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Interview   

Blackrain : au naturel et sans restriction


Depuis sa « libération » en 2016, la bête Blackrain a beau être « une espèce en voie de disparition », elle continue de faire sa vie comme elle l’entend, indomptable. Certes, le cycle de Dying Breed n’a duré que quelques mois avant la pandémie et l’arrêt des concerts, mais pas de quoi ternir la passion des Hauts-Savoyards pour le sleaze, le glam et le heavy metal. C’était, au contraire, une bonne occasion de plancher sur un nouvel album sans contrainte. Ainsi est né Untamed, qui se veut sans « aucune limite au niveau du style », mais foncièrement Blackrain, avec le son qu’ils recherchaient depuis toutes ces années, obtenu grâce à leur collaboration avec Hannes Braun de Kissin’ Dynamite.

Un album qu’ils accompagnent d’une floppée de clips humoristiques montrant un groupe plein d’autodérision et se jouant des clichés, jusqu’à aller investir la salle de répétition de la série Hélène Et Les Garçons en compagnie des acteurs eux-mêmes… Nous parlons en détail de tout ceci avec Swan Hellion.

« Je pense que les chansons vraiment plus typées heavy metal, beaucoup plus agressives, c’est une partie de l’identité du groupe et il me semble que nous l’avions un peu mise de côté pendant trop longtemps. Je pense que ça fait plaisir à tout le monde de ressortir cette facette de Blackrain, nous les premiers. »

Radio Metal : Dying Breed est sorti fin 2019. Quelques mois plus tard, il y a eu la pandémie, et vous avez arrêté les concerts, comme tout le monde, en mars 2020. Comment avez-vous vécu ça ?

Swan Hellion (chant & guitare) : Déjà, je n’étais pas en France, donc je ne l’ai pas vécu comme le reste du groupe. Je n’ai pas eu de confinement, je n’ai rien eu, donc j’ai continué à vivre presque comme si de rien n’était. Je l’ai plutôt bien vécu. Comme nous ne pouvions pas faire de concerts, nous avons fait des chansons à la place. Ça nous a laissé pas mal de temps pour faire l’album, donc ce n’était pas trop mal. Je n’ai pas trop à me plaindre de cette période. Après, je sais que les autres membres du groupe en ont un peu chié suivant où ils étaient. La plupart des membres habitent en Haute-Savoie, donc ils ont quand même pu s’échapper un peu, mais c’est vrai que c’était assez spécial d’être enfermé et de ne pas avoir le droit de faire grand-chose. C’était une période très particulière qui fait bien réfléchir. En tout cas au niveau musical, ça ne nous a pas dérangés plus que ça. Au contraire, ça nous a laissé plus de temps pour faire ce que nous avions à faire. Nous n’avions pas de deadline par rapport au label, donc c’était tranquille.

Vous avez passé pratiquement deux ans sans concert : ce n’était pas un peu frustrant quand même ?

A la fin, ça devenait un peu chiant, oui, mais pour être tout à fait honnête, ça ne m’a pas manqué plus que ça. Il faut dire que le temps passe assez vite. Quand tu travailles à côté et que tu fais tes chansons, j’ai trouvé que ça passait assez vite. Je n’aurais jamais cru que ça faisait quasiment deux ans que nous n’avions pas joué. Je crois que le premier concert après pandémie que nous avons fait était le 15 octobre 2021. C’est vrai que ça faisait quand même plaisir de remonter sur scène. J’ai surtout noté une différence avec le public qui était beaucoup plus réceptif, les gens étaient beaucoup plus enthousiastes. Ils étaient contents d’être de sortie. Ça s’est vraiment senti. Je voyais une grosse différence dans l’attitude du public.

Vous vous êtes mis rapidement sur la composition du disque ?

Oui. De toute manière, c’est un truc assez continu. Je n’arrête jamais vraiment. L’album vient de sortir, je fais déjà des trucs pour le prochain. Nous fonctionnons comme ça. Je ne pense pas que je pourrais me mettre à composer des morceaux d’un coup à la demande ; en faire dix en un temps réparti, je ne suis pas sûr d’être capable de faire ça. Donc nous le faisons sur la durée, dès que nous avons du temps. C’est un peu mon hobby.

Untamed, c’est un peu le Blackrain quintessentiel quelque part. Comme le disait Matthieu : le son est puissant, la batterie tape, il y a un mélange de mélodies accrocheuses et d’agressivité, et c’est tout ce que vous aimez. Cet album définit-il tout ce qu’est ce groupe ? Est-ce qu’il a même été conçu dans cette optique, comme une sorte de carte d’identité ?

Ce n’est pas une chose à laquelle nous réfléchissons quand nous faisons fait un album. Nous nous donnons quand même parfois des objectifs au niveau des chansons et de ce que nous recherchons. Pour le coup, sur cet album-là, nous ne nous sommes vraiment fixé aucune limite au niveau du style. A chaque fois, nous nous retrouvons avec pas mal de morceaux parmi lesquels nous devons choisir ce qui va figurer ou non sur l’album, mais cette fois, personnellement, je n’avais pas du tout envie de me restreindre à un truc complètement glam ou de nous enfermer dans une seule orientation bien définie. Je ne m’étais pas permis autant de libertés dans Dying Breed, par exemple. Avec Dying Breed, nous nous étions vraiment limités à choisir les morceaux qui sonnaient le plus glam/sleaze pour vraiment coller à l’image qu’on nous donne, c’était vraiment recherché. C’est quelque chose que je voulais éviter pour Untamed. C’est pour ça qu’il y a des chansons comme « Raise Your Glass » ou « Set The World On Fire » qui sont quand même vraiment plus typées heavy metal, beaucoup plus agressives. Je pense que c’est une partie de l’identité du groupe et il me semble que nous l’avions un peu mise de côté pendant trop longtemps. Je pense que ça fait plaisir à tout le monde de ressortir cette facette de Blackrain, nous les premiers.

D’un autre côté, à chaque album de Blackrain, il y a toujours des détails qui apportent de la nouveauté ou sont moins habituelles dans votre univers. Cette fois on peut par exemple parler des effets robotiques de « Neon Drift » ou de l’utilisation de la pédale whammy tout au long de « Summer Jesus ». Est-ce que vous recherchez cette nouveauté, ne serait-ce que pour entretenir votre propre intérêt ?

