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Chronique   

Bethlehem – Bethlehem


Pour un groupe, intituler un album sobrement de son nom n’est jamais innocent, surtout après vingt-cinq ans de carrière : c’est le cas de Bethlehem, groupe allemand pionnier dans l’histoire du metal extrême, qui sort en cette fin d’année Bethlehem, donc, son huitième album. Un tel titre incite à l’envisager comme le couronnement d’un parcours pour le moins remarquable, comme un bilan peut-être. Emmené par Jürgen Bartsch (à la basse et aux claviers), son seul membre permanent, le groupe a, avec son premier opus-manifeste, Dark Metal, sorti en 1994, rien de moins que fondé un genre musical à part entière, mêlant black metal primitif, doom mélancolique et riffs mélodiques, et a posé les bases de ce qu’on appellera plus tard le DSBM (depressive suicidal black metal, pour les non-initiés) avec S.U.i.Z.i.D. (Sardonischer Untergang im Zeichen irreligiöser Darbietung), qui a marqué durablement des artistes aussi divers que Niklas Kvarforth (Shining) évidemment, mais aussi Marilyn Manson. La carrière des Allemands n’en est pas allée sans difficultés pour autant, et les changements de line-up – de chanteur notamment – incessants ainsi que les expérimentations artistiques plus ou moins réussies ont plusieurs fois fait craindre à leurs fans qu’ils étaient en train de perdre la barre. Avec cet album, faut-il croire qu’ils reviennent enfin au niveau de leur passé mythique ? Dès la première écoute, la richesse et la folie angoissante de Bethlehem laissent présager le meilleur.

En effet, après une entrée en matière décoiffante sur un long hurlement possédé et une ligne de basse galopante digne d’un Lemmy revenu d’entre les morts (« Fickselbomber Panzerplauze »), on se rend rapidement compte que s’il n’est pas question de dire que le groupe reprend ses vieilles formules, s’auto-cite ou cède à la nostalgie, il semble en tout cas avoir renoué avec ses principes initiaux. Tout d’abord dans sa manière d’absorber, comme en 1994, un spectre très large d’inspirations contemporaines pour se les approprier de manière unique ; on pense notamment au passage presque djent de « Verdammnis straft gezügeltes Aas » qui trouve sa place sans accroc entre le piano délicat, mélancolique et DSBM à souhait de « Kalt’ Ritt in leicht faltiger Leere » ou la basse et les arpèges quasi goth de « Verderbnisheilung in sterbend’ Mahr » plus typiques du groupe. Puis surtout dans celle de déployer une atmosphère sombre, triste et malsaine, aux limites de la pathologie mentale : à ce titre, les nouveaux venus dans le groupe se montrent des alliés de choix. Soutenus par Wolz à la batterie qui officiait déjà dans Bethlehem entre 1999 et 2011, le guitariste russe Karzov aligne les riffs tantôt incisifs, tantôt mélodiques, et Onielar, la chanteuse polonaise connue pour ses performances au sein de Darkened Nocturn Slaughtercult, délivre ici une interprétation glaçante de textes toujours en allemand, ponctuée de grognements, de chant clair inquiétant et de hurlements cauchemardesques largement à la hauteur de l’univers froid et glauque du combo.

Avec Bethlehem, le groupe renoue donc avec les grandes heures de sa carrière, avec l’atmosphère démente et étouffante de ses premiers albums qu’il avait délaissée par la suite pour une esthétique plus gothique et mélancolique, et ce même s’il peine un peu sur la longueur : l’énergie démoniaque des premiers titres s’émousse peu à peu et la terreur initiale est remplacée par une tristesse plus conventionnelle, comme si l’album ne pouvait maintenir son intensité tout au long de ses 51 minutes. Remarquable malgré tout, avec ce Bethlehem sorti après un quart de siècle de carrière, le groupe se paie le luxe de donner une leçon semblant sortie tout droit de la Géhenne à sa descendance abondante. De quoi ravir les fans de Shining ou de Lifelover, et un met de choix pour tout amateur de metal sombre et torturé.

L’album en écoute intégrale :

Album Bethlehem, sorti le 2 décembre 2016 via Prophecy Productions. Disponible à l’achat ici.



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