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Chronique   

Benighted – Obscene Repressed


Celui qui affirme que le metal français peine à briller sur la scène internationale ne regarde probablement pas au bon endroit. Notre scène extrême hexagonale a su avoir un certain rayonnement, plaçant certains de nos groupes comme des incontournables dans leur domaine, aussi difficiles d’accès soient-ils. Ainsi, les Stéphanois de Benighted s’imposent parmi les premiers de cordée en matière de brutal death et de grindcore, grâce à une identité musicale forte, reposant sur une technicité millimétrique et une efficacité redoutable. Mais comme bien des groupes qui émergent de cette scène, ce qui les démarque est aussi l’idée de sortir d’un style confiné en explorant au-delà des limites, ratissant vers des horizons musicaux plus large. Carnivore Sulbime et Necrobreed en était déjà la démonstration, le nouveau cru Obscene Repressed ne manquera pas non plus de se montrer aussi bestial que diversifié.

Benighted s’est aussi fait un nom grâce à ses performances scéniques ravageuses et une énergie déployée incomparable. Pour cela le combo s’est muni d’une pléthore de « tubes » à effet immédiat, y compris pour les auditeurs les plus récalcitrants ou les novices. Obscene Repressed ne fait pas exception en présentant « Nails » et son riffing parfois blackisant qui apporte une teinte obscure à un titre direct et frontal. Dans cette même lignée, « Brutus », dont la délicate introduction acoustique est trompeuse, se fend d’un refrain percutant, accompagné de breaks à la sauce hardcore très lourds – une couleur soulignée sur cet opus, comme en témoigne également « Bound To Facial Plague », par exemple – et servi par une production impeccable, de nouveau signée Kristian Kohlmannslehner. Cette épaisseur musicale est appuyée par Julien Truchan qui prend un malin plaisir à varier ses vocalises, chavirant du growl au pig squeal, en passant par des inspirations plus black – sans compter l’intervention de growlers invités, Sebastian Grihm (Cytotoxin) sur « The Starving Beast » et Karsten Jäger (Disbelief) sur « Mom, I Love You The Wrong Way ». Dans la première partie d’album, où l’impact des titres règne, « The Starving Beast », et son lancement érotico-glauque, est un véritable appel au headbang, grâce à ses nombreuses variations de rythme jamais posées au hasard. Certes, la mélodie se faire rare, mais lorsqu’elle intervient sur le solo distingué de « Mom, I Love You The Wrong Way » (l’un des deux seuls de l’album), elle n’en est que plus saisissante. Sur le plan technique, le groupe semble monter encore d’un cran, sans pour autant tomber dans le piège de la démonstration pure et conservant tout son tranchant : le travail de Kévin Paradis, qui prend place derrière les fûts, y participe fatalement, tant son jeu est pertinent dans les morceaux les plus saisissants.

Le véritable travail synergique de Benighted est d’explorer y compris avec sa musique et ses ambiances la folie humaine abordée dans les textes. Obscene Repressed raconte une histoire qui mêle schizophrénie, délire paranoïde et complexe œdipien. Des titres comme « Mom, I Love You The Wrong Way » sont relativement explicites, tout comme ceux écrits dans la langue de Molière (« Obscene Repressed », « Brutus », « Undivided Dismemberment »). Au-delà de l’aspect visuel et lyrique, c’est au travers de subtils détails que l’opus développe son atmosphère morbide et mortifère, à l’instar de samples placés ci et là (les premiers bruits buccaux en introduction du disque) où l’amorce glauque à souhait de « Casual Piece Of Meat » (titre à la dimension presque symphonique), dans laquelle vient s’immiscer un xylophone d’enfant. Emmanuel Dalle, qui a composé l’opus et à qui l’on doit déjà Necrobreed, continue de façonner à sa manière ce qui a forgé l’identité de Benighted, ne se contant pas de tomber dans un brutal death bas du front. Ainsi, la visée « schizophrénique » demeure, voire prend tout son sens, dans les passages les plus inattendus. Obscene Repressed n’hésite pas à apporter des singularités dans chaque morceau. Le très hardcore « Implore The Negative » profite non seulement de la prestation d’un invité de marque en la personne de Jamey Jasta (Hatebreed), mais également d’une ambiance tribale sous-jacente aux faux airs de Sepultura (influence que trahissent également les quelques coups de timbale de « Mom, I Love You The Wrong Way »). Et comment ne pas mentionner le pont jazz de « Muzzle » délicieusement décalé au milieu d’une déferlante brutale ?

Benighted n’est pas plus sage, que ce soit dans ses textes ou dans son intensité. Pour autant, si le groupe parvient à gagner une audience en dehors du public de niche qui compose la scène brutal death – au même titre que Cattle Decapitation avec Death Atlas (2019) ou Pig Destroyer avec Head Cage (2018) –, c’est bien parce qu’il sait donner de nouveaux souffles au genre. Avec Obscene Repressed, Benighted ne dénature pas son propos, il continue de le rendre plus intelligent et intelligible, tenant en haleine l’auditeur du premier au dernier titre. Le riffing acharné et la violence ne sont finalement que la partie émergée de l’iceberg, cet univers musical que le groupe n’a cessé de façonner et d’affirmer depuis plus de vingt ans.

Clip vidéo de la chanson « Nails » :

Lyric vidéo de la chanson « Implore The Negative » feat. Jamey Jasta (HATEBREED) :

Lyric vidéo de la nouvelle chanson « Brutus » :

Album Obscene Repressed, sorti le 10 avril 2020 via Season Of Mist. Disponible à l’achat ici



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