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Interview   

Between The Buried And Me : une musique pour se sortir de la léthargie


Tommy Rodgers by Brandon GableLes conventions ne font pas partie du vocabulaire d’un groupe comme Between The Buried And Me qui casse sans cesse les codes de ce qu’il est « bien vu » ou « recommandé » de faire en musique. La musique progressive en son sens premier, en somme. De quoi faire sortir l’auditeur de sa léthargie, anesthésié peut-il parfois être par les formatages en tous genres.

Et ça tombe bien, le nouvel opus de Between The Buried And Me, Coma Ecliptic, plus qu’un album conceptuel, est une sorte d’opéra metal, racontant l’histoire d’un homme dans le coma. Le chanteur-claviériste Tommy Giles Rogers s’en servant pour faire un parallèle avec la tendance que l’on peut avoir à ne pas profiter pleinement de la vie telle qu’elle se présente à nous, comme si nous étions plongés dans un coma, à rêver – comme le protagoniste de l’histoire – de choses irréelles.

Le frontman, qui revient quelques mois après son opus solo Modern Noise, nous parle de ce nouvel et septième album que le groupe qualifie d’ores et déjà de nouveau chapitre voire de nouvelle vie.

Between The Buried And Me by Justin Reich

« Avec cet album, nous nous sommes rapprochés un peu plus du précipice et avons pris davantage de risques. »

Radio Metal : Tu as dit qu’avec Coma Ecliptic vous avez plus que jamais travaillé et poussé le son du groupe vers une nouvelle identité. Peux-tu nous en dire plus sur ce travail et comment vous êtes parvenus à atteindre une nouvelle identité ?

Tommy Giles Rogers (chant/claviers) : Pour n’importe quel musicien, lorsque tu composes depuis aussi longtemps que nous le faisons, tu rentres dans une routine et tu commences, non pas à te répéter, mais à avoir une méthode à ta folie. Et je pense que pour notre part, il y a eu quelques moments où nous nous sommes éloignés de cette méthode, nous avons essayé d’approcher les choses un peu différemment, simplement en prenant du recul et disant : « Ok, voilà comment on approche ça habituellement mais qu’est-ce qu’il se passe si on fait ça ? » Pour ce qui est du chant, il est clair que j’ai beaucoup fait ça plutôt que de juste balancer un cri par-dessus une partie heavy ou chanter sur une partie calme. Je voulais vraiment approcher ça, genre : « Comment est-ce que je peux le rendre différent, un peu plus unique et faire en sorte que ce soit un peu plus palpitant pour moi ? » C’est un peu comme ça que nous avons abordé cet album. J’ai le sentiment que c’est une étape naturelle pour nous. J’aime vraiment ce que cet album est devenu et le processus d’écriture était une super expérience. Je ne changerais absolument rien !

Dirais-tu que vous essayez constamment de vous réinventer avec chaque album ?

Ouais, c’est clair ! Avec chaque album nous essayons toujours de… Tu sais, nous ne voulons pas nous répéter et je crois que nous y sommes bien parvenus. J’ai le sentiment que chacun de nos albums fonctionne très bien et nous représente très bien pour l’époque. Avec cet album, nous nous sommes rapprochés un peu plus du précipice et avons pris davantage de risques. Nous voulions nous concentrer sur certaines choses sur lesquelles nous nous sommes assez peu concentrés par le passé. Nous nous sommes vraiment concentrés sur la mélodie et les structures de chansons, simplement à essayer d’améliorer notre façon de composer autant que possible, et je pense que nous avons plutôt bien réussi. J’ai l’impression que tout est très cohésif.

Tu as dit que l’effort investi dans Coma Ecliptic était « extrêmement gratifiant, autant qu’effrayant. » Qu’est-ce qui t’as effrayé ? Est-ce que tu as l’impression parfois que votre création vous échappe ?

Non, je veux dire que, parfois, tu te poses des questions. Je pense que tout le monde fait ça. Il y a eu des moments, lorsque je travaillais sur le chant chez moi, où j’appelais Paul [Waggoner] pour dire : « Mec, je ne sais pas si ce que je fais va marcher. » Car, parfois, lorsque tu sors de ce dont tu as l’habitude, tu t’inquiètes, genre : « Est-ce que c’est bien ? » Car quand tu es dans l’instant, ça parait bon mais parfois tu as besoin d’une oreille extérieure. Nous sommes très bons pour nous entraider dans ces moments. J’ai même été chez Jamie King, le gars avec qui nous avons enregistré, et j’ai enregistré des trucs avec lui très tôt, avant que nous enregistrions vraiment l’album, pour m’assurer que la direction que nous prenions était la bonne. Et instantanément ça semblait super. Ca nous ressemblait, car c’est ce qui nous inquiétait. J’étais inquiet que ça ne sonne pas comme Between The Buried And Me, mais au bout du compte, je trouve que ça sonne complètement comme nous. C’est juste la grande étape suivante après The Parallax.

