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Chronique   

Between The Buried And Me – Automata II


Between The Buried And Me s’en tient à ce qu’il a décidé. Cela fait à peine quatre mois qu’Automata I est sorti, quatre mois d’attente pour voir le projet dans son entièreté avec cet Automata II. La bande à Tommy Rogers avait décidé de diviser son album en deux opus, pour que les auditeurs aient deux moments de découverte au lieu d’un. La frustration que certains ont pu ressentir à l’écoute d’Automata I est sur le point de prendre fin, Automata II met un terme au sentiment d’inachevé que la livraison de sa première partie pouvait susciter. Le concept des « rêves en tant qu’émissions de divertissement » évolue, le protagoniste d’Automata I se réveillait à l’issue du premier opus, mettant fin aux diffusions de ses rêves via le système appelé Voice Of Trespass. Automata II est donc bel et bien la suite directe (on ne dévoilera pas les éléments de l’histoire) sur le plan narratif. Quant à l’aspect musical, si la cohérence avec Automata I est indéniable, Automata II se distingue par une forme d’étrangeté…

Automata I prônait une forme d’efficacité, voire d’immédiateté dans ses compositions (mis à part le grandiloquent « Blot » et le mathématique « Yellow Eyes »). Automata II étanchera la soif des auditeurs les plus avides. Il est composé de quatre titres, trois de huit minutes minimum et un pseudo-interlude de deux minutes qu’est « Glide ». Surtout, même lorsqu’on connaît la propension de Between The Buried And Me à ne pas entraver son orientation musicale, Automata II surprend à chaque recoin et fait très vite oublier le sentiment d’inachevé que laissait sa moitié. Pour être clair, Automata II est « progressif » à souhait et diablement audacieux, peut-être même selon les standards de la formation. Les treize minutes de « The Proverbial Bellow » se chargent de reprendre là où le groupe nous avait laissé à l’issue du premier effort. L’agressivité « retrouvée » sur Automata I ne s’est pas estompée, elle est cette fois couplée à une composition protéiforme qui passe autant par des mélodies de guitares décharnées, des riffs supportés par une rythmique aux allures post-punk avant de se confondre en blast death, une mélodie de clavier presque machiniste rejointe par le chant susurré de Tommy Rogers qui laisse une nouvelle fois apprécier la variété de son timbre, corrosif sur les plages agressives et juste sur les refrains aux grandes accroches mélodiques. BTBAM s’est complètement laissé aller, jusqu’à introduire du banjo dans quelques interstices.

Une fois que la folie et la densité de « The Proverbial Bellow » se sont atténuées, les notes d’accordéon et de piano de « Glide » permettent tout juste de retrouver son équilibre, bien que les instruments et les arrangements choisis par le groupe (dont de l’accordéon) créent une atmosphère inédite qui illustre à merveille le concept : une industrie du divertissement sordide. « Voice Of Trespass » est justement un petit monument à lui seul. Ce piano presque « saloonien », les arpèges de guitare acoustique couplés à un rythme qui swing, un riff déjanté et à des cuivres rappellent les efforts de Trepalium avec Voodoo Moonshine (2014). Tommy Rogers nous gratifie même de quelques « padaba » typiques de la musique de cabaret. Le titre se densifie dès que le tempo s’alourdit et nous gratifie d’un riff massif, génialement assisté pas la gravité des arrangements. « Voice Of Trespass » fait office de clou du spectacle. Pour parler franchement et crûment, on se fait prendre de court par un bordel organisé, dans lequel on finit par se délecter. « The Grid » emprunte un chemin plus mélancolique via ses arrangements de clavier plus « langoureux ». Toutefois BTBAM ne lève pas le pied. Il y a toujours ce sentiment d’étrangeté régnant (qui rappelle furieusement certains codes dystopiques du cyberpunk et son cynisme). « The Grid » est à la fois le titre le plus violent de l’album et celui qui nous gratifie du refrain le plus ample à travers le registre aigu que parvient à maitriser Tommy Rogers avant d’aborder le pont, l’un des moments les plus poignants d’Automata tout court.

Si Automata I et II, lorsqu’ils sont pris séparément, laissent sur leur faim, c’est surtout que la qualité inhérente aux deux œuvres créent un désir inassouvi, celui de voir l’œuvre dans son entier. Maintenant qu’Automata II est révélé, on peut joindre les deux parties et de fait obtenir l’une des entreprises les plus réussies de Between The Buried And Me. Les accents progressifs poussés d’Automata II s’accordent à merveille avec son prédécesseur. Si la démarche de scinder en deux Automata laisse encore sceptique, il faut oublier ce détail et se plonger entièrement dans Automata. S’y ruer même.

Album Automata II, sortie le 13 juillet 2018 via Sumerian Records. Disponible à l’achat ici



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