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Interview   

Bethlehem : 25 ans à façonner son cercueil


Les groupes qui ont fondé un style musical en un album-manifeste ne courent pas les rues. On pense au Black Metal de Venom évidemment, mais c’est aussi le cas du Dark Metal de Bethlehem. Si le nom a pu muter au fil du temps pour se fixer en DSBM (depressive suicidal black metal), l’idée est toujours la même, et l’influence du groupe allemand indubitable. Angoisse, folie rampante et auto-destruction : voilà ce qui constitue la matière de la musique du combo mené par Jürgen Bartsch depuis 25 ans. Et ce quart de siècle n’a pas arrondit les angles de son metal sombre et torturé, au contraire : avec l’éponyme Bethlehem, le groupe prouve qu’il n’est pas près de faiblir.

Nous avons pu discuter de cette longévité, de ce dernier album très bien reçu, des changements de line-up incessants du groupe et de choses plus personnelles avec Jürgen Bartsch, le bassiste, leader excentrique et tête pensante de cette machine infernale. Jovial, sarcastique et plein d’auto-dérision, faisant entendre son rire tonitruant même quand il parle du pire, il a évoqué avec nous l’histoire du groupe, son rapport à la mort, ses erreurs et ses aspirations.

« Pour être honnête, je suis un peu déçu : normalement, nous polarisons vraiment l’opinion, cinquante pour cent des gens nous adorent et cinquante pour cent nous détestent, mais cette fois-ci, presque tous les avis étaient positifs. »

Radio Metal : Bethlehem est en activité depuis 25 ans, le groupe est devenu culte il y a une vingtaine d’année, et vous avez déjà sorti pas moins de huit albums. Pourquoi intituler le dernier Bethlehem ?

Jürgen Bartsch (basse) : Parce qu’après avoir terminé la trilogie concept [la trilogie « Alexander Welt » composée de Schatten aus der Alexander Welt (2001), Mein Weg (2004) et Hexakosioihexekontahexaphobia (2014)], nous avons recommencé à faire ce que nous faisons le mieux, à mon humble avis, et ça sonne tellement comme du Bethlehem que Bethlehem s’est imposé comme le titre idéal. Il y aura toujours du Bethlehem dans Bethlehem [rires] ! Comme en plus le groupe fête ses 25 ans, nous nous sommes dit que c’était l’occasion. C’est une sorte de revendication : c’est ce que nous sommes, et nous n’avons jamais été autre chose.

Si je ne me trompe pas, votre première demo était aussi intitulée Bethlehem : est-ce que vous vouliez revendiquer vos racines, d’une certaine manière ?

Oui c’est vrai, mais à l’époque nous avions choisi ce titre au hasard, c’était en fait seulement notre logo sur la pochette. À l’époque, nous ne réfléchissions pas trop aux titres, surtout que nous pensions que le groupe s’arrêterait après cette première demo… Mais en fait, ça ne s’est pas passé comme ça.

L’album est sorti il y a plus d’un mois maintenant. Comment a-t-il été reçu ?

Pour être honnête, je suis un peu déçu : normalement, nous polarisons vraiment l’opinion, cinquante pour cent des gens nous adorent et cinquante pour cent nous détestent, mais cette fois-ci, presque tous les avis étaient positifs, ce qui est un peu surprenant. À part les magazines habituels du genre Rock Hard qui nous éreintent à tous les coups depuis 25 ans, c’était vraiment positif [rires], j’ai été très surpris, je ne suis pas du tout habitué à ça !

À ton avis, pourquoi ?

Je n’en sais rien du tout, je ne pourrais pas te dire, bonne question [rires] ! Quelque chose a déconné, mais quoi ? C’est un grand mystère, je n’en sais rien ! À la fois le public et la presse ont aimé l’album cette fois-ci. Normalement, c’est soit l’un soit l’autre, mais cette fois-ci, tout le monde est d’accord. Vraiment, une surprise ! Je ne peux pas t’expliquer comment ça a pu se produire.

J’ai beaucoup entendu dire que Bethlehem est votre album le plus fort depuis vos disques mythiques des années 90. En effet, il est très brut, très intense. Est-ce que tu es d’accord avec ça ?

