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Black Arts Ceremony : retour sur un week-end maquillé


Pour l’édition organisée les 16 et 17 octobre de l’année dernière, le Black Arts Ceremony, qui en quatre ans d’existence est parvenu à s’imposer comme le rendez-vous incontournable des amateurs de black metal de Lyon et des alentours, a revu sa copie : changement de format (deux jours au lieu d’un seul) et de salle (le Jack Jack de Bron au lieu du C.C.O. de Villeurbanne). Bref, hors de question pour le festival de s’endormir sur ses acquis. Le line-up proposé cette année est toujours aussi exigeant : mêlant pionniers et nouvelles formations, groupes français et étrangers, styles traditionnels ou plus expérimentaux, on peut dire qu’en deux jours et quelques douze groupes il y a de quoi en prendre plein les oreilles et faire de belles découvertes.

Dès notre arrivée dans la salle, on est accueilli par des traces de sang dans les escaliers : la couleur est annoncée d’entrée de jeu ! Ce sont les Suisses de Shaddaï qui ont apparemment décidé de repeindre le Jack Jack – et tant pis pour l’organisation qui va devoir payer la caution.

Artistes : Deströyer 666Dead CongregationBaptismThrone Of KatarsisHetroertzenMerrimackFides InversaSektarismBorgneCaïnan DawnMaïeutisteShaddaï
Dates : 16 et 17 octobre 2015
Salles : Jack Jack
Ville : Bron (69)

Shaddaï monte sur scène à 18H20 devant un public encore clairsemé, et propose des compositions longues et mélancoliques, ainsi qu’une reprise du célèbre « Funeral Fog » de Mayhem. Le chant, assuré par le bassiste, reste en retrait mais l’on note un jeu de batterie qui sort un peu des codes du black metal et utilise beaucoup le charleston ainsi que la crash. Durant tout leur set, les membres du groupe restent très statiques, ce qui explique peut-être la distance et les applaudissements polis du public. Un début de soirée en demi-teinte, donc.

Ce sont les Savoyards de Caïnan Dawn qui leur succèdent et ceux qui étaient au Ragnard Rock Fest l’été dernier reconnaîtront Avgruun, le guitariste d’Himinbjorg. Les spectateurs se rapprochent et se font plus nombreux : même sans artifices et sans grande mise en scène (c’est le seul groupe qui se présentera sans corpse paint ou sang de la soirée !), Caïnan Dawn parvient à créer une ambiance occulte et à y faire rentrer le public. Entre black metal traditionnel et passages plus doom, le groupe baigné de lumières bleues propose un set varié, composé de titres longs et de nombreux changements de rythme. À l’issue de ses 48 minutes de performance et de l’épique « Thavmial », le quartet sort de scène sur un « Hail Satan » de circonstance, et quitte un public apparemment acquis à sa cause.

À leur suite, les Italiens de Fides Inversa se distinguent immédiatement par leur configuration particulière : en effet, le chanteur du groupe n’est autre que le batteur, l’hyperactif Gionata Potenti que l’on avait déjà vu à l’édition 2014 du festival au sein de Deathrow, et qui tout au long du set entremêlera hurlements et chant clair. La performance impressionne et du fond de la scène, derrière les autres musiciens, la voix semble venir d’outre-tombe. Capuches de moines bénédictins, cierges, samples de chants religieux, musiciens manifestement très investis et presque en transe : le groupe parvient à générer une atmosphère très particulière ; une partie du public s’y immerge avec enthousiasme, le reste est un peu plus circonspect. Mêlant à son black agressif des riffs presque thrash, le groupe livrera ici une performance qui, même si elle ne fait pas l’unanimité, inspire le respect.

Merrimack (Divan Du Monde 2014)

Alors que la soirée est bien entamée, c’est au tour des pionniers du black metal français de Merrimack de monter sur scène. Avec vingt ans de carrière dans les jambes et un statut culte, surtout au sein de la scène francilienne, le groupe n’a plus grand-chose à prouver. Et il ne décevra pas ce soir : délivrant un black violent et efficace qui évoque des groupes comme Vorkreist ou Hell Militia – et pour cause, ils ont plusieurs membres en commun – il laissera la salle convaincue et un peu sonnée. En effet, sur fond de riffs menaçants, c’est surtout la performance de Vestal au chant qui va frapper les esprits : le corps couvert de cicatrices et de scarifications, n’hésitant pas à se frapper avec tous les objets contondants à sa disposition, et finalement à s’arroser de sang, il incarne littéralement la musique de Merrimack dans tout ce qu’elle a de sombre et dérangée. Sortant de scène après un « By Thy Grace » entamé sur un sample inquiétant et continué à un rythme trépidant accentué par les stroboscopes, le groupe signe ce soir une belle performance.