C’est possible, oui. Ce n’est pas vraiment intentionnel. Je ne me suis pas dit, par exemple, en faisant « Summer Jesus » : « Tiens, il me faut une chanson avec de la whammy. » C’était plutôt que j’avais ce riff en tête et je me suis aperçu en enregistrant que ça aurait été pas mal de tester la whammy. Du coup, je suis allé au magasin, j’en ai acheté une et je me suis dit : « Oui, c’est ce qui manquait. » Ça marche comme ça. Comme je te disais avant, tout ça n’est pas vraiment planifié, ce sont des choses que nous découvrons au fil du temps, au fur et à mesure, pendant que nous sommes en train de composer ou d’enregistrer. Après, c’est sûr que, comme tu dis, c’est toujours intéressant de trouver des nouvelles sonorités, des nouveaux arrangements, des nouvelles façons de travailler. Ça maintient l’intérêt de la chose et ça rend le processus plus intéressant à la fin. Après, dans Blackrain, nous sommes tous assez ouverts d’esprit au niveau musical, nous avons un registre assez large et c’est vrai que des fois nous trouvons de l’inspiration un peu partout. Il y a peut-être de ça aussi, je ne suis pas vraiment sûr.

« Heureusement qu’il y a encore des choses qui sortent aujourd’hui qui te font ressentir quelque chose. Autrement, ce serait un désastre s’il n’y avait plus que les classiques comme ‘Sweet Child O’ Mine’ et ‘Highway To Hell’. »

Matthieu disait même trouver un côté à la Muse dans « Summer Jesus ». Ça fait partie de vos influences ?

Ça ne fait pas partie de mes influences personnellement. Je ne suis pas un grand fan, Muse n’est pas un groupe qui me touche plus que ça, bien que j’écoute volontiers quelques morceaux et c’est quand même vraiment bien des fois mélodiquement. C’est plus Matt qui est dans Muse. Après, je t’avoue que cette chanson, « Summer Jesus », on m’a sorti plein d’influences différentes auxquelles je n’avais vraiment pas pensé. C’est marrant de voir à quoi les gens se réfèrent, ce n’est pas du tout ce que j’imagine au début des fois. Pour « Summer Jesus », on m’a dit plusieurs fois Bon Jovi, alors que j’ai du mal à voir…

Le côté Bon Jovi ressort peut-être plus avec la talk box de « Down Of Hell »…

Oui, forcément [rires]. Comme la chanson avec la talk box, « Livin’ On A Prayer », est leur hit, ça fait forcément tout de suite référence à Bon Jovi. Mais ce genre de choses, la whammy ou la talk box, ça rajoute tout de suite une identité à la chanson et c’est quelque chose de très important. Il suffit de pas grand-chose, mais un petit son de synthé ou d’une pédale d’effet qui n’est pas forcément tout le long du morceau mais qui revient, ça peut donner une identité à une chanson et c’est toujours très positif. Des fois, tu es en train d’enregistrer et tu fouilles dans les sons qu’il y a dans les programmes, et tu tombes sur des trucs comme ça et tu te dis : « Putain, je pourrais utiliser là. » La plupart du temps, c’est complètement du hasard.

C’est drôle car sur « Summer Jesus » j’entends surtout une couleur un peu cinématographique, façon western…

D’accord ! Notre batteur a eu la même réflexion que toi. Pour lui, ça sonnait western ; pour moi, pas du tout. Je pense que c’est le passage dans le couplet qui sonne un peu western. Personnellement, ça me fait un peu penser à Ghost dans la mélodie. Chacun y voit ce qu’il veut, mais c’est marrant de voir comme ça peut différer d’une personne à l’autre.

Apparemment, vous n’étiez pas très sûr du morceau « Kiss The Sky », mais il a pris de la consistance durant l’enregistrement et c’est vraiment une fois mixé qu’il s’est révélé à vous. L’enregistrement, c’est-à-dire la performance du groupe, est-ce selon toi aussi déterminant que la composition pour donner une direction à un morceau et définir ce qu’il deviendra ?

Je pense que pendant la composition, tu ne sais jamais. Le problème est qu’à un moment donné, c’est dur d’être objectif, car tes oreilles ne sont plus fraiches et tu ne sais plus vraiment. Ce qui peut te paraître bien à un moment donné peut te paraître complètement nul quelques semaines après. Je pense que le plus gros problème avec la chanson « Kiss The Sky » est que, pour moi, elle est très différente du reste. J’avais un peu peur de l’inclure dans la setlist parce que je pensais qu’elle serait peut-être mal accueillie par le public, notamment à cause des sons de synthé, et puis la chanson en elle-même a une structure peut-être un peu plus chiadée que ce que nous faisons d’habitude. J’avais donc cette appréhension – que j’ai trop souvent, d’ailleurs – de perdre le public sur cette chanson. En général, nous demandons l’avis du label, ce qu’ils pensent du morceau avant de le faire mixer – enfin, ça dépend. Celle-ci, je ne l’avais pas envoyée au mixage parce que j’en étais à un point où je l’avais trop écoutée, je ne savais plus ce qui était bien et ce qui ne l’était pas, or il se trouve qu’elle figurait parmi les préférées du label alors que ce n’était qu’une version démo. Je l’ai donc envoyée au mix et c’est vrai qu’après, quand elle est revenue du mix, il n’y avait pas photo. Maintenant, c’est ma préférée avec « All The Darkness », donc je pense que c’était un bon choix. C’est peut-être aussi ma préférée parce que, justement, elle se distingue assez du reste dans les sonorités.

La manière de jouer un morceau peut aussi faire la différence pour le révéler, suivant ce qu’on joue, l’intention que l’on met, etc., non ?

Le problème, c’est que maintenant quand nous faisons un morceau, la plupart du temps si, par exemple, c’est moi qui fais le morceau, je suis tout seul devant mon ordinateur. Je le joue quasiment moi tout seul et je change tout ce que je veux autant de fois que je veux. Ensuite, les autres amènent leurs trucs une fois que je leur renvoie la version qui, pour moi, est finie et chacun fait ses parties. Donc, aujourd’hui, il n’y a pas de performance du groupe tous ensemble quand nous enregistrons. Après, oui, il y a quelque chose en plus qui s’ajoute avec la performance de chacun, et là où ça fait le plus une différence, c’est lorsque le batteur fait ses parties. Là, définitivement, il y a des idées qui ressortent parce qu’en général, il met ses idées et ses rythmes sont parfois complètement à l’opposé de ce que j’avais imaginé. Des fois, ça apporte des trucs assez intéressants et ça fait sonner un peu différemment, mais le noyau de la chanson, la mélodie, etc. reste ce que c’est. Mais oui, chacun apporte sa brique et c’est ça qui fait qu’à la fin, le morceau sonne élaboré est fini.

