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Interview   

Between The Buried And Me rêve en deux temps


Toujours en quête de nouvelles expériences, c’est cette fois-ci sur le format que le groupe de metal progressif américain Between The Buried And Me a tenté d’innover. C’est en effet divisé en deux volets qu’il présentera cette année son nouvel album Automata. C’est ainsi qu’une fois Automata I sorti dans quelques jours, il faudra attendre cet été pour compléter le tableau, s’adaptant au passage à l’évolution de notre consommation du divertissement. Et de divertissement il s’agit d’ailleurs dans ce nouveau concept d’anticipation, où les rêves d’un individu deviennent la télé-réalité de demain.

Voilà en substance la base de l’entretien qui suit en compagnie de Tommy Rogers, frontman du combo, qui nous détaille à la fois le choix du format et les axes du concept, mais aussi examine avec nous l’équilibre de sa musique. Between The Buried And Me ayant célébré l’an passé les dix bougies de Colors, c’était également l’occasion de revenir sur l’un des albums les plus marquants de la dernière génération du metal prog.

« J’ai l’impression que la société prend une direction où les gens s’ennuient de plus en plus ! C’est pour ça que nous sortons deux albums ! [Rires] C’est pour ça que nous divisons notre album, car tout doit être tellement instantané […]. C’est bizarre. On en demande trop. »

Radio Metal : Automata I est la première partie d’un album en deux parties. Comment avez-vous eu l’idée de diviser cet album ? Car en termes de minutage, on dirait que le tout aurait pu rentrer dans un seul disque…

Tommy Rogers (chant & clavier) : Ouais, bon, en fait nous l’avons enregistré en un morceau ; la division s’est faite après que nous l’ayons enregistré, donc ça n’a pas changé notre manière de concevoir l’album. Ce n’était pas tant une question de minutage que de vouloir le sortir différemment. Nous pensions que ce serait cool d’avoir deux moments cette année pendant lesquels les gens obtiennent de la nouvelle musique de notre part. La manière traditionnelle de sortir un album est de tout donner d’un coup, et basta, et soit les gens accrochent, soit pas. Notre album est très long – je crois qu’au total ça fait entre 75 et 80 minutes – et il semble y avoir un point d’arrêt au milieu qui paraissait bien pour faire une césure. Nous disions : « Faisons un entracte, pour ainsi dire, et sortons-le en deux parties. Faisons en sorte d’avoir deux moments dans l’année où les gens pourront être excités et ne pas tout avoir d’un coup. » En tant que fan de musique, je trouve ça cool. Je pense que grâce à ça, plein de gens vont se plonger dans certaines parties sur lesquelles ils ne se seraient normalement pas attardés. Ce sera plus digeste pour certaines personnes. Il y a différents types de personnes qui écoutent de la musique. Il y a des gens qui veulent se poser pendant 75 minutes pour absorber complètement notre album, mais au final, ce n’est pas le cas de tout le monde. Donc c’est quelque chose que nous avions en tête. La personne qui ne veut pas s’enfiler l’album entier, peut-être que du coup elle l’écoutera davantage de par la façon dont nous le lui présentons. Donc ouais, nous essayons autre chose. Mais lorsque nous l’avons enregistré, nous avons tout fait d’un coup. Tout est fait, c’est juste que nous le sortons de cette façon.

On a vu plusieurs groupes ces dernières années décider d’arrêter de sortir des albums et plutôt opter pour des séries d’EP à la place. Qu’en penses-tu ? Crois-tu que ce soit bénéfique ?