Enfin, il est temps pour la tête d’affiche, Throne Of Katarsis, de venir parachever cette débauche de blastbeat et de riffs acérés. En effet, quoi de mieux pour clôturer cette première soirée d’un festival de black metal qu’un groupe venant tout droit de Norvège, la mère patrie du genre ? Au premier coup d’œil, le groupe correspond tout à fait aux canons du genre : corpse paint, ossements, sang, bracelets cloutés, satanisme, bref, tout est là pour faire revivre aux spectateurs la grande époque de la scène norvégienne des années 90. On pense à Darkthrone évidemment et on ne peut pas ignorer un sentiment de déjà vu tant le traditionalisme du groupe est grand. Cela dit, il en impose par une efficacité dans l’exécution remarquable : rythme effréné, hurlements déchirants, blastbeat et tremolo picking à foison, le résultat est franchement entraînant et assez – c’est le cas de le dire – cathartique, et le public répond avec enthousiasme. La soirée s’achèvera donc sur un « The Winds Of Blasphemy Has Returned » de circonstance qui laissera les spectateurs, hélas peu nombreux, fort satisfaits de cette soirée même si elle a – contre le gré des organisateurs comme ils nous l’ont confié eux-mêmes à l’antenne lors de l’émission Pure Fuckin’ Armageddon – pris l’allure d’une mise en bouche avant celle du samedi.

Et le samedi justement, dès 16H, le Jack Jack est plutôt rempli en cet après-midi d’automne ensoleillé. En effet, les spectateurs n’ont pas hésité à venir tôt pour applaudir les locaux de Maïeutiste. Après une première soirée privilégiant les approches très traditionnelles, le quintet amorce la deuxième journée sur une note moins conventionnelle. Accoutrés très sobrement, avec une set-list retraçant les temps forts de leur premier album sortant à peu près au même moment, ils proposent un black metal à la fois intense et expérimental, n’hésitant pas à sortir des sentiers battus – on pense notamment à un sample très jazzy sur « Absolution ». La complexité des titres est reconstituée avec beaucoup de clarté et invite à une sorte de retour sur soi voire de recueillement. Le public, qu’il soit familier avec le groupe ou le découvre à l’occasion, se prête au jeu. Cette deuxième journée semble démarrer sous les meilleurs auspices.

Borgne (Hellfest 2014)

Leur succèdent les Suisses de Borgne qui eux aussi se démarquent de la formation black metal « standard » : en effet, pas de batteur – les quatre membres du groupe jouent sur une boîte à rythme – mais une pianiste au clavier, ce qui leur donne un son synthétique et inquiétant, presque industriel. Un choix de titres longs leur permet de laisser cette atmosphère particulière sombre et froide s’installer et de gagner en ampleur tout au long du set. L’ambiance est renforcée par des lumières très réussies et un choix de samples, notamment de chœurs, presque éthérés. Alors que leur dernier opus Règne des Morts, dont ils joueront deux chansons, vient de sortir, ils proposent un spectacle carré à une salle qui continue de se remplir, et terminent sur un « Suffer As I Paid My Grave » qui monte en puissance jusqu’aux derniers instants, et leur vaut des applaudissements enthousiastes.

Changement d’ambiance avec Hetroertzen. À peine éclairée de bleu, sans effets de lumière, leur entrée sur scène avec encens et capes à capuche est solennelle et leur musique le sera aussi tout au long du set. Les circonstances sont inhabituelles pour le groupe : en effet, le batteur n’ayant pas pu se rendre disponible pour la date, c’est Frater D, le chanteur, qui sera derrière les fûts et Anubis, le guitariste, qui se chargera de la voix. De cette configuration inhabituelle le groupe saura tirer parti, en profitant de la voix sentencieuse du guitariste et de leurs costumes élaborés pour créer une ambiance occulte même sans tous les accessoires que le groupe utilise habituellement lorsqu’il se produit sur des scènes moins exiguës. Côté setlist, Exaltation Of Wisdow, l’album qui les a véritablement révélés, est clairement mis à l’honneur puisque à l’exception de « Blood Royale » en milieu de set, tous les titres joués en sont tirés pour le plus grand plaisir d’un public résolument sous le charme de ces prédicateurs.