Oui, tout à fait. Cette fois-ci, l’album a à nouveau été fait avec mes meilleurs amis, ce qui aide beaucoup lorsque tu fais un album, parce que c’est plus honnête que quelque chose que tu fais avec des inconnus ou des musiciens de studio, auquel cas en plus il faut que j’explique tout, parce que mes paroles ne sont pas facile à comprendre pour les personnes qui ne me connaissent pas… Cette fois-ci, donc, ce n’était pas le cas, ce qui a beaucoup simplifié les choses. Et oui, le résultat est plutôt intense quand tu peux travailler avec des personnes que tu apprécies, qui s’apprécient entre elles, qui se comprennent bien, et qui connaissent le parcours et l’histoire des uns et des autres. Ça a vraiment été une sorte de résurrection.

Oui, c’est ce que je me demandais en effet : comme les trois albums précédents formaient une trilogie qui s’est étalée sur une dizaine d’années…

Treize ans au total, en fait ! C’est l’une des plus grosses erreurs de ma vie. Mais c’est comme ça : si j’ai une idée en tête, et celle-là, je l’ai eu dans les années 90, je dois la mener à terme. C’est mon côté allemand, tu vois : toujours finir ce que tu as commencé [rires] !

Pourquoi penses-tu que c’était une erreur ?

Ça m’a pris beaucoup trop de temps. Treize ans pour trois albums, c’est beaucoup trop. C’était censé être fait en cinq ou six ans, mais ça a pris beaucoup plus de temps en fait, et ça a été énormément de temps perdu. D’autres albums auraient pu être faits sur cette période, mais tout ce temps passé à attendre, à courir après les gens… C’était vraiment la merde, je ne referais plus un truc pareil, en tout cas pas avec les mauvaises personnes à nouveau. Ils étaient à peu près tous paresseux, et ça a été une erreur de ma part de m’entêter à terminer ce projet. Mais c’est du passé maintenant, ce qui est fait est fait, et la seule chose qui compte, c’est le présent, donc…

Les changements de line-up sont presque devenus une particularité du groupe à force ; comment est-ce que tu le gères ? De quelle manière est-ce que ça influence ta manière de travailler ?

Oh, c’est très rafraîchissant je dois dire [rires]. Ça amène des choses différentes et nouvelles à la musique, parce que dans Bethlehem, ça se passe de cette manière : à part pour quelques albums, nous composons toujours en équipe. Généralement, deux personnes écrivent toutes les chansons, ce qui est une bonne manière d’amener des éléments novateurs dans la musique afin que ce soit toujours au moins intéressant. À côté de ça évidemment, certaines choses comme le son de guitare par exemple restent les mêmes. Le style reste mais les idées évoluent, il en faut toujours de nouvelles. Cette fois-ci, nous avons le compositeur idéal pour le groupe en la personne d’Ilya Karzov. Il comprend complètement ce qu’est Bethlehem. Il a grandi avec l’album SuiZiD [Sardonischer Untergang im Zeichen irreligiöser Darbietung] qui est parvenu jusqu’en Russie par cassette à l’époque, donc il est très familier avec la musique du groupe. Il ne copie pas Bethlehem pour autant, il apporte ses propres idées nouvelles, ce qui avec mes vieilles idées à moi – car hélas, je ne peux pas écrire autre chose que du Bethlehem –, créé un mélange inédit.

« Le heavy metal doit progresser. C’est ce que je pense. Faire tout le temps la même chose, c’est bon pour les vieux hippies pénibles [rires]. »

Comment as-tu choisi les membres du groupe cette fois-ci ?

Oh, ça a été très simple : Onielar est ma meilleure amie, Steve [Wolz] est le musicien qui est resté le plus longtemps dans Bethlehem (il joue de la batterie dans le groupe depuis 1998), c’est un vieil ami, et je suis ami avec Ilya depuis une dizaine d’années, donc comme je le disais plus haut, c’est vraiment le fruit d’une collaboration entre amis à nouveau. Nous n’avons pas laissé d’étrangers intervenir, et nous ne le ferons plus jamais. Malheureusement Steve doit arrêter de jouer pendant quelques années pour des raisons personnelles, et c’est Torturer qui va le remplacer, notamment pour les concerts. Nous avons déjà tourné avec lui, ça fera un changement supplémentaire mais c’était important pour nous que Steve soit sur l’album en raison de notre amitié, justement. Je suis content que ça ait pu se faire comme ça.

