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Live Report   

Black Sabbath : dans la chaleur d’une source fraîche


A Paris, on y va pour ses monuments, et parfois, ce sont les monuments qui viennent à Paris. Et, a contrario des fameux édifices qui parent la capitale de bornes fixes plantées dans l’Histoire, Black Sabbath, qui nous donne rendez-vous en ce soir de décembre à Bercy, est toujours, et (presque) contre toute attente, une icône en mouvement, donc non figée et vivante.

« Presque » contre toute attente car, même si la rumeur a longtemps couru sur cette reformation, plus de deux ans avant qu’elle n’advienne, une nouvelle « Reunion », qui aboutirait en plus à un album digne de ceux produits dans les années 70, et à de multiples tournées autour du Globe (et ce malgré les problèmes de santé de Tony Iommi), relevait, a priori, du fantasme. Par conséquent, quand le rêve vous tend la main, vous offre l’opportunité de le réaliser avec lui, il faut saisir sa chance et foncer.

Artistes : Black SabbathUncle Acid & The Deadbeats
Date : 2 décembre 2013
Salle : Bercy, Palais Omnisport
Ville : Paris

Uncle Acid déroule son heavy rock planant à la mode d’antan.

Mais avant d’atteindre la source, l’on rencontre ceux qui, en aval, s’y abreuve goulument, jusqu’à transpirer par tous les pores le jus acide de ce proto-doom psyché qui jaillit aux alentours de l’an 1970. Le genre étiqueté « Revival 70′s » compte tout ce qu’il faut d’artistes de hard rock, heavy rock, blues psychédélique, prog, space rock et tutti quanti. Ainsi, il est rarement un label ou une maison de disques qui n’ait pas dans un coin de son écurie une ou plusieurs formations exhalant des compos nées dans une brume violette. Et c’est quasi surprenant de voir un Uncle Acid & The Deadbeats, qu’on eût cru trop underground pour se retrouver sur une telle affiche, dans une si grande salle. Poulain britannique gambadant dans les champs lysergiques gardés par un Lee Dorian (Cathedral), pâtre de Rise Above Records, chez qui ils ont déjà sorti leurs premiers albums, hors un show au dernier Hellfest, il est guère connu du public français, si ce n’est justement par cette frange amatrice de gros son planant à la mode d’antan.

Et ça tombe bien, les quelques milliers de personnes ici présentes (Bercy est bien rempli avec très peu d’espace libre au sol ou dans les gradins) sont justement là pour ce genre de musique. Et c’est mené par un croisement entre John Lennon en costume blanc et Charles Manson (à qui est d’ailleurs consacrée la chanson « Valley Of The Dolls ») au chant et à la guitare que cette bande arrive pour faire tourbillonner ses riffs psychédéliques et remuer quelques têtes. Et ça marche. Car si le groupe ne frappe pas par sa communication, il cogne dur en matière de rock lourd, avec une batterie qui marque un rythme entêtant, avec des coups de cymbales en pointillés qui mènent à un parfait relâchement de la méfiance envers une première partie apéritive, et des breaks qui vous mettent un revers pour réveiller votre attention sur ce qui se passe autour, comme les quelques très bons solos du guitariste lead qui vous emmènent très haut. Mention doit aussi être faite du bassiste et de ses quelques postures de guitar-hero, pendant que ses autres collègues manieurs de manches restent bien concentrés sur leur partition, quand ils ne se tournent pas les uns vers les autres, ou entourent le batteur, partant en jam, comme en studio de répét’.

En tout cas, Uncle Acid, en live, mérite les applaudissements qui lui sont offerts entre chaque chanson. Les têtes se balancent ici et là, et une petite troupe danse même au cœur de la fosse. Et bien que l’on sente, comme sur album, que les titres de Blood Lust, leur second opus (comme « I’ll Cut You Down » et « Death’s Door ») ressortent mieux que ceux du troisième, Mind Control, sorti cette année, une fois pris dans les mailles de son tapis magique, c’est un plaisir de traverser « Valley Of The Dolls » et « Desert Ceremony » avec ce groupe qui laisse humblement la place aux maîtres Black Sabbath, après un set représentant déjà une sorte d’hommage au son créé par les maîtres.