Si jusqu’à maintenant en cette journée de samedi nous n’avons eu affaire qu’à des groupes à l’approche plutôt moderne et pas nécessairement orthodoxe, avec Baptism l’on retourne à un black metal brutal et traditionnel. Projet de Lord Sargofagian comptant plus de quinze ans d’existence, le groupe enchaîne les titres à un rythme trépidant, en commençant par « Chalice Of Death » issu de As The Darkness Enters, tout comme « The Prayer », qui fermera le set, mettant ainsi en valeur ce dernier album. Corpse paint traditionnel, jeu de scène un peu statique, pour l’originalité on repassera mais le groupe sait ce qu’il fait et le fait bien : leur agressivité lancinante captive et le je-ne-sais-quoi finlandais de leur son semble plaire à un public de plus en plus massif.

En effet, la salle du Jack Jack est bien remplie lorsque montent sur scène les Grecs de Dead Congregation. S’ils tiennent lieu d’intrus dans la programmation, étant le seul groupe de death à l’affiche de ces deux jours, ils semblent prêts à défendre à eux seuls les lettres de noblesse du genre : en effet, en seulement deux albums dont le remarqué Promulgation Of The Fall en 2014, le quartet s’est imposé comme l’un des nouveaux fleurons du style. Voix caverneuse, atmosphère tendue et solos aiguisés : les Grecs créent un véritable maelström de violence en n’hésitant pas à enchaîner plusieurs titres sans la moindre pause, et le public réagit avec enthousiasme, notamment sur « Only Ashes Remain » en cœur de set, prouvant que Dead Congregation était l’un des groupes les plus attendus du festival. Parvenant à contenter autant les amateurs du genre ayant fait le déplacement pour eux que les fans de black peut-être moins sensibles à leur esthétique, les Grecs en imposent. Un moment fort de cette édition, assurément.

Deströyer 666 (Hellfest 2014)

Et la montée en puissance continue avec les légendes du black thrash de Deströyer 666. Emmenés par un K.K. Warslut charismatique, bouteille de Jack à la main et en grande forme, le groupe, têtes d’affiche de cette deuxième journée et point d’orgue du festival, se montre à la hauteur de sa réputation avec un set explosif. Veste en cuir et manchettes à clous 80s’, solos endiablés et rythme sans merci : le groupe a tout ce qu’il faut pour rendre le public apoplectique. Et surtout une set list imparable, commençant sur les chapeaux de roue avec le classique « Rise Of The Predator » pour enchaîner directement sur un nouveau titre, « Live n Burn ». Le groupe revisite ensuite toute sa carrière, pour terminer sur une reprise du classique « Black Magic » de Slayer et enfin un « Trialed By Fire » en forme de coup de grâce. Il faut souligner que le son au Jack Jack s’est montré la plupart du temps à la hauteur de l’événement et notamment pour ce groupe, pourtant coutumier d’un son fouilli voir inaudible. À en croire les réactions enthousiastes du public qui n’hésite pas à reprendre les refrains entraînants du combo et la montée significative de la température dans la salle, mission accomplie pour Deströyer 666 qui avec son set fait connaître au festival son apogée de blastbeat et de riffs incisifs.

Pour faire redescendre la pression, mais aussi profiter des dernières braises de deux jours enflammés, les Français de Sektarism fermeront le bal avec leur funeral doom cérémoniel, devant une salle bien vidée, la faute sans doute et très prosaïquement, à la fin de service des TCL, les Transports en Commun Lyon – on plaide d’ailleurs coupable… Toujours est-il qu’en terme de qualité, le festival tient toutes ces promesses : affiche variée, groupes à la hauteur, organisation fluide et salle agréable. Hélas, il faut bien déplorer une affluence pas du tout à la hauteur de l’événement (on parle de deux fois moins de spectateurs qu’espéré par l’organisation), ce qui est d’autant plus dommage que les programmations extrêmes de telle qualité sont déjà très rares dans la région… On espère que Wintermoon continuera en tout cas à nous proposer des affiches aussi alléchantes dans le futur.

Live reports : Chloé Perrin & Jean-Florian Garel.



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