça devait être un solo de batterie.

Kevin, un rapport avec ton travail avec Sepultura ?

Kevin : Pas du tout, vraiment aucun rapport. Je n’y suis pour rien, c’est vraiment l’ingénieur son qui nous a proposé ça.

Julien : Il nous a demandé si ça nous plairait de faire un truc comme ça, il nous a fait écouter…

Kevin : … on a tous foncé et puis voilà.

Ça sera reproductible en live ?

Julien : Oui, oui.

Kevin : Avec des samples.

« Sur scène Candy, c’est quelqu’un qui a beaucoup de charisme, qui a vraiment une personnalité. On est très triste qu’il ait dû partir du groupe car c’était vraiment une des pierres angulaires du groupe. »

Le premier morceau dévoilé, « Experience Your Flesh », est très entêtant et fédérateur, on peut presque parler de single, non ?

Julien : Quasiment, oui !

Kevin : C’est ce qu’on cherchait aussi avec cet album, des refrains efficaces qui restent en tête. Pour faire bien chier toute la journée ! (rires)

Dans le clip de morceau, est-ce Candy (ancien bassiste du groupe) que l’on voit encapuchonné ?

Julien : Non, il a eu un souci au dernier moment et n’a pas pu venir. C’est un ami de Marseille qui s’appelle Boris et qu’on remercie bien !

Kevin : Eric, ça aurait été une cagoule… (rires)

Plusieurs membres de Benighted, dont Alexis votre nouveau bassiste, jouent également dans Doorsfall ou F Stands For Fuck You, ces deux groupes sont un peu votre réserve de musiciens c’est ça ?

Julien : On peut appeler ça comme ça. (rires)

Kevin : A la base Adrien, je le connais depuis que j’ai quatre ans, c’est mon meilleur ami depuis tout petit, et avec Alexis on s’est rencontré au lycée, il y a une dizaine d’années pratiquement. C’est vraiment des amis d’enfance.

Ce changement de bassiste est donc totalement naturel…

Oui.

Candy était un membre particulier du groupe, on se souvient de lui faisant des slams avec sa basse dans le public, avez-vous été attristés de son départ ?

Julien : C’est vrai que sur scène Candy, c’est quelqu’un qui a beaucoup de charisme, qui a vraiment une personnalité. On est très triste qu’il ait dû partir du groupe car c’était vraiment une des pierres angulaires du groupe. Il est arrivé à un stade où il est très difficile de gérer famille et musique, surtout quand on n’en vit pas… On comprend parfaitement sa décision, c’est quelque chose que l’on avait déjà traversé avec Litchi (Liem N’Guyen, ancien guitariste) qui était parti un peu pour les mêmes raisons. Benighted, ça demande beaucoup de temps et beaucoup d’énergie et il arrive un moment où il est très difficile de tout cumuler, vie de famille, boulot, groupe…

Justement, comment faîtes-vous ?

Ça se passe super bien, j’ai une fille et un boulot super compréhensif vis-à-vis de mon projet musical, je peux facilement poser mes congés comme je veux, c’est un gros avantage, j’ai vraiment de la chance. Pour ma famille, que dire, elle est très tolérante ! (rires) Mais il y a besoin de ça !

Kevin : Personnellement, je vis de la musique avec d’autres groupes à côté.

Tu as déjà joué pour Sepultura, Mumakil, Sabaton, Nightmare, Nervecell, et à peu de choses près tu aurais pu jouer pour One Direction, tu peux nous en dire plus ?

En fait, il y a trois ou quatre ans, j’ai eu une proposition du manager de One Direction qui était aussi manager de Nervecell, et avant prof à la Star Ac’, encore mieux… Il m’a proposé de devenir batteur pour One Direction, et puis le lendemain m’a annoncé que finalement ils n’allaient pas prendre de zicos…

Julien : C’est surtout parce qu’il fallait coucher avec tous les membres, oui. (rires)

Et tu aurais accepté ?

Kevin : Franchement… 18 000€ en deux mois, ça fait réfléchir.

Pour revenir sur l’épisode Sepultura, tu les a dépannés après la blessure de leur batteur à Bourg-en-Bresse, comment cela s’est passé ?

