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Interview   

Black Stone Cherry : blues rock des familles


Avec l’album Kentucky, Black Stone Cherry avait fait sa petite révolution en quittant un label trop dirigiste, reprenant sa musique en main, revenant à ses sources et laissant ses envies s’exprimer librement. Avec son nouvel album Family Tree, le quatuor pousse le bouchon encore plus loin dans cette direction. Et après avoir rendu hommage à leur état de naissance et de résidence aux Etats-Unis, puis à leurs racines blues (l’EP Black To Blues l’an dernier), on n’aura pas été surpris de voir que c’est maintenant à l’idée de famille qu’ils rendent hommage.

Un album plus blues, plus sudiste, plus soul, plus… Black Stone Cherry. Au point que non seulement le disque a été autoproduit mais également pour la première fois mixé par le frontman Chris Robertson. Du quasi cent pour cent fait maison, en somme ! Et c’est justement avec Robertson que nous avons échangé pour nous parler de ce disque qui, selon ses propres mots, « ne pourrait pas être plus authentique ».

« La famille, ce sont ces gens qui seront toujours là pour toi et feront toujours de leur mieux pour t’aider et te guider, et être là pour te rattraper quand tu tombes, pour te remettre sur pied et continuer à avancer. Pour moi, si tu n’as pas de famille, tu n’as rien. »

Radio Metal : L’année dernière, vous avez sorti un EP de blues, et votre héritage blues est partout dans le nouvel album. Vous avez même une chanson intitulée « You Got The Blues » ! Cherchiez-vous donc à rester dans cet esprit blues authentique en créant Family Tree ?

Chris Robertson (chant & guitare) : Je pense que faire l’EP Black To Blues a eu un énorme impact, ça a rallumé un feu en nous. Ça nous a redynamisé de revenir à cette forme de musique simpliste qui nous touche, qui fait ressentir quelque chose au plus profond de nous. Nous avions écrit environ trente idées avant de faire Black To Blues, et ensuite, une fois que nous avons fait cet EP, nous avons jeté toutes ces idées et écrit un nouveau lot de musiques qui ont fini par former le nouvel album. En fait, je ne sais pas si nous avons consciemment essayé de faire un album plus influencé par le blues, mais je pense que le simple fait d’avoir été en studio pour faire l’EP de blues, revisitant toutes ces influences dans lesquelles nous n’avions pas creusé depuis un petit bout de temps, nous a poussé à réécouter plein de choses que nous écoutions quand nous sortions les premiers albums. Ça nous a un peu aidé à nous réinventer au point de pouvoir ne pas nous soucier si les chansons étaient heavy ou radiophoniques, l’idée était juste de faire absolument les meilleures chansons que nous pouvions.

Est-ce vraiment quelque chose dont vous vous souciez par le passé, que les chansons soient heavy ou radiophoniques ? Je veux dire que le dernier album, Kentucky, était déjà très authentique dans sa démarche…

Ouais, pour le dernier album, nous nous fichions d’être radiophoniques, mais il y avait un effort conscient de s’assurer que les chansons étaient heavy et ce genre de chose. Enfin, heavy pour nous, parce que nous ne sommes évidemment pas un groupe de heavy metal ; les chansons étaient suffisamment heavy pour nous, pour ce groupe. Mais pour cet album, nous avons un peu changé le son des guitares et autre, et nous nous sommes éclatés, tout simplement ! Je pense qu’on peut s’en rendre compte quand on l’écoute.

Le dernier album portait le nom de votre état d’origine, le Kentucky, l’année dernière vous avez rendu hommage à vos racines blues, et désormais vous avez un album qui s’appelle Family Tree (arbre généalogique, NdT). Donc garder vos racines en tête et proche du cœur est de toute évidence quelque chose de très important pour vous…

