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Interview   

Beyond The Styx : le renouveau après la mort


La question de ce qu’il y a après la mort, que ce soit la vie, le néant, la renaissance, étant en permanence à l’esprit d’Emile, chanteur de Beyond The Styx, il n’est pas étonnant de constater le renouveau dont a fait preuve le groupe après le départ de bon nombre de ses membres fondateurs. Ce genre de bouleversement d’équipe est toujours un tournant, une forme de mort et l’occasion d’un nouveau départ. Quelle a été la renaissance du groupe, tant musicale qu’en termes de textes ou, plus généralement, de méthode de travail et de leadership ?

Le premier élément de réponse est ce nouvel album Stiigma, dont nous avons discuté avec Emile, toujours à l’écoute des retours que peuvent lui faire les gens, même ceux qui ne font pas partie de son public et qui a toujours à cœur de remettre en question sa propre vision des sujets qu’il traite en la confrontant avec celle des autres, notamment à l’étranger.

« Plutôt que de se renfermer, au contraire, nous avons appris à nous ouvrir. […] Les nouveaux membres nous ont appris à faire le deuil de cette composition à distance, pour quelque chose de plus spontané. »

Radio Metal : Il y a quelques années, le line-up du groupe a changé. Vous vous êtes du coup retrouvés à trois membres fondateurs. As-tu senti que c’était un événement qui a poussé ce trio fondateur à se refermer un petit peu sur lui-même en tant que noyau dur décisionnaire ?

Emile (chant) : À l’heure actuelle, en tant que membres fondateurs, nous ne sommes même plus que deux. Puisque deux ans avant la sortie du nouvel album, Anto a lui aussi choisi de nous quitter. Donc quand tu parles de noyau dur, c’est vrai qu’à l’heure actuelle, il n’y a plus qu’Adrien et moi comme membres fondateurs du groupe. Mais je dirais que nous ne nous sommes pas forcément refermés sur nous-même en termes de composition. Au contraire, je pense que si notre musique a largement évolué au cours de ces six dernières années, c’est parce que de fait, la vie a fait que nous, nous avons pu nous ouvrir à d’autres influences, à d’autres manières de travailler, et je pense que plutôt que de se renfermer, au contraire, nous avons appris à nous ouvrir, et ça a été une force pour nous, et surtout une très belle cohésion d’équipe, chose qui n’était peut-être pas toujours présente à l’origine.

Qu’ont apporté les nouveaux membres ? Quel vent de fraîcheur ont-ils amené ? Est-ce que c’est juste une question d’influences, où est-ce qu’il y a aussi eu un état d’esprit différent, une manière de travailler différente ?

Déjà, humainement, c’est vrai qu’il y a eu un apport manifeste. Il faut savoir que les différentes séparations ont été effectuées pour plusieurs raisons. Principalement, la première, ça a été des raisons familiales, parce qu’un groupe de musique prend énormément de temps, et qu’à un moment donné, on peut être amené à faire un choix entre sa vie familiale et un groupe. Il y a aussi eu des divergences d’influence, ou des divergences de projet tout simplement. Les nouveaux membres du groupe, je trouve qu’humainement, ils ont apporté un petit plus dans la vie de tous les jours du groupe, aussi bien en tournée que sur la manière de composer. C’est vrai qu’avant, nous avions un groupe qui composait beaucoup à distance alors que nous vivions quand même quasiment dans la même ville, sauf pour Adrien qui était à l’époque sur Paris. Petit à petit, je pense que les nouveaux membres nous ont appris à faire le deuil de cette composition à distance, pour quelque chose de plus spontané, comme ça peut s’entendre, je pense, sur le dernier album, où nous avons travaillé la plupart des morceaux en studio de répétition. Nous avions des idées, des bribes de riffs, mais l’assemblage des briques, le cimentage s’est clairement fait en studio.

Sens-tu que cela a eu un impact en termes d’atmosphère dégagée sur la musique du disque, et que ça a peut-être un côté un peu plus réel, plus humain, plus organique ?

