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Chronique   

Black Hole Generator – A Requiem For Terra


Une décennie pour transposer musicalement sa vision du monde. Le moins que l’on puisse dire est Bjørnar Nilsen, leader de Vulture Industries, aura pris le temps pour faire mûrir son projet Black Hole Generator avant de sortir ce premier album. Lorsque l’on connait un tant soit peu la carrière du musicien, on ne s’attend pas à ce que son œuvre qualifiée de « black metal excentrique » soit ancrée dans un schéma évident et impersonnel, bien au contraire. L’artiste nous a d’ailleurs récemment confié que A Requiem For Terra est en quelque sorte le porte-parole de ses impulsions qui découlent de ce qu’il voit et observe autour de lui, et de notre époque actuelle qui est « en pente descendante » selon ses propres dires. L’artwork illustrant Moloch, qui symbolise ici « la volonté de l’Homme de sacrifier son avenir et celui de ses enfants qui ne sont pas encore nés pour des choses simples et des plaisirs terrestres », nous annonce et nous enracine directement dans le sombre climat de l’opus…

Le musicien connaît et maîtrise son sujet, et il le prouve dès les premières minutes de l’album. Comme il nous le disait dans nos colonnes, le black metal est un genre qui est toujours resté avec lui. Il en connait les codes, ses ambiances et sa froideur, et il se permet ainsi de jouer avec en suivant son feeling et en flirtant avec toutes les barrières du style. Bjørnar Nilsen nous embarque alors dès le titre éponyme dans une atmosphère obscure et angoissante, sur un mid-tempo et une musicalité lancinante, avec un chant particulièrement malsain rappelant les murmures renfrognés d’un Niklas Kvarvorth (Shining), pour mieux chavirer vers un rythme plus vif avec des sonorités glaçantes. On retrouve la même dynamique sur « Titan » où l’artiste alterne des passages entrainants et d’autres beaucoup plus posés au chant clair inquiétant, avec un refrain quasi fédérateur, comme sur la majeure partie des compositions d’ailleurs. Si un hymne devait ressortir de cet album, il s’agirait indéniablement de « Moloch ». Si on y retrouve un ensemble d’éléments musicaux propres aux plus grandes compositions du black metal, c’est surtout le lead de guitare slide particulièrement pénétrant signé Gjermund Fredheimn (Taake) qui s’ancre dans les mémoires, accompagné d’un refrain irrésistible à reprendre en chœur.

Plus que l’immersion dans une société décadente que Nilsen critique à travers le prisme musical, on pourrait prêter à l’artiste l’intention de plonger l’auditeur dans une certaine folie, comme l’illustre une chanson telle que « Beneath A Chemical Sky » aux riffs heavy et à ses multiples démonstrations vocales. Ou bien ce chant particulièrement perturbant et dérangeant, presque signe d’un lâché prise, sur les premiers couplets d’un « Emerging Pantheon », par-dessus un ensemble musical lourd et percutant. Ainsi, tout semble se construire et se déconstruire à répétition. Le compositeur accompagne et promène l’auditeur dans son esprit torturé, en passant même par un franc et direct black/death à la Behemoth sur la première moitié d’« Earth Eater », et s’achevant sur un décor post-apocalyptique. « Spiritual Light », qui conclut l’album, n’en est pas plus joyeux, passant par une atmosphère plus lente et mortifère, où les riffs de guitares blackisants jonglent avec un violon et Nilsen se montre plus emphatique, pour une dernière ballade funeste.

Black Hole Generator fait la synthèse d’une noirceur certaine et d’une liberté artistique revendiquée. Difficile de ne pas céder à une forme de déstabilisation face à des mélodies si atypiques, comme il semble tout aussi compliqué de ne pas l’entendre comme une œuvre pessimiste et fataliste. Cela ne veut pas dire pour autant que l’on est fuyant, on développe au contraire une forme de consentement à céder à cette folie. Cependant, un défaut peut être relevé, celui de ne pas être suffisamment rassasiant, l’album étant plutôt court. Mais il y a fort à parier que la richesse et l’intensité des compositions peuvent pousser l’auditeur à retourner dans ce monde noir… Comme une forme d’excitation à revivre cette immersion unique.

Clip vidéo de la chanson « Moloch » :

Chanson « A Requiem For Terra » en écoute :

Album A Requiem For Terra, sorti le 18 novembre 2016 via Dark Essence Records. Disponible à l’achat ici.



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