Est-ce que tu penses tourner avec ce line-up, justement ?

Non, pas pour le moment, c’est trop tôt. Nous allons faire quelques dates, mais nous n’avons jamais vraiment beaucoup tourné, je ne sais pas trop pourquoi, ce n’est pas vraiment fait pour nous je pense. Nous allons sans doute faire quelques concerts, comme par le passé, mais pas de tournée longue, ce n’est vraiment pas notre truc. Je n’aime pas ça du tout. Il y a quelques groupes que j’ai vu six ou sept fois, et au bout d’un moment, c’est ennuyeux à mourir, ce n’est vraiment pas pour nous… Mais nous envisageons de jouer live, peut-être de faire une mini-tournée, peut-être de passer aux États-Unis, mais c’est tout, ça n’a jamais vraiment été notre truc.

La performance d’Onielar sur cet album est assez incroyable. Comment ça a été de travailler avec elle ?

Oh [rires]… Oui, ça a été une surprise pour moi aussi ! Cet album est plein de surprises, décidément. Nous n’avions jamais répété ensemble, nous avons commencé à l’improviste. Je lui faisais complètement confiance parce que je sais ce qu’elle pense de Bethlehem, je sais qu’elle aime beaucoup et que ça lui tient très à cœur, et puis elle me connaît personnellement évidemment, elle sait de quoi je parle dans mes paroles… Mais elle doutait un peu d’elle parce qu’elle n’avait jamais travaillé sur ce genre de projet. Ça s’est passé parfaitement, je dois dire. Elle s’est vraiment lâchée, elle était elle-même, tout simplement. Ce qui est sorti d’elle, c’était la vérité. C’était très honnête, elle a aussi essayé plein de choses, elle s’est vraiment exprimée en tant que chanteuse. Dans Darkened Nocturn Slaughtercult, elle ne peut pas le faire de la même manière parce que c’est vraiment du black metal typique, ce qui limite pas mal les possibilités, or dans Bethlehem, il n’y a pas de limites. Bethlehem, c’est une histoire de sensations, d’émotions, mais pas du tout de limites. Elle a pu s’exprimer, tout simplement, et ça a extrêmement bien fonctionné ! Ça s’entend, je trouve. Elle a une gamme très large en tant que chanteuse, elle peut faire plus que hurler, et je suis sûr qu’à l’avenir, elle s’exprimera encore plus. Cette femme a vraiment tout pour elle [rires] !

Tu penses donc que vous travaillerez ensemble à nouveau et que votre collaboration sera durable ?

Bien sûr, ça va continuer ! Karzov a déjà écrit le prochain album, ce qui est un peu triste, tu sais, car j’aimerais bien m’impliquer plus, mais je ne peux pas parce que depuis octobre, je passe mon temps à faire des interviews et de la promo. Je m’occupe de la pochette, ce genre de trucs, donc je ne suis pas libre. Lui, si, par contre, donc il a déjà écrit notre prochain album ! Mais à la fin du mois, j’en aurai fini avec tout ça, j’en ai marre, j’ai l’impression d’être un journaliste plus qu’un musicien en ce moment [rires]. Bref. Oui, nous allons continuer ensemble, et d’ailleurs j’annonce que ce sera le dernier line-up du groupe. Si nous splittons, alors c’en sera fini de Bethlehem. Je pensais en avoir déjà fini avec Bethlehem d’ailleurs, si mes amis n’avaient pas été là pour m’encourager à continuer, je n’aurais pas fait cet album. Il y a trois chapitres dans l’histoire de Bethlehem : les années 90, les concepts albums, et maintenant, nous nous amusons enfin. Lorsque que nous ne nous amuserons plus, ce sera terminé.

Depuis les débuts du groupe, Bethlehem mélange beaucoup d’influences différentes et semble ne pas avoir de limites du tout. C’est toujours le cas avec cet album où beaucoup d’éléments très contemporains sont ajoutés à votre son. Est-ce que c’est important pour toi d’apporter de la nouveauté à ta musique et de toujours repousser vos limites ?