Ce titre d’album vient de la chanson « Family Tree », qui est la dernière chanson de l’album. Cette chanson, on peut la prendre pour une autobiographie de Black Stone Cherry, renvoyant à toutes les collines et montagnes que nous avons escaladées et celles d’où nous avons chuté, les choses que nous avons apprises au cours des dix-sept dernières années, avec pour constante notre vie à la maison et nos familles. C’est la chose principale vers laquelle nous devons toujours retourner. Tu sais, ma famille, c’est ma femme et mon fils, et ensuite ça s’étend à partir de là, mais c’est aussi le groupe et l’équipe qui voyage avec nous. Pour moi, la famille, ce sont ces gens qui seront toujours là pour toi et feront toujours de leur mieux pour t’aider et te guider, et être là pour te rattraper quand tu tombes, pour te remettre sur pied et continuer à avancer. Pour moi, si tu n’as pas de famille, tu n’as rien. Voilà le sujet de la chanson. C’est l’une des chansons plus sérieuses de l’album mais nous avons voulu faire un album qui fait du bien aux gens et leur fait ressentir quelque chose, de manière générale. Au bout du compte, cet album est comme un instantané de qui nous sommes à ce stade de nos vies. Nous passons tous du bon temps et répandons un peu de positivité dans le monde. Et la chanson « Family Tree » semblait simplement parfaitement résumer notre carrière et c’est pour ça que nous avons choisi ce titre.

Est-ce pourquoi le groupe n’a jamais connu de changement de line-up : vous être une famille avant d’être un groupe ?

Ouais. La chose que nous attribuons à notre longévité est le fait que nous étions tous amis avant d’être un groupe. Nous plaçons notre amitié devant le groupe, nous l’avons toujours fait et le ferons toujours.

Il est clair qu’en écoutant l’album, vous semblez vous éclater et qu’il y avait même pas mal de jam en studio. Il se trouve que vous n’avez même pas tellement répété avant de le faire. Est-ce votre manière de mettre votre âme dans la musique, en ne réfléchissant pas trop, en restant dans l’instant et laissant vos instincts parler ?

Ouais. Pour notre part, habituellement, nous répétons les chansons avant d’aller en studio, tout du moins un minimum. Mais avec cet album, nous n’avons pas du tout répété. Nous nous disions : « On connait les chansons, on les a écrites, alors allons-y et amusons-nous avec l’enregistrement et laissons la musique nous emporter là où elle nous emportera. » C’est exactement ce que nous avons fait. Il y a des parties qui ont changées ; il y a des parties qui ont été rallongées, d’autres qui ont été raccourcies… Quoi que nous ressentions sur le moment à propos d’une chanson, c’est la voie qu’elle suivrait. J’aime cette façon de faire un album. L’atmosphère était très détendue, très amusante. Nos familles passaient nous voir pendant que nous enregistrions, ainsi que tout un tas d’amis. Nous ne nous sommes pas tués à la tâche. Si quelqu’un disait : « Oh, faisons une pause. Relaxons-nous pendant un petit moment, et regardons où on en est, » alors c’est exactement ce que nous faisions. Nous ne sommes pas entrés en studio en disant : « On a tant de jours pour le faire, il faut que tout soit fait, bla bla bla. » C’était plus : « On y va, on s’amuse et on fait un super album. »

« Il est clair que nous écrivons de la musique pour qu’elle soit jouée live, ça a toujours été notre truc. »

D’un autre côté, quand vous êtes en studio, il y a un budget associé. Du coup, n’y avait-il aucune pression pour terminer tout l’album en studio, autant la composition que l’enregistrement ?

Pas vraiment. La seule pression que nous nous mettions était pour s’assurer que chacun jouait absolument les meilleures parties possibles, et que nous jouions les bonnes parties au bon moment. Enfin, ce n’est pas du genre on se pose et on dit : « On doit faire ci, on doit faire ça. » C’est une approche complètement différente que nous avons par rapport à plein d’autres artistes : nous écrivons tous ensemble les chansons et ensuite nous sommes tous ensemble en studio pour enregistrer toutes les parties. Ça, en soit, ça permet d’enlever pas mal de stress.

Il y a beaucoup de soul dans ces chansons, surtout « My Last Breath » ou « Ain’t Nobody ». Vous avez même des chanteuses de gospel. Est-ce que tu considères que Black Stone Cherry est autant un groupe de soul que de blues-rock sudiste ?

Je suppose ! Ces choses nous ont toujours influencées et nous avons toujours voulu les inclure dans notre musique, et nous avons pu le faire pour la première fois sur l’album Kentucky, et maintenant nous le faisons encore plus, et j’adore complètement ça ! La soul a toujours été une énorme influence pour nous, ainsi que le blues, ainsi que le hard rock, le classique rock et plein d’autres choses. C’est sympa maintenant d’avoir l’occasion de faire nos propres albums avec les deux derniers et vraiment faire ce que nous voulons avec.