Je comprends pourquoi des groupes font ça mais j’ai le sentiment que notre musique fonctionne bien en tant qu’albums. Et puis nous ne sommes pas très bons lorsqu’il s’agit d’écrire des EPs. Nous avons essayé avec Parallax et, pour nous, il y avait quelque chose qui clochait. J’ai l’impression qu’avec Parallax, le premier, c’était comme si nous avions essayé de tout entasser dans un EP alors que si nous avions fait un album complet avec ça, nous lui aurions probablement injecté bien plus de vie, nous aurions fait en sorte que ça s’enchaîne peut-être un peu mieux. Enfin, j’apprécie cet EP, il est sympa, mais pour moi, il est trop tassé et sonne surchargé, alors que ça aurait pu être autrement. Je ne sais pas. Il y avait des trucs bizarres au moment où nous l’avons enregistré, mais c’est une toute autre histoire. Bref, tout ça pour dire que nous nous en sortons mieux quand nous écrivons des albums complets plutôt qu’une petite quantité de musique.

Automata est une fois de plus un album conceptuel. Il pose la question : « Et si les rêves étaient diffusés pour en faire des émissions de divertissement ? » Peux-tu nous expliquer cette idée ?

En gros, les rêves du protagoniste de l’histoire sont diffusés partout dans le monde sous une forme de divertissement – on peut imaginer que ça se passe dans le futur. Ses rêves sont quelque chose que les gens regardent. Une grande partie de l’histoire, c’est lui dans ses rêves, essayant de trouver une famille, dont on découvre qu’elle n’a jamais existé, mais dans sa tête c’est ce qu’il recherche. Ça parle beaucoup de la corruption de la boite avec laquelle il a commencé à travailler. Ça parle beaucoup de l’industrie du divertissement. Ça parle des choses contre lesquelles il se bat, comme la dépression. Ça parle aussi de la société et comment il gère ses problèmes, comment ça affecte ses problèmes, mettant de l’huile sur le feu, pour ainsi dire. Il y a pas mal de couches dans cet album mais là, c’est un résumé rapide.

Penses-tu que ce soit ce vers quoi nous nous dirigeons, le fait d’utiliser les rêves pour du divertissement ? Est-ce qu’il y a une critique de l’évolution de la société là-derrière ?

Honnêtement, je suis du genre à prendre énormément de notes, donc ça, c’est quelque chose qui m’est venu à l’esprit à un moment donné. Je me disais : « Bon sang, ça serait dingue si… » Car on va finir par être en pénurie de divertissement, genre combien de films peut-on faire ? Et si on parvenait à diffuser les rêves des gens, car c’est tellement abstrait, bizarre et imprévisible ? Donc j’avais écrit ça dans mes notes et ça commençait à vraiment bien fonctionner avec l’histoire que je commençais à mettre en place. Enfin, qui sait ? Je ne sais pas quelle science permettrait ça ou si c’est ne serait-ce que possible. Mais sait-on jamais. Souvent, mes paroles prennent du recul et analysent la société. J’ai toujours été inspiré par ce genre de choses. Coma Ecliptic est un peu comme ça, une bonne partie de Colors et The Great Misdirect… En fait, tout ça, c’est moi en train d’analyser et écrire des histoires, y mettre mon propre baratin par rapport à comment je ressens les choses. Ouais, j’ai l’impression que la société prend une direction où les gens s’ennuient de plus en plus ! C’est pour ça que nous sortons deux albums ! [Rires] C’est pour ça que nous divisons notre album, car tout doit être tellement instantané, genre : « Mec, ne le donnons pas tout d’un coup à tout le monde, peut-être que comme ça ils auront quelque chose à attendre ! » Ouais, c’est bizarre. On en demande trop. Et je trouvais que c’était une manière d’avoir une nouvelle perspective sur une forme de divertissement. Mais aussi, ça traite de comment on profite de ce personnage dans l’histoire parce qu’il a ses problèmes, il permet à ces boites de se faire de l’argent. Ça rentre un peu dans l’industrie du divertissement, de façon générale, ainsi que dans notre époque.

Comment analyses-tu ce besoin insatiable de divertissement qu’on a aujourd’hui ?