Bien sûr, c’est primordial de progresser. La stagnation, c’est la mort, ou alors de la musique chiante, comme celle par exemple de… Je ne citerai pas de noms [rires], les musiciens ne se font pas ça entre eux parce que nous sommes tous frères et sœurs et collègues. Il faut que ça reste rafraîchissant, et de plus, je n’écoute pas que du heavy metal. En réalité, il n’y avait que quand j’étais ado dans les années 80 que je n’écoutais que du heavy metal. Maintenant, je suis un vieux con, et désormais, j’écoute un peu de tout, parce que la musique ne doit pas être quelque chose de limité. Je n’ai pas de limites, je suis ouvert à toutes sortes de choses, et évidemment je vais vouloir évoquer ce que j’écoute, musicalement, c’est pourquoi nous nous retrouvons avec tous ces mélanges. Sinon, toujours faire la même chose ou se copier les uns les autres, ce serait chiant, non ? Le heavy metal doit progresser. C’est ce que je pense. Faire tout le temps la même chose, c’est bon pour les vieux hippies pénibles [rires].

Tu chantes sur le dernier album de Cattle Decapitation. Comment est née cette collaboration ? Qu’est-ce que tu peux nous en dire ?

Travis Ryan, le chanteur de Cattle Decapitation, est un grand fan de Bethlehem qui a une très grande collection. Il a même des trucs que je n’ai jamais vu de ma vie [rires]. Nous sommes en contact depuis des années et il a toujours voulu avoir ma voix sur un de leurs albums. Il m’a tout simplement demandé si je pouvais faire quelque chose sur leur dernier album et j’ai accepté, parce que j’aime beaucoup Cattle Decapitation aussi. Super groupe !

« Encensez-nous, léchez-nous les bottes ! Sucez nos bites, nous sommes les maîtres [rires] ! »

Avec Bethlehem, vous êtes vu comme les pionniers du DSBM…

Oui, tout à fait, nous sommes des pionniers [rires] !

Qu’est-ce que tu en penses ? Vous avez sorti un album avec Niklas Kvarforth de Shining au chant par exemple ; quels sont vos liens avec cette scène ?

En gros, nous n’avons aucun lien avec cette scène, mais ouais, nous sommes leurs parrains, tu vois ! Encensez-nous, léchez-nous les bottes ! Sucez nos bites, nous sommes les maîtres [rires] ! … Je ne sais pas. Évidemment, c’est très chouette que des petits jeunes d’ailleurs aient décidé de s’approprier les fondements de Bethlehem parce que dans les années 90, ça n’intéressait personne, en gros. À l’époque, nous jouions devant dix personnes. Les gens nous disaient : « C’est de la merde, ce n’est pas du black metal, ça parle de suicide, qu’est-ce que c’est que cette daube ? » Nous avons de la chance d’une certaine manière que ces petits s’y soient intéressé. Franchement, nous en sommes très heureux. Mais nous ne faisons pas partie de la scène, et ce ne sera jamais le cas. Niklas et moi sommes amis depuis un moment, c’est pour ça que nous avons collaboré, parce que comme je te le disais, je travaille mieux avec mes amis. Ils comprennent ce que je veux dire avec mes paroles, qui sinon ont tendance à poser problème aux gens.

Apparemment, tu as eu des soucis de santé et tu as failli mourir d’une overdose il y a quelques années. Quel impact est-ce que cela a eu sur ta vision de la vie, de la mort, du suicide, etc. qui sont manifestement une part très importante de ta musique ?

