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Interview   

Billy Sheehan : un bassiste qui a du chien !


Billy Sheehan est un bassiste reconnu pour sa technique hallucinante – on parle même de « bass hero » – mais, lorsque l’on a eu l’occasion de parler avec lui, ce qui frappe le plus reste encore son enthousiasme, sa simplicité et sa lucidité. Un homme sain d’esprit et de corps qui, outre ses capacités en tant que musicien, apprécie avant tout les bonnes chansons. Et c’est précisément là la raison d’être de son nouveau groupe The Winery Dogs, en compagnie de deux de ses plus chers amis : un Richie Kotzen à la voix chaude et dont les talents méritent d’être mis en lumière, et Mike Portnoy qu’on ne présente plus.

Accrocheur, efficace et avec une petite pincée de virtuosité bien amenée, voici la recette de ce groupe, qui n’est pas sans rappeler Mr. Big dans la forme et qui, dans l’esprit qui l’anime, s’inscrit dans la droite lignée des Chickenfoot ou Black Country Communion. Une recette qui pourrait bien les mener au succès, c’est en tout cas tout le mal que nous pouvons leur souhaiter, ce trio étant aujourd’hui devenu le groupe principal des trois hommes.

On en parle ci-après avec Billy Sheehan.

« Parfois les musiciens se perdent dans la technicité et les mécaniques du jeu ; ces gens ne sont pas des musiciens ! »

Radio Metal : Tu as joué avec Mike Portnoy au cours de la tournée avec Tony MacAlpine et Derek Sherinian. Tu as aussi joué avec Richie Kotzen dans Mr. Big. Je suppose que c’était plutôt facile pour vous trois de travailler ensemble dans ce nouveau groupe The Winery Dogs…

Billy Sheehan (basse) : Ouais, je connaissais les deux gars à travers plusieurs choses que l’on a faites ensemble. J’ai travaillé et joué avec Richie auparavant, pendant et après Mr. Big. Et j’ai travaillé avec Mike pendant des années, par intermittence, ici et là : nous avons fait un hommage à The Who ensemble, nous avons fait un album hommage à Rush et il est un de mes amis depuis longtemps. C’était très facile pour nous de travailler ensemble. Je ne sais pas comment Richie et Mike se sont connus (NDLR: via le présentateur américain Eddy Trunk), mais je sais qu’ils se sont rencontrés avant ; ils ont beaucoup d’amis en commun. Le business de la musique est une petite communauté, tout le monde connaît tout le monde. Il n’y a pas vraiment d’étrangers. Donc, immédiatement, nous avons commencé à traîner ensemble, à nous apprécier et à jouer de la musique. C’était très sympa.

Vous êtes tous les trois des musiciens très doués qui apprécient pourtant les musiques simples et directes. Penses-tu que ce soit ce qui a rendu cette collaboration si évidente ?

J’ai joué plein de styles de musiques différents et quelques uns de ceux-ci sont techniques et compliqués, mais nous trois, moi, Richie et Mike, nous aimons le rock ! (Rires) Nous adorons The Who, Zeppelin, Hendrix et les Beatles… C’est là toute la musique avec laquelle nous avons grandi et débuté. Donc, revenir à ce style a très bien marché et nous y prenons énormément de plaisir. Mais nous avons aussi fait en sorte d’apporter un peu des éléments de quelques unes des autres musiques que nous avons jouées et qui sont un peu plus élaborées, ou un peu plus compliquées. Je pense que notre centre d’attention avec ce groupe c’était les chansons, c’était notre principal souci. Lorsque nous avons commencé, nous avons été ensemble dans une pièce où Mike avait un tout petit set de batterie : juste une grosse caisse, quatre toms, une caisse claire et des cymbales, aucun tom en rack supplémentaire. Et c’est une super façon de composer, car tu te concentres sur les chansons et non sur ton jeu. J’avais un petit ampli de basse et Richie un petit ampli de guitare, nous n’étions donc pas préoccupés par le son de guitare ou notre jeu. Nous étions simplement concentrés sur la composition des chansons. Peu importe quel type de musicien tu es, lorsque tu te concentres sur la composition et non sur le jeu, ça reste deux chose différentes. Parfois, certains musiciens ont du mal à séparer ces deux aspects, mais je pense que moi, Richie et Mike sommes chanceux d’avoir cette capacité. Le résultat est que l’album de The Winery Dogs est plus orienté chanson que sur le jeu, même si on s’est quand même débrouillé pour y mettre un peu de notre jeu. (Rires)