Organique, oui. Humain, réel, je ne sais pas. Mais disons organique, c’est clair. Je pense que nous n’avons jamais été autant en symbiose, tous les cinq, malgré des univers musicaux disparates. Je pense que « organique » est tout à fait le terme adapté, ça s’est clairement fait ressentir dans la composition de cet album, qui s’est étalée sur un petit peu plus d’un an et demi, mais qui finalement, a relativement bien pris sur la fin. Quand il était l’heure pour nous de choisir les morceaux de l’album, nous nous sommes rendu compte que ça se faisait très bien et que les morceaux pouvaient assez facilement se mêler les uns aux autres, chose qui n’avait pas toujours été le cas par le passé. Je pense aussi que l’âge de Victor, qui est plus âgé que Anto, notre précédent guitariste lead, apporte une certaine maturité, une certaine expérience, dans différents groupes, différents styles, qui a pu jouer avec un talent d’arrangeur, qu’aucun membre du groupe n’avait.

Dirais-tu que votre album a gagné en cohérence d’ensemble ?

Je pense. Disons que nous pouvions avoir un esprit conceptuel avec notre précédent album, par exemple, alors qu’au final, avec du recul, je trouve que quand on écoute cet album, le fil rouge est plus présent, musicalement, qu’il a pu l’être par le passé, à travers nos différentes production musicales.

« Il y a suffisamment de choses à l’heure actuelle, sans même parler du climat, pour se dire qu’il y a tellement d’éléments perturbateurs que tout est là pour poser les jalons d’un enfer et d’un potentiel scénario de science-fiction pas si lointain de ce qu’on est. »

Est-ce que c’est quelque chose dont tu as discuté avec le producteur, David Potvin ? A-t-il également fait ce retour, grâce à son regard extérieur et sa vision d’ensemble, comme quoi il aurait vu un progrès à ce niveau-là ?

C’est une bonne question. C’est vrai que nous avons pas mal parlé. Mais je pense que oui. Cet album en tout cas a été accompagné et perçu de manière plus aboutie. Le précédent album avait aussi été composé en neuf mois seulement. Là, c’est quelque chose qui s’est fait un petit peu plus sur la durée, ce sont des morceaux que nous avions aussi pu performer en live, j’ai l’impression que David – mais c’est toujours difficile parler à la place des gens – a eu un meilleur ressenti. Mais parce qu’en même temps, je pense que c’était l’esprit de cet album est carrément plus taillé pour le live. Donc disons que le fait qu’il y ait moins d’arrangements, moins en studio, moins d’artifices, moins de paillettes, fait que l’on obtient un rendu plus appréciable pour David. C’est clairement un album taillé pour le live. L’écouter au studio nous donnait tout de suite à peu près une idée grandeur nature de ce que ça pourrait rendre en live. Pour l’avoir déjà performé à maintenant six reprises en live, je confirme que le rendu est au rendez-vous.

Vous êtes justement en tournée pour promouvoir cet album, parce que l’album est déjà sorti. Et nous sommes dans une position un peu étrange car en général, la promo et les interviews se font en amont. Alors est-ce que le fait que le disque soit déjà sorti et le fait d’avoir déjà eu des retours de la part des gens a changé votre manière de parler de ce disque en interview, ou même votre manière de voir ce disque ?

Ça nous conforte, mais il y a peut-être beaucoup plus d’appréhension vis-à-vis de la réception du public avant de tourner. Jouer à la maison, ce n’est jamais un gage de certitude de quoi que ce soit, parce qu’il y a les parents, les amis, nous sommes en terrain conquis, nous sommes à domicile. Le fait, par contre, d’avoir pu le défendre sur quatre autres dates loin de nos bases, nous a déjà rendu un aperçu du potentiel de cet album en live. Nous avons un aperçu clairement différent de ce que nous partagions avec le public par le passé, un aperçu beaucoup plus énergique, pour ne pas dire violent, parce que c’est vrai que nous ne faisons pas de la musique pour de la danse de salon. Donc nous sommes agréablement surpris, encore plus que ce que nous espérions, parce que le rendu du public est très bon, nous avons un bon échange avec le public pendant les morceaux, après les concerts, et je dirais tout simplement que les ventes sont au rendez-vous aussi. S’il faut parler à un moment donné du rendu, c’est le meilleur moyen d’avoir un aperçu là-dessus. Et c’est vrai que ça fait plaisir.

