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Interview   

Black Light Burns dévoile l’homme derrière le monstre de Limp Bizkit


Black Light Burns est la bouffée d’air frais de Wes Borland, loin des tergiversations, conflits et autres tourments dus à la forte médiatisation de Limp Bizkit. C’est finalement son opportunité d’être un artiste à part entière et de s’exercer à la pléiade d’arts qu’il maîtrise, du chant à la création d’artworks et de costumes ou peintures de scène, en passant par le clavier, et évidemment ses pérégrinations guitaristiques.

Le style de jeu de Borland est expérimental et non-conventionnel ; il a permis à Limp Bizkit de bénéficier à la fois de riffs destructeurs, d’ambiances aériennes et de textures psychédéliques. La donne est différente dans Black Light Burns : The Moment You Realize You’re Going To Fall, sorti à la fin de l’année dernière est un brûlot industriel où Wes Borland expérimente dans un univers proche de Nine Inch Nails revisité à la sauce Punk.

Wes Borland passait par Paris à l’occasion de la tournée européenne du groupe pour défendre cet opus. Il était donc temps de parler avec lui de cet album plutôt différent du premier opus de Black Light Burns, de sa vision d’artiste en général, mais également du très attendu nouvel album de Limp Bizkit et de ses relations avec trois des acteurs principaux d’un opus auquel on ne croyait plus : le producteur Ross Robinson, le revenant DJ Lethal et bien sûr celui par qui le scandale arrive généralement, Fred Durst.

Radio Metal : Tu as récemment comparé ton travail avec Black Light Burns avec le fait de « t’ouvrir la poitrine, de vomir toutes tes émotions ». Quelles sont-elles, ces émotions, aujourd’hui ?

Wes Borland (chant, guitare) : À l’époque du premier album, je devais gérer Bizkit et je sortais d’une autre situation compliquée avec un groupe qui n’a pas fonctionné. C’était un projet que j’essayais de monter. J’étais frustré et en colère. Après ça, j’ai divorcé de mon ex-femme. Tout dans ma vie a basculé en même temps. Tout ça a mené à cette situation, à ce groupe et au premier album. Par la suite, ça a continué sur cette lancée et le groupe est devenu une sorte de punching-ball. Quand je suis contrarié, il y a Black Light Burns ! Tout ce que je ne peux pas dire ailleurs, toutes ces idées et ces émotions, tout ça va dans ce groupe. Depuis l’écriture du premier album, il s’est écoulé sept ans. Le groupe est passé d’une entité étriquée et sombre à un grand paysage de liberté artistique. Je peux faire ce que je veux, quelle que soit la direction que je veux prendre. C’est une très bonne thérapie.

« Dans Black Light, il n’y a pas de masque et pas de maquillage. Tu peux voir le blanc de mes yeux, ils ne sont pas cachés. Dans Limp Bizkit, je deviens un monstre. »

Vous revenez tout juste d’une série de concerts en Europe de l’Est. Comment a réagi le public aux nouvelles chansons ?

Nous avons un tout nouvel album avec lequel les gens ne sont pas familiarisés et on en joue deux titres – les chansons les plus pop, parce que les autres sont un peu bizarres, ce sont plus comme des extraits de bande originale de film. Le public a bien réagi et a semblé aimer. Quelques uns connaissent les paroles. Le public européen a été bien meilleur que l’américain. Je ne sais pas si l’album a une saveur européenne mais les gens d’ici comprennent. Les concerts étaient géniaux.

Ce nouvel album est profondément différent du premier, plus sombre, plus industriel. Était-ce une réaction face à son prédécesseur ? Avez-vous consciemment décidé : « OK, on oublie les mélodies accrocheuses et on vire plus sombre » ?

Le premier album était un peu trop propre, à mon sens. L’écriture n’était pas si différente, mais la production, oui. Il y a plus de textures, un côté plus live, plus sauvage. Je dirais que The Moment You Realize You’re Going To Fall sonne comme l’œuvre d’un groupe, tandis que le premier album sonnait plus comme un disque écrit par différentes personnes et assemblé en studio. Je pense que notre troisième album, que nous allons réaliser cette année, sonnera encore plus comme le travail d’un groupe et pourrait bien représenter une combinaison. Le premier album était ici, le deuxième était là, et nous allons revenir un peu en arrière, quelque part au milieu, pour rendre le son encore plus cohérent et accompli.

