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Chronique   

Blackwater Holylight – Silence/Motion


En cinq ans d’existence, Blackwater Holylight en est déjà à son troisième album : le quatuor (désormais rejoint par une guitariste supplémentaire pour le live) originaire de la scène foisonnante de Portland en Oregon a débarqué sans préambule dans le petit monde du stoner et de la musique psychédélique en 2018 avec un premier disque éponyme. Très 70s, s’inspirant autant de la lourdeur de Black Sabbath que du côté trippant de Pink Floyd, et résolument solaire, il tranchait au milieu des ambiances occultes et sombres en vogue après la vague occult rock du début des années 2010. La raison ? Sans doute la voix lumineuse de sa chanteuse Allison « Sunny » Faris (qui partage les rôles de bassiste et de guitariste du groupe avec Mikayla Mayhew), mais aussi une affection évidente pour le néo-psychédélisme et le rock alternatif des années 80-90. La tendance se précisait avec Veils Of Winter, à la fois plus lourd et plus rock que son prédécesseur, où l’ambiance changeait drastiquement d’une chanson à l’autre et repoussait les frontières d’un univers foisonnant, chatoyant malgré son obscurité, où la fraîcheur et la vulnérabilité semblaient toujours finir par l’emporter. Mais avec ce troisième album, Silence/Motion, et sa pochette sombre et élégante, les quatre musiciennes semblent s’éloigner encore plus de la clarté de leurs débuts pour passer résolument du côté obscur…

Avec « Delusional », ses arpèges de guitare et son violoncelle mélancolique, l’ouverture de l’album est en effet maussade, presque inquiétante, mais la chanson s’épanouit rapidement en un mélange assez unique de guitare bourdonnante, de claviers 70s et de mélopées rêveuses, le tout relevé de quelques hurlements offerts par Bryan Funck de Thou, et porté par la batterie efficace d’Eliese Dorsay. Aussi varié que son prédécesseur mais plus nuancé, Silence/Motion mélange et fond des univers variés au sein d’une même chanson avec une aisance et une fluidité remarquables. Si certains morceaux sont relativement homogènes, par exemple le très dream pop « Falling Faster » qui semble tout droit sorti des années 90 ou « Around You » et ses murs de guitares à la My Bloody Valentine, d’autres sont plus contrastés, comme « MDIII » et sa structure plus convenue refrains saturés/couplets minimalistes. D’autres enfin offrent de véritables voyages dans des contrées changeantes et oniriques, à l’image de « Who The Hell », où la même mélodie reprise de manières différentes nous fait passer d’une tristesse lancinante à une explosion cosmic rock assez jouissive dans la deuxième partie de la chanson grâce aux claviers de Sarah McKenna. « Silence/Motion » prend la direction opposée avec un lent crescendo d’une folk dépouillée à un doom majestueux où du tremolo picking résonne comme une menace. Le dernier titre de l’album porte cette logique à l’extrême, passant d’un psychédélisme vaporeux à un rock plus groovy puis gagnant en lourdeur avec, une fois de plus, des growls en contrepoint, cette fois-ci signés Mike Paparo (Inter Arma) et A.L.N. (Mizmor).

Avec un nom pareil (Eau noire Lumière sacrée), le contraste est plus qu’un motif pour Blackwater Holylight : c’est un mode d’existence, une raison d’être. Mais c’est pourtant une impression de cohésion qui reste à la fin des 41 minutes de Silence/Motion. La progression est évidente depuis Veils Of Winter, dont les pièces s’enchaînaient de manière plus accusée : la direction du groupe semble plus affirmée, et ses sources d’inspiration se fondent avec aisance pour un résultat lumineux et résolument moderne. Efficace, souvent franchement accrocheur, son sens de la mélodie et du timing rend ce troisième album particulièrement attachant voire addictif. S’il jongle avec les genres et explore des contrées plus sombres que par le passé, une sensibilité pop unifie le tout avec élégance et pas mal de panache. Composé dans des circonstances difficiles, auréolé de chagrin et d’épreuves qu’on pressent plus qu’on perçoit clairement, l’album offre la tendresse du réconfort plutôt que la violence de la catharsis. Plus élégiaque que franchement sombre, rêveur mais pas cauchemardesque, à l’image de la jeune fille en feu qui le décore, Silence/Motion est certes plus tourmenté que ses prédécesseurs, mais le résultat n’en est pas moins plus resplendissant que jamais.

Clip vidéo de la chanson « Silence/Motion » :

Clip vidéo de la chanson « Around You » :

Chanson « Around You » :

Album Silence/Motion, sorti le 22 octobre 2021 via RidingEasy Records. Disponible à l’achat ici



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