C’est aussi ce qui peut valoriser la mélodie…

Oui, tu as raison. C’est là toute la difficulté de trouver des musiciens qui savent apporter la pierre à l’édifice et le truc à la chanson plutôt que de faire une démonstration de ce qu’ils savent faire dans chaque morceau, ce qui n’apporte jamais rien. Effectivement, c’est important que chacun sache faire évoluer le morceau pour en faire ressortir le meilleur.

« J’en avais un peu marre de toujours essayer de coller à cette image glam/slease où on attend de nous de parler de faire la fête, des filles, etc. »

Tu as déclaré que vous n’avez « pas vraiment changé quoi que ce soit de fondamental » et que votre « objectif est de continuer à [v]ous améliorer et d’espérer écrire un jour la chanson parfaite ». Qu’est-ce que serait la chanson parfaite pour Blackrain ?

Je ne pourrais pas dire à quoi ça ressemble parce qu’autrement je l’aurais déjà faite ! Une chanson parfaite, ce serait une chanson qui ne se démode pas, qui est intemporelle. La production joue aussi beaucoup. C’est un tube, c’est une chanson que les gens chanteront encore dans trente ou quarante ans. Je n’ai pas la recette, je ne sais pas ce qu’il faut faire. C’est un tout. Je pense que ça ne se joue pas seulement avec la chanson elle-même. Je pense qu’il faut aussi un peu d’aide de l’extérieur pour faire en sorte que tout le monde puisse l’écouter et que ça devienne une « chanson parfaite ».

Le jour où tu feras la chanson parfaite, tu ne le sauras pas tout de suite, mais dans trente ans…

Je n’espère pas mais oui, c’est tout à fait possible. Surtout, aujourd’hui, j’ai remarqué qu’avec TikTok et les nouveaux réseaux sociaux, il y a pas mal de chansons qui ont été faites il y a quelques années en arrière et qui sortent maintenant, parce qu’il y a des gamins qui l’ont utilisée sur TikTok et que ça devient viral.

Si tu regardes dans les groupes que tu apprécies, est-ce qu’il y en a qui ont sorti, selon toi, une chanson parfaite ?

Oui. Il y a plein de chansons parfaites que j’écoute tout le temps. Par exemple, « He Is » de Ghost : elle m’a scotché quand elle est sortie, d’une part pour les mélodies mais aussi la manière dont elle a été produite, avec un côté années 70. Il y a vraiment quelque chose dans cette chanson. Personnellement, je me base souvent sur les mélodies… Récemment, j’ai découvert le groupe anglais White Lies. Ce n’est pas du metal. Ils ont une chanson qui s’appelle « Death » que j’écoute tout le temps. Je n’arrive pas à m’en défaire, c’est vraiment bien. Billy Idol a aussi sorti un album il n’y a pas longtemps avec une chanson vraiment géniale qui s’appelle « Bitter Taste ». Je trouve que ce genre de chose, ça parle à tout le monde et c’est là pour rester.

Finalement, tu as des références assez récentes…

Tout à fait. Heureusement qu’il y a encore des choses qui sortent aujourd’hui qui te font ressentir quelque chose. Autrement, ce serait un désastre s’il n’y avait plus que les classiques comme « Sweet Child O’ Mine » et « Highway To Hell ». Je pense aussi que ces chansons sont si spéciales parce qu’il y a aussi des chanteurs spéciaux et des groupes qui ont été les premiers dans leur style, comme AC/DC, donc ils ont probablement plus marqué. Mais oui, j’ai fait exprès d’essayer de sortir des trucs un peu plus récents [petits rires].

Vous avez travaillé avec Hannes Braun, le chanteur de Kissin’ Dynamite, à la production. Son guitariste Jim Müller fait d’ailleurs un solo sur « Neon Drift ». Vous vous connaissez depuis 2009, mais est-ce qu’un déclic a opéré en particulier lors de la tournée que vous avez faite ensemble fin 2019 ?

Forcément, il y a un déclic du fait que je n’avais aucune idée qu’il était producteur. Si je m’étais intéressé un peu plus et que j’avais creusé le sujet, je lui aurais demandé de mixer nos albums bien plus tôt. Le fait est que je n’en avais aucune idée. Quand je lui ai demandé qui produisait les albums de Kissin’ Dynamite et qu’il m’a dit que c’était lui, j’ai fait : « Putain, je suis trop con ! » C’est un regret que j’ai eu sur le moment quand j’ai réalisé. J’étais vraiment fan de leur son, de la manière dont c’est produit, donc j’étais vraiment surpris. Je me rappelle, c’était la première date de la tournée à Paris. Je lui ai tout de suite dit que dès que j’avais un morceau de prêt, je le lui enverrais et que nous ferions un essai. Il m’a dit qu’il n’y avait pas de souci, que ça le branchait. De toute façon, il faut bien comprendre que c’est son métier, donc je pense que tu peux lui donner n’importe quoi à partir du moment où c’est bien enregistré et où c’est de la bonne matière pour travailler. Je pense qu’il fait tout le temps des trucs bien, donc à mon avis c’est une routine pour lui. En plus, mixer, ce n’est pas forcément ce qu’il préfère. Ce qu’il aime vraiment, c’est produire de A à Z. Son truc c’est vraiment d’écrire la chanson, ensuite il la produit comme il l’entend, comme il veut que ça sonne. Il m’a dit qu’il n’était même plus trop chaud pour continuer à mixer dans le futur. Après, je pense que ça lui fait plaisir de mixer du heavy metal de temps en temps, sachant aussi que nous avons des goûts communs. Il m’a dit qu’il préférait quand, mélodiquement, ça s’apparentait un peu plus à de la pop, donc des trucs plus radiophoniques ou mainstream. C’est pour ça que, lui aussi, « Summer Jesus » lui rappelait un peu Ghost ; c’est un des morceaux qu’il préférait dans l’album.

