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Interview   

Black Bomb A : la modestie de Poun


Parce que l’on aborde des thématiques politiques ou, plus globalement sociales, on est forcément un artiste « engagé », dont l’objectif, au-delà de partager une idée, est de convaincre. Dans son discours, Poun, le chanteur de Black Bomb A, n’a pas cette prétention. Il ne s’exprime que sur ce qui le touche et sur ce dont il se sent capable de parler avec compétence. Et ce, sans autre objectif que celui de simplement faire partager un ressenti.

Son ressenti, il l’exprime aujourd’hui sur Enemies Of The State, un album percutant et efficace qui est aussi le premier réalisé avec une nouvelle équipe, depuis le départ de Djag.

Poun a évoqué auprès de nous son discours et a décrit cette nouvelle alchimie et, plus globalement, la manière de travailler du groupe.

Interview.

« Personne n’est jamais entré dans Black Bomb A par audition, ça a toujours été par affinités. »

Radio Metal : Presque trois ans se sont écoulés depuis la sortie de l’album précédent, ce qui commence à faire long. Pourquoi tant de temps entre ces deux disques ?

Poun (chant) : Je ne sais pas, c’est un peu en fonction de la façon dont s’est passée la tournée : nous avons changé notre tourneur au milieu de celle-ci. Lorsque nous avons sorti From Chaos nous étions encore chez Base Productions puis nous sommes revenus chez Rage et donc nous sommes repartis sur une grosse tournée. Nous avons aussi fait quelques dates à l’étranger donc il est vrai que nous avons poussé un peu plus. Habituellement notre temps de sortie entre deux albums s’élève plutôt à deux ans. Le temps passe tellement vite que dans le fond je ne m’en étais même pas aperçu.

Avec le recul quel regard portes-tu sur From Chaos ?

C’est un album de retrouvailles avec Djag mais aussi avec chacun des autres membres du groupe. Ce qu’il y avait de bien avec cet album fut que le retour de Djag a entraîné une sorte d’effet fédérateur pour nous tous. Je ne dirais pas que nous nous étions tous perdus mais nous avons retrouvé cet esprit de potes et l’envie de faire de la musique ensemble sans retomber dans cette espèce de pression liée au business à se dire « il faut qu’on soit à la hauteur, il faut qu’on fasse ceci, il faut que l’on fasse cela. »

Il est vrai que cela s’est beaucoup ressenti dans les chroniques que nous avons pu voir sur cet album. L’avis global de la presse et des fans c’était qu’avec ce disque vous n’aviez rien inventé de vraiment nouveau mais que c’était du Black Bomb A pur et dur. Et que ça faisait plaisir à entendre !

Oui, il n’y avait pas forcément une évolution extraordinaire. C’était un album de retrouvailles avec du Black Bomb A pur et dur. Maintenant Djag n’est plus dans le groupe, il a choisi de s’arrêter donc je tiens à préciser qu’il n’y a pas de problèmes entre nous. Nous sommes toujours amis mais il a tout simplement décidé d’arrêter et c’est un ami écossais, Shauny, qui le remplace.

« Nous avons besoin de notre dose de scène pour se dire : « Ca y est, les morceaux on les a kiffés, on les a ingurgités, on les a digérés, maintenant il en faut d’autres. On a encore faim mais d’autre chose. »

Justement que peux-tu nous dire sur lui, comment s’est il intégré au groupe ? Quel a été son rôle lors de la composition du nouveau disque ?

Nous avons rencontré Shauny grâce à son frère. Ils ont ensemble un groupe parallèle qui s’appelle Drive By Audio. Nous sommes partis en tournée en Écosse avec eux et eux sont venus en France. Alors, lorsque Djag est parti, cela nous a semblé plutôt évident de proposer à Shauny de chanter avec nous. Personne n’est jamais entré dans Black Bomb A par audition, ça a toujours été par affinités et là nous en avions énormément avec Shauny. Il est donc venu faire un essai, ça s’est plutôt bien passé, nous avons enregistré l’album et il a apporté sa patte. D’ailleurs, ce n’est pas du tout celle que l’on pourrait attendre de Black Bomb A avec un chanteur plus grave, loin de là.

Tu viens de dire à l’instant que les changements de line-up ne se sont jamais fait par auditions dans Black Bomb A. Est-ce quelque chose qui est voulu ? Partez-vous du principe que vous préférez tomber sur une personne de confiance quitte à ce qu’elle ne soit peut-être pas aussi talentueuse ou techniquement avancée plutôt que quelqu’un que vous ne connaissez pas du tout ?

Complètement. À un champion de guitare ou de batterie nous préférons privilégier avant tout le côté humain. Nous vivons presque 24 heures sur 24 ensemble, c’est donc cinq vies que tu as entre les mains, ce n’est pas que du professionnel, c’est d’abord de l’humain.

Tu disais que votre état d’esprit lors de l’écriture de From Chaos était un état d’esprit de retrouvailles. Par conséquent quel a été votre état d’esprit pour ce nouvel album ?

