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Interview   

Blackfield : Aviv Geffen ne se cache plus


Avec Steven Wilson en véritable touche-à-tout et en perpétuel mouvement, vacant d’un projet à un autre, il est vrai que le cas Blackfield devenait complexe à appréhender. Car si Aviv Geffen, le véritable homme du groupe, gère de lui-même la composition des albums de la formation, c’est bien Steven Wilson qui par sa notoriété a braqué les projecteurs sur ces deux premiers opus que sont Blackfield et Blackfield II. Mais voilà, comme nous l’avoue Aviv Geffen dans l’entretien qui suit, désormais les fans de Blackfield savent qui il est. Ce qui, à tort, pouvait être juger comme un énième projet personnel de Wilson, Blackfield, avec Welcome To My DNA déjà, semble avoir passé un véritable cap dans la reconnaissance de ce qu’il est vraiment.

Cela, Aviv Geffen nous l’explique de lui-même. Il aborde avec nous les collaborations de Brett Anderson et Vincent Cavanagh sur ce nouveau disque ainsi que sa vision de la musique et de la pop, genre qui selon l’artiste, cataloguerait trop sa propre musique qui n’a pour premier but que de délivrer de bonnes chansons.

« Pour les deux premiers disques, j’avais le sentiment que je me cachais derrière Steven. »

Radio Metal : Les deux premiers albums ont pour titre Blackfield et Blackfield II. Le troisième s’appelle Welcome To My DNA et est un concept-album. Ce nouvel album porte à nouveau le nom du groupe : que représente-t-il ?

Aviv Geffen : Pour les deux premiers disques, j’avais le sentiment que je me cachais derrière Steven (NDLR : Steven Wilson, le guitariste et leader de Porcupine Tree). Welcome To My DNA fut une sorte de tournant, car les fans commençaient à me connaître. J’écris toutes les chansons dans Blackfield. Maintenant que les fans savent qui je suis, on a mis un autre chiffre derrière le nom du groupe. C’est mieux, tu sais, surtout après tant d’années de tournées.

Sur la pochette de l’album, on voit une antenne parabolique : est-ce une métaphore représentant tes tentatives de te connecter avec le monde ?

Non, cette antenne représente toutes les réponses que nous essayons d’avoir de là-haut. On essaye de trouver nos dieux, notre amour, mais le fait est que nous sommes tous seuls. Tout l’album, et même les chansons plus poétiques dessus, expriment ce point de vue. Seul le chaos existe.

Steven Wilson est moins présent sur cet album que sur les précédents, même s’il est impliqué dans le son et la carrière du groupe. Du fait qu’il ait tant de projets différents, penses-tu qu’il pourra toujours participer aux futurs albums de Blackfield ?

Oui, bien sûr. Pour Blackfield IV, le truc c’est que Steven était en train de bosser sur son nouvel album solo, The Raven That Used To Sing (And Other Stories). Nous avons donc eu une discussion afin de savoir si nous attendions qu’il ait fini de tourner ou si je commençais tout de suite. Tu sais, sur Blackfield IV, Steven joue de la guitare, il chante et il a aussi mixé le tout. Nous allons tourner en février prochain en Europe et aux États-Unis.

Brett Anderson (NDLR : ancien chanteur du groupe anglais Suede) et Vincent Cavanagh (NDLR : guitariste d’Anathema) chantent sur ce nouvel opus. Le choix de Vincent apparaît évident, considérant le style de musique qu’il joue et son amitié avec Steven. Peux-tu nous en dire plus ?

Anathema a ouvert pour Blackfield aux États-Unis il y a deux ans de cela, j’ai donc eu la chance de le rencontrer et de le connaître, comme son frère Danny (NDLR : Danny Cavanagh, guitariste d’Anathema). C’est un grand fan du groupe et un super mec. Il m’a demandé de l’avertir quand Blackfield ferait un nouvel album, ce que j’ai fait. Je lui ai demandé de chanter “X-Ray”. Il est venu à Londres et a fait du super boulot.

Comment en es-tu arrivé à travailler avec Brett Anderson?

J’étais un des plus gros fan de Suede. J’ai voyagé dans le monde entier pour voir jouer son groupe live. Un jour, j’ai pris mon courage à deux mains et je lui ai dit « Ecoute Brett, j’ai un groupe qui s’appelle Blackfield composé de Steven Wilson et de moi-même, alors si tu voulais bien écouter une de nos démos, je pense que tu pourrais chanter dessus ». J’ai attendu une semaine et il m’a dit que la chanson « Firefly » était super et qu’il la chanterait. Pour moi, cela a été un super moment, c’était comme avoir le tampon de ce groupe royal qu’est Suede sur le passeport Blackfield !

« Une de mes plus grosses influences a été Serge Gainsbourg. Ses arrangements pour orchestre sont du pur génie. »

Dans Blackfield, tes influences principales sont pop. Généralement, le mot « pop » a toujours une connotation péjorative, notamment chez les fans de styles spécifiques ou underground comme le jazz ou le metal. Que dirais-tu à ceux qui critiquent cette musique qui est d’une certaine façon plus accessible que les autres ?