Le rire du Madman sonne le début du Sabbath.

Un rire fou derrière un rideau noir où plane, pâle, luminescent, le fantôme diabolique de leur emblème, c’est Ozzy Osbourne qui se fait déjà entendre. Seules vingt minutes d’entracte, un vrai cadeau comparé à la demi-heure traditionnelle, et le voile est levé sur les figures des demi-dieux du metal. « Demi-dieux », car s’il est de vraies divinités qui tiennent secrètement les cordes de cette musique, il ne faudrait pas ici faire preuve d’impiété en attribuant cette qualité à des mortels. Et pourquoi se contenter de parler simplement de pères fondateurs ou de « godfathers » concernant Ozzy Osbourne, Geezer Butler et Tony Iommi ? Ce sont de véritables icônes au sens religieux du terme qui apparaissent sur scène. D’abord en raison de la ferveur qui se manifeste en leur présence, mais aussi, grâce aux écrans géants en fond de scène, où les figures de ces géants, filmées en direct, en contre-plongée depuis le pit photo, avec une qualité d’image parfaite, s’exposent à nos yeux dans toute leur grandeur. Ainsi l’on pourra, pendant près de deux heures, admirer, voire adorer, Tony Iommi, par exemple, qui incarne le Noir de ce Sabbath, quand il étreint sa Gibson noire à sangle noire, lui-même étant vêtu de cuir noir, et auréolé d’une chevelure d’ébène… Un géant de basalte en live sur grand écran.

Mais nous aurons tout le temps de ce concert pour nous rincer les yeux sur ces projections. La musique résonne depuis les profondeurs du temps, d’une ère de révolte mais aussi une époque où un tel son était en soi une révolution. Black Sabbath ne fait pas de manière et c’est par l’un de ses titres emblématiques qu’il démarre : le chant anti-militariste « War Pigs » entame ce show, sur fond d’images d’archive de la guerre du Vietnam. Et premier constat : Ozzy tient la grande forme. En plus d’être le showman qu’on connait – c’est à dire cette espèce d’animateur de soirée infatigable et un peu fou qui court d’un bout à l’autre de la scène pour haranguer la foule, la faire chanter, dresser et balancer les bras, et lui lancer des seaux d’eau – on ne l’a que rarement entendu chanter aussi bien (c’est qui est encore relatif) ! Sa voix ressort presque que comme sur album et tiendra ainsi pendant toute la soirée.

Tony Iommi (Black Sabbath) n’a rien perdu de sa splendeur.

Plus que le symbole d’une époque, Black Sabbath, étant déjà, en général, considéré comme le papa de tout ce qui est aujourd’hui sur la surface de la planète Metal, est aussi, plus particulièrement, vu comme le géniteur du doom. Et le démontre encore avec la triplette qui suit : « Into The Void », « Under The Sun » et « Snowblind » (et toutes les images de cocaïne sur les écrans pour souligner le thème de cette dernière). Bien sûr, le groupe ratisse énormément dans la décennie 70′s, puisqu’il n’est question que de puiser dans l’ère Ozzy, mais encore plus dans les quatre premiers opus de leur carrière, vus comme les quatre piliers fondamentaux. Mais Sabbath a aussi un nouvel album à défendre…

Et c’est là qu’il est temps de parler de Tony Iommi. Car, évidemment, dès le début, on n’a d’yeux que pour lui, appréhendant de voir ses doigts agiles abimés par la maladie et les traitements… Et ils ne le sont point ! On sent parfaitement les décennies passées à caresser ces six cordes du bout des phalanges (même celles qui manquent) et la magie est intacte. Quand vient le moment de glisser quelques titres de 13, leur nouvel opus, Black Sabbath commence par « Age Of Reason » (avec images de dingue en camisole en fond de scène). Et comme le dirait Dee Snider (Twisted Sister) : « Lorsque tu joues des nouvelles chansons, tu peux voir le public aller aux toilettes. » Et on a pu le voir à ce stade de la soirée. Monumentale erreur ! Certes, le public se calme, n’étant pas encore familier de ces compos toutes neuves – il sera en fait beaucoup plus actif pour « End Of The Beginning » et « God Is Dead? » qui furent les deux premiers singles de 13, et qui sont donc un peu mieux connus –, mais ceux qui se seront absentés n’auront pas pu profiter du solo à vous décrocher la mâchoire égrené par Iommi. Le maître des riffs n’a rien perdu de sa splendeur.