Cet album a un côté très punk rock, bien que ce genre ne soit pas connu pour les expérimentations à la guitare, contrairement au groupe. Comment expliques-tu cet aspect ?

C’est arrivé comme ça ; les choses sont ce qu’elles sont. J’aime beaucoup les Stooges et The Jesus Lizard, et j’ai grandi avec Minor Threat, The Misfits, Subhumans… Tous ces groupes ont eu un effet sur moi. Je ne pense pas que notre son soit punk rock, mais l’attitude est similaire. C’est notre identité en tant que groupe. On monte sur scène, on règle nos instruments et on joue. Certains soirs, on parle et on plaisante un peu trop sur scène. Lorsque le show se termine, il n’y a pas de rappels. On joue simplement jusqu’à ce qu’on ait fini. Il n’y a pas de fioritures, nous sommes un groupe très punk rock, c’est notre attitude. Ça devait finir par ressortir dans la musique.

Ta voix a beaucoup évolué sur cet album, passant de thèmes très mélodiques à des passages parlés. Comment as-tu réussi à maintenir une cohérence sur cet album tout en faisant des choses si différentes ?

Je crois que c’est le fait de jouer en live. Nous sommes partis en tournée pendant environ cinq mois et j’ai compris que je devais faire les choses différemment par rapport au studio. C’est comme ça que j’ai appris à utiliser ma voix autrement. Je n’ai pas la meilleure voix du monde, ou la plus puissante, mais j’ai une certaine force que je peux utiliser. J’essaie de prendre ces éléments et de les pousser aussi loin que possible. La grosse différence entre le premier et le deuxième album, c’est mon assurance et ma personnalité : j’ai confiance quand je chante et j’ai appris à être expressif en mettant plus de caractère et de sentiments dans le chant, pour ne pas paraître trop froid et aseptisé. Être sur la route et apprendre à être un frontman, voilà la grosse différence.

Acceptes-tu la comparaison entre cet album et le travail de Trent Reznor et Nine Inch Nails, ou est-ce quelque chose dont tu voudrais t’éloigner ?

Je l’accepte pour Cruel Melody parce que cet album a été produit par Danny Lohner, qui a fait partie de Nails pendant dix ans. Josh Eustis et Josh Freese, qui ont tous les deux joué dans Nails, se sont aussi impliqués. Charlie Clouser a participé lui aussi. C’est très compréhensible pour le premier album. Peut-être qu’un peu de cette influence se retrouve sur le deuxième album. Nine Inch Nails a une grande influence dans ma vie, c’est l’un de mes groupes préférés. Mais je n’entends pas autant cette comparaison sur le deuxième disque. Mais je vois les choses de l’intérieur, pas d’un point de vue extérieur, donc… J’entends plus d’influences de Death From Above 1979 et autres.

« Beaucoup de gens ont le syndrome de la page blanche, mais pour moi, ça n’existe pas. Ça veut simplement dire que la personne se force à être créative alors qu’elle n’est pas prête. »

Quelle est la différence entre le fait de monter sur scène en tant que guitariste avec Limp Bizkit et en tant que frontman avec Black Light Burns ? La préparation mentale est-elle différente ? Cela entraîne-t-il la même anxiété ?

C’est totalement différent, pour des raisons différentes. Ce sont deux caractères différents, deux personnalités différentes. Je dois d’ailleurs faire deux concerts avec Limp Bizkit dans une semaine. Je vais en Inde pour deux concerts avec Limp Bizkit, puis je repars en Russie pour trois concerts avec Black Light Burns, pour boucler cette tournée. Je suis tellement en mode Black Light Burns que ça va me faire bizarre de passer en mode Limp Bizkit. Je vais y arriver et ça se passera très bien, mais ce sera bizarre. Être un frontman est très différent. Je suis au cœur des choses, j’ai beaucoup de contacts avec le public. Dans Limp Bizkit, mon personnage est très éloigné du public. Il y a une séparation, une certaine étrangeté. C’est un groupe plus important et mon personnage est différent. Je ne parle pas beaucoup et je me concentre sur d’autres zones de ma personnalité.

Le public doit également se comporter différemment ?