Premièrement, des chansons comme « Pills » ou « X-Ray » sont plutôt sombres. Je ne suis pas du style à cataloguer la musique dans des genres bien définis. Blackfield, c’est le son des guitares de Steven, l’orchestration et le piano dans mes chansons. Je ne sais pas, la musique pourrait être un peu de la pop symphonique à certains moments. Je ne suis pas à fond dans le metal progressif : je suis au-dessus de cela. Je suis comme Steven qui adore des groupes comme Abba ou The Carpenters : on veut être un groupe avec des bonnes chansons, comme Pink Floyd, Genesis ou King Crimson. Nous ne sommes pas seulement un groupe de progressif. Le plus important, ce sont les chansons.

Est-ce que la pop est moins profonde que les autres style musicaux ?

Non, je ne pense pas cela. J’adore des groupes comme A-Ha ou les Bee Gees. Les gens ont une tendance à dire « La pop, c’est pas de la musique », mais bien sûr que c’est de la musique, et c’est super. Certains artistes qui font une sorte de musique pop sont des génies, certains d’entre eux sont parmi nos plus grandes influences à Steven et moi. Je pense que pour une chansons donnée, on devrait avant tout prendre en considération si elle est bonne ou mauvaise ou juste correcte. Et nous ressentons devoir offrir de supers chansons, les unes après les autres, à nos fans.

Que penses-tu de la pop d’aujourd’hui par rapport à celle des années 60, 70 ou 80 ?

Je crois que mes racines remontent aux années 80 avec l’Eurotrash. Et cela va bien avec les guitares, l’orchestration dans Blackfield. Je pense que ce qui marche avec Blackfield, c’est la mélodie, la voix est gaie mais aussi un peu amère. Je suis un grand fan des 80’s.

Tu as déclaré que Thom Yorke, de Radiohead, est aujourd’hui le plus grand génie musical en activité. As-tu écouté son nouveau projet, Atoms For Peace ?

Oui, mais je dois dire que je préfère ses albums plus anciens, comme The Eraser. Je ne suis pas un grand fan de Amok en ce moment. Pour moi ça va trop loin, c’est trop dubstep. On dirait le genre de truc qui essaie d’être cool. Comme Trent Reznor qui a débuté en étant un garçon plein de colère et maintenant qui essaie d’imiter ses jeunes années. Je ne suis pas très friand de ces trucs.

« Je crois que c’est le moment pour que Blackfield prenne de l’ampleur. »

Tu as une relation très spéciale avec la France et les artistes français. Nous savons que le chanteur Raphaël est un grand fan de Blackfield et que tu adores Léo Ferré ou Daft Punk. Quels groupes français as-tu écouté récemment ?

Je pense que Daft Punk et Justice sont incroyables. Quand tu écoutes tous les albums de Blackfield, et le dernier aussi, une de mes plus grosses influences a été Serge Gainsbourg. Ses arrangements pour orchestre sont du pur génie. J’ai traduit et chanté « Avec Le Temps » de Léo Ferré en hébreu et cela a été un très gros hit en Israël. Aujourd’hui, toute la jeune génération dans mon pays connaît Léo Ferré.

As-tu des projets pour un nouvel album solo ?

En ce moment, non. Je suis concentré uniquement sur Blackfield, car je crois [que nous avons le potentiel pour] devenir plus importants. Nous devons porter notre attention là-dessus, au moins en tournant, faisant la promotion de l’album comme ce que je fais là tout de suite, essayer d’avoir un single à la radio… Je crois que c’est le moment pour que Blackfield prenne de l’ampleur. Et Steven et moi allons jouer en Europe et aux États-Unis en février, avec un groupe au complet. Bien entendu, nous jouerons à Paris !

Il y a deux ans, tu avais déclaré que tu aimerais entreprendre une collaboration avec Jordan Rudess (NDLR : le claviériste de Dream Theater). Depuis, as-tu pu entrer en contact avec lui ?

Oui, j’ai été chez lui, dans le New Jersey. Peut-être ferons-nous des shows acoustiques ensemble, car nous sommes amis. C’est vraiment un génie, et un très grand pianiste.

Pour finir, que penses-tu de la situation actuelle en Égypte ?

Je pense que c’est dangereux, car si l’armée prend le contrôle de tout le pays, toute la région deviendra plus instable. Il y a un risque et j’ai vraiment peur, pour être franc. Lorsque l’armée prend le contrôle, c’est très dangereux. La région est déjà très instable et maintenant avec ce qu’il se passe en Égypte, c’est encore pire.

Interview réalisée par téléphone le 4 juillet 2013 par Metal’O Phil.
Retranscription et traduction : Jean Martinez – Traduction(s) Net.
Introduction : Alastor.

Site internet officiel de Blackfield : www.blackfieldmusic.com

Album Blackfield IV, sorti le 26 août 2013 chez Kscope.



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