Stiigma est orthographié avec deux « i ». Vous avez déclaré que c’était une manière de donner au mot plus d’intensité, plus de dualité, mais une manière aussi de vous approprier un peu plus du terme. Du coup, quelle serait votre définition de ce terme ? Que mettez-vous derrière ce terme à vous ?

Si on prend juste la définition de « stigma », c’est finalement la définition latine du stigmate. Pour moi, cet album a clairement marqué un passage notable dans notre évolution artistique, dans nos influences. C’est un pari que nous avons souhaité faire, parce que je pense qu’il a toujours été là. Nous avons toujours souhaité performer quelque chose plus proche du live, du hardcore, un petit peu plus éloigné du metal, sauf que par le passé, nous n’avions peut-être pas le line-up, ni l’expérience, ni le savoir-faire pour en arriver là. Stiigma s’est présenté comme un nom court, comme l’album, incisif, qui laisse une trace. Pour moi cet album laisse une trace aussi bien dans notre esprit en termes de composition, qu’en live. Je pense que tous les gens qui nous ont vus jouer, pour l’heure, pourraient le constater. Ma définition de Stiigma, c’est clairement un tournant, et c’est vrai que ça peut paraître fort, le terme « stigmate », mais nous vivons dans une société qui exclut, qui divise, et pour moi cet album n’a peut-être pas vocation à diviser, mais à marquer les esprits, en toute humilité bien sûr. Pour les gens qui nous suivaient ou qui nous découvrent, pour moi, Stiigma est un terme complètement adapté à notre nouvel album.

« La mort fait partie de ma vie. […] Ma position vis-à-vis de la mort, c’est que c’est, je pense et j’espère, le début de quelque chose d’autre, ou d’un renouveau. »

Tu viens d’en parler un peu, les textes sont engagés, ils font référence à beaucoup de problèmes de société actuels, tels que la course à l’armement, la cause animale, ou encore la crise migratoire. De quelle manière traitez-vous des sujets délicats comme ça ? Quel est votre angle ?

Disons qu’avant, mon angle était simple, il était métaphorique. Personne ne comprenait grand-chose, je pense, ou sinon chacun s’appropriait les choses à sa manière. Maintenant, je pense que l’auditeur peut toujours s’accaparer de manière subjective les sujets abordés, mais nous avons des choses récurrentes, nous avons des refrains, chose que nous n’avions jamais avant, il y a des phrases beaucoup plus issues des codes et du milieu hardcore, qui ne prêtent pas à trop d’interprétation ou de conclusion. J’aborde ce sujet-là avec un petit peu de matière quand même, parce qu’avant de parler de ce genre de chose, il faut quand même savoir de quoi on parle, ça me paraît indispensable. Je suis quelqu’un qui lit beaucoup de presse, principalement française, je croise aussi ma culture avec le Courrier International, qui pour moi fait un travail fantastique, et qui a au moins le mérite de nous éclairer à travers le regard étranger, parce qu’il ne faut pas oublier que nous restons des Occidentaux, avec un œil occidental sur des problèmes internationaux, et nous n’aurons jamais un regard neutre. Personne ne peut avoir un regard neutre, aucun journaliste ne peut avoir un regard neutre sur ces sujets. J’ai un regard subjectif, j’ai un regard humaniste, un regard affirmé sur ces sujets-là. Avant, je pense que nous prenions moins de risques. Pour faire un petit parallèle avec Stiigma, le nom de notre album, là j’ai clairement souhaité prendre des risques, affirmer des choses. Je pense qu’il y a des gens qui ne comprennent pas ce que nous affirmons, mais a contrario, je pense qu’il y a des gens qui comprennent très bien ce que nous disons. En concert, nous échangeons personnellement avec le public, j’évoque clairement les directions et les thématiques de certains sujets avant de les lancer, et nous avons certaines personnes présentes dans le public qui nous le rendent bien, qui viennent nous voir après le concert et qui nous disent : « Je me suis complètement retrouvé dans ces paroles-là, un peu moins dans la musique, ou un peu moins dans le chant », mais au moins, ça crée quelque chose. J’ai fait le choix, et le groupe a suivi, d’expliciter les thématiques du genre, parce qu’à un moment donné, je pense qu’on ne peut plus faire semblant. Nous vivons dans une société qui va mal, nous en sommes tous conscients, et nous faisons de la musique aussi pour aller au-delà des paillettes, au-delà des projecteurs, nous cherchons à rencontrer des gens, à marquer les esprits dans le pit, mais aussi à avoir des rencontres, des échanges, des débats. Nous ne sommes pas forcément tous d’accord mais on ne vient pas dans une ville juste pour poser un riff.