Oui. Dans Black Light, il n’y a pas de masque et pas de maquillage. Tu peux voir le blanc de mes yeux, ils ne sont pas cachés. Dans Limp Bizkit, je deviens un monstre. Avec Black Light, les gens réagissent de façon plus amicale, tandis qu’ils sont plus intimidés avec Bizkit.

Tu as déclaré que, sur le prochain album de Limp Bizkit, tu avais poussé les riffs de guitare plus loin que tu ne l’avais jamais fait. Ton travail avec Black Light Burns t’y a-t-il aidé ?

Je pense que ça m’offre un moyen de m’échapper. C’est l’occasion de me vider l’esprit et de revenir dans Bizkit avec une nouvelle approche. Si j’étais producteur de carottes et que je passais tout mon temps à faire pousser des carottes et à développer de nouvelles techniques pour le faire, je ne pourrais plus supporter la soupe ou la purée de carottes. J’adorerais pouvoir passer un peu de temps dans une exploitation laitière pour faire autre chose, histoire que les carottes finissent par me manquer ! (rires) Je pourrais m’éloigner de ça, et en revenant, je serais reposé. Quand je reviens dans Limp Bizkit, mon cerveau a eu le temps de se détendre. Je suis frais et dispos, je suis prêt à y réfléchir différemment.

Quel est l’état actuel de l’album de Limp Bizkit ?

Aux dernières nouvelles, il y avait onze chansons. On a enregistré onze titres, et Fred en a bouclé six ou sept. Mais je ne lui ai pas parlé depuis une semaine, donc il a peut-être avancé. Il travaille son chant avec Ross Robinson, qui a produit Three Dollar Bill. Il s’occupe seulement de la production vocale. On a tout enregistré nous-mêmes, sans producteur. Ross se contente de travailler avec Fred sur le chant sur toutes les chansons, pour autant que je sache.

Est-ce excitant pour toi de travailler à nouveau avec lui ?

En fait, je n’ai pas travaillé avec lui. Ross est un ami, je fais du VTT avec lui. Mais je n’ai pas travaillé sur un disque avec lui depuis From First To Last (NDLR : il parle de l’album Heroine qui était le dernier avec le chanteur Sonny Moore avant qu’il ne parte faire une carrière solo sous le nom de Skrillex). J’ai joué de la basse sur leur album de 2006. Ça fait sept ans que je n’ai pas travaillé sur un disque avec Ross.

Avez-vous l’intention de sortir The Unquestionable Truth Part II ?

Peut-être. On en a parlé. Mais pour l’instant, on se concentre sur ce nouvel album, quel que soit le titre qu’il finira par avoir.

Aura-t-on droit à des expérimentations sur ce disque ?

Il y a un peu d’expérimentations. En fait, on a tout écrit et enregistré tellement vite que je ne me souviens même plus de toutes les chansons ! Ce sera tout nouveau pour moi, car nous avons tout bouclé en quelque chose comme un mois et demi. J’ai fait ça en coup de vent. C’était un peu comme étudier pour un examen : quand c’est fini, on oublie tout. C’est tout ce dont je me souviens de cet album ! J’ai des bribes de souvenirs de ce qu’on a fait, et c’est tout.

A propos de Fred Durst : « Il est charmeur et prend les choses de façon très cavalière. Quand les gens sont confrontés à une personnalité comme la sienne, ils sont soit attirés, soit totalement repoussés. »

Tu es de retour dans Limp Bizkit depuis maintenant trois ans. À l’époque, tu avais déclaré que c’était excitant d’être de retour dans un groupe si critiqué. As-tu la même sensation aujourd’hui ?

Oui, tout à fait. Limp Bizkit est ma famille, nous sommes comme des frères. J’ai été élevé avec eux et aucun d’entre nous ne serait ce qu’il est sans les autres. Quoi qu’il arrive, nous devons travailler ensemble, être un groupe aussi longtemps que possible. On se le doit.

La plupart de ces critiques sont dirigées vers Fred. On se souvient par exemple des insultes de Zakk Wylde. Qu’y a-t-il chez Fred qui provoque ce genre de réactions ?

C’est quelqu’un qui divise. Il est charmeur et prend les choses de façon très cavalière. Quand les gens sont confrontés à une personnalité comme la sienne, ils sont soit attirés, soit totalement repoussés. Il fait ça aux gens : on l’adore ou on le déteste. Cette personnalité est en partie ce qui fait de nous le groupe que nous sommes.