Geezer Butler (Black Sabbath), bassiste discret au talent indispensable.

Un bout d’histoire, un moment d’émotion, approche. Si l’on a, pour l’heure, pu apprécier l’interprétation d’extraits des albums Paranoid, Master Of Reality et Vol. 4, il en manquait encore un à représenter : l’éponyme, le Volume 1 séminal, la clé de voûte, la genèse, ce par quoi tout a commencé. Le son d’une cloche, un orage qui éclate… « What is this that stands before me… » Si pendant la première partie du morceau le public montre tout le respect – presque religieux – dû à cet artefact sacré, il explose et bondit comme un seul homme pendant la seconde moitié plus up-tempo, plus échevelée de « Black Sabbath ». Et comme il serait malvenu de morceler un tel plaisir, on reste dans cette zone originelle, passant de « Behind The Wall Of Sleep » à l’autre titre phare de ce disque : « N.I.B. » et sa fameuse intro à la basse. L’occasion de voir que Geezer Butler non plus n’a rien perdu de la souplesse de ses doigts, ses mains s’agitant sur son instrument, mais aussi en gros plans sur les écrans, en apportant la preuve.

Arrivé à ce point, l’on a pu constaté les hautes qualités de tous les acteurs de ce grand spectacle à l’exception d’un : le batteur. Et si le cas de Bill Ward dans cette histoire de reformation aura été suffisamment désolante pour nombre de fans, son remplacement n’aura, d’un point de vue purement musical, pas été un drame à quelque niveau que ce soit. Sur album, Brad Wilk a fait un job plus qu’honnête. Et c’est presque une déception de ne pas le voir derrière les trois de Birmingham en concert (ce n’est pas comme si on croisait souvent un quart de Rage Against The Machine en France…). C’est donc Tommy Clufetos qui prend le relais côté live. Et, à l’instar de son patron, on le trouve encore meilleur avec Black Sabbath que lorsqu’il joue pour Ozzy Osbourne en solo.

Une fois passés un « End Of The Beginning », extrait de 13, qui fut l’occasion de se remettre des émotions causées par les morceaux du premier album, et un « Fairies Wear Boots » où de jolies fées bottées s’agitent sur les écrans géants, il est temps pour un peu de « Rat Salad », LE solo de batterie sabbathien (et n’en déplaise à Dee Snider, pour celui-là, on n’ira pas faire la grosse commission…) que Clufetos connait bien puisqu’il le pratique déjà depuis des années en live pour monsieur Osbourne. Mais – est-ce l’émotion accumulée au cours de la soirée qui égaie notre jugement ? – contrairement à ce qu’il fait pour le Madman, sur la scène de Black Sabbath, il exécute un solo bien plus percussif (normal pour un percussioniste, direz-vous) et avec un feeling et un groove mieux installés. Si Clufetos avait déjà donné une raison d’être à chaque élément de son kit (à part peut-être ce gong décoratif) au cours du spectacle, les faisant sonner avec ses tripes, les applaudissements à la fin de « Rat Salad » auront aussi démontré sa raison d’être derrière cette batterie.

A ce stade du concert, la fosse a déjà sué tout ce qu’elle avait et pourtant elle se déchainera sur ce qui suit. Un pogo pendant un concert de Black Sabbath, vous n’y pensez pas ? Et c’est pourtant ce qu’a causé l’arrivée d’ « Iron Man », avec un Ozzy toujours aussi infatigable pour en demander toujours plus à ce public qui a renoncé à toute économie d’énergie. « God Is Dead? » et « Dirty Women », unique morceau issu de la période « tardive » de l’ère Ozzy (étant issu de Technical Ecstasy, 1976, et donc à peu près aussi connu par certains que les titres de 13), offriront un dernier instant de détente aux soldats de la fosse (notamment avec les images voluptueuses projetées pendant le second).

