ENVOYEZ VOS INFOS :

CONTACT [at] RADIOMETAL [dot] FR

Chronique   

Benighted – Necrobreed


Benighted a une certaine affinité pour la violence. Ceux qui suivent de près la scène metal française n’ont sans doute pas besoin d’une présentation détaillée. Cela fait des années, et en particulier avec les deux derniers albums Asylum Cave (2011) et Carnivore Sublime (2014), que Benighted épouse et dépoussière les canons du death, avec une tambouille bien à eux, sans vraiment accorder de compromis. Leur nouvel effort Necrobreed a une mission similaire, premier opus intégrant leur nouveau batteur Romain Goulon, le guitariste Emmanuel Dalle et le bassiste Pierre Arnoux. D’entrée, Necrobreed évacue les doutes : ce n’est pas le nouveau line-up qui va ralentir les français.

Il convient d’accorder du crédit au concept qui englobe l’album : les profondeurs de la psyché humaine. Necrobreed, c’est l’histoire d’un homme aux tendances schizophrènes qui se coud des animaux morts sur l’abdomen. Ce dernier ressent la « chaleur » de sa chair infectée et « redonne vie » à la carcasse qu’il conserve, en mémoire d’un traumatisme d’enfance impliquant un chat mort. Certes la thématique est morbide, il faut cependant lui reconnaître une certaine inventivité et une cohérence avec la musique délivrée par le groupe. Benighted ne pratique pas la violence gratuite dénuée de subtilités. D’emblée Necrobreed le confirme avec l’introduction « Hush Little Baby » qui accueille la participation d’Asphodel (Chenille), douce berceuse qui augure la brutalité de « Reptilian ». Ce dernier résume d’ailleurs la recette miracle de Benighted, à savoir alterner blasts effrénés et riffs aux tendances thrash/hardcore. Necrobreed démontre l’étendue de la palette des français en matière de musique extrême, particulièrement intense dans ce nouveau cru qui ne laisse aucun répit, ou presque, à l’auditeur. Les lignes de chant de Julien Truchant soutenu par Pierre Arnoux démontrent une aisance à accorder « growls » en tout genres, « pig squeals » et autres cris hardcore. On notera d’ailleurs la participation de Trevor Strnad (The Black Dahlia Murder) sur le torturé « Forgive Me Father » (et ses doux couinements canins) ainsi que celle d’Arno de Black Bomb A sur « Cum With Disgust », aux airs bienvenus d’un Machine Head époque Burn My Eyes (1994).

Réellement, ce qui fait la force de Benighted, c’est cette capacité à se rallier les auditeurs les plus réticents à un genre sans réel compromis. Au-delà de l’excellente production et du talent individuel des musiciens (mention spéciale au batteur qui délivre une partition aussi juste que sportivement époustouflante), l’attention portée aux arrangements des titres fait de Benighted un groupe qui domine le genre, on pourrait presque évoquer un aspect cinématographique à certains égards. « Monsters Make Monsters » en est le parfait exemple, intégrant un passage lugubre à souhait en guise de pont, avec une respiration haletante seulement supportée par quelques notes aussi malsaines que douces en arrière-plan ; on peut aussi mentionner le break ambient terrifiant de « Leatherface » où les interventions fulgurantes de batterie ressortent avec une violence inouïe. En outre, Necrobreed laisse le temps à l’auditeur de découvrir un véritable jeu mélodique à l’instar du riff d’introduction « Reeks Of Darkened Zoopsia » ou de l’outro cathartique de « Mass Grave », servant de trame à un long et douloureux hurlement d’agonie. Benighted ne se contente pas de servir d’exutoire ou de simplement décrire les abysses de l’esprit. Il arrive parfois à embellir ce qu’il y a de plus sombre et prend ainsi de court.

Necrobreed est une réussite à deux égards. D’abord parce que l’album est indécent de maîtrise à la fois sur le plan technique et sur l’écriture des compositions. Benighted navigue entre le death technique, le hardcore et le thrash sans se transformer en un monstre informe. Rythmiques lourdes et cavalières s’enchaînent sans discontinuer, ce qui constitue une prouesse en soi. Ensuite et surtout, Benighted parvient à créer une véritable atmosphère de violence et de souffrance qui s’émancipe du constat primaire « gros riff, gros headbang ». Au terme de l’écoute, impossible de ne pas avoir de nombreuses images en tête. Et autant jouer cartes sur table, elles ne sont pas forcément très saines.

Clip vidéo de la chanson « Reptilian » :

Chanson « Forgive Me Father » en écoute :

Chanson « Versipellis » en écoute :

Album Necrobreed, sortie le 17 février 2017 via Season Of Mist. Disponible à l’achat ici



Laisser un commentaire

  • Arrow
    Arrow
    Kreator @ Grenoble
    Slider
  • 1/3