DJ Lethal a quitté le groupe avant de revenir. Quelle est ton opinion à ce sujet ?

Lethal a en quelque sorte toujours fait des allers et venues dans le groupe, du point de vue de ses participations. Ce que je veux dire, c’est que le cœur de notre groupe, c’est Fred, John, Sam et moi. Nous sommes ceux qui écrivons les albums. Lethal apporte certains éléments sur les albums qui aident mais, selon moi, avec ou sans Lethal ça reste Limp Bizkit. Lethal est quelqu’un de très créatif. Je pense que nous sommes forts avec lui et nous sommes forts sans lui. Tout dépend où il est dans sa tête, je suppose.

Étant donné que tu étais peintre avant d’être musicien et que tu sembles comprendre tous les aspects visuels de la musique, peux-tu nous aider à appréhender la façon dont tu composes ?

Je ne comprends pas comment les autres musiciens créent de la musique et je n’essaie jamais de comprendre l’art. Je le prends simplement pour ce qu’il est. Je ne suis pas le genre de personne qui a besoin de tout expliquer. Si je regarde une peinture représentant une chèvre portant un chapeau en forme de sous-marin, je ne cherche pas d’explication plus loin. C’est une chèvre portant un chapeau en forme de sous-marin, c’est ce que l’artiste a voulu représenter. Il voulait que ce soit visuellement intéressant et voilà le résultat. De la même façon, je n’essaie pas d’analyser le processus créatif des autres musiciens. Mon processus créatif à moi, c’est une envie brûlante de faire des choses. Je suis tellement impulsif (NDLR : il claque des doigts) que je les fait aussitôt. Je suis très à l’aise avec mon subconscient. Je sais qu’à un moment, il me donnera une tape sur l’épaule et me dira : « Fais ça ». Je n’y pense même pas, les choses se font tout simplement. Quand il est temps de travailler, je travaille. Si je n’ai pas une envie folle de faire de la musique ou de l’art, je ne le fais pas. Je laisse les émotions et les idées s’accumuler jusqu’à ce que je ressente cette petite tape sur l’épaule. Alors seulement je me mets au travail. Je ne sais pas si c’est de la folie ou simplement un moteur, mais je me suis habitué au fonctionnement de mon processus créatif. Beaucoup de gens ont le syndrome de la page blanche, mais pour moi, ça n’existe pas. Ça veut simplement dire que la personne se force à être créative alors qu’elle n’est pas prête. Il faut attendre que ça arrive. C’est comme la météo : on ne peut pas faire pleuvoir ou neiger, ça arrive et c’est tout.

Interview réalisée en face-à-face à Paris le 9 février 2013
Retranscription et traduction : Saff’

Site internet officiel de Black Light Burns : www.blacklightburnsofficial.com
Site internet officiel de Limp Bizkit : limpbizkit.com

Album The Moment You Realize You’re Going To Fall, sorti le 13 août 2012 chez Rocket Science



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  • TidusHuho dit :

    Wes Borland est l’un de mes artistes préférés; et Black light burns a sortie avec son premier l’un des meilleurs albums qu’il m’a été donné d’écouter.
    On est loin du rap-metal de Limp Bizkit ( d’ailleurs j’ai connu Black Light Burns avant Limp Bizkit ), ici on joue dans la cours industrielle mais attention pas la techno-metal made in germany, non je parle des précurseur du genre à l’instar de Trent Reznor ( leader de Nine Inch Nails ). Prenez le meilleur de Nine, moins minimaliste dans la forme, plus mélodique et vous obtenez Black Light Burns.

    Ce qui est fou avec cet album c’est que toute les chansons sont mémorables, inspirées, puissantes. Jeu de guitare lourd mais mélodique, basse mise en valeur, sample addictif, chant tantôt torturé, tantôt susurré pour monter en puissance jusqu’au déchaînement industriel.

    L’album dont il est question dans l’article ne représente pas selon moi ce qu’est réellement Black Light Burns. Un seul conseil, écoutez Cruel Melody et laissez vous convaincre par le talent de Wes Borland ( vous ne le regretterez pas )

    [Reply]

  • Game-system dit :

    Wes Borland, un des meilleurs guitaristes de la vague néo-metal!
    Très bonne interview!

    [Reply]

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