J’ai eu moins de 24 heures pour apprendre les morceaux, la situation c’était un peu l’orgie. C’est grâce à un pote, Michel, de The Seven Gates, qui était au concert à Bourg-en-Bresse. Il m’appelle à 4h du matin : « Ouais ça te dit de jouer dans Sepultura ?! », moi je lui dis : « Ta gueule, je dors » et je raccroche, forcément ! Il me rappelle, me dit que ce n’est pas une connerie, que le batteur s’est blessé et qu’il a donné mon numéro au manager, à partir de là je ne pouvais plus fermer les yeux ! Je me suis mis à regarder les lives, même si je connaissais les morceaux qui font partie de la culture metal. Là je prends contact avec le tour manager qui me dit qu’ils sont déjà partis vers Marseille, à Six Fours les Plages. Je me suis dit : « C’est cool, j’ai rêvé pendant une matinée que j’allais jouer dans Sepultura »… A six heures le manager me rappelle et me dit : « Bon, le drum-tech est pas top, tu connais Sepultura ? », « Oui… j’en ai entendu parlé… », « Tu connais les morceaux ? », « Oui… », « Tu peux les jouer quand », « Maintenant… », « OK, bah on t’attend ». J’ai pris le train et deux heures plus tard j’étais avec eux. On a reporté la date à un day-off, et le lendemain à Barcelone, on est allé répéter dans le garage d’un fan qui avait invité tous ses potes, c’était vraiment cool. Après ils m’ont laissé le choix dans la set-list de dix-huit morceaux.

Lesquels as-tu choisi ?

Ceux dont ils ne se rappelaient plus, enfin certains… (rires) Et que l’on n’a pas pu faire du coup ! J’adore la période avec Derrick Green, et d’autant plus maintenant que je le connais, il a une voix et un charisme…

Tu as aimé leur dernier album ?

Carrément, ils reviennent un peu au thrash du début.

Et leur batteur, Eloy Casagrande ?

Monstrueux, le batteur le plus impressionnant sur la scène metal en ce moment. 21 ans, un ouf. Beaucoup de gens me demandent s’ils sont gentils, bla bla bla, je n’étais personne par rapport à eux et pourtant ils m’ont accepté dans le groupe, il faut un certain niveau d’humilité pour ça.

« La prochaine étape pour 2015 ce serait de passer le cap des États-Unis, parce qu’apparemment on a un nom qui circule bien là-bas. Ce qui nous manque c’est des bonnes conditions pour pouvoir tourner là-bas… »

Malgré ses bons derniers albums, le Sepultura post-Cavalera se fait pourtant lyncher systématiquement…

Alors qu’en comparaison, en ce moment sur scène Sepultura démonte Soulfly… Max Cavalera sur scène en l’occurrence, sans être médisant, ça ne fait plus rêver comme à la grande époque. C’est marrant que Derrick se fasse toujours tailler alors qu’il joue dans Sepultura depuis plus longtemps que Cavalera.

Pendant qu’on parle avec toi Kevin, avec F Stands For Fuck You tu as sorti un split disque l’été dernier, que devient le groupe ?

Que devient F Stands For Fuck You ? Et bah, rien du tout. On a sorti ce split de six morceaux qu’on a enregistrés sans jamais les jouer. La dernière répète qu’on a dû faire doit dater d’au moins quatre ans… Ce qui est marrant d’ailleurs c’est que ça a été composé à la guitare acoustique, Adrien avec sa gratte et moi qui tape avec mes mains sur la table. (rires)

Dans ce cas sortez un album acoustique…

Kevin : Non… (rires)

Le groupe est donc en stand-by ?

Kevin : C’est juste qu’Adrien et Alexis privilégient Doorsfall, c’est un peu dur de s’y retrouver.

Pour revenir à Benighted, avez-vous des demandes à l’internationale ?

Julien : On n’a eu aucune difficulté à trouver des dates au niveau européen, on a pas mal de choses qui se profilent. Pour la première fois on va tourner en Russie, on avait déjà joué là-bas mais jamais tourner. On a une tournée européenne en novembre prochain qui va durer un mois et on a été confirmé à des festivals comme le Metaldays, le Hellfest, le Motocultor. La prochaine étape pour 2015 ce serait de passer le cap des États-Unis, parce qu’apparemment on a un nom qui circule bien là-bas. Ce qui nous manque c’est des bonnes conditions pour pouvoir tourner là-bas, donc on attend ça et on attend beaucoup du nouvel album pour pouvoir s’exporter là-bas.