Vous rendez même hommage à James Brown, le parrain de la soul !

Ouais ! James Brown est le parrain de la soul et l’une des plus grandes rock star ayant jamais vécu. De la part d’un groupe de rock n’ roll, faire une chanson avec ce type d’influence funk… C’est marrant comment c’est venu : très souvent, nous avons des titres de travail pour les chansons quand nous sommes en train de les composer, et ça pourrait être n’importe quoi comme la météo ce jour, la ville où nous sommes ou bien un autre artiste. Et celle-ci, nous l’avons simplement appelée « James Brown Song », simplement à cause de son côté funky. Il s’est avéré que j’ai trouvé un refrain qui référençait vraiment James Brown, et c’était vraiment cool ! Nous l’avons donc appelée « James Brown » au départ pour se souvenir de la chanson mais lorsque j’ai écrit les paroles du refrain, ça faisait parfaitement sens d’appeler la chanson « James Brown ». Et c’est en fait John Fred [Young] qui fait le chant au début, c’est vraiment un truc cool !

Une chose qui caractérise votre musique est le fait qu’elle ait beaucoup de groove, effleurant parfois le funk, comme la chanson dont on vient de parler. Est-ce que faire groover une chanson est aussi important pour vous que d’avoir des mélodies et riffs forts ?

Ouais, le rythme est la première chose qui te donne des émotions dans la musique. Le rythme d’une chanson est ce qui pousse les gens à bouger leur tête, leurs hanches, leurs pieds ou peu importe, ensuite les paroles est ce qui créé un lien à un niveau personnel. Donc chaque partie d’une chanson est un composant essentiel, mais il est clair que nous écrivons de la musique pour qu’elle soit jouée live, ça a toujours été notre truc. « Comment la chanson sera en live ? » « Est-ce qu’on peut voir les gens durant le concert être à fond dans la chanson ? ».

On peut entendre une section de cuivres, un piano de saloon, un orgue gospel, des synthétiseurs atmosphériques, des chœurs gospel, des percussions… Ça fait beaucoup d’élément pour un simple quatuor ! Est-ce que vous avez voulu approcher cet album sans restriction ?

Nous voulions juste expérimenter et tout essayer, ne rien se refuser. Si une chanson avait besoin de congas ou de percussions, alors nous les ajoutions. Si elle avait besoin de femmes qui chantent dessus, nous les ajoutions. C’est comme ces échanges homme/femme dans « My Last Breath » : ce que cette chanson raconte à ce moment précis est extrêmement personnel et… C’est un magnifique moment dans la chanson. C’est l’un de mes passages préférés dans tout l’album. Et les cuivres et tout, comme je l’ai dit, ce sont des choses que nous avons toujours voulu utiliser et c’est ce que nous avons enfin fait sur le dernier album. C’est quelque chose qui, je pense, fera à jamais partie de Black Stone Cherry.

« Tous nos albums ont les quatre mêmes membres et la même base commune mais ils sonnent tous uniques et différents. Mais je dirais que nous avons trouvé à cent-dix pour cent qui nous étions et ce que nous devions faire avec ce nouvel album. »

Tu as mentionné plus tôt la chanson éponyme, et c’est en l’occurrence une fin cathartique parfaite, avec ce long solo de guitare très émotionnel. Comment cette chanson a vu le jour ?

Nous étions posés à l’arrière du bus en train de jouer de la guitare et la musique nous est venue, et une fois que la musique était là, j’ai commencé à chantonner, et ça sortait tout seul ! Toutes nos chansons sont écrites assez rapidement, car la chanson dicte un peu l’émotion du chant ; c’est comme ça que l’idée d’une ligne de chant te viens, en écoutant la musique. C’est difficile de décrire le processus de composition parce que c’est dur de revenir au jour où cette chanson a été écrite. Je me souviens juste : nous écoutions la musique et ensuite la mélodie est venue et puis des paroles ont commencé à sortir, et tout d’un coup, tu as un couplet, un refrain, et puis la chanson est terminée. Et ensuite, quand tu séquences un album, tu essaies de l’amener à dessiner un tableau et raconter une histoire, un petit peu. C’est comme un livre : chaque chanson est un chapitre du live. Cette chanson ne semblait aller nulle part ailleurs qu’à la fin de l’album. Et puis lorsque nous avons fait les premières écoutes des différents ordonnancements choisis, cette chanson était toujours la dernière de l’album pour clore le livre. Je trouve que c’est la chanson parfaite sur laquelle finir l’album, compte tenu de ce qu’elle raconte, comme je l’ai dit plus tôt : la seule constante dans le groupe, y compris moi personnellement, est qu’on a toujours hâte de revenir à la maison. Ça peut être pris dans un sens littéral comme figuratif. Cette chanson est tout simplement spéciale et referme joliment et avec force l’album.