Quand on s’intéresse à la presse française sur tel ou tel sujet, c’est toujours intéressant de voir comment les médias étrangers en parlent, parce qu’ils ont souvent un regard complètement différent. Penses-tu que ce soit important en tant que musicien d’essayer de t’extraire de ta situation de musicien français, et d’essayer de voir comment pensent les gens ailleurs ?

Oui, tout à fait. Il ne faut pas oublier que lorsque l’on est amené à tourner, on est amené à rencontrer d’autres personnes issues d’autres cultures. Ça me paraît indispensable de ne pas arriver avec notre simple regard de Franchouillard, d’affirmer des choses sur des scènes européennes, alors que des fois, à une centaine de kilomètres de chez nous, on est en passe de voir un gouvernement se durcir très fortement. Je pense par exemple à l’Italie, qui est déjà quasiment passée à droite, pour ne pas dire presque à l’extrême. Pour moi, ça me paraît important de croiser les regards, parce que même si l’on n’est pas d’accord avec certaines choses, c’est toujours important de contextualiser chaque chose, chaque thématique. Je pense que je n’aborderais pas certaines thématiques de la même manière dans certains pays. Non pas que je trahirais mes propres valeurs, mes propres textes, mais je pense qu’il serait complètement naïf, inopportun et maladroit d’aborder par exemple des thématiques sur les flux migratoires, ou la question des armes à feu, dans un pays où cette question fait polémique.

Dans une récente interview, vous aviez parlé de votre intérêt pour la science-fiction, et notamment pour les dystopies, que l’on retrouve d’ailleurs pas mal dans vos textes. Vous aviez dit que l’enfer était déjà présent sur Terre. Penses-tu que tous les scénarios de films de science-fiction, d’anticipation, de post-apocalyptique, sont finalement beaucoup plus à portée de main que ce que l’on croit, et commencent finalement par des décisions un peu quotidiennes et actuelles qui peuvent paraître anodines ?

C’est une vaste question. Quand je disais « l’enfer est déjà sur Terre », c’est déjà une citation d’une chanson de l’album qui est « Checkfate ». Quand j’aborde la chose, c’est d’un point de vue un petit peu plus mystique. Pour faire court, disons que pour moi, j’ai toujours eu du mal à croire en la dimension de paradis. Pour moi, l’enfer et le paradis, c’est un seul et même endroit, c’est sur Terre. Quand je dis « l’enfer est sur Terre », c’est que j’estime qu’à l’heure actuelle, nous vivons un enfer et cet enfer-là n’est nulle part ailleurs que sur Terre. Concernant la dimension science-fiction, je pense qu’en effet, il n’y a pas besoin d’avoir lu Nostradamus, ni d’avoir regardé certains films traitant de la dystopie, pour se rendre compte qu’il y a suffisamment d’éléments à portée de main sur Terre pour s’apercevoir que c’est vraiment la merde. Je regardais Waterworld, je devais peut-être avoir douze ans à l’époque, à l’heure actuelle tu n’as qu’à regarder la température qu’il fait au pôle Nord ou au pôle Sud pour te rendre compte que ça chauffe sacrément pour nos amis les ours polaires, et les Inuits aussi, parlons-en… Je trouve qu’il y a quand même suffisamment de choses à l’heure actuelle, sans même parler du climat, pour se dire qu’il y a tellement d’éléments perturbateurs que tout est là pour poser les jalons d’un enfer et d’un potentiel scénario de science-fiction pas si lointain de ce qu’on est, avec quelques effets spéciaux en moins, mais voilà.

