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Chronique   

Black Stone Cherry – Family Tree


Depuis dix-sept ans, Black Stone Cherry incarne une forme de stabilité. Les quatre membres fondateurs jouent toujours ensemble et nous livrent, tranquillement, leur sixième album, successeur de Kentucky (2016), Family Tree. Toute la question est de savoir si les Américains vont conserver l’inspiration southern blues qui a dessiné Kentucky, ce retour authentique à leurs racines, en faisant fi des considérations radiophoniques du passé et n’écoutant que les envies du groupe, en partie confirmée par l’EP Black To Blues sorti il y a peine un an. Family Tree va plus loin. Il confirme que oui, la direction de Black Stone Cherry est la bonne, et qu’il y a de quoi tenir le Kentucky en haute estime.

Family Tree a ce cachet des disques en apparence très simple, à savoir treize titres qui s’enchaînent sans temps mort (sans compter que l’album commence par les battements de sticks, à l’ancienne). Ceux qui ont apprécié Kentucky ne seront aucunement dépaysés. Pourtant Black Stone Cherry a accentué bien des choses. Les résidus de power rock sont en passe de disparaître, subsistant encore dans les couplets de « Burnin’ » par exemple. Black Stone Cherry est moins agressif, pas moins énergique en revanche. La production (œuvre du groupe lui-même, tout comme le mixage) se veut plus organique et moins policée, afin de rendre justice à une identité désormais complètement affirmée. « Bad Habit » ouvre l’album sur un riff funky-blues entraînant, histoire de bonnes dispositions sans doute. Néanmoins Black Stone Cherry s’évertue à trouver les accroches qui dissipe l’impression de « déjà vu, déjà entendu », en témoigne le break bien senti que ZZ Top n’aurait pas renié. Cet art du break, on le retrouve sur « Burnin’ », ou le chant de Chris Robertson soutient un lead blues très ténu avant de renchaîner sur le refrain. Family Tree se perçoit ainsi, un récital de titres blues rock typique, avec des passages semblant presque jammés, avec suffisamment de petites attentions pour captiver et se singulariser. À ce titre, l’arrangement constant de piano blues ambiance saloon en filigrane de « New Kinda’ Feelin » et les percussions de « You Got The Blues », « Carry Me On Down The Road » ou « Get Me Over You » illustrent parfaitement ce souci du détail omniprésent et ce sens de l’accroche. Il suffit d’entendre Chris Robertson scander le refrain de « You Got The Blues » avec ce bégaiement déroutant d’ingéniosité et d’efficacité. Le batteur John Fred Young se paie même le luxe de quelques « ouh-ouh » pour ouvrir « James Brown » qui fait éclater au grand jour la culture soul du groupe, tout comme les chanteuses donnant généreusement de la voix sur « Ain’t Nobody ».

Surtout, Black Stone Cherry a cette faculté de varier les tempos jusqu’à atteindre la lourdeur du riff de « You Got The Blues ». On pouvait s’attendre à la sempiternelle ballade, celle-ci a été remplacée par un titre tout en délicatesse, à savoir le mélancolique « My Last Breath » plus proche de l’hymne fédérateur à reprendre en live avec ses échanges de chœurs hommes/femmes chaleureux, son orgue gospel et ses arrangements de cuivres que de la complainte langoureuse. En parlant d’hymnes justement, « Southern Fried Friday Night » et ses riffs à la talk-box a un potentiel à faire valoir, sans doute l’un des titres les plus FM de l’album avec son refrain dans la plus pure tradition du rock US. Au terme de plusieurs écoutes, Family Tree a des airs d’autoroute : les titres se succèdent à une vitesse effarante, plus par l’absence totale de lassitude que par leur brièveté. Mention spéciale à la conclusion « Family Tree » justement, qui prend des airs d’un Pearl Jam dans ce qu’il a de plus mélodique, y compris sur le solo extatique en slide. Un titre qui termine l’album en grande pompe et qui résume le travail des guitares réalisé par le groupe : sans accrocs et inspiré, du début à la fin.

Family Tree peut sans conteste s’imposer comme le disque qui définit aujourd’hui l’essence de Black Stone Cherry : des refrains de tueurs, un feeling southern rock/blues remis au goût du jour – la présence de Warren Haynes (Gov’t Mule, ex-The Allman Brothers Band) sur « Dancin’ In The Rain » fait d’ailleurs joliment le lien entre générations – et cette faculté à sans cesse captiver. Si l’on est connaisseur du groupe, Family Tree se savoure comme un grand cru. Si l’on est amateur de rock au feeling années 70 et d’un jeu de guitare racé, c’est exactement la même chose. Black Stone Cherry n’a peut-être plus l’exubérance de ses débuts, il a peut-être gagné en sagesse via un son plus caractéristique. Ce qui est certain c’est que Family Tree impose un standard d’excellence pour le quatuor.

Chanson « Bad Habit » en écoute :

Lyric video de la chanson « Burnin' » :

Album Family Tree, sortie le 20 avril 2018 via Mascot Records. Disponible à l’achat ici



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