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Interview   

Bloodbath : Nick Holmes replonge


« Je n’aime pas être trop prévisible » déclare Nick Holmes dans l’entretien ci-dessous. Ne pas être trop prévisible, il l’a prouvé, 25 ans durant, au cours de la riche et classieuse carrière du groupe de metal doom/gothique Paradise Lost, surprenant son monde avec des revirements de style, toujours réussis et sans jamais se trahir. Et le chanteur britannique le prouve une fois encore avec le mini coup de théâtre qu’a représenté son intégration surprise dans le super-groupe de death metal suédois Bloodbath – aux côtés de membres de Katatonia et Opeth – pour succéder au poids lourd Mikael Åkerfeldt (Opeth). En déterrant son alter égo « Old Nick », le chanteur s’offre ainsi une occasion en or de revenir sur ses pas, à ses amours d’adolescent demeurés profondément enfouis en lui.

L’occasion est aussi pour nous de revenir sur sa relation avec le death metal, sur ses débuts avec Paradise Lost, sur ses motivations qui l’ont poussé à ressortir les growls de ses entrailles… En parallèle, le guitariste Anders « Blakkheim » Nyström, fan du chanteur et de Paradise Lost depuis toujours, amoureux du death metal suédois de la vieille école, offre quant à lui l’autre versant de l’histoire, pour un tour d’horizon des plus complet sur ce Grand Morbid Funeral, le nouvel album de Bloodbath.

A noter, en dernière partie d’entretien, des révélations sur le prochain album de Paradise Lost (si vous n’aviez pas suivi), des réactions sur l’expérience live du groupe anglais en compagnie de l’Orchestre Philharmonique de Plovdiv et un point sur l’avancement du prochain album de Katatonia.

« J’étais très porté sur le death metal vers 1987 jusqu’à 1993 […]. Je serais un troll sur les forums aujourd’hui si internet avait existé à l’époque. »

Radio Metal : Lorsque Bloodbath a annoncé que Nick était son nouveau chanteur, ça a été une grande surprise, car nous ne t’avons pas entendu, Nick, chanter ce type de chant death metal depuis les albums Lost Paradise et Gothic au tout début des années 1990. Comment cela s’est-il donc fait ?

Nick Holmes (chant) : Nous [Paradise Lost] tournions avec Katatonia aux US vers l’année 2011 et les gars m’ont demandé si je voulais le faire. Je pouvais déjà sentir à ce stade que Mikael Åkerfeldt avait décidé qu’il ne voulait plus continuer. Je ne crois pas que ça avait été annoncé encore mais il avait déjà pris sa décision, donc… Mais ensuite j’ai eu, genre, trois ans pour bien y réfléchir et l’année dernière un ami m’a demandé : « Est-ce que tu vas le faire ? » J’ai dit : « Je ne sais pas. » Il a dit : « Eh bien, tu serais barge de ne pas le faire ! » Et j’ai pensé : « Ouais, tu as raison ! » C’est aussi simple que ça.

Anders « Blakkheim » Nyström (guitare) : Pendant toutes ces fins de soirées [sur la tournée], assis dans le bus, à prendre quelques bières, tu finis toujours pas parler du bon vieux temps. Ces soirées sont devenues de plus en plus fréquentes et nous nous sommes rendus compte que nous partagions énormément de choses par rapport à la scène old school, nous nous échangions pleins de souvenirs et d’histoires sur le passé. Je crois donc que, d’une certaine manière, ça a déclenché un déclic dans nos esprits, à lui et à nous, et nous nous sommes dits que ce serait vraiment inattendu et une sacrée surprise pour tout le monde – nous, lui et les fans compris – de voir Nick Holmes revenir sur ses pas et faire à nouveau des growls. C’était clairement un truc cool qui s’est finalement concrétisé, alors qu’au départ, ce n’était qu’une idée. Mais nous avons eu du temps pour nous décider et réfléchir, car ça s’est passé il y a quelques années et ça a été lent à venir. Nous n’avons pas arrêté d’échanger sur le sujet et au bout du compte Nick a décidé de vraiment le faire, et nous ne pourrions pas en être plus satisfaits.