Ton fils de cinq ans chante des chœurs sur « You Got The Blues ». C’est un âge assez précoce pour chanter sur un album. Comment as-tu réussi à le discipliner suffisamment pour faire ça ?

Nous étions à la maison avant d’enregistrer l’album, et il déambulait en chantant cette chanson. Je n’y ai jamais trop réfléchi, je trouvais juste que c’était génial, comme « Eh, peut-être que c’est une chanson accrocheuse si un gamin de quatre ans est capable de s’en souvenir et la chanter constamment. » Et ensuite, avance rapide jusqu’au moment où nous sommes en studio, ma femme et mon fils sont venus au studio un jour. Je travaillais justement sur cette chanson avec un mix grossier, et j’étais là : « Eh bonhomme, viens par ici une seconde, » et je l’ai fait s’asseoir dans une chaise, devant le microphone sur lequel j’avais chanté – c’était juste après son cinquième anniversaire -, et j’ai dit : « Eh bonhomme, ça te dirait de me rendre un service et chanter quelque chose ? » Et il a dit : « Ouais, je vais essayer ! » Je lui ai chanté la ligne et il me l’a rechanté. Nous avons fait ça plusieurs fois et nous avons fini par le mettre sur l’album. C’est vraiment cool ! C’est notamment dans l’intro de la chanson. Je suis à droite, il est à gauche. C’est quelque chose que lui et moi pourront toujours partager, le fait qu’il ait chanté sur un album avec moi quand il était tout petit.

Warren Haynes chante et joue de la guitare sur « Dancin’ In The Rain ». Qu’est-ce que ça représente pour vous d’avoir une telle personnalité du rock sudiste qui chante et joue sur votre musique avec vous ?

C’est absolument génial ! C’est assez épatant quand quelqu’un comme lui… Je veux dire que Warren Haynes est une légende et c’est l’un de nos héros. Pas seulement pour Warren Haynes en tant que lui-même et Gov’t Mule mais aussi The Allman Brothers. Ce n’est pas tous les jours que tu as l’occasion d’avoir un des Allman Brothers sur ton album. Nous avons été voir Gov’t Mule et Blackberry Smoke à Nashville, dans le Tennessee, en août dernier. Nous avons parlé à Warren ce soir-là et avons discuté de la possibilité de tourner ensemble à un moment donné, et Warren était là : « Ouais, mec, on adorerait tourner avec vous, les gars, on adore ce que vous faites. » Nous trouvions ça génial. Et puis environ deux ou trois semaines plus tard nous avons rencontré son tour manager, nous disions : « Eh mec, pourrais-tu prendre contact avec les gens de Warren Haynes et voir s’il serait intéressé pour apparaître sur un de nos morceaux sur l’album ? » Nous avons envoyé la chanson et environ un jour plus tard, nous avons reçu un appel téléphonique et un email disant que Warren adorait la chanson et adorerait en faire partie. Et soudain, Warren Haynes m’appelle et il est là : « Eh mec, tu as quoi en tête ? » Et je suis là : « Bordel de merde ! Warren Haynes vient de m’appeler ! » [Petits rires] c’était absolument génial. En fait, nous l’avions déjà rencontré il y a quinze ou seize ans à New York. Nous faisions un showcase pour une maison de disque et il vivait de l’autre côté de la rue par rapport à la salle de concert où nous jouions à l’époque. Nous lui avons parlé à quelques reprises en passant, mais cet album est la première fois où nous avons eu l’opportunité de collaborer avec lui. C’est quelqu’un de tellement sympa et une des personnes les plus gentilles que tu pourras rencontrer, et un talent incroyable. Nous étions épatés qu’il aime la chanson, qu’il était fan du groupe, qu’il voulait apparaître sur le morceau et qu’il était d’accord pour associer son nom à une chanson avec nous. Et nous partons en tournée avec Gov’t Mule en avril, donc ça aussi ce sera très amusant.

