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Chronique   

Billy Howerdel – What Normal Was


Certaines éclosions artistiques sont rapides et évidentes. D’autres au contraire nécessitent une lente maturation et ont besoin d’incitation. Ainsi le parcours musical de Billy Howerdel est-il un modèle de patiente progression. Demeuré pendant plus de dix ans dans l’ombre d’autres groupes tels que Fishbone, The Smashing Pumpkins, Nine Inch Nails, Faith No More ou encore Tool pour lesquels il travaillait en tant qu’ingénieur du son et technicien guitare, ce n’est qu’en 1999, lorsque Maynard James Keenan écouta les morceaux qu’il enregistrait dans son coin et proposa de poser sa voix dessus, qu’il les dévoila sous la forme d’A Perfect Circle. Puis ce sont les encouragements de Keenan à partager le chant avec lui sur l’album Emotive qui, petit à petit, le menèrent vers son projet solo, Ashes Divide. Après un premier album en 2008, la suite se fit attendre, des morceaux entamés dès 2009 furent retravaillés, certains réorientés vers A Perfect Circle et la sortie du deuxième opus régulièrement repoussée. Entre-temps, les morceaux évoluèrent peu à peu vers un style et des sonorités qui ne correspondaient plus à Ashes Divide. Conscient de cela et certain de s’être approché au plus près de son ADN musical, Billy Howerdel décida alors de publier l’album sous son propre nom.

Alors que les morceaux d’Ashes Divide, malgré un effort pour ne pas sonner comme du sous-A Perfect Circle, n’en étaient finalement pas très éloignés, s’en distinguant surtout par des tempi plus rapides et une tonalité moins dramatique, les compositions de cet album sont bien issues d’un autre moule : un moule forgé dans les jeunes années du musicien, par son écoute du rock synthétique des années 80. L’introductif « Selfish Heart » offre ainsi un hommage assumé au Depeche Mode de la première décennie, mimétisme avec le chant de Dave Gahan inclus. Le rendu est solide mais l’empreinte un peu trop forte. Rapidement cependant, la matière musicale se densifie et sa substance new wave, faite de synthés et de guitares enténébrés, de boîte à rythmes et d’irrésistibles accroches mélodiques, se coule dans l’écriture singulière de Billy Howerdel pour prendre des nuances nouvelles, atmosphériques et sibyllines. Synthés en avant, l’hymnique « Free And Weightless » trahit encore le goût du musicien pour l’œuvre du quatuor anglais et de The Cure, mais démontre aussi la pleine assurance qu’il a gagnée sur le plan vocal. Dynamique et nuancé, son chant n’a jamais aussi résolument mené la danse. What Normal Was est l’expression d’un amateur de synthpop sombre qui sait tirer le meilleur du genre : « Ani », magnifique bijou darkwave, est un hit parfaitement clubesque qui enserre le cœur et le corps dans ses rets mélodiques, les ensorcelle de son chant grave et les entraîne dans ses froides vagues synthétiques. Tout aussi galvanisant, « Beautiful Mistake » déploie une ambiance brumeuse et s’il laisse une place à la guitare au creux de ses claviers éthérés, c’est pour mieux la fondre dans des brouillards shoegaze.

Ceux qui aiment A Perfect Circle pour ses angles metal ne trouveront pas grand-chose à apprécier dans cet album qui recèle pourtant quelques accointances avec le groupe principal de Billy Howerdel. « Poison Flowers », derrière sa sombre lascivité, à nouveau réminiscence de Depeche Mode, distille son venin au compte-gouttes. Ménageant son mystère, il s’extrait des profondeurs abyssales de sa ligne de basse et muscle peu à peu ses guitares suivant un crescendo progressif que n’aurait pas renié A Perfect Circle. La proximité avec ce dernier se fait encore plus évidente dans le chaud-froid de « Bring Honor Back Home » et la troublante proximité de certaines de ses parties vocales avec la voix de Maynard James Keenan. La nature éthérée de l’ensemble culmine dans « EXP », tout en nappes synthétiques, notes de guitares égrenées, entremêlements vocaux d’une chanteuse et de Billy Howerdel et chœurs féminins aériens. Une échappée de mysticisme gothique qui prépare idéalement le terrain pour l’exaltant final, « Stars ». Composé dès 2009 et joué par Ashes Divide en live, ce morceau, propulsé par son vibrant refrain, offre dans de nouveaux arrangements une conclusion étonnamment ouverte et lumineuse à un album jusque-là ombrageux.

Beaucoup plus doux et plus pop que les précédentes productions de Billy Howerdel, What Normal Was montre une parenté évidente avec le dernier album d’A Perfect Circle, Eat The Elephant. Les éléments électroniques qui y trouvaient une place accrue deviennent ici le moteur, tandis que les guitares sont reléguées à un rôle atmosphérique. En réalisant l’album qu’il aurait aimé enregistrer adolescent s’il avait eu les connaissances techniques pour cela, Billy Howerdel a pris le risque de ne livrer qu’un admiratif plagiat des auteurs de ses premiers émois musicaux. Sa patte unique lui permet au contraire de forger, à partir de l’association des guitares et des synthés chère à tout un pan de la new wave, des compositions brillantes, indiscutablement moins singulières que celles d’A Perfect Circle, mais néanmoins marquantes.

L’album en écoute intégrale :

Album What Normal Was, sorti le 10 juin 2022 via BMG. Disponible à l’achat ici



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