En fait, on y prend tous part. Il y a des pours et des contres. Le pour, c’est que nous avons en permanence un accès illimité à l’information au bout de nos doigts, on peut apprendre n’importe quoi tout de suite, et c’est quelque chose qui n’a pas toujours été là. Même d’un point de vue de musicien, on voit des gamins qui sont phénoménaux sur leurs instruments, et je pense que c’est grâce à la technologie ; ils ont accès à des cours, des vidéos Youtube, etc. Lorsque je grandissais, si tu voulais un cours de guitare ou un DVD éducatif de guitare, ça coûtait une fortune ! Il y a assurément des outils et des aspects du divertissement qui aident l’éducation. Tout dépend de la personne, comment elle gère ça. Evidemment, chaque génération a été là « oh, c’est la déchéance de l’humanité » mais tout le monde s’en sort. Ce n’est pas du tout ce que j’essaie de dire avec l’album. Je ne fais que parler des choses et essayer d’ouvrir à la discussion au sujet de la dépression et la corruption, et le fait que nous ne sommes tous que des gens ici sur terre essayant de s’en sortir.

« J’aime l’idée des choses qui ne sont pas ce qu’elles paraissent […]. Peut-être que mes rêves sont ces chansons et que je ne suis pas vraiment dans un groupe ! [Rires] »

As-tu été inspiré par des films ou de la littérature de science-fiction ou d’anticipation ?

Pas beaucoup, pour être honnête. Je suis fan de certains films ici et là mais lorsque j’écris, jamais je ne… Enfin, évidemment que tu as des influences, ça fait partie de notre ADN, mais je ne suis pas du genre à dire : « Je vais écrire quelque chose comme ça. » Pour ce qui est d’écrire des paroles ou de la musique, je me pose et… C’est assez difficile à expliquer car tu te poses et ça se déverse hors de toi, et c’est la même chose qu’il s’agisse d’un riff de guitare, d’une partie de clavier ou de paroles. Il n’y a pas de raison particulière. Le sujet de l’influence est très difficile pour moi parce que tous les jours tu es influencé par quelque chose. Je veux dire qu’il n’y a aucun film ou livre qui m’a inspiré à écrire cet album.

Le thème du rêve est quelque chose de récurrent dans vos albums. Il suffit de regarder l’album précédent, Coma Ecliptic, qui semble pas mal lié à ça.

Ça a toujours été quelque chose qui me fascine. Même sur notre premier album il y a une chanson sur les rêves. Donc je suppose que c’est une chose sur laquelle j’ai toujours écrit. Coma Ecliptic, ouais, je ne dirais pas du tout que j’essayais de lier les deux mais il y a clairement des points communs ; il était dans le coma et je suppose que c’est un peu comme être dans un rêve. Il allait dans ces mondes de dingue – je ne me souviens plus de tous les détails car ça fait tellement longtemps [petits rires].

Quelle est ta relation aux rêves, à titre personnel ?

Je n’en ai pas tellement ! Généralement, je ne m’en souviens jamais ! Donc peut-être que c’est mon absence de rêves qui m’a fait écrire à leur sujet. C’est l’idée du rêve qui m’a inspiré.

Peut-être que tes rêves sont tes chansons elles-mêmes.

Exactement ! Ouais. J’aime l’idée des choses qui ne sont pas ce qu’elles paraissent, c’est encore un autre sujet d’écriture récurrent pour moi. Donc ouais, peut-être que mes rêves sont ces chansons et que je ne suis pas vraiment dans un groupe ! [Rires]

Penses-tu que ce groupe, Between The Buried And Me, n’est pas ce que les gens pensent ?

Je ne sais pas, c’est dur à dire. Je dirais que nous faisons beaucoup de choses inattendues et nous ne sommes pas un groupe avec lequel tu peux facilement savoir à quoi t’attendre d’un album à l’autre, mais je dirais que les gens nous comprennent, c’est certain. Donc je ne dirais pas que nous sommes aussi barrés que ça mais je pense vraiment que les gens ne peuvent pas prédire comment chaque album sonnera. Lorsqu’un nouvel album sort, il y a toujours cette excitation de voir ce que sera notre prochaine étape.