Est-ce important pour toi de montrer que la musique n’est pas qu’une question de technique ?

Oui, oui, oui, bonne question ! Absolument, car parfois les musiciens se perdent dans la technicité et les mécaniques du jeu ; ces gens ne sont pas des musiciens ! Dans l’assistance, ils veulent juste regarder et être divertis ! Et ils veulent écouter de la musique qu’ils pourront apprécier ! Et je suis un fan, je ne veux pas me retrouver là dans le public et voir quelqu’un faire solo après solo, ou enchaîner des changements de rythmes compliqués. J’aime le Back In Black d’AC/DC, pendant une fête je mets ça, pas des trucs compliqués. Je mets des chansons de Humble Pie, des chansons des Beatles, je mets quelque chose qui sera apprécié par tout le monde car c’est fun et agréable. Et pourquoi ne pas avoir les deux ? Je pense qu’on peut vraiment avoir les deux mais je pense que la seule manière pour réussir à faire les deux est de commencer avec une chanson. Il faut commencer avec un morceau de musique. Lorsque Van Halen a fait « You Really Got Me », c’était une chanson très simple, mais regarde ce qu’ils ont fait avec ! Elle est toujours fun, elle est toujours excitante pour le non-musicien, mais pour les musiciens, bon sang, Il y a Eddie qui fait vraiment des trucs de fou, c’est incroyable ! Mais ça reste une merveilleuse chanson simple et facile que tout le monde peut apprécier. Je pense que c’est ça la philosophie qu’il y a derrière. Ce n’est pas toujours exactement le cas, parfois ça varie, parfois ça change, mais c’est l’idée qu’il y a derrière. Nous y saupoudrons un peu de notre jeu, mais il faut que ce soit basé sur une chanson que nous aimons.

Peux-tu nous en dire plus sur le processus d’écriture ? Apparemment Richie a écrit la plupart des musiques et des paroles. Quels sont vos contributions à toi et à Mike dans le processus ?

Eh bien, nous avons écrit ensemble, nous en avons écrit à peu près 75%. Richie a écrit la plupart des paroles et quelques unes des chansons étaient aussi des chansons de Richie que nous avons adaptées Mike et moi. J’ai aussi retouché une partie des paroles de Richie, fait quelques modifications et réarrangements. Nous avons donc tous pris part à tout, certains plus que d’autres. Certaines des chansons que Richie avait déjà étaient supers, comme « Regret ». Il y avait en fait deux chansons que nous avons pu mettre en place. « Damaged » était aussi une super chanson. Je me suis dit : « Bon sang, il faut que nous mettions cette chanson sur l’album ». Nous avons un peu changé et réarrangé les choses. Mais grosso-modo, ouais, le groupe à tout écrit ensemble pour 60, peut-être 75% de l’album, et le reste était des chansons de Richie que nous avons adaptées pour le groupe.