En 2012, Mathieu (Pascal) de Gorod nous disait que les Américains sont très friands de brutal death, c’est là qu’est né ce style. Les États-Unis, est-ce la dernière étape pour Benighted ?

Oui, et le Japon.

Quand on parle de metal au Japon, on pense souvent au heavy, X Japan, etc…

Le Japon a été privé de metal extrême pendant très longtemps, les groupes avaient beaucoup de mal à s’exporter là-bas. Maintenant il y a des tourneurs sur place qui tiennent la route et qui peuvent faire venir des groupes de metal extrême, ça s’est grandement facilité. C’est quelque chose d’assez récent.

Est-ce que votre ancien bassiste Candy poursuit ses projets musicaux, comme For Many Reasons ou Torsoleptus ?

Pour le moment il met tout en stand-by, pour les mois à venir en tout cas. Il a juste besoin de se poser à la maison avec sa famille, il va vite revenir.

Kevin, la dernière fois que nous t’avons vu sur scène, c’était avec Mumakil au Sylak, et le chanteur Thomas a fait une blague en qualifiant la France de tiers-monde du metal, qu’en penses-tu ?

Kevin : Ça reste toujours mieux que la Suisse ! Il peut fermer sa gueule ce gros con ! (rires)

Tu aussi joué dans Nervecell, qui est originaire des Émirats Arabes, officiellement tu fais toujours partie du groupe ?

En fait, je n’en ai jamais fait partie officiellement.

Tu es session drummer, c’est ça ?

Oui, à chaque fois c’est selon mes disponibilités. Apparement ils me demandent en priorité, mais ces temps-ci je n’étais pas très dispo.

Et Dubaï c’est plus le tiers-monde du metal que la France ?

C’est en train de se développer. Il y a deux mois Mayhem a joué à Dubaï ! Le Dubaï Rock Festival s’est recréé et avant ils avaient le Dubaï Desert Rock avec Iron Maiden, Mastodon, Seputura, des groupes vraiment immenses y ont joué.

Donc finalement, la France c’est encore plus le tiers-monde du metal que Dubaï ?

Non faut pas déconner non plus. (rires)

On n’est donc pas si mal lotis ?

Non ! Il y a quand même de sacrés groupes en France.

Même quand il s’agit de remplir des salles en dehors de Paris ?

Il y a toujours des groupes qui ramènent du monde quand même. Je ne vais pas parler de Gojira parce que ça coule de source, mais rien que quand Kronos va revenir avec son nouvel album, ça va faire mal.

« Un groupe de death qui reprend Rammstein, c’est suicidaire. »

Y a t-il un palier entre vos concerts à l’étranger et ceux en France ?

Non. En France on a la chance d’être un groupe underground « bien vu », enfin, qui n’a pas vendu son âme au diable, toutes ces conneries…

Est-ce que le public de la scène extrême n’est pas plus fidèle ?

Julien : Je pense que ça peut être un public extrêmement difficile si tu ne le « respectes pas ». Le public de la scène underground n’aime pas les groupes qui se vendent, qui font des albums parce que c’est la mode… Le fait que les groupes gardent de l’humilité et proposent une musique personnelle, ils adhèrent.

Sur son dernier album, Morbid Angel a fait en quelque sorte tout ce que son public ne voulait pas, qu’en pensez-vous ?

Kevin : Je trouve ça génial ! Je n’aime pas l’album mais je trouve ça génial qu’ils aient fait ça. Après les morceaux de death metal de l’album sont vraiment énormes, « Existo Vulgoré » est incroyable.

Julien : Et l’on s’habitue aux autres, je trouve.

Kevin : La dernière fois que j’ai parlé avec Trey Azagthoth, il me disait que son rêve serait de faire une tournée avec Onyx, un pur groupe de hip-hop et Combichrist.

Ils n’ont pas vraiment joué leurs nouveaux morceaux par contre…

Ils ont joué « I Am Morbid » quand on était en tournée avec eux, et le public réagissait moyen…

Pourtant « I Am Morbid » est un morceau death metal.