« J’ai été un peu influencé par le groupe allemand Electric Callboy qui a vraiment sorti des clips qui, pour le coup, sont vraiment dans l’humour cliché, c’est du sketch. Mais il y a un côté déconne qui me plaît vraiment et qui correspond beaucoup plus à qui nous sommes réellement dans la vie de tous les jours. »

Matthieu a déclaré que « grâce à son aide, [vous] av[iez] trouvé le son que [vous] cherchi[ez] depuis dix ans ». En dix ans, vous avez essayé des choses différentes, notamment la collaboration avec un gros producteur en la personne de Jack Douglas. Qu’est-ce qui manquait selon vous à chaque fois pour obtenir le son que vous cherchiez ?

Ça a vraiment été un problème ; en tout cas, je le perçois comme tel. Il y a eu un moment, par exemple, quand nous avons collaboré avec Jack Douglas, où nous avions beaucoup de budget. Nous avions beaucoup d’argent à mettre dans le mixage et l’enregistrement, et je pense qu’avec Jack, on paie pour sa vision des choses, pour qu’il délivre le travail comme lui l’entend, comme lui le voit, or je pense que nous n’avions pas la même vision. Malgré tout, même si, quand j’écoute l’album, c’est chaud, c’est bien fait, ce n’est vraiment pas ce que je recherchais. Ce que j’analyse, c’est qu’il a essayé de nous faire sonner comme un groupe des années 70 ou des années 80. Je pense que ce n’était pas ce qu’il fallait faire. En tout cas, ce n’est pas ce que nous recherchions. Quand tu collabore avec quelqu’un comme ça, tu ne peux pas imposer ton point de vue, même si tu payes pour le boulot, tu payes pour son savoir-faire et pour sa vision, donc tu fais avec. Ensuite, nous nous sommes retrouvés à faire Dying Breed avec Chris Laney. Je pense que cette fois, c’était peut-être plus une question de manque de budget, parce que Chris a vraiment une bonne vision du truc. Il est plus ou moins spécialisé dans le mixage de groupes comme le nôtre. Les mix qu’il a faits, tout de suite, la balance était toujours assez proche de ce que nous recherchions, mais il faut admettre que quand on compare le son de Dying Breed à celui d’Untamed, ce dernier est clairement un niveau au-dessus. Après, je crois que Dying Breed et Untamed ont été faits avec le même genre de matériel. Il n’y a pas de grande différence au niveau de l’enregistrement, qui est quelque chose d’assez simple et dont la qualité dépend beaucoup de l’équipement que tu as. C’est quelque chose qui a très peu changé entre les deux albums, donc je pense que ce sont deux façons de faire qui étaient assez identiques et ça s’est joué au mixage. Je sais que Chris a fait des albums qui sonnent vraiment du tonnerre, donc je pense que nous n’avions peut-être pas assez d’argent à mettre dedans pour qu’il nous fasse le truc parfait.

Donc quand tu parles de production, c’est plus en termes de mixage ?

Oui, tout à fait. Quand on me parle de son, c’est ce que j’entends, c’est ce qui me vient à l’esprit pour expliquer ce que nous recherchons. A part un groupe comme Iron Maiden, par exemple, qui a vraiment un son spécial, je ne pense pas que tu puisses parler d’un son spécial pour un groupe comme le nôtre ou la plupart des groupes aujourd’hui. À mon avis, c’est toujours une affaire de mixage et de savoir-faire du mixeur.

On dirait que les titres de vos albums depuis au moins Released parlent du groupe. Untamed veut dire « indompté ». Durant toutes ces années, qui a essayé de vous dompter et a donc échoué ?

Le titre ne se référait pas forcément aux années passées, sur certaines desquelles nous préférons tirer une croix. Tous ceux qui suivent Blackrain savent qu’à un moment donné nous avons collaboré avec des gens qui ont essayé de changer plus ou moins la direction du groupe. Je pense que sur l’album It Begins particulièrement, nous n’avions plus grand-chose à dire sur la direction artistique, tant visuelle qu’auditive. Pour ce nouvel album, ça se réfère un peu à toute cette période de pandémie. J’ai essayé de rebondir un peu pour diversifier les textes d’ailleurs, parce qu’à un moment donné, je me suis dit que j’en avais un peu marre de toujours essayer de coller à cette image glam/slease où on attend de nous de parler de faire la fête, des filles, etc. Donc sur Untamed j’ai essayé de diversifier sur le thème des textes et j’ai essayé de m’inspirer un peu des événements qui se passaient autour de nous. Donc Untamed est une référence à la pandémie et au fait qu’on ne voulait pas être enfermés.

Pour Untamed vous avez réalisé une série de clips où le groupe se met en scène dans des situations très drôles, comme des petits sketches. Est-ce que ça fait partie de vos objectifs de faire revenir une forme d’humour, de second degré ou d’autodérision dans ce genre musical, sans pour autant tomber dans la parodie ?

Il y avait clairement une intention de changer un peu de registre au niveau des clips, parce que personnellement, j’en avais aussi un peu marre de toujours faire le même genre de choses. Nous l’avons fait sur la chanson « Untamed », avec un clip où le groupe joue, comme nous le faisons tout le temps, parce que les gens aiment bien ça de toute façon, mais sur le reste, nous nous sommes dit que nous allions essayer de faire quelque chose d’un peu différent, parce que ça allait être relou de faire le même genre de clip sur tous les singles. Pour moi, l’objectif a été de rester naturel et de faire ce que nous faisons quand nous sommes ensemble. Dans « Summer Jesus » autant que dans « Neon Drift », c’est plus ou moins le groupe comme il est quand nous déconnons entre nous. Personnellement, j’ai été un peu influencé par le groupe allemand Electric Callboy qui a vraiment sorti des clips qui, pour le coup, sont vraiment dans l’humour cliché, c’est du sketch. Mais il y a un côté déconne qui me plaît vraiment et qui correspond beaucoup plus à qui nous sommes réellement dans la vie de tous les jours. J’avais envie de faire plus transparaître ce genre de choses dans les vidéos. A mon avis, ça parle un peu plus aux gens quand ils regardent. Après, le piège, c’est que, par exemple, Electric Callboy a sorti un premier clip comme ça et ça a tellement bien marché que, je suppose, ils ont été obligés d’en sortir d’autres, et ensuite, tu te mets dans un cercle infernal où si tu ne fais pas ça, les gens ne sont plus contents. C’est un peu délicat.