Les gens ont tendance à s’attendre à l’inattendu de la part de Between The Buried And Me, donc c’est quand même un peu une attente en soi…

C’est vrai ! Mais tu ne peux pas vraiment penser à ce genre de chose. Tout ce que tu peux faire c’est écrire des chansons et espérer que les gens apprécient. Mais ouais, je vois ce que tu veux dire, mais nous avons la chance d’être dans une position où les gens s’attendent à ce que nous essayons de nouvelles choses. Plein de groupes sont dans une position où, s’ils essaient de nouvelles choses, ça les pénalise. Nous sommes très libres, ce qui est génial. Je pense qu’en tant que musiciens, c’est super d’avoir cette liberté de pouvoir tout essayer. Enfin, nous n’utilisons pas tout ce que nous faisons, nous changeons des choses… C’est ça le truc : nous pensons savoir – tout du moins pour notre musique – ce qui est bon, ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas. Nous sommes très à l’aise les uns avec les autres pour reconnaître quand quelque chose ne fonctionne pas. Donc ouais, il n’y a pas de limite. C’est ainsi que nous abordons la musique et à partir de là, nous disséquons et modifions jusqu’à ce que ça soit exactement comme nous la concevons dans notre tête. Donc nous avons beaucoup de chance de pouvoir expérimenter et essayer de nouvelles choses, et des gens seront là pour l’écouter.

Ne butez-vous jamais sur des obstacles, au niveau de votre carrière ou du business, en vous accordant une telle liberté créative ?

Nous ne nous sommes jamais inquiétés de ça, honnêtement. Nous avons toujours été le genre de groupe qui fait son propre truc. Si quelqu’un dit quelque chose, nous répondons : « Ouais, mais c’est censé être comme ça. » [Rires] Si quelqu’un te critique pour quelque chose que tu fais intentionnellement ou qui, à tes yeux, est censé être comme ça, alors ce n’est pas du tout une critique. Et il n’y a rien de mal à ça. Je veux dire que les gens entendent la musique et voient les choses différemment. Pour moi, chacun de nos albums est une traduction directe de qui nous sommes à ce moment donné.

D’un autre côté, tu as déclaré qu’on « peut prendre des petits bouts de [votre] passé éparpillés à travers cet album. » Ce qui est vrai, ça sonne comme du pur Between The Buried And Me. C’est donc un équilibre délicat à avoir…

Ouais ! C’est bizarre parce que tu ne peux pas consciemment le faire. Tu dois juste écrire et avec un peu de chance, ça se produit. Nous avons la chance de bien travailler ensemble en tant que groupe et lorsque nous composons, au final, ça sonne toujours comme nous. C’est assez cool que ça se produise toujours tout seul. Il n’y a pas de raison particulière pour que ça se produise mais c’était le but, faire en sorte que ça sonne comme nous, tout en innovant. Mais ce n’est pas quelque chose qu’on peut expliquer comment faire. En fait, je n’ai aucune idée comment faire ! Nous ne sommes pas du genre à nous poser et dire : « D’accord, on va faire un album comme ci et comme ça, essayons ceci. » C’est même difficile de décrire comment nous composons ! Chaque chanson est différente. Certaines chansons sont initiées par deux d’entre nous, et pour d’autres, c’est tous les cinq. Ça dépend vraiment. Il n’y a pas de formule. Ça change constamment d’année en année et nous mélangeons les méthodes. Notre façon de composer est très naturelle et organique, et nous voulons que ce soit parfaitement en phase avec qui nous sommes en tant que personnes et musiciens. Mais nous essayons toujours de nous pousser plus loin et d’écrire les meilleures chansons possibles, et avec ça, avec un peu de chance, nous parviendrons toujours à innover, essayer de nouvelles choses, tout en restant nous-même.

« Nous avons la chance d’être dans une position où les gens s’attendent à ce que nous essayons de nouvelles choses. Plein de groupes sont dans une position où, s’ils essaient de nouvelles choses, ça les pénalise. Nous sommes très libres, ce qui est génial. »

Et dans ce processus, comment combines-tu la musique au concept que tu as écrit ?