Je crois que David Vindent adorait les faire.

Julien : Je ne sais pas, ils n’avaient pas l’air hyper en phase sur ce qui devait être joué et ne pas être joué. Il y avait des dissensions dans le groupe à ce niveau là. Ils se reprochent un peu l’un l’autre l’échec du nouvel album, c’est un peu tendu quand même.

Kevin : Je crois que David Vincent avait composé six morceaux death metal en plus, et que Trey Azagthoth a dit « nan, nan »…

Pourtant à propos du dernier album David Vincent avait dit, en parlant du public, « un jour ils comprendront… »

En même temps, il n’allait pas dire que l’album était de la merde alors qu’il venait juste de sortir…

Vous avez sorti Carnivore Sublime en cassette audio, est-ce une idée de Season Of Mist ou la vôtre ?

Julien : Ça vient d’une personne de Season Of Mist en fait, Mika Bleu, qui est un gros fan de l’underground et qui a même son propre label. Il avait déjà fait une édition cassette collector pour Immortal et voulait le refaire pour Benighted. Il nous a dit qu’il y avait un public pour ça et effectivement il avait raison ! Il n’y en a quasiment déjà plus, on n’en aura même pas pour les vendre en concert.

On met souvent en avant le vinyle, c’est un bel objet, l’image est grande, mais sur une cassette la pochette est encore plus petite que sur un CD….

C’est un objet collector qui prend moins de place! (rires) C’est une idée de Mika Bleu et avec le recul je me dis que c’était vraiment une super idée.

Sur le disque bonus de Carnivore Sublime vous reprenez entre autres du Rammstein, pourquoi ce choix ?

C’est la démarche anti-commerciale qui nous a intéressé là dedans.

C’est anti-commercial Rammstein ?

Pour moi, oui complètement, un groupe de death qui reprend Rammstein, c’est suicidaire. Faut être clair ! (rires) On a essayé ça, on a pris un morceau qui nous parle un peu, pour voir ce que ça aurait donné si « Du Riechst So Gut » avait été pensé par nous. Le morceau se reconnaît par rapport à l’original, mais a vraiment été boosté.

Kevin : Pour être franc je ne suis pas très fan de Rammstein mais l’idée de s’approprier le morceau à notre sauce m’a bien tenté.

C’est vrai que cela aurait été un peu facile pour un groupe de death de faire une reprise de death…

Julien : Voilà, et la marge de manœuvre est plus limitée. Là on avait vraiment un défi et jusqu’au dernier moment on ne savait pas si ça allait faire partie de l’édition limitée ou pas. Et puis finalement on l’a enregistré, on en était plutôt content et Season Of Mist a complètement craqué dessus : « C’est absolument génial, personne n’a jamais repris Rammstein comme ça, faut absolument le mettre ! ». Sur le coup Mika Bleu disait même qu’il fallait en faire un clip ! (rires) Mais on n’en fera pas, faut être clair.

Pourquoi ?

Parce que, pas envie. (rires) On préfère mettre en avant l’album avec nos titres, ça c’est un bonus pour ceux qui aiment les éditions collector, ça s’arrête là.

Même pas sur scène ?

Non plus, c’est un délire qu’on s’est fait entre nous, je pense qu’on a bien relevé le défi et ça nous suffit.

A part ça un autre clip est prévu pour cet album ?

Oui, on ne peut pas trop en dire pour l’instant car on ne sait pas si cela va vraiment se faire, mais je pense que oui.

Dernière question, nous allons écouter le morceau « Collection of Dead Portraits », un petit mot dessus ?

C’est le morceau sur lequel Adrien a fait le plus de voix hardcore, on l’a vraiment composé dans l’idée qu’il chante comme s’il était invité sur l’album. C’est pour ça que l’on s’est partagé le chant à deux. J’aime vraiment ce morceau, c’est peut-être l’un des plus accessibles mais il a une vraie patate hardore.

Interview réalisée en direct dans le studio de Radio Metal le 28 janvier 2014
Questions : Spaceman et Animal
Retranscription : Le Phasme

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Album Carnivore Sublime, sorti le 14 février 2014 chez Season Of Mist.



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