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Metalanalyse   

Black Sabbath : le testament du Parrain


Pourquoi faire semblant de ne pas le voir ? Cela peut paraître morbide mais si cette reformation de Black Sabbath s’est faite, c’est bien en raison de la mort de Ronnie James Dio. Après le succès de Heaven And Hell, alors qu’Ozzy mène très bien sa carrière, et malgré les appels des fans depuis trente ans (parfois satisfaits comme du temps de Reunion), seule une tragédie ou un miracle pouvait conduire à ce retournement de situation.

Et finalement, on eût droit aux deux. Tragédie avec le décès de Dio, le genre de choc qui pousse certains à se tourner vers certaines valeurs fondamentales. Et miracle avec cette reformation, longtemps espérée puis soupçonnée, annoncée à un monde du rock/metal heureux de l’entendre, qui dût finalement faire son deuil de la participation de Bill Ward tout en craignant pour la santé de l’irremplaçable Tony Iommi, alors qu’Ozzy (le public l’a appris plus tard) retombait dans certains vieux travers. Donc re-miracle que sorte à la fin de cet accouchement tourmenté un album dont le caractère quasi inespéré et la richesse symbolique en font déjà l’un des albums les plus importants de cette année.

Du symbole, Black Sabbath en sert depuis qu’il a dévoilé le titre de ce disque : 13. Un choix aux allures de manque flagrant d’inspiration (surtout alors que la même année un autre groupe, Suicidal Tendencies, sort un album avec le même titre, et deux ans après le Th1rt3en de Megadeth) mais qui a un sens tout particulier pour les Brummies. C’est à la fois une façon de marquer l’année de leur renaissance, un talisman numérologique en se servant d’un nombre qui, selon les croyances, peut attirer autant qu’il peut repousser la poisse (et chacun sait que cette reformation est passée par ces deux étapes), mais aussi une manière de signifier une ambition : revenir à leurs origines, celles du premier album, sorti un certain 13 février 1970.

Symbole encore avec ce qu’on trouve dans la tracklist, à commencer par le morceau d’ouverture : « End Of The Beginning » qui pose la question dès les premiers vers : « Est-ce la fin du début, ou le début de la fin ? » Interrogation assez formelle, sans trop de profondeur et qu’il n’est pas conseillé de placer dans une dissertation de philo au bac sous peine d’engendrer une certaine pitié du correcteur, mais qui, dans ce contexte, ne va pas arrêter de résonner pendant près d’une heure dans l’esprit de l’auditeur.

Autre interrogation pseudo philosophique (faut pas non plus prendre Ozzy pour un diplômé de la Sorbonne) dès le deuxième titre, idée empruntée à un célèbre moustachu allemand : « God Is Dead? ». Un thème encore plus rabâché dans le metal que la triskaidékaphilie mais qui amène tout de même un constat musical : Black Sabbath semble s’assumer plus que jamais comme un groupe de metal, lui qui, à l’origine, ne se définissait pas autrement que comme un groupe de hard blues sous-accordé. Père involontaire d’un genre, au bout de quarante années de reconnaissance, le Sab vient finalement se poser en patriarche au bout de la table familiale, où tous les regards se dirigent.

Évidemment, le chemin parcouru par Ozzy, Geezer et Tony dans leurs carrières communes ou respectives leur a fait traversé des paysages plus semblables au heavy metal tel qu’on le connaît depuis les 80’s qu’au rock lourd de leurs débuts. Mais cela n’influe guère aujourd’hui sur l’identité de Black Sabbath. Pas plus que le remplacement de Ward par Brad Wilk (Rage Against The Machine), fidèle à la patate éléphantesque des batteurs stars de 1970. En fait, cette modernité sert au moins à ne pas tomber dans une production revival 70’s, dans laquelle de jeunes groupes de cette vague peuvent patauger sans que personne s’en plaigne, mais qui aurait donné l’air aux quatre (ou plutôt trois) de Birmingham d’avoir farfouillé dans leur armoire et enfiler de vieilles frusques jaunies aux franges mangées aux mites.