Nos chansons s’enchaînent un peu les unes aux autres ; c’est une histoire que nous écrivons, au final. Normalement, les paroles et le concept ne viennent pas avant que la musique soit composée. Donc lorsque nous composons la musique, nous essayons de trouver une façon de traiter cette histoire musicale dans l’enchainement des chansons. Nous sommes toujours de grands fans de prendre des mélodies ou des idées d’une chanson et les replacer autrement ailleurs, et faire toutes ces petites choses dans lesquelles les gens peuvent plonger. Et puis, à partir de là, j’essaie de donner vie à tout ça avec une vraie histoire écrite. Je ne sais pas, je n’analyse pas trop. Mais là, en l’occurrence, ça s’est fait assez rapidement ! Je veux dire que nous travaillons très vite lorsque nous commençons à écrire ensemble.

Pourrait-on s’attendre à ce qu’un jour Between The Buried And Me fasse une chanson purement pop de trois minutes ?

Je n’en ai aucune idée ! J’imagine que si ça devait arriver, ça arriverait. Enfin, j’en doute fort mais je ne veux pas dire non. On ne sait jamais. Si nous sommes encore un groupe dans trente ans, alors peut-être que nous écrirons une chanson de pop [petits rires]. Comme je le disais, nous ne nous posons jamais pour dire : « Il faut qu’on écrive une chanson comme ça. » La plupart de nos chansons démarrent avec quelqu’un qui compose de son côté, donc si quelqu’un commence à travailler sur quelque chose qui sonne comme une chanson pop ou si quelqu’un balance quelque chose qui en fait une chanson pop, alors ce sera comme ça. Mais nous ne dirons jamais : « Ok, écrivons une chanson pop. » Et puis ce serait très dur, en fait. Car j’ai grandi en composant et en écoutant du metal. Je veux dire qu’évidemment j’écoute beaucoup de pop mais naturellement, lorsque je compose, c’est toujours très sombre. C’est dur de ne pas être dans cet état d’esprit lorsque tu composes si c’est ce que tu as toujours fait.

Automata a une fois de plus été produit par Jamie King. Vous travaillez avec lui depuis le tout premier album. Le seul album dans lequel il n’a pas été impliqué est The Silent Circus. Qu’y a-t-il de si spécial dans votre relation ?

Je pense que le truc le plus cool, c’est que notre collaboration revient juste à être avec des potes. C’en est à un stade où nous sommes tous une famille. Il nous comprend totalement. Nous pouvons essayer n’importe quoi et il est toujours partant. Son cerveau fonctionne comme le nôtre. Peu importe quelle est notre vision, il la comprend. C’est confortable pour nous. Nous travaillons super bien ensemble et c’est le cas depuis des années et des années. Je trouve que c’est super important quand on est un groupe de ne pas du tout stresser quand on enregistre, et c’est clairement le cas avec lui.

Mais justement, n’est-ce pas trop confortable, surtout pour un groupe comme Between The Buried And Me qui aime innover ?

Non parce que nous ne composons pas du tout en studio. Toute la composition que nous faisons et l’assemblage des albums et des chansons, tout est calé à cent pour cent avant même d’entrer en studio. Donc tout ça, nous le faisons de notre côté, et parfois ce n’est pas super confortable. Une fois que nous sommes avec Jamie, c’est une question d’obtenir les meilleures prises et les meilleurs sons, et il est le producteur dans le sens où il dira « peut-être que cette partie a besoin de ceci » ou « peut-être qu’on peut essayer ça par-dessus ça au lieu de ci, » mais tout l’album est déjà posé au préalable. Si nous composions en studio, ouais, le fait de changer serait bénéfique, mais étant donné la façon dont nous faisons les choses, le studio n’est qu’une façon de faire en sorte que l’album sonne aussi bien que possible ; toute la composition et l’assemblable correspond à un énorme et fastidieux processus qui est réalisé en amont.