« Il y a pas mal de pays où ils passent un ou deux ans à apprendre les rudiments de français à l’école. Je n’ai jamais dit sacrebleu de ma vie, on ne dit jamais sacrebleu en France, mais eux sont convaincus que tout le monde le dit. C’est les phrases clichés qu’on nous sort tout le temps quand on va à l’étranger. »

On a vu depuis dix ou quinze ans le succès grandissant de groupes parodiques dans tous les types de genres, que ce soit avec Steel Panther, Ultra Vomit ou Nanowar Of Steel, mais aussi de groupes ayant une approche sérieuse de la musique mais qui ont beaucoup d’humour, comme Avatar ou Powerwolf. Penses-tu que les gens sont à la recherche de cette légèreté de nos jours, surtout à une époque assez grave ?

Complètement. En tout cas, c’est mon sentiment à ce sujet. De toute manière, il n’y a pas de doute à avoir là-dessus, s’il y a de plus en plus de groupes qui font ce genre de clip et qu’il y a de plus en plus de vues sur ce genre de clip, c’est bien qu’il y a une raison. Je pense qu’effectivement, les temps un peu glauques et moroses dans lesquels on vit donnent envie aux gens de s’évader, et ça peut être dans ce genre de vidéos. Après, il y a quand même une marge entre Steel Panther et Avatar, par exemple, ce sont deux choses différentes, mais c’est vrai que cette touche d’humour marche très bien. Parfois, ça marche même démesurément. Il y a des fois où j’ai du mal à suivre. Steel Panther, par exemple, autant je trouve la musique géniale, autant dès qu’il commence à chanter ses trucs complètement décalés, je n’y arrive pas. En tout cas, oui, je suis assez de ton avis. Je pense que tout se fait par rapport au monde dans lequel on vit, de toute manière. La musique évolue également par rapport à la société, on l’a toujours vu, ce n’est un secret pour personne. Il y a l’exemple des années 90, quand le grunge est arrivé, c’était aussi assez caractéristique de l’époque.

Dans le clip de « Neon Drift », vous vous amusez de problèmes de communication entre un groupe français et un groupe allemand – Kissin’ Dynamite – et peut-être même d’un côté un peu franchouillard. C’est quelque chose que vous voyez souvent en tournée, quand vous côtoyez d’autres groupes, etc. ?

Franchement, les problèmes de communication, c’est assez rare. La seule fois où j’ai été un peu choqué, c’était avec Moonspell parce que ma femme connaît bien leur ancien batteur, Mike Gaspar, donc nous avons passé deux ou trois soirées avec eux. J’ai toujours été choqué de voir que la moitié du groupe ne parle que portugais. Je me suis vraiment dit : « Comment ils font en tournée ? » Il y avait certains membres du groupe qui ne parlaient absolument aucun mot d’anglais, c’était incroyable ! Je pense que c’est la seule fois où j’ai vu quelque chose comme ça, autrement, en général, tout le monde parle assez bien anglais. Par contre, le côté franchouillard, comme tu dis, avec les clichés du genre « sacrebleu », c’était fait exprès parce que c’est ce qu’on nous sort tout le temps quand on va à l’étranger. Il y a pas mal de pays où ils passent un ou deux ans à apprendre les rudiments de français à l’école, notamment en Suède. En Suède, ici, c’est le truc qu’on me sort tout le temps. Je n’ai jamais dit « sacrebleu » de ma vie, on ne dit jamais sacrebleu en France, mais eux sont convaincus que tout le monde le dit. C’est les phrases clichés qu’on nous sort tout le temps quand on va à l’étranger. C’est pour ça que nous avons fait une conversation qui n’a pas de sens. Chaque membre du groupe sortait un des clichés qu’on entend tout le temps quand on voyage, donc « sacrebleu », « voulez-vous coucher avec moi », « putain de merde » – ça aussi on l’entend assez souvent.

Dans le clip de « Demon » vous avez réussi une petite prouesse, celle de tourner ça dans le studio de répétition de la série Hélène Et Les Garçons avec les acteurs Laly Meignan, Philippe Vasseur et Tom Schacht. Comment avez-vous réussi à organiser ça ?

C’était une coïncidence complètement folle. Il se trouve que là où j’habite, en Suède, j’ai un ami proche qui m’appelle un jour et qui me passe un de ses potes qui travaille en France. Il se trouve que c’était Tom Schacht. Je commence à lui parler et il me dit : « Je suis Jimmy dans la série Hélène Et Les Garçons et Les Mystères De L’Amour. » Je fais : « Non, mais tu déconnes ? » [Rires] Je me dis qu’une coïncidence comme ça, ça ne peut être qu’un signe, qu’il faut que nous fassions quelque chose. Ce sont des gens qui étaient tous très sympas, donc très vite, nous en sommes venus à essayer de mettre en place quelque chose. J’avais l’idée du clip et je lui ai dit que si nous pouvions avoir le studio de répétition, ce serait culte. Il m’a dit qu’il allait arranger ça. Il a été assez sympa pour tout arranger et voir avec Jean-Luc Azoulay s’il n’y avait pas de soucis. Il nous a même invités chez Jean-Luc, nous avons fait une bonne raclette. C’était une petite aventure super sympa ! Je t’avoue qu’ils étaient tellement cool, tellement motivés et tellement contents de faire ça avec nous qu’il n’est pas impossible que nous en refassions à l’avenir. D’ailleurs, la semaine prochaine, Tom nous a arrangé une interview avec Jacky du Jacky Show. Ça ne s’arrête pas ! Le but est de refaire le Club Dorothée à la fin [rires].

Tu parlais du studio : comment ont-ils pu le recréer ?