Néanmoins, rien à voir avec la production d’un album d’Ozzy ou de Heaven And Hell où voix et guitares lead occupent tout le premier plan. Ce 13 a beaucoup de cœur, au sens organique du terme : un rythme qui roule comme une mécanique bien huilée conduite tout particulièrement par le doigté et le feeling de Geezer Butler allié aux riffs d’un Iommi qui rappelle l’influence qu’il a eu, a et aura encore sur des générations de gratteux. Le six-cordiste donnant par ailleurs une leçon de composition par un placement parfaitement dosé de ses solos : jamais trop, toujours où il faut, et à même de filer des fourmis dans les doigts à plus d’un air-guitariste. Et un titre comme « Damaged Souls », en particulier, prouve qu’Iommi ne souffre pas d’un cancer des phalanges…

Enfin, il y a cette idée insufflée par le producteur Rick Rubin (qui devait bien se trouver en amont dans la tête de chacun des membres) : faire comme si leur premier album était sorti hier, reprendre là où ils en étaient en 1970. Et aucun doute que le son classique sabbathien est là. Même si on pourrait aisément le prendre pour un album de doom ou de stoner parmi d’autres, la voix trainante, cette « gorge étroite » d’Ozzy qui étrangle l’auditeur, ne laisse aucun doute sur le fait que son auteur est le géniteur de ces deux genres lui-même. Et un classicisme allant jusqu’à l’auto-citation, particulièrement marquée sur des titres comme « God Is Dead? », concentré de riffs millésime Paranoid, ou « Zeitgeist » qui, avec sa guitare semi-acoustique, ses congas et sa thématique S-F, est un « Planet Caravan » n°2, ou encore l’intervention du vieil ami harmonica sur « Damaged Souls ».

Une méthode qui pourrait être interprétée comme un manque d’inspiration, inspirer l’idée que le groupe a tellement fait le tour de ce qu’il sait faire il y a longtemps qu’il se sent obligé de se saisir des vieilles cordes pour se tracter vers l’avant. Mais là encore, il y a du symbole. Comme dans ce « Live Forever », hurlant la conscience que le groupe a de sa propre mortalité (conséquence de voir tant de leurs contemporains disparaître, à commencer par Dio, de la maladie d’Iommi, des abus d’Osbourne, démons qui ne le lâcheront jamais) avec la phrase « Je ne veux pas vivre éternellement, mais je ne veux pas mourir ». D’où une conclusion avec un « Dear Father », arborant certains aspects du premier album, jusqu’à la touche finale (attention, spoiler !) : le son d’une cloche lugubre qui retentit à travers l’orage.

Black Sabbath est arrivé à travers une pluie froide et nocturne et semble retourner de l’autre côté de ce rideau noir qui s’abat derrière lui. Une façon évidente de boucler la boucle mais un moyen nécessaire dont le groupe n’a pas à avoir honte puisqu’il a bel et bien offert un album du Sabb’ à ranger à côté de leurs productions des années 70, soit parmi les premiers (indispensables socles du metal), soit à la suite des derniers (qui, quoique dénigrés par l’histoire, comportent toujours son lot de morceaux qui ont traversé les âges). D’ailleurs Ozzy, tout en exprimant sa foi en un avenir à cette collaboration renouvelée, notamment suite à l’arrivé en première place des charts anglais de ce disque, même s’il croit à la possibilité d’un autre album de Black Sabbath, parvient à voir que celui-ci est déjà la meilleure fin possible à apporter à cette histoire : « Je ne sais pas encore. Nous sommes encore en train de nous délecter de notre retour avec celui-ci. Il y aura probablement un autre album mais je ne veux rien promettre à qui que ce soit. Cela nous a pris tellement de temps pour faire ça, et nous ne pouvons pas attendre encore 43 ans pour avoir un autre numéro 1. S’il s’avère que nous ne ferons pas d’autre disque, alors je pourrai me reposer sur mes deux oreilles sachant que nous avons fini les choses comme il convient de le faire avec 13. »