« Je ne cherche pas absolument à faire en sorte que la musique soit attractive dans le but de vendre, je trouve juste que c’est bien plus marrant d’avoir trois cents amis dans une pièce plutôt que cinquante. »

Tout comme dans Mr. Big, tout le monde dans le groupe est capable de chanter. On dirait que c’est quelque chose d’important pour toi…

Ouais, je conseille vivement les musiciens de chanter. Si tu es là sur scène, mets un micro devant toi et chante ! Tu as une voix, alors pourquoi ne pas l’utiliser ? C’est toujours quelque chose de très important. Lorsque j’ai débuté, j’étais dans un groupe et je n’avais jamais chanté avant. Ils avaient besoin d’une harmonie supplémentaire, il ont donc mis un micro devant moi et m’ont dit : « Tu chantes ça ! » Et j’ai dit (hésitant) : « … OK », et j’ai tout simplement commencé à chanter ça. (Rires) Je pense que c’est quelque chose de super pour les musiciens de savoir chanter, car le chant est l’instrument que tout le monde possède. Tout le monde a une voix, pour la plupart. Et tout le monde aime chanter par dessus la musique. Sachant ça, je pense que ça donne à la musique un bien meilleur attrait. Je ne cherche pas absolument à faire en sorte que la musique soit attractive dans le but de vendre, je trouve juste que c’est bien plus marrant d’avoir trois cents amis dans une pièce plutôt que cinquante. Lorsque tu as une pièce remplie de gens qui chantent avec toi, c’est quelque chose d’extraordinaire. La dernière fois, notre concert à Paris était irréel, incroyable, les gens chantaient tout tellement fort, ils nous ont complètement décoiffés sur scène ! (Rires) C’était sensationnel ! Donc j’encourage les musiciens à chanter ! Pourquoi pas ? Tu es là, tu as une voix, alors utilise la ! Surtout dans un trio, tout le monde doit en faire plus : je chante, je joue de la basse, je joue avec mes pédales pour basse. Mike utilise chacun de ses membres : les deux pieds, les deux mains et sa voix, constamment. Richie : guitare, piano, il chante les parties principales et tout. Il n’y a donc pas de gâchis de personnes, tout le monde en fait un maximum. C’est ce qui est magnifique à propos des trios, tout le monde en fait le plus possible pour remplir la place des clavier additionnels, ou de la guitare rythmique, ou d’une section de cuivres, ou des choristes, etc. On doit tout faire nous-mêmes et j’aime ça.

Était-ce important depuis le début que le groupe fonctionne comme un trio ou avez-vous à un moment donné pensé à embaucher d’autres musiciens ?

Non, nous aimions être un trio. Le power-trio est l’une de mes choses préférées. J’ai grandi en jouant dans un power trio nommé Talas. Quelques uns de mes groupes préférés de tous les temps, Cream, Grand Funk Railroad, Jimi Hendrix Experience, ZZ Top, sont ou étaient des trios. Même des groupes qui n’étaient pas des trios étaient des trios avec un chanteur : Led Zeppelin ou The Who par exemple. Donc, le truc à trois musiciens a toujours été très attrayant pour moi. Nous l’avons initié ainsi et n’avons jamais eu l’intention de faire autrement.

Quel est le statut de The Winery Dogs : est-ce un groupe ou un side-project pour vous ?

Nous ne voulions pas en faire un side-project. C’était soit nous faisons un groupe, soit nous ne faisons rien, car Mike a déjà un million de side-projects. Un groupe avec moi, Richie et Mike, je ne voudrais pas en faire un side-project car les musiciens sont trop importants. Nous avons donc voulu en faire un vrai groupe, voué à continuer, faire plein d’albums, tourner pendant des années et être notre principal centre d’attention pour chacun de nous. C’est la seule chose qui a été discutée, pour ce qui est de planifier les choses. Nous n’avons planifié aucune musique, ni ce que nous allions faire. Nous nous sommes juste dit que ce serait super d’être un vrai groupe au lieu d’un side-project. Nous faisons tous encore des choses. Mike a ses trucs qu’il a à faire, j’ai mes trucs que j’ai à faire, pareil pour Richie. Mais ceci est notre principal centre d’attention, pour moi, Richie et Mike. Nous nous sommes tous engagés là-dessus.

« Si tu es là sur scène, mets un micro devant toi et chante ! […] J’encourage les musiciens à chanter ! Pourquoi pas ? Tu as une voix, alors utilise la ! »

Vous avez récemment commencé à tourner. Quels ont été jusqu’ici les réactions du public à l’égard de ce nouveau groupe ?