Vous avez sorti une version live de Coma Ecliptic, et vous avez fait la même chose par le passé avec The Parallax II: Future Sequence ainsi que Colors. Pourquoi êtes-vous attachés à ces testaments live d’albums complets ? Qu’est-ce que le live apporte au format originel ?

Tout ce que nous écrivons, nous savons que ça sera porté sur scène un jour, donc ça ne change pas grand-chose pour nous car nous sommes toujours prêts à jouer ces chansons en live. C’est juste que nous trouvons ça cool d’avoir ces différentes interprétations d’un album, la façon dont ça sonne live, l’énergie du public. Nombre de nos fans s’intéressent beaucoup au jeu en tant que tel, donc c’est cool pour eux de nous voir jouer l’album.

L’année dernière, vous avez célébré les dix ans de l’album Colors, qui est sans doute votre album le plus emblématique. Comment c’était de le revisiter ?

C’était cool ! Les concerts étaient déments. C’était hallucinant qu’après toutes ces années, cet album parle encore autant aux gens. Pour ce qui est de jouer, nous étions à jour sur pas mal des musiques, donc ce n’était pas… C’était une tournée assez facile, en fait, pour nous, musicalement. Ça n’a pas nécessité tellement de préparation parce que nous connaissions bien toutes les chansons. Nous les avions déjà jouées d’une façon ou d’une autre dans nos sets au cours des dernières années. Enfin, il y a bien quelques trucs que nous n’avions pas trop joué mais ouais, je crois que nous n’avons répété qu’un jour, un jour et demi peut-être. Mais la majorité des répétitions, nous les faisons chacun de notre côté. Vu de l’extérieur, toutes ces chansons peuvent paraître complètement dingues mais quand ça fait si longtemps qu’on joue ces chansons, elles font partie de toi, donc tu fais juste ton truc. Donc par rapport à ça, ce n’était pas grand-chose pour nous. Mais ouais, les concerts étaient phénoménaux, les publics étaient géniaux tous les soirs. Nous avons de la chance de pouvoir durer suffisamment longtemps pour pouvoir faire ça et avoir autant d’excitation autour d’un album qui est sorti il y a aussi longtemps.

« Ce qui est drôle, c’est que je me souviens lorsqu[e Colors] est sorti, et il n’inspirait pas beaucoup d’amour. […] Mais avec le temps, à mesure que nous-même évoluions, les gens ont commencé à l’aimer et ils ont réalisé que nous n’allions pas toujours être le même groupe. »

Dix ans après, avec le recul, quel est ton sentiment sur cet album ?

C’est un super album ! De toute façon, j’apprécie tous nos albums. Enfin, ce n’est pas quelque chose que j’écoute ou quoi, mais je vois cet album comme un tournant et un nouveau départ pour nous. Je suppose que nous avons réinventé une partie de notre son, et j’espère que c’est toujours ce que nous faisons. Et c’est pourquoi plein de gens sont attirés par cet album, simplement parce que, surtout à l’époque, c’était un écart drastique par rapport à ce que nous faisions et ce que beaucoup de groupes faisaient. Au sein de notre monde, l’idée conceptuelle d’un album qui s’enchaîne comme un seul morceau, peu de groupe le faisaient à l’époque. Donc je pense que pour toutes ces raisons, les gens étaient attirés par cet album. Il me semble aussi que c’est à partir de cet album que beaucoup de nos fans ont commencé à nous écouter. Mais ce qui est drôle, c’est que je me souviens lorsqu’il est sorti, et il n’inspirait pas beaucoup d’amour. Nous avions pas mal de retours négatifs. Comme je l’ai dit, par rapport à Alaska, Colors est un changement assez radical, donc pas mal de gens ont été rebutés. Même si c’est un album heavy, il ne l’est pas autant qu’Alaska, et les gens étaient là : « Oh, ils deviennent trop calmes » ou « ils deviennent trop bizarres. » Mais je pense qu’avec le temps, à mesure que nous-même évoluions, les gens ont commencé à l’aimer et ils ont réalisé que nous n’allions pas toujours être le même groupe. Je pense que dès qu’un groupe traverse ce genre de passe, quoi qu’il arrive, pendant ces moments, les fans ne suivent pas toujours et puis, plus tard, ils finissent par saisir. Et c’est un peu ce qui s’est passé. Enfin, les gens l’ont aimé mais il y avait beaucoup de critiques aussi. Et au fil des années, c’est devenu ce sommet de notre carrière et les fans ont vraiment gravité autour de cet album, ce qui est génial.