En fait, ce que la plupart des gens ignorent, c’est qu’ils n’ont jamais arrêté de tourner. La série ne s’est jamais arrêtée, donc ils utilisent tout le temps les studios. A l’époque, Hélène Et Les Garçons s’était transformé en Le Miracle De L’Amour, et ensuite la série a changé de nom à plusieurs reprises. En tout cas, aujourd’hui, ils tournent tout le temps Les Mystères De L’Amour avec les mêmes acteurs et dans les mêmes endroits – avec quelques endroits nouveaux, bien sûr. Ça fait trente ans qu’ils tournent tous ensemble dans la même série, ça n’a jamais arrêté. Donc les studios sont toujours là-bas. Il y avait la cafète aussi, je ne sais plus dans quelle série c’était, Premier Baisers ou un truc comme ça. C’est incroyable, mais en fait, il y a un public pour ça. Au départ, Jean-Luc Azoulay avait lancé Hélène [Rollès] et maintenant, il en a une autre qui s’appelle Elsa [Esnoult] et donc c’est avec elle qu’il fait des chansons, ils font des concerts, et ça ramène du monde. C’est un business. J’étais surpris au départ. Même quand Tom m’a rappelé pour me dire : « Tu veux faire le Jacky Show ? » J’étais là : « Le Jacky Show comme à l’époque, Pas De Pitié Pour Les Croissants, etc. ? Ce serait culte ! » Je n’avais aucune idée que ça existait encore. Ils sont tous sur la chaîne de Jean-Luc Azoulay, IDF.

« Mon père ne voulait pas que je regarde toutes ces séries AB Productions, parce qu’il me disait : ‘Tu vas devenir con, ça va te rendre débile’ [rires]. C’est chez ma grand-mère que je regardais toutes ces conneries, parce qu’au fond, j’aimais quand même bien. Maintenant, je dis à mon père : ‘C’est ma revanche. Tu m’as interdit de les regarder à l’époque, maintenant je fais des clips avec eux’ [rires]. »

Dans la série, comme tu le mentionnes dans le clip, on n’avait jamais l’occasion d’entendre le morceau. Du coup, « Demon », c’est ce que tu imaginais à quoi il devait ressembler ?

Non, tu sais, tout ça s’est passé un peu en dernière minute. Nous ne savions pas trop si ça allait pouvoir se faire ou pas. C’était la chanson qui correspondait le plus aux acteurs et à quelque chose à faire tous ensemble. C’était la chanson la plus festive. Ça n’a pas été fait dans l’optique de faire un clip avec eux, je n’en avais aucune idée à l’époque. En tout cas, quand on voit le résultat, je trouve que ça colle vraiment à l’esprit AB Productions. C’est comme si c’était fait pour.

Regardais-tu la série et as-tu une nostalgie particulière pour cette époque en général ?

Non, je n’éprouve pas vraiment de nostalgie par rapport à cette époque. Je pense que j’étais un poil trop jeune. Pour moi, c’était un peu la transition entre l’enfance et l’adolescence. Quand je les vois, ça me rappelle des souvenirs, ça me semble un peu fou. Mon souvenir d’Hélène Et Les Garçons, c’était le truc que tout le monde regardait à l’école, mais tout le monde avait honte. Personne n’osait dire qu’il regardait ça, mais en fait on regardait tous, plus ou moins. Mais non, je n’éprouve pas spécialement de nostalgie à cet égard. J’éprouve beaucoup de nostalgie, c’est quelque chose qui m’inspire beaucoup quand j’écris des chansons, mais définitivement pas par rapport à cette époque. Je n’étais pas encore assez mûr dans ma tête pour que ça évoque quoi que ce soit de super fort.

Comment décrirais-tu le jeune Swan de cette époque ?

Je t’avoue que c’est assez confus dans ma tête. Quand j’essaie d’y repenser, je n’arrive pas à me dire quel âge j’avais. Je n’arrive pas à me souvenir si je jouais déjà de la guitare ou pas. Je pense que c’est quand j’ai commencé à jouer de la guitare, mais c’est très confus. Le seul truc dont je me souviens parfaitement, c’est que mon père ne voulait pas que je regarde toutes ces séries AB Productions, parce qu’il me disait : « Tu vas devenir con, ça va te rendre débile » [rires]. En général, je passais beaucoup de temps chez ma grand-mère qui habitait à deux pas de chez moi, et c’est là-bas que je regardais toutes ces conneries, parce qu’au fond, j’aimais quand même bien. Maintenant, je dis à mon père : « C’est ma revanche. Tu m’as interdit de les regarder à l’époque, maintenant je fais des clips avec eux » [rires]. Après, mes souvenirs forts du moment où le heavy metal a commencé à vraiment influencer ma vie, c’était au collège. Là, j’ai vraiment des souvenirs assez précis des groupes que j’écoutais à l’époque et que je peux réécouter maintenant en ayant des flashs d’où j’étais à l’époque et de ce que je faisais. J’ai le souvenir que la musique me faisait quelque chose de ouf quand j’étais adolescent, ça me rendait dingue.

Quand tu parlais de nostalgie qui t’inspirait beaucoup, ça vient de là ?

En partie. Ça vient de différentes époques, de différents événements. Ce n’est pas fixé sur une époque en particulier. Je pense que, comme beaucoup de gens, t’es marqué par les moments où tu découvres des sons nouveaux, des trucs que tu n’avais jamais expérimentés avant, etc. C’était des premières fois. Ma première écoute de Ride The Lightning de Metallica et Nevermind de Nirvana, ça a changé ma vie. Ça m’a fait ressentir des trucs… Je ne sais pas comment le décrire encore aujourd’hui, mais ça m’a rendu vraiment dingue.

Quels seraient les principaux jalons de la nostalgie dans laquelle tu puises ?

Aujourd’hui, ce serait toute la période quand nous avons commencé à jouer ensemble à la sortie du lycée jusqu’à il n’y a pas si longtemps que ça. Je peux être assez nostalgique de tout ça, parce que nous avons fait beaucoup de choses, nous avons vu beaucoup d’endroits différents. Je trouve que nous avons été très insouciants. Nous avons vécu une vie complètement insouciante, et cette insouciance a duré beaucoup plus longtemps pour nous que pour la plupart des gens. Je pense que la plupart des gens ont quand même l’intelligence de faire leur vie, pas obligatoirement de se marier, mais en tout cas de fonder une famille, de faire en sorte d’avoir une vie stable. Nous, c’est quelque chose que nous avons fait très tard, beaucoup plus tard que la plupart des gens. Nous avons fait la fête et n’importe quoi pendant beaucoup plus longtemps que les autres. Forcément, ça crée des souvenirs. Parce que tu n’en as rien à foutre, tu fais des trucs complètement dingues, tu aurais pu crever dix fois, donc après, ça crée une certaine nostalgie quand tu y repenses. Je pense que c’est en partie ça. Tu me poses des questions auxquelles je n’ai jamais vraiment réfléchi [rires].