« Des organisateurs ont pu nous dire, en gros : ‘On ne sait pas trop où vous mettre.’ […] Sur un festival metal, bon nombre vont pouvoir nous dire : ‘Non, vous faites du hardcore,’ et sur un festival hardcore, bon nombre vont pouvoir nous dire : ‘Non c’est du metal.' »

Sur le disque, il y a un titre qui s’appelle « Lightmare », un mélange assez évident entre « light » (lumière) et « nightmare » (cauchemar). Peux-tu nous en dire un peu plus sur ce contraste que tu as voulu montrer dans cette chanson ?

C’est la chanson la plus métaphorique de l’album. Pour la simple et bonne raison que c’est la dernière chanson que j’ai écrite, il faut le dire, et puis c’est quelque chose qui s’est fait de manière assez spontanée, peut-être un petit peu moins réfléchie. Disons que sur les autres chansons, ça avait une thématique plus précise. Là, je souhaitais aborder l’envers du décor, tout simplement que le fait de briller ait aussi un mauvais côté, sous tous les angles. Quand je te parle de briller, ça peut aussi être briller sur scène, mais aussi simplement une question de pouvoir, quand on est sur le devant de la scène politique. En gros, le fait que la lumière soit certainement beaucoup plus sombre qu’il n’y paraît. Je crois que dans un épisode de Dexter, il disait que s’il n’y a pas de soleil, il n’y a pas d’ombre. Et à un moment donné, ce que je voulais aussi aborder dans cette question, et là on retrouve tout l’aspect duel de l’album, c’est le fait qu’il n’y ait pas de bien sans mal, d’une certaine manière. Mais attention, il ne faut pas croire que parce que quelque chose est beau, parce que quelque chose brille, il est fondamentalement bon, bien au contraire. Lucifer était le plus beau des anges, si par exemple on veut aller sur ce genre de champ. Le Diable s’habille en Prada, tout simplement.

À propos du nom du groupe, vous aviez dit que le nom Beyond The Styx était une manière de nous questionner sur notre véritable place en tant qu’être humain, est-ce qu’on est mort lorsqu’on regarde les vivants, ou inversement, etc. Quels sont tes propres questionnements par rapport à la mortalité, par rapport à ta mortalité ?

Là, tu mets vraiment le doigt sur quelque chose de sensible. Puisque c’est vrai que la question de la mortalité m’habite depuis que je suis né, parce que j’ai fait un épisode de mortalité infantile. Mon cœur s’est arrêté relativement assez longtemps pour faire un épisode dont je ne me souviens pas personnellement, il n’y a que les médecins qui pourraient en parler. Je pourrais dire que la mort fait partie de ma vie, finalement. Tout simplement. C’est aussi quelque chose qui me bouleverse depuis toujours, parce que je suis personnellement issu d’une grande famille, et c’est vrai que plus les familles sont grandes, malheureusement, statistiquement, plus on perd de gens. J’ai été familiarisé malgré moi à la mort, depuis tout petit. La mort est quelque chose qui fait partie de la vie, et je pense que ce qui rend la vie aussi cher et aussi riche, c’est sa fragilité, tout simplement. Nous avons posé ce nom de groupe-là, et j’en suis plus ou moins l’instigateur, parce que ce qui me semble important, ce n’est pas de voir la mort comme une fin en soi, mais plutôt comme le début de quelque chose, on ne sait pas. Tout cela est très mystique. Toutes les religions se centralisent sur la vie après la mort, comme s’il devait y avoir quelque chose. Si ça se trouve, il n’y a rien, on ne sait pas. En tout cas, je pense que l’espoir qu’il existe quelque chose, ou non, rend la vie plus belle ou plus dure, selon la condition qui nous a vus naître, à l’Est ou à l’Ouest. Ma position vis-à-vis de la mort, c’est que c’est, je pense et j’espère, le début de quelque chose d’autre, ou d’un renouveau. Je ne sais pas. En tout cas, c’est tout un tas de questionnements, assez philosophiques, sur la chose.