Tout comme l’album et l’EP précédents, ainsi que le tout premier album de Black Stone Cherry, vous avez produit et enregistré vous-même Family Tree au Barrick Recording de David Barrick, proche de chez vous dans le Kentucky. Penses-tu que vous ayez trouvé la formule parfaite pour mettre vos tripes sur album ?

Je pense que nous avons trouvé ce qui fonctionne pour nous en tant que groupe et c’est ainsi que nous faisons tout. Nous enregistrons avec David à la maison et nous pouvons tous rentrer chez nous, voir nos femmes et enfants tous les soirs. C’est sympa, car c’est rafraichissant de rentrer chez soi et sortir un peu du studio, plutôt que de voyager loin pour aller en studio, où c’est la même chose jour après jour. Quand nous sommes en studio, si quelqu’un dit « eh les gars, je ne peux pas venir de deux à trois aujourd’hui, » ce n’est pas un problème. Alors que quand tu vas ailleurs pour enregistrer un album, que tu dépenses beaucoup d’argent, que tu dois payer des appartements et tout, ça devient très cher et tout doit être planifié, et ça devient bien plus comme un boulot. Et avec la façon dont nous procédons, ça créé un environnement plus relax. C’est bien plus marrant et productif de faire comme nous faisons avec notre groupe, enfin c’est mon avis personnel.

« Nous sommes très protecteurs envers notre musique, notre son et notre façon de faire les choses. […] Si tu as des gens qui savent bien faire leur boulot, alors il n’y a pas besoin d’ajouter d’autres personnes pour leur expliquer comment faire leur boulot. »

D’un autre côté, est-ce que ça ne devient pas trop confortable ? Car certains groupes estiment qu’ils ont besoin de sortir de leur zone de confort et essayer de nouveaux environnements pour se stimuler.

Ce n’est pas notre cas. L’album Kentucky et l’album Family Tree sont ce qu’ils sont parce que nous nous sommes permis d’expérimenter et essayer de nouvelles choses sans avoir quelqu’un qui dit « bon, vous ne devriez pas faire ci ou ça. » Je pense que la liberté d’essayer tout ce qu’on veut est ce qui maintient la fraîcheur et l’intérêt des choses. Nous n’avons jamais fait deux fois le même album. Tous nos albums ont les quatre mêmes membres et la même base commune mais ils sonnent tous uniques et différents. Mais je dirais que nous avons trouvé à cent-dix pour cent qui nous étions et ce que nous devions faire avec ce nouvel album.

Mais parvenez-vous malgré tout à vous remettre en question tous seuls ?

Oh ouais, nous sommes nous-mêmes notre pire critique. Si quelqu’un joue quelque chose, qu’une partie est cool mais que le reste n’est pas terrible selon nous, nous sommes là : « Oh mec, ça ce n’est vraiment pas top, il faut que tu essaies autre chose sur cette partie. » Lorsque je chante une ligne, tout le monde donne son avis, tout le monde se demande « est-ce que c’est ce qu’il y a de mieux ? N’y a-t-il pas quelque chose de mieux à faire ? » Nous sommes vraiment comme des producteurs extérieurs les uns pour les autres. Mais nous savons aussi suffisamment bien comment travailler ensemble après l’avoir fait pendant si longtemps, si bien que nous savons comment tirer l’absolu meilleur de chacun.

Non seulement le groupe a autoproduit l’album mais tu t’es également toi-même chargé du mixage. N’es-tu pas inquiet de manquer de recul sur votre musique ? Je veux dire que c’est pour ça que même les groupes qui s’autoproduisent donnent généralement le mixage à une oreille extérieure…