Oui, c’est vrai… Eh bien, ça a été la merde, évidemment [rires] ! Parce que tu sais, ça n’arrive pas en une seconde. Ça a été tout un processus. Cette fois-ci, mourir, ça m’a pris des heures ! Tout a commencé un dimanche après-midi, et ce n’est qu’au bout de quelques heures que je me suis dit qu’il serait ingénieux d’appeler le SAMU [rires]…. J’ai vraiment failli y passer. Quand ils sont arrivés, j’avais fait un arrêt cardiaque et ils ont dû me réanimer dans mon salon. Heureusement, je n’étais pas encore en état de mort cérébrale, mais le docteur m’a dit qu’à quelques secondes près, ç’aurait été le cas. Donc oui, comme tu peux l’imaginer, ça a pas mal changé ma vie, j’ai arrêté de prendre autant de drogues, je n’en prends même plus du tout, et je ne bois plus d’alcool non plus… Je ne veux pas mourir tout de suite. Évidemment, c’est toujours classe quand un musicien meurt jeune, ça fait de lui une légende [rires], mais enfin, c’est quand même un peu tôt. Mais je vais te dire quelque chose : avant, je n’avais pas peur de mourir. Je me suis noyé quand j’étais ado lors d’un accident de plongée, ça n’a pas été une partie de plaisir non plus, car si l’influx d’oxygène est soudainement coupé, ce n’est pas terrible, c’est franchement douloureux. C’est ce qui me fait peur, désormais : la crise cardiaque a aussi été extrêmement douloureuse, donc j’espère que la troisième fois que je mourrai, j’aurai moins mal [rires], parce que c’est vraiment ça le pire ! Le moment où la mort arrive par contre, c’est agréable, c’est assez reposant. Je n’ai pas eu d’expérience transcendante, je n’ai pas vu de tunnel avec une lumière au bout, rien de chrétien ou même de religieux, hélas [rires], mais c’est vraiment une sensation de soulagement, surtout après toute cette douleur, c’est vraiment le meilleur moment. Enfin bref, mourir, ce n’est pas super agréable. Donc respect aux personnes qui se suicident ! J’ai lu un livre à ce sujet un jour : des gens se tuent avec des ciseaux rouillés, avec des bougies, se brûlent le dos, ce genre de trucs ; c’est vraiment brutal et douloureux. Respect, je ne ferais jamais une chose pareille. Pas moyen !

C’est une question un peu abstraite car je ne comprends pas l’allemand de toute façon, mais tes paroles sont connues pour avoir un style très particulier. Comment les écris-tu ? Quelles sont tes sources d’inspiration ? C’est par là que tu commences quand tu composes ?

Ça se produit de manière automatique, parce que mon talent principal, ce n’est pas la musique, c’est l’écriture. Si tu me donnes une feuille vierge et un stylo, ça se fait de manière automatique, et avec un peu de chance, j’écris les paroles pour tout l’album en une heure. Ça se produit tout seul. Mon style se rapproche de ce qu’on appelle le « chiffre » [notion allemande qui se rapproche de celle d’hermétisme] parce que je ne veux pas parler de choses trop personnelles. Ce que je veux dire, c’est que je parle de mes propres expériences, de ma propre vie, mais d’une manière telle que peu de personnes puissent comprendre. Mes proches, si, par contre. Voilà comment je m’y prends. Peut-être que les gens qui ont des problèmes avec eux-mêmes me comprendront mieux aussi, ou du moins pourront interpréter la majorité des paroles. En revanche les gens qui se croient normaux trouveront que ce sont des conneries. Pour eux, ça n’a aucun sens. Par le passé, j’ai un peu essayé de m’expliquer, mais je n’essaie même plus parce que, que je le fasse ou non, les gens en concluent que je suis dingue et que c’est n’importe quoi [rires], donc je n’ai aucune raison de le faire. Mais mes paroles sont très métaphoriques, c’est une sorte de code dont mes proches ont la clé. Et comme je le disais, je n’ai pas besoin de faire quoique ce soit, je n’ai même pas besoin de me concentrer, ça se produit automatiquement, ce qu’il y a dans mon esprit se met à sortir tout seul. Je lis beaucoup donc parfois, je suis peut-être influencé par d’autres, sans doute même, mais globalement, ça vient vraiment de moi. C’est une forme de talent. Je m’intéresse beaucoup à la langue allemande, je lis beaucoup en allemand, je ne maîtrise pas la grammaire à la perfection, loin de là, mais je me débrouille beaucoup mieux qu’en anglais puisque clairement, ce n’est pas ma langue maternelle. J’écris en allemand parce que c’est ce que je fais de mieux.

Tu disais que certains écrivains t’avaient sûrement influencé… Lesquels ?