Nous essayons quand même de garder cet état d’esprit. Nous avons travaillé de la même façon que pour From Chaos, c’est-à-dire tous ensemble. Pas forcément dans un studio à se regarder dans le blanc des yeux en disant : « Allez, tu me sors ton riff, allez, tu me sors quelque chose ». On a bossé comme on l’avait fait pour From Chaos, c’est-à-dire chez Snake, le guitariste, peinard, avec un petit verre de vodka, une clope à fumer et en train de composer. Maintenant, avec les nouvelles techniques informatiques, tout le monde est capable de créer du son à partir d’un logiciel. Tu branches ta guitare, tu branches ton micro et puis tu composes. Tu n’as plus besoin d’être en studio du moins pour les premières moutures. Nous avons donc composé comme ça au début et puis, en fin de semaine, nous allions essayer en live les morceaux en studio.

Vous avez énormément tourné, presque non-stop, pendant ces trois ans pour la promotion de From Chaos avant de retourner en studio. Normalement un groupe a tendance à marquer des temps de pause entre ses tournées et ses enregistrements. Peut-on dire que c’est la scène qui donne à Black Bomb A son inspiration ?

Nous avons besoin de notre dose de scène pour se dire : « Ça y est, les morceaux, on les a kiffés, on les a ingurgités, on les a digérés, maintenant il en faut d’autres. On a encore faim mais d’autre chose ». Donc peut-être que oui, dans un certain sens, nous avons besoin de la scène pour recréer.

« Je n’ai personnellement pas envie de m’engager je trouve que c’est très dangereux et peut être que je n’ai tout simplement pas les couilles de le faire… »

L’album s’appelle « Enemies Of The State » [Ndlr : « Ennemis de l’État » en français]. Est-ce que tu considères que, par votre discours, c’est ce que vous êtes ?

Peut-être que chacun pourra se reconnaître en tant qu’ennemi. À chacun sa mesure aussi, nous ne sommes pas non plus paranos au point de se dire que nous sommes persécutés. On est chacun l’ennemi de quelqu’un, d’un pouvoir, de quelque chose de plus fort que soi en face.

Es-tu personnellement opposé à la notion d’État ?

C’est un domaine très politique dans lequel j’ai encore des difficultés à m’exprimer, je n’aime pas trop donner mon opinion. Cependant je ne suis pas anarchiste, je n’appartiens à aucun parti, j’essaie juste d’être moi-même et de pouvoir accepter les gens autour de moi et faire que les gens m’acceptent. Je crois que le meilleur des partis c’est d’essayer de vivre au milieu de tout le monde.

Ce n’est donc pas la notion d’État en elle-même qui te rebute mais plutôt certains États, certaines situations qui t’énervent ?

Oui, complètement. Après, cela en découle aussi par rapport à chaque Etat, à ce que l’on nous inculque, à toutes les lois qui nous sont imposées. Il faut vivre avec tout ça.

« C’est bien qu’il y ait certaines personnes pour dire des conneries de temps en temps pour les remettre à leur place et puis ça fait avancer le débat. »

As-tu jamais pensé à exprimer tes idées dans un cadre extra musical et donc plus politique ?

Non, il y a des gens qui le font très bien, moi je le fais très mal [rires] !

Pourtant Black Bomb A est quand même un groupe qui est pas mal engagé dans ses paroles…

Oui, nous sommes engagés par rapport à notre façon de penser, mais pas à revendiquer et à dire « il faut voter ci » ou « il faut être comme ça ». Je n’ai personnellement pas envie de m’engager ; je trouve que c’est très dangereux et peut-être que je n’ai tout simplement pas les couilles de le faire… Je n’ai pas non plus envie de perdre ma place, je suis chanteur avant tout. Je ne suis pas porte-parole de qui que ce soit, en tout cas pas outre mesure. Je peux être le porte-parole des gens qui ont envie d’être heureux dans la vie, je ne sais pas.

Tu as l’air extrêmement modeste par rapport à ta connaissance de la politique en général…

J’en ai très peu !

Justement est-ce que tu penses que certaines personnes ne devraient pas s’exprimer sur le sujet parce qu’elles n’y connaissent que très peu de choses ?

Il y a peut-être certaines personnes qui devraient fermer leur gueule, ça, c’est sûr ! Mais il y en a aussi certaines qui le font très bien. Je préfère fermer ma gueule là-dessus car je sais très bien que je n’ai pas les épaules pour pouvoir assumer un discours de politique. J’ai donc mes idées et c’est pour cette raison que l’on en parle parfois dans les paroles. J’écris des choses à mon petit niveau mais ça n’est certainement pas à lancer de grandes idées comme « on devrait refaire le monde comme ça etc. ». Mon monde reste un peu restreint mais il est encore autour de moi. C’est peut-être un peu égoïste mais c’est comme ça.

Étant donné ce que tu viens de dire, trouves-tu personnellement qu’il ne faudrait justement peut-être pas laisser la parole à tout le monde parce que tout le monde n’a pas forcément toutes les cartes en main pour vraiment s’exprimer ?

Non justement c’est bien qu’il y ait certaines personnes pour dire des conneries de temps en temps pour les remettre à leur place et puis ça fait avancer le débat. C’est ça la démocratie, c’est le fait que tout le monde puisse s’exprimer et ce même si tu n’as pas grand-chose à dire [rires].