Vous avez déclaré être parfois considérés par certains comme trop metal, et par d’autres comme trop hardcore. Est-ce que ce sont de vrais retours que vous avez eus ? Ça fait très querelle de forum, mais est-ce que c’est vraiment quelque chose qui vous a été reproché de vive voix ?

Non. Je n’ai pas le souvenir que l’on ait pu nous le dire de vive voix, en direct. Par contre, ce sont des choses que des organisateurs ont pu nous dire, en gros : « On ne sait pas trop où vous mettre. » Ce sont aussi des choses que des personnes que l’on connaît un petit peu plus, des fans de longue date ou ce genre de choses, ont pu nous rapporter. Ce ne sont pas des querelles de forum, c’est une réalité, que je pense était nettement plus ancrée par le passé vis-à-vis de ce que nous produisons qui était peut-être encore plus hybride que ce que nous faisons maintenant. Mais je pense que nous ne sommes pas fondamentalement simples à placer. Sur un festival metal, bon nombre vont pouvoir nous dire : « Non, vous faites du hardcore, » et sur un festival hardcore, bon nombre vont pouvoir nous dire : « Non c’est du metal. » Et en y regardant de plus près, c’est vrai, il y a des influences metal notables, et il y a des influences hardcore notables aussi. Un exemple réel, on ne nous l’a pas dit, mais les actes ne trompent pas : nous avons joué au Ragnarök Festival pour la première édition, et le fait de jouer devant deux-cents personnes après un groupe de death metal qui en rassemblait potentiellement plus de huit-cents, montre qu’il y a bien une raison. Quand on vide une salle de cent personnes et qu’on se retrouve devant trente personnes qui apprécient à fond le truc et le vivent à fond, sachant qu’avant nous c’était un groupe de death mélo, on se dit qu’il y a quelque chose. Après, c’est vrai que les gens qui sont partis ne viennent pas nous dire : « C’est trop ci, c’est trop ça. » Nous nous référons plus aux interviews, aux chroniqueurs présents et aux organisateurs, qui peuvent nous dire oui ou non. Après, il n’y a jamais eu de regret, d’aucune organisation, de nous avoir invités. Et comme je le dis, si tu ne te sens pas à ta place, je pense que c’est plus sage de t’en aller, si la curiosité ne permet pas de t’ouvrir à ce que nous proposons. Je préfère quelqu’un d’intègre, de positionné, plutôt que quelqu’un qui soit mi-figue mi-raisin. Moi, ça ne m’intéresse pas du tout le mi-figue mi-raisin. Je préfère les gens tranchants. Après, j’apprécie aussi les curieux, qui viennent nous voir et nous revoir. Par exemple à Angers, quelqu’un qui nous avait vu il y a trois ans et qui nous a dit : « Ce que vous faisiez, c’était propre, mais franchement, je n’aimais pas. Je suis revenu vous voir… » Là, déjà, j’apprécie la démarche, parce que tu te dis que peut-être que quelque chose a évolué. Et là, il nous a fait comprendre que le coup de cœur a été beaucoup plus notable. Je pense que nous aurons aussi l’inverse, des gens qui préféraient ce que nous faisions avant, qui était plus prog, plus technique. Nous avons déjà eu ce genre de retour, mais ce n’est manifeste de la part de personne du public en grande quantité. Mais comme je dis souvent les actes parlent plus que les mots, et des actes nous ont orientés sur ce genre de pensée. À tort ou à raison.

Interview réalisée par téléphone le 15 mars 2018 par Philippe Sliwa.
Transcription : Robin Collas.
Photos : Flora Riffet (1), Franck Potvin (2, 4) & Corentin Charbonnier (5).

Site officiel de Beyond The Styx : www.beyondthestyx.com.

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