Quelle est la pire chose que vous avez pu faire ?

Je ne sais pas s’il y a un classement. Je ne sais pas ce qu’est le pire. Tout ce que je peux dire, c’est que nous avons parfois bu et fait des choses complètement inconscientes qui auraient pu mal tourner. Nous sommes très chanceux. Typiquement, nous conduisions souvent bourrés dans nos montagnes. Nous aimions ça, c’était marrant, mais c’est complètement fou. Comme nous le disions tout le temps, je pense que nous étions bénis des dieux du rock. Nous nous sommes souvent fait arrêter par les flics et il ne s’est jamais rien passé, alors que nous étions complètement à l’ouest.

« Nous avons vécu une vie complètement insouciante, et cette insouciance a duré beaucoup plus longtemps pour nous que pour la plupart des gens. Nous avons fait la fête et n’importe quoi pendant beaucoup plus longtemps que les autres. »

On parlait de nostalgie : en œuvrant dans un genre musical qui a au moins quarante voire cinquante ans, est-ce qu’il n’y a pas le piège de se perdre dans la nostalgie ou bien penses-tu qu’il ne faut pas avoir peur de ce « démon » ?

Ce n’est pas forcément une question d’être nostalgique d’une période que nous n’avons pas vécue, si on parle de nos influences. Je vois plutôt ce sentiment de nostalgie comme quelque chose qui apporte de l’inspiration, et ça peut venir de plein de choses différentes. Ce n’est pas forcément de la musique, d’ailleurs. Pour moi, c’est juste une source d’inspiration. Ce n’est pas non plus la seule source d’inspiration que nous avons pour faire de la musique, mais c’est un sentiment fort. Après, je ne suis pas forcément nostalgique des années 80, par exemple. C’est quelque chose qui touche les gens en général, on le voit dans les séries qui sortent aujourd’hui, avec Stranger Things. Je ne sais pas ce que les gens recherchent ou trouvent là-dedans. Peut-être qu’ils trouvent quelque chose de réconfortant. Les années 80 et à la sortie des années 70, c’était peut-être une époque où tout semblait possible. C’était une époque où il y avait l’abondance et où il y avait une certaine insouciance, et peut-être que les gens trouvent du réconfort là-dedans.

Dans le clip de « Summer Jesus », dans la manière de filmer, on retrouve un tas de clichés cinématographique des années 70 et 80. La musique elle-même – comme on en parlait plus tôt – a un petit côté western. Est-ce que vous êtes amateurs de ce cinéma plus bricolé, moins grosse production ?

Je ne sais pas pour les autres, mais je ne pense pas que nous soyons vraiment amateurs de vieux films comme ça. Ça m’importe peu de quand date le film. J’arrive à regarder des films très vieux comme des nouveaux films, mais pour ma part, je n’ai jamais été un grand fan. Je ne sais jamais dire comment l’acteur s’appelle, par exemple. Le seul réalisateur de films que je connais, que je retiens et qui m’a vraiment marqué, c’est David Lynch. Il y a des vieux films qu’il a fait que j’adore, mais c’est le seul dont je connais le nom. Pour le clip de « Summer Jesus » – parce que, pour le coup, c’était mes idées –, tout ce qui fait années 70, ça m’a directement été inspiré d’Abba. Les vieux clichés où on tourne la tête en chantant et tout ça, ce sont des choses que j’ai fait exprès de voler dans les vieux clips kitsch d’Abba, parce que j’aime bien cette ambiance et le grain des vieux clips, des vieux films. Ça donne un côté chaleureux que j’aime beaucoup, et le côté kitsch me fait marrer.

Dans le clip on voit ce Summer Jesus dans le rôle d’une sorte de dealer. Qui est-il pour toi ?

En fait, « Summer Jesus », c’était une expérience par rapport à Matt. Je crois que la première fois qu’il a pris du LSD, il a rencontré Jésus. Quand j’ai fait les textes, je me référais à cette expérience. C’était donc plus une histoire d’essayer de mettre en images nos idées. Nous avons fait comme nous avons pu. Je pense que ce n’est pas très proche de ce qu’il a vécu. En tout cas, nous avons fait de notre mieux pour mettre ça en scène. D’ailleurs, le morceau s’appelle « Summer Jesus », mais ce n’était pas vraiment l’été ! Nous nous sommes retrouvés au sommet de la montagne fin mai, nous pensions qu’il allait faire chaud, mais il y avait encore de la neige. C’était un peu raté de ce côté-là ! [Rires] Nous nous les sommes gelées toute la journée, c’était horrible ! Et trois jours après, c’étaient des grosses chaleurs. C’est toujours comme ça.

L’artwork, dans la même veine que celui de Dying Breed, est à nouveau l’œuvre de Yellow Mushi. Est-ce que vous pensez avoir aussi trouvé votre identité visuelle avec cet artiste ?