Les seules dates confirmées pour la tournée concernent la France et la Russie. Quels autres pays avez-vous prévu de couvrir ?

Nous devions aller en Italie mais on a repoussé quelques dates ; en revanche, ça devrait toujours se faire. Sont prévues l’Allemagne, la Pologne et je pense que nous allons également retourner en République Tchèque pour quelques dates ainsi qu’au Québec. Il y a aussi beaucoup d’autres pays où nous aimerions mettre les pieds, le Japon par exemple. Ce pays reste un rêve placé même devant les États-Unis. Il est vrai que souvent, lorsqu’on commence un groupe, on se dit : « J’aimerais bien aller jouer aux States ! » mais il y a tellement de pays qui sont impressionnants, avec une culture où tu t’en prends plein la gueule ! Bien sûr, ça doit être impressionnant de jouer aux États-Unis ; mais rien que l’année dernière, nous sommes allés jouer en Russie et on s’en est pris plein la gueule ! On est tombé sur le cul, c’était vraiment cool !

Justement par rapport à ces pays où vous aimeriez tourner, est-ce que tu connais un peu l’impact qu’ont les albums de Black Bomb A à un niveau international ? Quels sont les pays dans lesquels on achète le plus Black Bomb A et quels sont ceux dans lesquels vous pourriez potentiellement tourner ?

Non, je ne sais pas du tout. Je n’ai même pas les chiffres de ventes en France. Je ne peux même pas te donner une fourchette car je ne sais pas réellement combien nous vendons d’albums surtout que ça devient de plus en plus dur. Lorsque je te parlais de la Russie, il faut savoir que nos albums n’y  sont pas distribués. Nous sommes allés y jouer l’année dernière, on s’est dit que ça serait un coup d’épée dans l’eau mais que cela serait un premier pas. Et que même s’il n’y avait que cinquante personnes, ce serait génial. Finalement il y avait 300 personnes, ils étaient à bloc, c’était vraiment super, les mecs nous attendaient et, cette fois-là, c’était grâce à internet. On dit souvent qu’internet fait du mal aux artistes, notamment à cause des téléchargements gratuits, etc. mais parfois tu en tires aussi du bien.

Vous allez bientôt participer au JP Fest, peux-tu nous parler un peu de ce festival et de ce fameux JP en l’honneur de qui cet événement est organisé ?

C’est un de nos potes qui est décédé l’année dernière et qui a d’ailleurs tourné dans notre premier clip « Burn ». L’initiative de ce festival vient de ses parents mais aussi de Cross 9, le groupe dans lequel il chantait. Il y a pas mal de groupes qui vont participer : Loudblast, L’Esprit du Clan, Cross 9, etc. Ça sera vraiment très divers. Il y aura également du jam, ce ne sera pas vraiment le concert d’un tel ou d’un tel mais tout le monde sera là pour délirer et jouer des morceaux afin de se faire plaisir et de célébrer JP dans le bon sens du terme. Le but n’est pas de se morfondre parce que c’était quelqu’un d’énorme. Malgré tout ce qu’il a enduré, à chaque fois il assumait sa maladie alors nous n’avons pas le droit de nous enfermer ni de nous morfondre là-dessus. On va célébrer comme il faut.

A propos de clip, je crois que vous allez en tourner un pour cet album…

Pour l’instant, il n’est pas encore tourné. On devrait le tourner à la fin du mois donc ça devrait sortir assez vite.

Et ça serait pour quelle chanson ?

Ça sera pour le titre « Fear ».

Peux-tu nous en dire un peu plus sur la thématique de cette vidéo ?

Non. Je ne sais pas du tout. La décision a été prise mais nous attendons toujours le synopsis du réalisateur. Je pense que nous aurons aussi notre mot à dire par rapport à ce synopsis car cela reste quand même des images sur notre musique mais, très franchement, je ne sais pas encore ce qui va nous être présenté. Ça sera la surprise.

Interview réalisée le 9 janvier 2011 par téléphone
Retranscription : Isa

Page Facebook Black Bomb A



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  • WhoDoYouThinkIAm dit :

    Quid de l’absence d’Etienne à la basse ?

    [Reply]

    E.T

    Rien de bien intéressant , changement de vie , je suis à l’autre bout du monde , pas d’embrouilles ou quoi que soit , aucunes histoires croustillantes a vous mettre sous la dent ! Séparation en très bon termes, c’était prévu que je parte depuis un bon moment , on a tout de même fait l’album ensemble , ce qui prouve bien que l’entente est toujours là, nous avons pris tous ensemble la décision de prendre Jacou pour me remplacer , j’aspire juste à quelque chose de nouveau dans ma vie.
    J’espère que je t’apporte des réponses suffisantes à tes questions.
    Bonne et longue route à BBA !!!

  • J’ai hate de voir le clip ! 🙂

    [Reply]

  • Il fallait évoquer le hellfest ! Je veux savoir si leur date est toujours d’actualité ou si ils ont annulés

    [Reply]

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