Au Japon, chaque concert était complet. En Amérique du Sud, chaque concert était complet. Aux États-Unis, chaque concert était complet. Nous avons commencé en Europe, l’album n’était pas encore sorti en Allemagne, donc certains de ces concerts n’étaient pas complets mais ils étaient bondés. La nuit dernière à Paris, c’était complet et le public a chanté par dessus chaque chanson. C’était une soirée sensationnelle la nuit dernière, la meilleur soirée que j’ai jamais faite à Paris. C’était quelque chose de vraiment beau et extraordinaire d’être dans cette ville incroyable, remplie de nos nouveaux meilleurs amis qui chantaient à tue-tête.

Peux-tu nous donner des nouvelles de Mr. Big ? Prévoyez-vous de faire un nouvel album ?

Rien de prévu pour le moment. Mr. Big est toujours une partie importante de mon cœur et de mon âme, j’aime ce groupe, ce sont mes amis. Mais désormais nous ne tournons que tous les deux ou trois ans et je veux jouer bien plus que ça ! Arrivera un moment, probablement dans un an, où nous commencerons un nouvel album. Aujourd’hui ma priorité c’est The Winery Dogs mais je n’oublierai jamais Mr. Big.

Un grand nombre d’interviews de Mike Portnoy sont l’occasion pour les journalistes de parler de son passé avec Dream Theater. Est-ce que ça vous ennuie lorsque les gens utilisent les interviews de The Winery Dogs pour en fait récolter des informations sur Mike et Dream Theater ?

Eh bien, c’est le truc de Mike. Il avait un groupe, il a travaillé avec eux pendant des années, et les gens veulent savoir… Donc, ça ne me dérange pas. Ça ne me dérange pas car c’est la vie et la carrière de Mike. Si un journaliste veut lui poser une question, qu’il le fasse ! Ça ne me pose pas de problème. Nous avons tous une histoire, j’ai Talas, UFO, Mr. Big, David Lee Roth, et Richie a aussi une longue histoire. (Rires) Il y a donc des millions de questions à ce sujet et ce n’est pas un problème. Je sais que Mike est très heureux avec sa situation dans sa vie et dans le groupe. Nous avons passé des moment merveilleux ensemble en tant qu’amis. Et je sais que ça signifie énormément pour lui. Nous sommes là pour Mike, tout comme il est là pour nous. Je n’ai donc aucun problème avec quoi que ce soit. Il est un ami très proche pour moi. Travailler avec lui ces derniers mois n’a fait que nous rapprocher l’un de l’autre.

Quels sont tes plans après la tournée de The Winery Dogs ?

Je m’envole pour les fêtes de fin d’année. C’est terminé pour moi. Et ensuite, au début de l’année, nous faisons une croisière prog Mike et moi, avec Dereck Sherinian et Tony MacAlpine. Et ensuite, juste après ça, nous faisons la croisière Monsters Of Rock avec The Winery Dogs. Et puis nous commençons une tournée US en avril avec The Winery Dogs. Et ensuite, l’été prochain, nous ferons des festivals en Europe, encore avec The Winery Dogs. La majeure partie de l’année prochaine est déjà remplie avec The Winery Dogs, à l’exception d’une ou deux soirées.

Interview réalisée par téléphone le 16 septembre 2013 par Metal’O Phil.
Retranscription et traduction : Spaceman.
Introduction : Spaceman.

Site internet officiel de The Winery Dogs : www.thewinerydogs.com

Album The Winery Dogs, sorti le 23 juillet 2013 chez Loud & Proud Records



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  • Le concert à la maroqu’ était vraiment exellent!Vraiment l’impression que ces trois monstres prennent du plaisir ensemble, croisons les doigts pour que ce soit effectivement durable!

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  • ça sent le bon trio impatient de les entendre avec un bassiste toujours aussi humble malgré son immense talent

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