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Chronique   

Between The Buried And Me – Colors II


Between The Buried And Me devait célébrer son vingtième anniversaire en 2020 par le biais d’une tournée en Amérique du Nord. Un show planifié depuis longtemps en deux parties : la première illustrant des chansons retraçant l’entièreté de la carrière du groupe, suivie de The Great Misdirect (2009) joué en intégralité. Évidemment, la pandémie a rebattu les cartes. BTBAM s’est retrouvé immobilisé comme la quasi-totalité des groupes de la planète et a profité de ce « temps libre » pour réfléchir à sa carrière. Colors II est une réaction à une année maudite, l’album d’un groupe qui a plus que jamais l’envie d’en découdre. Il fait logiquement suite à Colors réalisé en 2007 au sortir d’un Ozzfest où BTBAM s’interrogeait sur sa place au sein de la scène musicale. Colors II a donc des enjeux de la plus haute importance : il s’agit pour le groupe de « créer ou mourir » dans un contexte où la musique s’est arrêtée. Colors II doit tout simplement réussir à définir qui est réellement Between The Buried And Me.

Les premières notes de Colors II se sont fait entendre via le single ambitieux « Fix The Error » qui a convié trois batteurs prestigieux : Mike Portnoy (ex-Dream Theater, Transatlantic, The Winery Dogs, Liquid Tension Experiment), Navene Koperweis (Entheos, ex-Animals As Leaders) et Ken Schalk (ex-Candiria) s’illustrent tous à travers des soli respectifs, en plus de ceux de Blake Richardson qui clôt la série et Dan Biggs à la basse avec effet wah-wah au démarrage du titre. Surtout, « Fix The Error » confirmait la difficulté de catégoriser la musique de BTBAM. Entre élans progressifs débridés portés par des lignes de basse chaloupées, mélodies joyeuses, breaks incessants et rythmiques punk pures, « Fix The Error » démontre tout autant le goût de BTBAM pour les guitares abrasives et directes que les articulations décomplexées. L’introduction de l’opus « Monochrome » rend quant à elle hommage au sens de la théâtralité des musiciens, une gradation de piano très vite rejointe par les ponctuations de synthétiseur et les guitares massives (à la manière de « Foam Born (A): The Backtrack » qui introduisait Colors). BTBAM fait de sa musique un parcours entre deux extrêmes allant de l’élégance à la crasse et à la brutalité en profitant de la versatilité du chant de Tommy Rogers. « The Double Helix Of Extinction » présente sa facette la plus agressive sur ce qui s’apparente à des élans deathcore et prouve cet affect pour les guitares dissonantes (avec quelques percussions tribales en prime). Une violence contrebalancée par des breaks presque électro-psychédéliques et des progressions mélodiques aériennes, à l’instar de « Stare Into The Abyss », ou les facéties de « Prehistory » aux prouesses de gymnaste (un piano de saloon et un autre solo de basse à la wah-wah compris). BTBAM n’hésite pas à conjuguer toutes ces composantes de sa musique au sein de « The Future Is Behind Us », titre complètement schizophrène entre plages mélodiques à l’appréhension facile et sa pléthore d’arrangements et de structures alambiquées.

Cette obsession pour la « créativité » au sens où l’entend BTBAM se ressent encore davantage sur ses titres les plus longs. Les neuf minutes de « Revolution In Limbo », outre leurs parties aux mélodies accrocheuses tantôt obscures tantôt exaltantes, profitent d’une accalmie aux influences latines, tandis que « Never Seen / Future Shock » joue pleinement la carte des contrastes en évoluant d’un riffing aride et brutal à la mélancolie incarnée par Tommy Rogers – la résignation après la colère en somme –, le tout truffé d’arrangements étonnants (des roulements de batterie électronique au son des années 80…). La plus grande force de BTBAM est notamment cette aisance à ne jamais sombrer dans le manichéisme. Les quinze minutes de « Human Is Hell (Another One With Love) » nous font naviguer entre un art de conspuer notre espèce via la superposition de cris du frontman et les accélérations de guitare et ces accroches mélodiques grandiloquentes. BTBAM maîtrise tout autant l’art de l’abrupt et de l’incongru que celui des mutations lentes. Sur ce plan, « Human Is Hell (Another One With Love) » est un récital qui balise son itinéraire. On y trouve des havres de paix où la batterie laisse s’exprimer des enchevêtrements d’arpèges de guitare et de clavier qui trouveront leur conclusion lors d’un retour au thème principal. BTBAM s’amuse avec son auditeur en lui proposant des labyrinthes sans le laisser s’y perdre, avec, toujours, une sortie exaltante.

Colors II n’a pas souffert de restrictions. Between The Buried And Me semble répondre parfaitement à la pression qu’il s’est imposée. Il met en exergue les caractéristiques du groupe, qui peuvent se découvrir et s’apprécier seulement par étapes. Il faut impérativement dépasser l’impression de fouillis et la confusion de ses changements d’humeur, avant d’en déceler la beauté des passages qui profitent de cette foule de mouvements environnants. Colors II a une palette aussi complexe que l’humain lui-même et garde à l’esprit que la musique doit résonner chez autrui, sous peine de devenir une démonstration vaine.

Clip vidéo de la chanson « Fix The Error » :

Album Colors II, sortie le 20 août 2021 via Sumerian Records. Disponible à l’achat ici



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