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Chronique   

Blood Tsunami – Grave Condition


Cela va faire cinq ans qu’on n’entendait plus parler de Blood Tsunami, groupe qui comprend Pete Evil au chant et à la guitare et l’ex-Emperor Faust à la batterie. Depuis For Faen! (2013) pour être exact. Le groupe norvégien (qui tire son nom des paroles de la chanson de Turbonegro « Drenched In Blood ») proposait avec ses deux premiers albums une sorte d’amalgame entre thrash classique, death et black metal ponctué de quelques pièces instrumentales épiques (on pense à « Horsehead Nebula » notamment), avant de décider de revoir son rapport à ses influences avec For Faen!. Exit les instrumentales homériques et les réminiscences black, ce dernier lorgnait bien davantage du côté du thrash old-school, avec un esprit résolument punk. On pourra toujours s’étonner qu’un groupe désormais aussi pressé sur ses compositions prenne autant de temps à sortir ses albums, mais force est de constater que Grave Condition poursuit dans cette lignée.

À l’origine, Grave Condition ne devait être qu’un EP quatre titres, seulement Blood Tsunami a décidé d’y incorporer « The Acid King », une chute des sessions d’album de For Faen! dont le chant a été (ré)enregistré pour l’occasion, et trois titres de sa démo de 2012 : « The Cruel Leading Of The Fool », « In The Dungeon Of Rats » et « For Faen I Haelvete! », accompagnés d’une reprise de « Steel Meets Steel » d’Onslaught datant de 2008. Par un assemblage qui peut paraître au premier abord audacieux en raison de l’écart d’âge des titres en matière de production, Blood Tsunami arrivait tranquillement au matériel nécessaire pour un album. Ce denier se veut très court et sans répit : Grave Condition n’est autre que 27 minutes de pur thrash, une sorte de retour dans les années 80 y compris en termes de production avec un traitement des guitares granuleux, presque garage, une batterie dénuée de basses et un chant sans artifice. « Poison Tongue » ouvre l’album à propos avec Pete Evil invoquant l’enfer en scandant « Haelvete! » et qui renvoie indéniablement à l’ère slayerienne de Hell Awaits (1985). Il y a cette même science du riff et des cassures rythmiques brèves et brutales. « Allegory Of The Cave » quant à lui délaisse en partie la vitesse effrénée et émule le Metallica de l’époque Kill ‘Em All (1983), avec un gimmick de guitare qui rappelle furieusement « Seek And Destroy » pour les oreilles attentives… Toutefois Blood Tsunami conserve une brutalité et une intensité qui lui est propre et qui doit beaucoup aux lignes vocales de Pete Evil, qui semble être le seul à maintenir le pont avec la culture musicale plus extrême (la voix sur « Allegory Of The Cave » lorgne vers un registre black metal) du groupe. Derrière ce qui semble être un album de thrash-revival dans son appellation la plus stricte, on décèle néanmoins des traits spécifiques du metal scandinave, à savoir une recherche de la mélodie. « Gargoyle » propose ainsi un solo que la NWOBHM n’aurait pas renié en plus d’un refrain galvanisateur et fédérateur. En résumé, Blood Tsunami allie l’atout nostalgique des premières heures du thrash avec un traitement peut être plus varié que sur For Faen!. En atteste les ralentissements rythmiques salvateurs, nourrissant les accélérations et vice versa, comme dans « The Acid King », qui devrait, encore une fois, charmer les fans de Slayer sans peine.

Le problème de ce Grave Condition réside en réalité dans la grande distorsion entre les cinq premiers titres à la production typée mais contemporaine et les titres issus de la démo. Le son de guitare de « The Cruel Leading The Fool » vient briser légèrement l’entrain provoqué par les morceaux précédents et on peine justement à le retrouver à l’écoute de « In The Dungeon Of The Rats » – d’autant que cette chanson est déjà présente sur For Faen! dans sa version album – et de l’éphémère « For Faen I Haelvete! ». Certes les compositions respectent l’esprit rentre-dedans de ce Grave Condition, et si l’on peut se réjouir de les retrouver, il faut parvenir à les considérer comme une face B plutôt que comme partie intégrante de l’album. Il faut attendre la reprise enlevée d’Onslaught, « Steel Meets Steel », pour que ce Grave Condition retombe sur ses pattes. Le chant très black de Pete Evil trahit l’ancienneté de cette reprise, néanmoins elle s’avère à-propos, respectant la ligne de conduite de Blood Tsunami sur cet album.

Grave Condition est le témoin de cette « nouvelle » orientation musicale de Blood Tsunami amorcée il y a cinq ans, qui embrasse résolument ses ascendances thrash des années 80. Les nouvelles compositions sont brutales, survoltées et d’un classicisme parfaitement revendiqué. La deuxième moitié de l’opus composé des anciennes démos est dans la même veine, plus appendice que véritable suite de l’album. Pour les nostalgiques de la Bay Area, Blood Tsunami les ramènera à leurs premiers headbangings. Preuve que ce style musical sans concession perdure et ne faibli pas.

Album Grave Condition, sortie le 27 avril 2018 via Soulseller Records. Disponible à l’achat ici



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  • Difficile de renier l’influence Slayer sur certains titres, en effet…
    Comparé à ce que faisait Faust dans Emperor, on a tout de même l’impression qu’il se bride un peu au niveau technique, et c’est dommage, ce serait un plus dans un genre très formaté.

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