Album 13, sorti le 10 juin 2013 chez Universal Music



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  • Je vous renvoi à ces chroniques bien plus pertinentes : http://www.destination-rock.com/albums/album-blacksabbath13.html (comme souvent sur Radio Metal)

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    Spaceman

    Lala, Méchant ou plus couramment K.S : tu pourrait quand même garder un peu de constance dans tes pseudos histoire qu’on s’y retrouve un peu. A moins que ce ne soit trois alter ego par lesquels s’expriment trois degrés de ta personnalité schizophrène. 😉

    Bref, on a déjà parlé de tout ça via tes commentaires dans la chronique de Queens Of The Stone Age. Si tu préfère lire le papier d’un type qui analyse d’abord ses propres goûts avant d’analyser un disque, c’est ton choix. Nous ça ne nous correspond pas, surtout à une époque où tout le monde étale ses opinions (« il est pas terrible cet album ! », « nan tu as tord, il est super bien ! ») et (pseudo ?) analyses de celles-ci pour les justifier sur les forums. Après, je peux comprendre et respecte que certains – comme toi visiblement – s’y retrouvent mieux, tout comme l’inverse est vrai. Dont acte. Il faut de tout pour faire un monde. J’espère ceci dit que tu va t’en remettre car apparemment le traumatisme psychologique semble grand au vu de tes divers messages sous divers pseudos. 😉

  • Heavybourrin dit :

    J’avais assez peur de l’écouter et au final c’est un très bon album de heavy metal et un bon Black Sabbath que l’on peut comparer à ceux des 70′.
    Iommi place de très bon solos aux meilleurs moment et les riffs sont très heavy.
    La seule déception, la voix de Ozzy (mais bon il a plus 20ans) et la batterie trop classique (par rapport au jeux de Bill Ward)

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  • L'Archiviste dit :

    « un classicisme allant jusqu’à l’auto-citation, particulièrement marquée sur des titres comme « God Is Dead? », concentré de riffs millésime Paranoid, ou « Zeitgeist » qui, avec sa guitare semi-acoustique, ses congas et sa thématique S-F, est un « Planet Caravan » n°2, ou encore l’intervention du vieil ami harmonica sur « Damaged Souls ». »

    > En même temps on ne va pas demander à Black Sabbath de jouer du AC/DC ou du 1349… C’est tout à leur honneur de retrouver leurs racines Heavy-Doom, et de s’assurer, au cas où ce 13 soit le dernier album, une magnifique sortie.
    > Je trouve sévère d’interpréter les sonorités se rapprochant de leurs albums d’antan comme un « manque d’aspiration ».
    Ils jouent simplement à l’instinct, et c’est tout à leur honneur

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  • christian dit :

    « Black Sabbath semble s’assumer plus que jamais comme un groupe de metal » alors que dans un article de rock n folk Ozzy dit:
    « moi , je nous vois comme les premier punks . On était anti disco, anti ordre établi… » ,
    ce qui n’est pas du tout le cas du métal en général.

    de toutes façons dire que Black sabbath est du métal est une inversion de la réalité: Le métal est ( sans l’esprit anti ordre établi) du black sabbath.

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  •  » Black Sabbath semble s’assumer plus que jamais comme un groupe de metal  » C’est rigolo, le vieil Ozzy disait justement en interview souhaiter revenir à un son plus heavy rock sur cet album.
    Bon sinon pour ma part je n’ai pas été conquis du tout par ce 13.
    Puis Brad Wilk, Brad Wilk quoi, ce batteur est complétement sous exploité. C’est assez rare pour moi d’être dérangé à ce point par la batterie sur  » un album à guitare « , d’habitude le batteur fait au minimum le job. Mais là, on dirait qu’il s’applique soigneusement à dénuer son jeu de groove.

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  • « triskaidékaphilie »? Joli néologisme! Au fait, pour les possibles « philophobes », le « célèbre moustachu allemand » est bien Friedrich Nietzsche et non Adolf Hitler, CQFD!

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