Non, pas vraiment, ça ne se passe pas comme ça, je n’ai pas besoin de lire Goethe ou Schiller puis d’essayer de réinterpréter leur style, ça se produit automatiquement, et je suis content que ça fonctionne comme ça ! Pour la musique par exemple, comme j’ai beaucoup écouté de musique par le passé, mes propres chansons sont des réinterprétations inconscientes de ce que j’ai pu écouter, mais pour l’écriture c’est différent, je suis plus libre. Comme je le disais, ce n’est pas cent pour cent original non plus parce que je suis clairement influencé par quelqu’un comme William Butler Yeats par exemple, mais ce qui sort de ce processus d’écriture, c’est surtout de moi.

« J’aurais peur de traîner avec des gens qui sont déprimés et parlent de trucs sombres en permanence [rires], je ne veux rien avoir de commun avec ce genre de personnes ! Dans Bethlehem, il y a toujours eu beaucoup d’humour aussi, parce que la vie, ce n’est jamais que de la déprime et des pulsions suicidaires, ce n’est qu’une de ses facettes. »

J’ai dans l’idée qu’il y a pas mal d’humour plutôt noir dans ce que tu fais, ce qui est une manière très efficace de dépasser pas mal de limites, je crois. Est-ce que tu penses que généralement, le metal et ses musiciens se prennent trop au sérieux ?

Je ne sais pas, je ne me prends pas au sérieux parce que je ne le suis pas [rires], je suis un Allemand idiot incapable de se prendre très au sérieux. Non, tout ça c’est de l’art, ma vie personnelle est un peu différente de ce qui ressort dans ma musique… Par le passé, pas mal de gens venus me rendre visite où j’habitais à l’époque ont été très déçu de mon style de vie et de celui des autres membres de Bethlehem, de mes amis, etc., parce que nous rigolions beaucoup, ce qui faisait un peu beaucoup pour ces gens-là qui pensaient que nous serions complètement déprimés et suicidaires, toujours cloîtrés chez nous… Ils auraient pu être contents que ce ne soit pas le cas parce que personnellement, j’aurais peur de traîner avec des gens qui sont déprimés et parlent de trucs sombres en permanence [rires], je ne veux rien avoir de commun avec ce genre de personnes ! Dans Bethlehem, il y a toujours eu beaucoup d’humour aussi, parce que la vie, ce n’est jamais que de la déprime et des pulsions suicidaires, ce n’est qu’une de ses facettes. Heureusement, le revers de la médaille est plus lumineux. Nous sommes tous globalement normaux. Les gens disent toujours que nous sommes dingues, etc., et peut-être que c’est le cas, on ne peut jamais vraiment savoir, mais en tout cas, la musique est un point de vue artistique et rien de plus.

Il y a quelques semaines, vous avez sorti une vidéo pour – je m’excuse à l’avance pour mon allemand – « Wahn schmiedet »…

« Wahn schmiedet Sarg », ce qui signifie « la folie façonne le cercueil », ou plus précisément : « Si tu es trop dingue, ce qui peut être lié à la consommation excessive de drogues, tu façonnes ton propre cercueil. » Si tu deviens dingue à cause de toutes les circonstances de vie, tu finis par te tuer avec. Voilà ce que veut dire ce titre.

D’accord. Il y a donc eu une vidéo pour cette chanson. Qui l’a réalisée ?

Elle a été faite par Morgana, une Russe qui chante dans Morguenstern, un groupe de crossover dans lequel Ilya joue aussi. Morgana est sa cousine. Elle fait des vidéos artistiques dans un style très personnel, je n’ai jamais rien vu de tel, donc nous lui avons tout simplement demandé si elle accepterait de faire ça pour nous, même pour un prix modique, car ni nous, ni le label ne pouvions y investir beaucoup d’argent. Elle l’a fait pour nous, même si normalement ses tarifs sont plus élevés. Elle a été payée, mais très peu ; c’est encore une fois une histoire d’amitié avant tout. Elle a vraiment créé la poupée qu’on voit dans la vidéo cela dit, et Onielar l’a achetée, elle l’a chez elle désormais [rires]. Nous avons oublié de le poster sur Facebook alors que nous avions promis à Morgana de le faire… Onielar a acheté la poupée, les femmes aiment beaucoup les poupées mais moi aussi, si elle ne l’avait pas achetée, je l’aurais fait !

