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Chronique   

Between The Buried And Me – Automata I


Between The Buried And Me reprend les (bonnes) recettes du passé tout en souhaitant miser sur l’accessibilité. Format court, titres accrocheurs, utilisation des meilleures armes de manière condensée, la bande de Tommy Rogers a décidé d’orner sa discographie complexe et riche d’un petit bijou supplémentaire, aux ornements un poil plus grand public. Attention, le registre se situe toujours entre prog, death, metalcore, voire mathcore, donc on est loin des sérénades FM ; néanmoins, le propos se veut peut-être un peu plus « raisonnable » dans l’approche. On a voulu joué l’épuration sans pour autant jeter toutes les décorations baroques et ça se sent, dans les titres comme dans les transitions, tout en ayant soigneusement évité de bâcler pour surtout condenser… et étaler l’offre musicale.

Car ce nouveau Automata va se décliner en deux sorties distinctes ; on serait tenté de dire : comme ce qu’ils avaient fait pour Parallax. Que nenni, Parallax I et II étaient en fait un EP suivi d’un album complet (l’EP avait été sorti pour avoir un support rapidement sur Metal Blade Records pour lesquels ils venaient de signer) alors que cette fois-ci il s’agit dès le départ d’un concept album intégral divisé en deux parties différentes qui sortiront à six mois d’intervalle, histoire de conserver l’attention du public sur une plus longue période et permettre à celui-ci d’avoir plus de temps pour se concentrer sur les détails des morceaux alambiqués du groupe. Pour une première chez Sumerian après deux albums chez Metal Blade, BTBAM, comme souvent, a décidé d’innover et pas seulement dans son univers musical.

Soyons clairs, le concept a quelque chose de frustrant pour les fans du groupe, mais c’est très sûrement cet effet d’attente que les Américains ont voulu créer. Habitués à des ébats longs et riches, les auditeurs habituels de BTBAM ont de quoi rester sur leur faim ; surtout que ce qui est proposé en hors d’œuvre met sérieusement en appétit. Six titres seulement dont un intermède, mais des rocs dignes du meilleur du groupe, à l’image de ce « Condemned To The Gallows », single du meilleur effet aux artefacts rentre-dedans qui rappelleront l’agressivité de la période Alaska et la qualité d’écriture de Colors.

Quand « House Organ » nous emmène de manière oppressante et sombre dans une complainte au format court, relativement désarçonnant pour du BTBAM, on se dit que c’est pour mieux respirer avant un « Yellow Eyes » et ses neuf minutes de math rock déjantées, ponctuées de ce prog subtil abordé largement sur Coma Ecliptic… c’est peut-être effectivement l’idée. Cependant, on va retrouver ce propos accessible et rapide avec un « Millions » ultra mélodique et accrocheur, autre single potentiel en puissance, remarquable pour le travail effectué sur les voix. Quant au grandiloquent « Blot », déjà le dernier morceau de ce court « demi » disque, il ouvre magnifiquement la porte sur ce que peut être la suite de cet Automata : ambiance orientalisante, notes délicieusement dissonantes, atmosphères absolument Tooliennes pour introduire le couplet… l’artillerie lourde de BTBAM, pour faire suffisamment saliver avant le deuxième volet.

Il est vrai qu’il est juste de vouloir pousser l’auditeur à se concentrer sur les multiples détails constituant les compositions d’Automata ; pourtant, on ne peut se départir d’un sentiment d’inachevé, un peu à l’encontre de l’effet recherché. On veut plus de BTBAM, on en aura, mais il est cependant difficile d’analyser totalement l’effort, tant il manque certaines clés de compréhension… et sûrement certains morceaux clés qui parachèveront le chef d’œuvre. L’intermède « Cold Distance » est superbe avec sa basse cosmique, pourtant il aurait pu être allongé, décliné, sublimé… mais l’envie est semble-t-il réelle de garder l’efficacité. Soit.

Malgré cela il ne faut pas s’y tromper : l’intérêt des compositions du combo américain sur cette première partie d’Automata est sans équivoque : aussi agressif que soyeux, aux sonorités parfois oniriques (les effets synthétiques rétro de « House Organ » ; ça tombe bien pour un concept basé sur les rêves), le chant de Tommy Rogers y est extrêmement varié et réussi, tout comme les parties rythmiques, savamment orchestrées dans une déstructuration non sans intelligence, qui permet à l’auditeur de retomber facilement sur ses pieds. Pourtant une question subsiste : si les fans du groupe seront ravis de déguster de nouveaux morceaux du groupe l’été prochain, qui a envie d’étancher sa soif avec seulement la moitié d’un album aujourd’hui ?

Clip vidéo de la chanson « Condemned To The Gallows » :

Album Automata I, sorti le 9 mars 2018 via Sumerian Records. Disponible à l’achat ici



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