D’après le bassiste Dan Briggs, au cours de vos toutes premières conversations, il y avait cette idée selon laquelle tu voulais moins crier. Pourquoi ?

Comme je l’ai dit plus tôt, je voulais aborder la musique différemment. Je ne voulais pas prendre la solution de facilité. J’avais le sentiment qu’il pouvait y avoir plus de choses intéressantes pour donner vie aux chansons et donner à l’album plus de caractère et de dynamique. Et une bonne partie de la musique ne nécessitait pas de crier. Je pense qu’une bonne partie de l’album aurait l’air stupide avec de grosses voix par-dessus. Mon boulot c’est de rendre les chansons aussi bonnes que possible et de coller au mieux à la musique. C’est ça mon approche lorsque j’écris mes lignes de chant. Tu dois te stimuler, et je voulais voir ce que je pouvais faire d’autre et ce que je pouvais apporter d’autre aux chansons.

Plus qu’un album conceptuel, Coma Ecliptic peut même être considéré comme un opéra rock. Qu’est-ce que ça a changé dans votre approche de la musique ?

Nous savions juste que nous voulions faire un gros album conceptuel. C’était vraiment notre seule approche. Nous l’avons abordé comme nous le faisons pour un album normal. Nous avons juste écrit les chansons en tant que groupe et le résultat, c’est juste nous qui nous concentrons sur un concept et sur de gros morceaux de musique plutôt qu’un simple amas de chansons balancées ensemble au hasard. Nous avons toujours un peu cette mentalité. Pour celui-ci, comme je l’ai dit, ça a été beaucoup de travail mais, à la fois, c’était très gratifiant.

Tu as parfois une manière très théâtrale d’approcher ton chant. Est-ce que tu as essayé de te mettre dans la peau d’un personnage, comme dans une pièce de théâtre, plutôt que de te contenter de chanter ? D’ailleurs, est-ce que tu as pris des cours de comédie ?

[Rires] Non, je n’en ai pas pris. Je ne sais pas. Je veux dire que notre musique est très théâtrale en soi. Il y a des fois où j’essayais de puiser dans une voix qui pourrait bien correspondre à l’histoire à un moment précis. Il est clair que j’ai toujours ça en tête, car je suis très visuel lorsque j’écris. J’ai toujours l’histoire en tête à mesure que j’avance. Une bonne partie de la musique a fait ressortir ça de moi, j’imagine, et c’était amusant ! Je suis toujours inspiré par la musique pour créer les lignes de chants. Nous écrivons toujours la musique d’abord et ensuite je reviens dessus pour faire toutes les voix.

Between The Buried And Me - Coma Ecliptic

« Tout le monde reste coincé et s’énerve sur des choses qui n’ont pas vraiment d’importance. […] Lorsqu’on prend vraiment du recul, ce que nous croyons négatif n’est en fait pas si mauvais. »

Coma Ecliptic raconte l’histoire d’un homme dans le coma qui voyage à travers ses vies passées. Peux-tu nous en dire plus et comment est-ce que ceci a été mis en musique ?

Ouais, c’est ça l’histoire. Chaque chanson représente tous ces mondes étranges qu’il a traversés dans le passé ou qu’une autre version de lui-même a traversé. C’est une histoire folle qu’il vit et au final, il se rend compte que tout était faux et qu’il était en réalité dans le coma pendant tout ce temps. Tout ce qu’il a pu percevoir était en fait un rêve. C’est la notion effrayante selon laquelle tout ce que tu fais, en réalité, ne se produit pas. C’est une histoire très sombre et elle est très dynamique, exactement comme notre musique. Je trouve qu’elle colle vraiment bien à la musique. Ca a toujours été quelque chose d’important chez nous, la dynamique. Mais je trouve qu’avec cet album, ça ressort d’autant plus. Il y a plein de rebondissements. Les trucs heavy sont encore plus heavy et les trucs calmes sont encore plus calmes. Tout va vraiment bien ensemble mais ça te fait aussi voyager, c’est certain ! Je voulais raconter l’histoire… Beaucoup de gens étaient là : « Oh, il gâche l’album en nous disant ce qu’il se passe à la fin ! » Mais je pense que les entrailles de l’histoire sont ce qui rend cet album vraiment sensas parce qu’il y a toutes ces vies passées qu’il retrouve les unes après les autres, Il y a beaucoup de choses uniques et j’espère que les fans se plongeront dans les paroles pour vraiment commencer à comprendre ce que le mec traverse.