Un dernier repos avant la tombe ; « Children Of The Grave » achèvera de faire la démonstration scénique de la riche et essentielle histoire musicale de Black Sabbath fondée dès ses premières années d’existence. Puis un « Paranoid » en rappel (faut-il raconter que la salle s’est fait sérieusement entendre pendant l’interlude, encouragée par les cris de supporters d’Ozzy en coulisses ?) pour apporter la dernière pierre à une setlist parfaite de la meilleure des façons. Tant pis si le plus gros de son héritage est déjà gravé dans un lointain passé : Black Sabbath n’est pas mort et loin de l’être (certains, après ces quasi deux heures de show, seront probablement plus fatigués dans le public que d’autres sur scène), et tout comme avec leur dernier album, si cela devait s’arrêter là, à ces quelques dernières tournées, Tony Iommi, Ozzy Osbourne et Geezer Butler auront offert le meilleur d’eux-mêmes et cela mérite d’être salué. Ne vous inclinez pas messieurs, c’est votre public qui vous rend hommage.

Setlist de Black Sabbath :

War Pigs
Into The Void
Under The Sun
Snowblind
Age Of Reason
Black Sabbath
Behind The Wall Of Sleep
N.I.B.
End Of The Beginning
Fairies Wear Boots
Rat Salad
Iron Man
God Is Dead?
Dirty Women
Childen Of The Grave

Rappel:
Paranoid

Photos : Lost

A voir également :

Galerie photos du concert de Black Sabbath
Galerie photos du set d’Uncle Acid & The Deadbeats



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Aucun Commentaire

  • SUPER et EXCELLENT concert , j’ai quand même un regret c’est que Bill Ward n’était pas de la fête …. dommage/dommage !!!
    même si Tommy Clufetos a fait une superbe prestation BRAVO à lui
    La formation d’origine ça aurait été vraiment sympa ….
    MAIS quel SUPERBE CONCERT !!!! ces deux heures de concert ont beaucoup trop vite passée

    [Reply]

  • Bravo mister, superbement décrit ce concert…

    Même le son était bon, Ozzy chantait bien, gratteux magnifiques et batteur pachydermique a souhait. Que la force et soit avec eux jusqu’au Hellfest et au delà.

    Superbe moment.

    [Reply]

  • Quelle plume cet animal !

    Sinon, le concert avait vrai l’air de quelque-chose de spécial.

    Hail to Sabbath !

    [Reply]

  • Super concert! Plus que magique, un rêve éveillé! Black Sabbath en pleine forme, un son colossal..

    J’ai trouvé çà sur youtube, cela rend bien compte de l’ambiance :

    http://www.youtube.com/watch?v=icO6XT5oACc&feature=c4-overview&list=UUCG7Gg5ilZ76NDK4QGIrslg

    [Reply]

  • Un concert excellentissime. Je ne m’attendais pas à ce qu’Ozzy chante aussi bien. J’étais aux anges, c’était juste… magique!
    J’aimerais avoir l’avis de ceux qui les ont vu sur d’autres dates, car je crois que ce show français était le meilleur qu’ils aient donné jusqu’à maintenant depuis la reformation. Non?

    [Reply]

  • Pour info LE SUPER SOLO était de l’impro car Ozzy a eu une envie pressente ^^ Heureusement quand même. Sinon c’était juste jouissif

    [Reply]

  • Si j’ai bien tout saisi dans les morceaux, je dirai qu’il manquait quand même « The Wizard », c’est vrai c’est mon morceau favori … On pourrait éventuellement en trouver d’autres tels le bizaroïde « Supernaut », « Sabbath, bloody sabbath » « échoe à « Black sabbath » par exemple ou encore « Never say die », « Holes in the sky » ou « Symptoms of the universe », matière à avoir le speed du Sabbath noir et là en prime on avait un p’tit tour de tous les albums, mais bon c’est sûr faut faire des choix ou jouer plus longtemps lol.

    [Reply]

    Heavybourrin

    Oui faudrait qu’ils fassent des concerts de 3h ça serait tellement cool, en plus ils font confiance aux nouvel album que je trouve très très bon personnellement
    en tout cas ça annonce de belle chose pour le Hellfest

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