Nous avions un mix en rab que nous avions fait faire par un mixeur de classe mondiale, mais ils voulaient aussi que je tente le coup de faire le mix moi-même. Au bout du compte, ils ont préféré mon mix à l’autre, donc j’ai fini par me charger du mixage de l’album. Certaines personnes pourraient voir ça et dire : « Bon, pourquoi ils n’ont pas fait ça ? » Et je comprends ce besoin parfois de faire appel à un mixeur extérieur, mais à la fois, la raison pour laquelle tu embauches un mixeur est parce qu’il est très bon pour obtenir un son et il impose un peu ce son à ton groupe. Là, personne ne nous a rien imposé. C’est nous qui faisions l’enregistrement et la production, donc c’est nous qui faisions le son de l’enregistrement. Donc c’était parfaitement logique, à mon sens, que je me retrouve à mixer l’album, car j’étais là quand chaque morceau de l’album a été enregistré. Et j’ai voulu lui donner un son très naturel. L’album sonne comme un groupe jouant dans une pièce, et c’est ce que nous recherchions. Je voulais que ça sonne comme nous, comme si tu étais assis dans une pièce en train de nous regarder jouer. C’était ça mon approche du mixage de l’album. Tu peux entendre chaque instrument à tout moment. Ça sonne juste comme un groupe qui joue ! Tu sais, c’est le tout premier album à sortir mondialement que j’ai mixé tout seul. C’est tout neuf pour moi, mais je suis confiant par rapport au mix. J’ai le sentiment d’avoir atteint le but que je m’étais fixé quand on m’a chargé de cette mission, c’est-à-dire mixer une représentation honnête de notre groupe.

On dirait que doucement vous vous réappropriez toutes ces tâches qui par le passé étaient déléguées à des gens extérieurs. Cherchez-vous à avoir le moins d’intermédiaires possibles entre vous et votre public ?

Ouais. Voilà comment je vois les choses : si nous sommes plus que capables d’obtenir un produit qui est tout aussi bon que ce que n’importe qui d’autre peut obtenir, pour notre propre groupe, alors quel intérêt d’embaucher des gens extérieurs ? Car nous sommes très protecteurs envers notre musique, notre son et notre façon de faire les choses. Même l’artwork est fait par le groupe ; notre bassiste Jon [Lawhon] a fait les artworks depuis Between The Devil And The Deep Blue Sea jusqu’à ce nouvel album. Le moins il y a de cuisiniers en cuisine, le mieux c’est. Parfois quelqu’un fait un super plat et quelqu’un d’autre vient rajouter des ingrédients et ça commence à avoir un goût de chiotte [petits rires]. Si tu as des gens qui savent bien faire leur boulot, alors il n’y a pas besoin d’ajouter d’autres personnes pour leur expliquer comment faire leur boulot. Et on ne peut pas faire plus authentique : nous avons écrit les chansons, nous avons produit l’album, nous sommes entièrement impliqués… Nous sommes ceux qui ont placé les microphones, à aider David, l’ingénieur, nous étions ceux qui ont aidé à ajuster le son qui rentre… Nous avons utilisé le même matériel que nous utilisons en live. Cet album ne pourrait pas être plus authentique ! C’est à cent pour cent nous, utilisant le même équipement qu’en live, jouant avec la même mentalité que lorsque nous jouons live. C’est un album qui est vraiment spécial pour nous.

Et c’est quoi la prochaine étape ? Que le groupe se charge également du mastering lui-même ?

Le mastering, c’est quelque chose que nous sous-traitons toujours, simplement parce que le mastering, c’est un tout autre spectre du monde de l’audio. C’est quelque chose qui ne m’intéresse pas du tout. Mon truc, c’est me pencher sur les instruments individuels et m’assurer qu’ils sonnent comme ils doivent sonner lorsqu’on se tient devant eux, pas forcément de me poser, écouter et dire : « Comment faire pour que l’album sonne plus fort ? » et ce genre de choses. J’apprécie le mixage mais le mastering est quelque chose dans laquelle je n’ai pas envie de mettre mes mains.

Interview réalisée par téléphone le 6 mars 2018 par Nicolas Gricourt.
Retranscription & traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Harry Reese.

Site officiel de Black Stone Cherry : www.blackstonecherry.com.

Acheter l’album Family Tree.



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  • Patate "Fromage" Charcuterie dit :

    Franchement cool ce groupe 🙂

    [Reply]

  • Patrice Wauty dit :

    Merci à Nicolas Gricourt pour cet interview très intéressante.
    Black Stone Cherry est vraiment un groupe excellent ! j’en suis fan !
    Ils seront en concert au Luxembourg, le 19 juin. Bien entendu, je serais présent ! 😉

    [Reply]

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