En fait, qu’est-ce qui t’a inspiré cette histoire et cette approche ? Il y a de toute évidence une morale à cette histoire, qui est que souvent les gens n’apprécient pas ce qu’ils ont déjà dans leur vie…

Ouais. Honnêtement, j’ai écrit plusieurs esquisses d’histoires et celle-ci n’était pas la première mais c’est celle qui est vraiment ressortie pour moi et le reste du groupe. Je pense que d’un point de vue social, surtout de nos jours, tout le monde n’a de cesse de regarder la vie d’autrui et ils veulent ce que les autres ont. Sur les réseaux sociaux, on se compare toujours aux autres et je pense que c’est parfois quelque chose de très négatif. J’imagine, que c’est, d’une certaine façon, une réponse à ça, sans tomber dans quelque chose de trop politique.

Est-ce que toi-même tu as le sentiment parfois d’oublier d’apprécier la vie pour ce qu’elle est ?

Je pense que tout le monde fait ça, ouais. Tout le monde reste coincé et s’énerve sur des choses qui n’ont pas vraiment d’importance. On se laisse rattraper par des choses alors que nous ne devrions pas. Lorsqu’on prend vraiment du recul, ce que nous croyons négatif n’est en fait pas si mauvais. Ça peut toujours être pire. Je sais que c’est une affirmation très banale mais c’est très vrai. La plupart d’entre nous ont beaucoup de chance. C’est quelque chose, à titre personnel, que j’aime faire ressortir dans les paroles.

L’homme dans l’histoire meurt au moment où il constate ce à côté de quoi il est passé dans sa vie. Penses-tu que c’est généralement lorsqu’on approche de la mort ou qu’on y fait face que nous finissons par ouvrir les yeux ?

Je partirais du principe que oui. Je veux dire que pour toutes les choses qui nous inquiètent, sans doute que lorsque tu es sur ton lit de mort tu aurais souhaité ne pas t’en être inquiété [petits rires]. Evidemment, je n’en ai pas fait l’expérience, heureusement, mais je crois assurément que c’est le cas.

Ne penses-tu pas qu’écouter de la musique peut parfois être apparenté à un coma, dans la mesure où tu t’immerges dans la musique et te coupes du monde et dans le fait que ce soit souvent utilisé pour échapper à la réalité ?

[Rires] Ouais ! Je pense que la musique est un super outil pour que les gens surmontent les choses. Ouais, je suis totalement d’accord !

Certains thèmes reviennent d’une chanson à l’autre. Qu’est-ce qu’ils représentent ?

Ca a beaucoup à voir avec l’histoire. C’est quelque chose que nous adorons faire : des variations de thèmes qui sont apparus plus tôt. C’est l’un des trucs cool au sujet des albums conceptuels comme celui-ci : au niveau des paroles, des thèmes se répètent. Nous voulions nous assurer que certaines choses préfigurent pour la suite, et avoir tout ce que tu peux avoir dans un film, ces aspects devraient aussi se retrouver dans la musique.

Le projet Ayreon d’Arjen Lucassen a en fait eu un concept baptisé Universal Migrator qui rappelle un peu l’esprit de ton histoire. Est-ce quelque chose qui a pu t’inspirer ?

Quelqu’un d’autre m’a parlé de ça ! Mais je n’ai jamais entendu l’album. Je vais aller écouter ça ! J’ai entendu parler de ce groupe mais je ne connais aucun de leurs albums ou quoi que ce soit.

Between The Buried And Me by Justin Reich

« Tout ce qu’on a pu faire de soi-disant bizarre n’a jamais été forcé. »

On peut entendre certains éléments, surtout d’un point de vue électronique, qui peut rappeler ton dernier album solo. Dirais-tu qu’il a laissé une marque sur ta créativité et que cet album a bénéficié de cette expérience ?

Je pense que tout ce que nous faisons, que ce soit avec le groupe ou hors du groupe, t’apprend des choses et, avec un peu chance, te permet d’améliorer ton art. Tu sais, j’ai beaucoup appris de l’album solo d’un point de vue vocal et de la composition. Naturellement ça ressort un peu. Je pense que, plus que tout, ça m’a donné de la confiance. Ça m’a donné beaucoup de confiance dans ma composition et mon approche de l’écriture du chant. J’ai beaucoup appris en faisant mon truc solo, donc il est clair que ça a un effet positif.

