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Chronique   

Blind Guardian Twilight Orchestra – Legacy Of The Dark Lands


Plus de vingt ans ont été nécessaires pour que Blind Guardian réalise le projet le plus ambitieux de sa carrière. Présenté comme un side-project, Blind Guardian Twilight Orchestra est la concrétisation d’un fantasme, d’une folie qui s’est peu à peu muée en véritable envie dès l’écriture de Nightfall On Middle-Earth en 1998. La figure de proue du power metal envisageait déjà d’assembler une œuvre épique et intégralement orchestrale. L’emploi du temps et les albums de Blind Guardian ont évidemment freiné la progression de Twilight Orchestra, sans compter la charge financière que représente l’emploi d’un orchestre. Désormais, Legacy Of The Dark Lands, suite du bestseller Die Dunklen Lande (The Dark Lands) de Markus Heitz, incarne l’effort le plus gargantuesque du guitariste André Olbrich et du chanteur Hansi Kürsch. Legacy Of The Dark Lands en devient synonyme de mégalomanie.

Legacy Of The Dark Lands ne contient aucun des éléments metal habituels de la musique de Blind Guardian, il n’entretient avec le genre que le sens de la théâtralité et le côté épique démontrés par les Allemands. Exit les guitares, la batterie, la basse, le riffing et les soli endiablés. Blind Guardian Twilight Orchestra ne réitère pas la fameuse alliance instruments classiques-metal comme lui-même et d’autres groupes ont pu le faire auparavant. L’orchestre Filmharmonic de Prague est le seul interprète de l’album avec le chant d’Hansi. André Olbrich est quant à lui responsable de l’essentiel des compositions en gestation depuis vingt ans, retravaillées pour se conformer aux exigences pratiques de l’orchestre. Le dessein du Twilight Orchestra est de réaliser une véritable bande originale pour son histoire, s’inspirant toujours de l’univers de l’heroic fantasy. Les compositions sont entrecoupées de plages narratives interprétées par des acteurs répondant parfaitement aux critères du genre (dans le même esprit que sur Nightfall In Middle-Earth dont on retrouve certaines voix), que ce soit le ton prophétique de « Comets And Prophecies », la gravité de « The Gathering » qui déplore une ancienne réalité devenue mythe, celle de l’importance des gardiens, ou « The Ritual » qui fait intervenir des voix monstrueuses. Blind Guardian a pris soin de répondre à tous les poncifs de la fantasy dans un écrin cinématographique. La réussite narrative est la principale qualité de The Dark Lands, les compositions elles-mêmes évoquent les péripéties de l’histoire et prennent la fonction de fresques : les percussions et les cuivres de l’outro « War Feeds War » inspirent justement l’importance du conflit qui guette et va se réaliser. Les cordes et les vents de « Dark Cloud’s Rising » empruntent à la BO du Seigneur Des Anneaux, spécialement de La Comté, en créant un contraste entre une quiétude existante bientôt chamboulée par des évènements gravissimes. Les fidèles de Blind Guardian auront aussi droit à une petite surprise avec « Harvester Of Souls » qui leur paraîtra bien familier, et pour cause : il s’agit ni plus ni moins de la version orchestrale originelle de la chanson connue sous le nom d’« At The Edge Of Time » sur l’album Beyond The Red Mirror (2015).

Au-delà de l’immersion réussie, il faut louer la prestation d’Hansi Kürsch, pratiquement transcendé par l’orchestre. Œuvrant au sein d’un registre proposant davantage d’espace et de possibilités qu’à l’accoutumée, ce dernier est l’acteur le plus impressionnant de la prestation. La théâtralité de ses interventions dépasse de loin ce qu’il a déjà proposé auparavant : « Dark Cloud’s Rising » lui permet de moduler sa voix et de suivre les ponctuations rythmiques, tout comme sur le mémorable « Point Of No Return ». Hansi peut en outre se laisser aller à des élans d’une grandiloquence rare, tels que les envolées de « Nephilim » ou la puissance dégagée sur « Beyond The Wall ». Hansi s’adapte à toutes les variations de l’orchestre sans jamais paraître dissocié, et ce malgré la diversité des approches : des échos de la musique de Joe Hisaichi ou Martin O’Donnell sur les premières notes de « War Feeds War » jusqu’à certaines interprétations plus « clinquantes », à l’image d’« In The Underworld » qui emprunte aux codes des RPG, Dragon Age : Origins en tête.

Legacy Of The Dark Lands est un album opulent, qui fait parfaitement prendre conscience du travail colossal qu’il a nécessité. Hansi et André ont réalisé l’un des chapitres les plus denses et imposants de la saga Blind Guardian. Peut-être que certains ressentiront un manque face à l’absence de la base metal du groupe (en même temps, ce n’est pas comme si le groupe ne nous avait pas prévenus tout au long des vingt dernières années…), mais si c’est la puissance et le story-telling du groupe qui attirent, alors The Dark Lands remplit son office sans faillir. D’autant qu’on n’est jamais vraiment perdu : la fibre Blind Guardian est bel et bien présente, dans le timbre si caractéristique d’Hansi Kürsch et les chœurs, dans l’approche de l’orchestration dont les « Sacred Worlds », « Wheel Of Time » ou « At The Edge Of Time » étaient des avant-goûts et dans les plages narratives qui ont ce parfum renvoyant à l’œuvre référentielle de 98. Quoi qu’il en soit, personne ne pourra nier la dimension cinématographique de la musique des Allemands. The Dark Lands est un véritable appel à la quête : non pas celle qui consiste à effrayer les loups miteux du village, mais celle qui permet de lustrer les armures au sang de dragon et qui mène à la gloire, la vraie.

Lyric vidéo de la chanson « This Storm »:

Lyric vidéo de la chanson « Point Of No Return »:

Album Legacy Of The Dark Lands, sortie le 1er novembre 2019 via Nuclear Blast. Disponible à l’achat ici



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