À une époque, tu t’occupais du mix et de la production. Je ne crois pas que ce soit encore le cas… Pourquoi ?

Si, je suis toujours le producteur de Bethlehem ! Il n’y a que Stönkfitzchen que j’ai enregistré dans mon ancien bureau, ce qui était la plus grosse connerie jamais faite [rires], parce que cette pièce était beaucoup trop petite pour la batterie ce qui était vraiment merdique… En tout cas, normalement nous allons en studio, nous enregistrons la musique, je travaille un peu dessus… Cette fois-ci, je n’ai pas vraiment eu à le faire parce que nous avons travaillé tous ensemble sur l’album en studio, mais c’est moi qui me suis occupé du mixage. Les autres rentrent chez eux, et moi je m’occupe du mixage avec le mec du studio, et durant ce processus, les choses peuvent changer énormément parce j’ai une vision du son que doit avoir l’album dès que tout est enregistré, mais il me faut un moment pour parvenir à l’expliquer. Ce n’est que plus tard dans le processus que je m’occupe de la production. Je m’y prends comme ça depuis 1999. Avant, je ne savais pas du tout comment ça marchait donc je laissais d’autres personnes s’en occuper, ce qui n’était pas très satisfaisant, mais j’ai beaucoup appris depuis, et maintenant je sais à peu près comment les choses fonctionnent, je connais un peu les aspects techniques, donc je peux m’occuper de la production. Je sais mieux que quiconque comment doit sonner l’album, je pense. J’ai une vision très spécifique de ce que doit être le son. Marcus, l’ingénieur du son, dit toujours : « Tu as la vision, et voilà comment faire pour y parvenir. »

C’est une question un peu personnelle, mais quand j’ai pris contact avec toi tu as mentionné le fait que tu allais souvent à Paris par le passé. Pourquoi ? Est-ce que tu es familier avec la scène locale ?

Non pas du tout, c’était il y a longtemps ! Quand j’étais ado, j’avais une petite amie à Paris, Sandra, qui vivait à Stains en banlieue. Elle venait de Jamaïque et beaucoup de Jamaïcains vivaient dans ce coin. C’est pour ça. Ensuite, j’ai fait la connaissance de Malika au centre Pompidou, donc j’allais à Paris en train chaque week-end. Mais c’était il y a bien longtemps. Ce qui est dommage, parce que ça a toujours été un plaisir d’être dans cette ville formidable. Ce serait génial d’y jouer, c’est l’un des seuls endroits où nous ne l’avons pas encore fait, c’est vraiment dommage je trouve !

Dernière question : quels sont les projets du groupe pour les mois à venir ?

Je vais enfin pouvoir me consacrer à la musique à nouveau [rires], et je pense que nous commencerons à répéter vers le milieu de l’année parce qu’il va d’abord falloir qu’on écrive et enregistre le prochain album. C’est la priorité, mais je suis content que nous puissions faire une petite pause pour le moment. Notre guitariste est à fond, il veut continuer [rires], c’est un fou furieux de musique, mais moi, je vais me poser un peu. Comme tu peux l’imaginer, nos vies personnelles rentrent en jeu aussi, et ça va être un peu la priorité après cette longue session de promotion. C’est toujours assez pénible, pour tout t’avouer. J’adore discuter avec des gens comme toi, mais c’est vraiment un fardeau ! Tout le monde se contrefiche de ce que je raconte, c’est à peu près aussi intéressant que de la crasse sous un ongle. Qui est-ce que ça peut bien intéresser ? En Angleterre, on appelle ce que je fais en ce moment « waffle » [baratiner], ça signifie raconter une longue histoire qui en réalité est juste ce qui me passe par la tête [rires]. C’est ce que j’ai fait toute la soirée, je pourrais presque être anglais : je peux parler des heures sans aucune pause [rires] !

Interview réalisée par téléphone le 17 janvier 2017 par Chloé Perrin.
Retranscription & traduction : Chloé Perrin.

Page Facebook officielle de Bethlehem : www.facebook.com/bethlehemofficial

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