Vous êtes tous des compositeurs dans le groupe et vous semblez tous contribuer à des idées folles et complexes pour la musique. Comment parvenez-vous à assembler toutes ces idées et contributions, en obtenant un résultat cohérent sans vous disperser ou sans trop entrer dans des tensions ?

Nous savons tous que le résultat final d’une chanson doit être le meilleur possible. Personne ne bataille pour que ses parties se retrouvent dans une chanson. Ca diffère vraiment d’une chanson à l’autre. Certaines chansons sont écrites par deux personnes. Certaines chansons sont écrites par une seule personne. Certaines chansons sont écrites par tous les cinq. Donc ça dépend vraiment. Mais nous ne nous prenons jamais la tête à faire en sorte que les choses fonctionnent. Nous avons une manière de faire notre musique qui est très naturelle. Si quelque chose ne fonctionne pas, nous recommençons depuis le début plutôt que de forcer les choses. Donc ouais, ce n’est jamais un problème. Il n’y a jamais eu de tension. Il y a eu des petits trucs ici et là mais… Non, pour ce qui est de la composition, nous avons tous beaucoup de chance de bien nous entendre et de très bien travailler ensemble. Nous savons tous que tout ne fonctionnera pas. Il y avait des fois dans nos jeunes années où certains d’entre nous étaient contrariés si quelque chose à eux ne fonctionnait pas, mais nous avons mûri, nous nous sommes rendus compte que, tu sais, tout n’allait pas fonctionner et tout ne collera pas à une chanson. Nous voulons juste la meilleure musique pour notre groupe. Nous saisissons tous lorsque quelque chose fonctionne ou pas, on peut toujours s’en rendre compte. Indépendamment de ça, nous arrivons toujours à nous faire comprendre, donc… Il n’y a aucun intérêt à se fâcher, nous n’avons pas ce problème.

Between The Buried And Me est le genre de groupe avec lequel tout semble possible, sans aucune limite. Mais, en réalité, est-ce que vous en avez des limites ?

Je pense que la limite c’est si la chanson est bonne ou pas. Nous ne ferons rien que nous estimerions être mauvais. Evidemment, nous pourrions aller trop loin et faire juste les idiots en faisant quelque chose qui n’a strictement aucun sens, juste pour le plaisir de faire ça. Mais ce que je veux dire c’est que tout ce qu’on a pu faire de soi-disant bizarre n’a jamais été forcé. Nous ne le faisons pas juste parce que nous voulons que ce soit bizarre. Ça nous vient naturellement. Je pense que c’est ça qui est important.

Penses-tu que parfois des groupes qui sont considérés comme « fous » ont en fait tendance à se forcer ?

Ouais, il y a des exemples comme ça, mais je pense que tu peux facilement voir clair dans le jeu d’un groupe, s’il est sincère ou pas.

Cette année marque les dix ans de l’album Alaska. Cet album, avec l’arrivée de trois nouveaux membres entre 2004 et 2005, est en fait le premier qui a été fait par le line-up actuel. Comment vois-tu aujourd’hui cet album et cette époque ?

C’était une période difficile, simplement parce que nous avions perdu beaucoup de membres. C’était très stressant, mais une fois que nous avons eu ce line-up, c’était phénoménal ! Le fait de composer cet album, c’était super. Je trouve que c’était toujours un super album. J’en suis content. C’était un tournant pour nous. Je pense que c’est là où nous avons vraiment commencé à nous entendre en tant que groupe et encore aujourd’hui nous nous portons super bien. Je pense qu’Alaska était très important pour nous. Mais je pense aussi que l’album suivant, Colors, était un énorme changement stylistique pour nous et c’est pourquoi c’est celui dont les gens parlent le plus, simplement parce qu’il y a eu un grand saut entre Alaska et Colors. C’était un peu un nouveau départ pour nous, j’imagine.

Le bassiste Dan Briggs a qualifié Coma Ecliptic de « nouveau chapitre dans la vie de Between The Buried And Me. » Et toi-même tu l’as qualifié de « nouvelle vie pour BTBAM. » Penses-tu qu’il restera une référence à laquelle vos albums futurs seront comparés ?

Je pense que nous sommes tous très excités. La composition de cet album a été vraiment palpitante pour nous. Qui sait ce que le futur nous réserve ? Je pense que chaque album devrait être une nouvelle vie. C’est un nouveau chapitre, tu sais, à chaque fois. Avec un peu de chance, nous continuerons à nous inspirer nous-mêmes et inspirer nos fans !

Interview réalisée par téléphone le 1er juillet 2015 par Nicolas Gricourt.
Retranscription et traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Brandon Gable (1) & Justin Reich (2 & 4).

Site officiel de Between The Buried And Me : www.betweentheburiedandme.com.



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