Est-ce que le fait de revisiter Colors a pu avoir un impact sur Automata ?

[Réfléchit] Honnêtement… Si ça a été le cas, ce n’était pas intentionnel. Je veux dire que peut-être naturellement c’était quelque chose qui était là, car c’était juste à la même époque. Car, littéralement, nous… Bon, en fait, non ! Nous avons enregistré avant de faire cette tournée, donc non, ça n’avait rien à voir [rires]. Je savais que c’était proche mais nous avons fini d’enregistrer et puis trois semaines plus tard, nous devions commencer la tournée de Colors. Donc, en gros, nous n’avons même pas pensé à Colors avant d’avoir fini l’album.

Ça signifie donc qu’Automata a été enregistré il y a un bon bout de temps ! Pourquoi ne pas l’avoir sorti plus tôt ?

Je n’en ai aucune idée ! C’est un truc de label.

Automata II est censé sortir cet été. Comme il est déjà enregistré, n’est-ce pas un peu frustrant pour vous de devoir attendre encore un peu plus pour que cette seconde partie sorte ?

Ouais. Je veux dire que j’adore aussi la seconde partie. Mais ça fait tellement longtemps que nous faisons ça et il y a toujours un moment où il faut attendre. Et puis comme nous l’avons enregistré avant la tournée de Colors, ça fait un petit bout de temps que nous attendons. A ce stade, ça me donne le même sentiment que s’il était déjà sorti. Je veux dire que j’ai déjà enregistré un autre album solo ! [Rires] C’est dingue. Maintenant nous sommes habitués.

En parlant de projet solo, as-tu des nouvelles à nous donner ?

Ouais. Un nouvel album sortira plus tard cette année. Comme je l’ai dit, je l’ai déjà enregistré. C’est une sacrée aventure ! Il est assez étrange et différent. A mes yeux, Velcro Kid était un peu ma tentative de faire un album électronique, alors que celui-ci est plus porté sur les guitares, le côté symphonique, en un sens, et il est un peu barré. Ce sera cool ! Je pense que les gens vont l’apprécier ! J’ai quelques invités vraiment excitants sur l’album et j’ai un super batteur qui m’accompagne, mais je ne peux pas encore vous dire qui [petits rires].

D’ailleurs, tu mentionnes le côté électro de Velcro Kid, et justement on aurait pu croire que cette expérience avec la musique électronique allait davantage déteindre sur Between The Buried And Me, mais pas tant que ça au final…

Ouais, enfin, ça un petit peu déteint. Sur Coma Ecliptic, il y a une chanson qui s’appelle « Dim Ignition » qui est très électronique. Mais au final, nous sommes quand même un groupe basé sur les guitares, le chant et la batterie. Nous utilisons l’électronique pour renforcer notre son et donner une nouvelle vie aux choses et tout. Je pense que c’est l’un des trucs cool quand on écoute nos albums avec un casque, on découvre plein de petites choses, comme l’électronique et des trucs bizarres en fond. Mais effectivement, nous n’avons pas tant incorporé ça dans le groupe.

Interview réalisée par téléphone le 12 février 2018 par Nicolas Gricourt.
Retranscription & traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Randy Edwards.

Site officiel de Between The Buried And Me : www.betweentheburiedandme.com.

Acheter l’album Automata I.



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