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Black Star Riders : pas besoin d’alibi pour continuer la légende


Le premier album de Black Star Riders, All Hell Breaks Loose, c’est une histoire de trente ans. Trente années depuis la fin de Thin Lizzy et depuis le dernier disque du groupe, Thunder And Lightning en 1983. Une période marquée aussi par le deuil suite au décès du frontman de la formation irlandaise Phil Lynott trois ans après cette séparation, condamnant les fans à enfermer sous une dalle de marbre noir tout espoir de retour.

Et pourtant, retour il y a eu : dans les années 90, John Sykes, un des derniers guitaristes du groupe (passé ensuite par Whitesnake), donc pas nécessairement le plus légitime pour lancer une telle entreprise, lançait le come-back scénique de la Fine Lizzy, qui dure encore aujourd’hui, et qui a permis aux anciens membres (Scott Gorham et Brian Downey en tête) mais aussi à d’autres personnalités du rock (comme Vivian Campbell de Def Leppard, Richard Fortus de Guns N’ Roses et Damon Johnson, ex-Alice Cooper) de célébrer la mémoire et l’œuvre de Lynott. Un retour qui se transforme aussi en une histoire de rencontres : après le départ de Sykes, Gorham fait appel, sur les conseils de Joe Elliot (Def Leppard), au chanteur Ricky Warwick, rencontré lors de l’enregistrement du premier album solo de celui-ci, qui apporta du sang neuf et frais, et donc une nouvelle étincelle d’énergie, à cette bande.

Une étincelle symbole de création. Il ne manquait peut-être que cette venue pour qu’émerge fatalement ce qui devait arriver quand sont réunis autant de musiciens et de compositeurs de talent, capables déjà sur scène d’insuffler à des chansons (qu’ils n’ont pas tous écrites) autant d’âme : une envie de donner la vie, de créer de la musique. Et ainsi, près de trente ans après, Thin Lizzy était prêt à retourner en studio, prêt à refaire un pas dans l’histoire du rock.

Mais pas si simple de faire sauter cette pierre tombale que tout le monde avait déjà posé sur l’avenir du groupe. On pouvait danser au clair de lune sur cette tombe sans honte avec cette version de Thin Lizzy pour orchestrer le bal, mais on risquait de provoquer le crime ultime en la profanant, en jouant avec les gènes de Phil Lynott. Par conséquent, l’avenir discographique est mort une deuxième fois alors qu’il était sur le point de renaître car, comme l’expliquait Scott Gorham en octobre 2012, en annonçant que le groupe renonçait définitivement à poser le nom de Thin Lizzy sur un album de nouvelles chansons : « Nous avons toujours su que pour certaines personnes le sujet d’un nouvel album est sensible et à ce titre nous souhaitons vraiment que la qualité de ces chansons soient entendues par chacun sans jugement ou préjugés. Dans ce but, nous avons décidé de ne pas sortir ces chansons sous le nom Thin Lizzy. »

Ainsi est né Black Star Riders, pour que leurs chansons soient entendues pour elles-mêmes, pour leurs qualités propres, et non pour qu’elles soient comparées au reste de l’œuvre de Thin Lizzy. Néanmoins, il sera difficile pour quiconque connaissant cette histoire de ne pas voir ce disque avec un voile d’a priori (qu’il soit négatif ou positif) par dessus. D’abord parce qu’il fut composé par des musiciens qui ont eu pendant des années pour principale activité de jouer du Thin Lizzy sur toutes les scènes du monde. Ensuite parce qu’en diffusant la chanson « Bound For Glory » (cf. ci-dessous) comme premier single et premier aperçu d’un album, deux mois avant sa sortie, il est impossible de ne pas penser être tombé sur un inédit extrait du temps de Phil Lynott tant la ressemblance est parfaite, confondante, avec les créations mais aussi la voix du géniteur de « The Boys Are Back In Town ».

