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Chronique   

Beyond Creation – Algorythm


Quatre ans, c’est le temps qu’a pris Beyond Creation, groupe québécois en pleine ascension, pour livrer son troisième album Algorythm. Ceux qui n’ont pas encore eu vent de la notoriété croissante de Beyond Creation risquent de ne plus être très nombreux. Le groupe canadien prône un death technique aux multiples influences, ce qui peut expliquer en partie le délai entre cet opus et son prédécesseur Earthborn Evolution (2014). Algorythm ne déroge pas à la règle, Beyond Creation prend soin d’étaler toute son aisance instrumentale, avec pour dessein particulièrement conscient cette fois de ne pas desservir la musique.

Algorythm est le premier album avec le nouveau bassiste arrivé en 2015, Hugo Doyon. Ce dernier laisse apprécier une certaine originalité dans son jeu de fretless – à l’instar d’autres groupes techniques tels que Cynic ou Intronaut et de son prédécesseur Dominic Lapointe avec qui il partage de nombreuses similitudes sonores et de style –, notamment par les aigus larmoyants de « Entre suffrage et mirage ». Car Algorythm, derrière ce titre d’album qui renvoie aux structures froides et mathématiques, n’a pas pour objectif de mettre en exergue d’obscurs calculs qui feraient écho à la complexité de la musique de Beyond Creation. L’objectif est en réalité de renvoyer à l’aspect physique de la chose, aux multiples routines qui gouvernent notre vie, nos rapports entre nous et à l’environnement, l’ingéniosité de la nature. En ce sens, Algorythm met l’accent sur le côté progressif de la musique, sur les atmosphères déployées, le groupe revendiquant même s’inspirer de Pink Floyd. « Surface’s Echoes » laisse entrevoir quelques influences jazz via son intro et une succession d’arpèges dissonants et de rythmiques décomplexées. En réalité, le morceau permet de constater explicitement l’évolution musicale de Beyond Creation, qui tend à exceller lorsqu’il se libère légèrement des carcans du death technique traditionnel ; l’orgie mélodique qui lui sert de final en est le plus bel exemple. L’introduction éthérée à propos d’« Ethereal Kingdom » qui amène à une ligne de tapping hypnotique obéit à ce motto : servir la musique. La technique déployée amorce parfaitement la dynamique plus ténue d’une composition centrée sur la mélodie, portée par le growl caverneux de Simon Girard. Ce dernier fait d’ailleurs preuve de polyvalence en alternant voix death, scream black et voix soufflée sur le titre « The Inversion », profitant d’un break atmosphérique envoûtant qui crée la surprise. « Algorythm » entérine la volonté de Beyond Creation de ne pas saturer l’auditeur par sa technique, pourtant omniprésente. Le tapping de début rappelle un certain Gojira, tandis que le riffing emprunte du vocabulaire au djent pratiqué par Animals as Leaders ou Tesseract – influence encore plus prégnante sur « Surface’s Echoes ». Le songwriting est suffisamment bien agencé pour parvenir à un équilibre entre agressivité et grandes élancées mélodiques.

La subtilité de cet Algorythm réside dans la myriade de détails qui permettent toujours à l’auditeur de voir son parcours balisé. Les compositions ont ce cachet qui leur évite de devenir une masse informe de plans sans âme. On écoute « Algorythm » pour profiter de son pont et du travail de guitare effectué par Simon Girard et Kévin Chartré. Ces derniers peuvent tout aussi bien délivrer des soli langoureux dans la veine floydienne ou dans la pure tradition du death (« The Afterlife » sort du lot), ou bien trancher dans le vif avec des riffs syncopés comme seules les huit-cordes en ont le secret, à l’instar de « In Adversity ». L’instrumentale « Binomial Structures », outre la maîtrise évidente qui est déployée, permet d’aérer les compositions d’Algorythm en permettant au batteur Philippe Boucher de mettre davantage en avant son groove et son inventivité, s’éloignant du martèlement constant de la double grosse caisse. En somme, Algorythm est mieux écrit que ses prédécesseurs, plus évocateur car aussi plus « cinématographique », avec son introduction au violon et cors d’harmonie (« Disenthrall »), son interlude au piano et accompagnement orchestral « À travers le temps et l’oubli », le passage de percussions façon Tambours du Bronx sur « Entre suffrage et mirage » et la fin symphonique cathartique de « The Afterlife » qui permet à tout ce petit monde de s’exprimer sans limites.

Algorythm est un album qui sait exploiter la technique immense de ses musiciens. Beyond Creation a dépassé le stade de la démonstration. Il ne recherche plus l’effet « wah », il veut qu’on retienne sa musique via les différentes ambiances qu’il crée sans relâche. Moins death pur jus et indéniablement plus progressif, Algorythm ne s’appréhende pas rapidement, néanmoins il est possible de le faire et, surtout, l’effort est fructueux. Beyond Creation maîtrise de mieux en mieux ses formules.

Lyric-vidéo de la chanson « Algorythm » :

Clip vidéo de la chanson « The Inversion » :

Album Algorythm, sortie le 12 octobre 2018 via Season Of Mist. Disponible à l’achat ici



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  • Pour ma part, en écoutant Inversion, le groupe qui me vient immédiatement à l’esprit dans un style proche de celui de Beyond Creation est Obscura (dont le dernier album est juste excellent).

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