Oui. Pour le coup, c’est vraiment ce que je recherchais. Le but est de garder ça à chaque album et de faire un peu comme Iron Maiden, mais avec les membres du groupe en squelette. C’est l’inspiration. C’est un artiste… ou une artiste, je ne sais toujours pas si c’est une meuf ou un garçon ! Je n’ai toujours pas réussi à trouver, mais je crois que c’est une meuf. Maintenant, je sais qu’ils sont en Indonésie… Pendant un moment, j’ai cru aussi que c’était un couple et que les deux dessinaient, mais je n’en suis vraiment pas sûr. Le truc, c’est que j’ai vraiment du mal aussi à communiquer avec parce qu’au niveau de l’anglais, ce n’est pas top – un exemple de problème de communication. Des fois, j’ai vraiment du mal à expliquer les concepts, je vois vraiment que ça comprend un peu de travers, donc je ne m’attarde pas trop à discuter. Je ne veux pas non plus leur faire perdre leur temps. En tout cas, nous sommes vraiment contents avec le taff de Yellow Mushi, donc nous allons continuer, tant que c’est possible, de travailler ensemble, dans le même esprit. On peut toujours changer d’avis, mais pour le moment, nous sommes dans cette optique de présenter ces squelettes dans différentes situations et différents contextes. C’est vraiment le genre d’artwork qui m’a toujours attiré. C’était la raison pour laquelle j’ai acheté mon premier CD d’Iron Maiden. J’avais onze ou douze ans, je n’avais aucune idée de la musique qu’ils jouaient, mais quand j’ai vu le CD, j’ai dit à ma mère : « Putain, je veux celui-là ! » Ma mère a fait tout ce qu’elle a pu pour me décourager, en me disant : « Tu ne sais même pas ce qu’ils jouent, peut-être que ça ne va pas te plaire. » J’ai dit : « Je m’en fous, je veux ça. » J’ai donc eu le droit d’avoir ce CD. Le fait est que c’est encore un CD que j’écoute aujourd’hui – c’était The Number Of The Beast. C’est aussi quelque chose qui a grandi avec moi. Ce genre d’artwork, c’est vraiment typique des années 80, mais c’est un truc qui me qui colle à la peau. Il n’y a pas que la musique, tout le visuel autour compte aussi, tu crées un monde et ça permet de te mettre dedans.

« Qu’est-ce qui peut nous arrêter ? Je pense qu’il faudrait vraiment un événement apocalyptique. Peut-être que la guerre nucléaire pourrait nous arrêter, mais je n’en suis même pas sûr. »

L’album se termine sur « The End » dans laquelle tu chantes que « les choses ne sont pas faites pour durer » et qu’« il n’y a rien de plus à dire ». Rassure-nous, ça ne signe pas la fin de Blackrain ?

Non, justement, nous l’avons mis à la fin pour induire en erreur [rires]. Ce n’est pas la fin de Blackrain. Enfin, je n’espère pas, on ne sait jamais ce qui peut arriver. Du coup, si ça arrivait ce serait vraiment con, ça voudrait dire que peut-être nous l’avons cherché. Nous y avons pensé, nous en avons parlé un peu. En général, chacun fait son ordre des chansons dans le groupe, le label fait son ordre aussi, et je crois qu’il a fait le même que nous – en tout cas, ils avaient classé « The End » en chanson de fin. Je pense que nous étions tous d’accord là-dessus, c’était naturel de faire ça. Donc non, ce n’était pas du tout dans cet esprit-là. Ce sont des paroles plus ou moins fantaisistes, ce sont des sentiments du moment, donc ça ne reflète pas forcément ce que nous pensons tout le temps. Ce n’est même pas lié à la pandémie, car cette chanson a été faite avant. Je crois que j’avais fait la moitié du morceau juste après avoir sorti Dying Breed, donc je l’avais dans le programme de longue date. J’avais juste le refrain, et je n’arrivais pas à faire les couplets. Nous avons solutionné ces problèmes pour cet album. Je crois que je voulais plus parler d’une espèce de transition dans la vie, par exemple, quand d’enfant tu deviens un homme, par exemple, ou quand tu passes de la vie à la mort. C’était un peu plus imagé.

Blackrain existe depuis 2001, donc plus de vingt ans, et vous avez conservé le même line-up depuis 2010. Selon toi, qu’est-ce qui pourrait entraîner la fin du groupe ?

Je pense qu’il faudrait vraiment un événement apocalyptique. Peut-être que la guerre nucléaire pourrait nous arrêter, mais je n’en suis même pas sûr. Qu’est-ce qui peut nous arrêter ? Pas grand-chose parce que maintenant la moitié du groupe a une famille, donc la famille et les enfants n’ont arrêté personne. Nous ne vivons pas de notre musique, donc là encore, ça ne nous arrête pas. A moins que subitement, nous en ayons marre et que nous commencions à faire autre chose, jouer aux cartes, je n’en sais rien… Je ne vois pas trop. La maladie peut-être. Si quelqu’un tombait gravement malade, peut-être que ça nous arrêterait.

Dans la chanson tu dis qu’on « a tous fait des erreurs ». Quelles ont été vos plus grosses erreurs en tant que groupe ?

Je pense que notre plus grosse erreur a été de rester aussi longtemps en compagnie de ce producteur à une époque, qui nous a quand même beaucoup aidés. Nous avons fait des choses assez positives avec lui, mais je pense que nous aurions dû nous en séparer beaucoup plus tôt. Je pense que c’est la plus grosse erreur que nous ayons faite. Après, on fait tout le temps des erreurs. C’est comme ça, on n’y pense pas et on va de l’avant. Il faut apprendre de ses erreurs. Si on commet toujours les mêmes, c’est sûr que ça n’avance plus. Autrement, il y a une grosse erreur qui a été commise l’année dernière, mais pas par nous. C’était par le label. Nous avions l’opportunité d’avoir une chanson dans la série HBO produite par James Gunn, Peacemaker. C’est une série très regardée. Il a pris beaucoup de groupes comme nous, parce qu’il est fan de sleaze et de glam et le super-héros écoute beaucoup de rock. Du coup, il voulait utiliser « Hellfire », mais la personne qui était en relation avec eux au label a démissionné et personne n’a pensé à prendre le relais sur la discussion. Nous n’avons donc jamais eu notre chanson dans la série. Je crois que c’est l’un des plus gros fails que nous ayons subis dans notre carrière. C’est une de mes plus grosses déceptions dans la carrière du groupe. Si la saison deux se fait, j’espère que nous serons de la partie, mais on verra.

Interview réalisée par téléphone le 16 décembre 2022 par Nicolas Gricourt.
Retranscription : Nicolas Gricourt.
Photos : Julien Zannoni.

Site officiel de Blackrain : blackrain.fr

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  • Blackrain vient d’annoncer que leur batteur quittait le groupe, remplacé par Franky Constanza.

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  • Très belle interview !

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  • Très bonne et intéressante interview,ceci dit c’est quand même dommage que chaque interview de groupes commence par les rébarbatives questions sur la pandémie, comment ils l’ont vécu, qu’on t’ils faient, etc..c’est un tantinet chiant en fait.

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    D’un côté il m’arrive de me dire ça aussi, d’un autre je trouve que ça ouvre une fenêtre sur les habitudes de travail et mode de vie propres à chaque artiste. Mais bon ça devrait progressivement se tasser de toute manière.

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