Et une fois dans l’album, le lien ne fait que se resserrer. Si Thin Lizzy est l’une des fiertés de l’Irlande, ses musiciens sont aussi fiers de leur racines. Ainsi étaient nées des chansons comme « Whiskey In The Jar » (qui est en fait une adaptation d’un chant traditionnel) ou « Emerald ». Des racines qui ressortent encore chez les Black Star Riders sur « Kingdom Of The Lost » (à moindre échelle sur l’intro de « Bloodshot ») qui reprend rythmes, mélodies, sonorités et instruments (tambours, flûtes, violes…) folkloriques irlandais. Un héritage qui perdure grâce à Ricky Warwick et Scott Gorham, derniers représentants des enfants de l’île d’Émeraude au sein de la formation (le batteur Brian Downey ayant préféré ne pas prendre part à cette aventure-là, craignant, à son âge, la fatigue d’une nouvelle grande tournée). Le premier étant chargé, depuis 2010, d’accueillir en lui l’âme de Phil Lynott, apporte donc un chant exercé à reproduire celui du frontman de Thin Lizzy et est aussi l’auteur des textes de All Hell Breaks Loose et donc de sa nouvelle bible lyrique. Le second étant l’un des plus anciens membres de Thin Lizzy en activité et le père des riffs présents sur la plupart des plus importants albums du groupe, il apporte tout son art de la six cordes, forgé sur ces disques historiques, et une couleur à ces chansons qui n’est pas sans rappeler des nuances connues.

Difficile donc d’éviter la comparaison mais s’il faut traiter Black Star Riders comme une entité nouvelle, alors on verra un groupe composé de musiciens expérimentés dans l’art de donner vie aussi bien à des titres de rock bruts de décoffrage (« All Hell Breaks Loose », « Valley Of the Stones ») avec des solos qui décoiffent (« Bloodshot »), que des mélodies dansantes (« Hoodoo Voodo »), un brin funky (« Blues Ain’t Bad ») et des tubes, du genre qui vous restent dans la tête pendant des heures ou des jours (« Bound For Glory », « Hey Judas », « Someday Salvation » et son « Shananana » qui trouvera parfaitement écho en live). Des musiciens autant doués pour briller en solo (la chaleur et le groove dans la voix de Warwick, les envolées de Gorham et Johnson, la rondeur de la basse de Mendoza) que dans les harmonies (dans les chœurs, entre les cordes, du chant avec les guitares ou la section rythmique…). Bref, encore une fois, tout ce qui fait qu’on se souvient encore des plus grands hits de Thin Lizzy.

Il y a tout de même quelques particularités à Black Star Riders. Notamment si on compare le line-up scénique de TL et celui-ci. A commencer par l’absence de clavier, Darren Wharton préférant se consacrer à ses projets personnels, qui conduit le groupe à s’appuyer avec plus de force sur les quatre piliers fondamentaux (voix, guitare, basse, batterie) du hard rock. Mais combien d’albums de Lizzy comptaient vraiment sur autre chose que ça ? Le plus grand bouleversement se trouve finalement dans le remplacement de Downey par un Jimmy DeGrasso qui affiche sur son C.V. des noms tels que Megadeth, Alice Cooper ou Suicidal Tendencies. Un changement qui induit une différence dans le son de la batterie, plus dure, plus sèche sur les peaux, plus portée sur le son métallique des cymbales, donc plus metal, plus moderne. Pour le reste, les adorateurs de Lynott pourront toujours trouver que Warwick n’est pas une imitation parfaite de leur héros, avec un fond plus rauque dans la voix, mais il paraît qu’on n’est pas là pour parler d’un album de Thin Lizzy…

Néanmoins, inutile de le cacher, en grattant le nom de Black Star Riders sur la pochette de ce All Hell Breaks Loose, il se pourrait que vous trouviez celui de Thin Lizzy en-dessous. Car Thin Lizzy existe toujours à travers BSR : le groupe va continuer, sous ce nouveau blason, à jouer les chansons que ces musiciens jouent depuis des années entre leurs propres compos (en revenant parfois, selon la demande, au seul nom de Thin Lizzy, pour ne jouer alors que du Lizzy avec Downey et Wharton derrière). Et ces nouveaux titres pourraient aussi figurer sans pâlir sur une compilation de TL, peut-être dans une section à part (où l’on pourrait aussi mettre des titres solos de Lynott ou même Gary Moore), car Black Star Riders est certainement une étape supplémentaire dans cette histoire toujours vivante de Thin Lizzy.

Album All Hell Breaks Loose, sortie le 24 mai 2013 chez Nuclear Blast Records



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  • excellente chronique qui donne envie au fan de toujours de TL que je suis de poursuivre l’aventure avec cet album de BSR

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