Nick : En fait, je croyais qu’ils plaisantaient lorsqu’ils me l’ont demandé. Je l’ai vraiment cru. Je me suis dit les mêmes choses que beaucoup de gens sur Facebook, je croyais que j’aurais été la dernière personne. Mais c’est ce qui m’a d’autant plus poussé à vouloir le faire, car je n’aime pas être trop prévisible [rires].

Dans la mesure où Nick n’avait pas chanté de death metal depuis très longtemps, n’aviez-vous pas d’inquiétudes sur ses capacités à pouvoir faire ça à nouveau ?

Anders : Ouais, bien sûr, mais, en fait, nous l’avons auditionné pour Bloodbath. Nous lui avons envoyé des versions instrumentales des chansons sur lesquelles il a enregistré sa voix pour que nous puissions nous faire notre avis au préalable.

Nick : C’est comme faire du vélo. J’avais un peu oublié comment je faisais et ensuite, après quelques essais, c’est revenu. Ce n’était pas vraiment un problème, ça allait.

Est-ce que tu as ressenti de la nostalgie à refaire ce type de musique ? Est-ce que ça t’a fait remonter des souvenirs ?

La nostalgie vient plus lorsque nous discutons, car lorsque tu enregistres et composes du death metal, ça te pousse à en parler en permanence, à parler du bon vieux temps. J’aime bien ça. Mais la musique est assez différente de tout ce que nous avons fait avec Paradise Lost. Nous n’avons jamais fait du death metal intense, tu sais, nous faisions un death metal très doom et lent. La musique de Bloodbath est donc bien plus intense que Paradise Lost. C’est presque comme la nuit et le jour. Mais, c’est certain, le simple fait de refaire ce type de musique te pousse à parler du bon vieux temps.

Quelle a été d’ailleurs ta relation au death metal, et plus particulièrement le death metal suédois, jusqu’à présent ?

J’étais très porté sur le death metal vers 1987 jusqu’à 1993 et lorsque je dis « très », je veux dire un peu obsédé. Je serais un troll sur les forums aujourd’hui si internet avait existé à l’époque [petits rires]. Ensuite j’ai un peu rangé ça de côté pour le faire ressortir il y a à peu près huit mois [rires]. Le death metal faisait partie de mon adolescence. L’adolescence est une part vraiment importante de ta vie, donc ça ne s’en ira jamais. Pour cette raison et dans une certaine mesure, c’est super d’y revenir, car c’était il y a longtemps… Parce que je suis un peu un vieux hibou maintenant, donc…[Rires]

C’est amusant parce que Greg Mackintosh [le guitariste de Paradise Lost] a fondé son propre groupe de death metal suédois old school, baptisé Vallenfyre, et te voilà désormais, toi aussi, avec ton propre groupe de death metal suédois old school. Etais-tu jaloux de Greg ?

Non, pas du tout. Je veux dire que, originellement, lorsque Greg a fait Vallenfyre, il m’a approché pour qu’éventuellement je fasse le chant dans ce groupe, mais je me suis dit que j’allais trop m’impliquer dedans, purement parce que Greg et moi travaillons déjà ensemble. Je me disais que ça allait sans doute finir par sonner comme Paradise Lost et, quoi qu’il arrive, il ne voulait pas ça. Il avait une véritable vision de ce qu’il voulait pour Vallenfyre. C’était donc sans doute mieux qu’il assure le chant lui-même, je pense. En même temps, Bloodbath, ce n’est pas mon groupe, donc je ne m’implique pas trop là-dedans non plus. Et ça a bien fonctionné pour cet album, je trouve.

C’est d’ailleurs le premier groupe dans lequel tu chantes en dehors de Paradise Lost. Comment ça se fait ? N’as-tu jamais été tenté de faire un projet avec un autre groupe, exactement comme Greg l’a fait avec Vallenfyre ?

Personne ne m’a jamais rien demandé. On ne m’a jamais demandé de faire autre chose [petits rires]. Personne n’est venu me voir pour me demander : « Est-ce que ça te dirais de faire ci ou ça ? » C’est la première fois qu’on me le demande. Et je dois dire aussi que j’étais très flatté car c’est un très bon groupe de death metal. Mais tu ne peux pas choisir lorsqu’on ne te demande rien [rires]. C’est aussi simple que ça. Si j’avais monté quelque chose à partir de rien, j’aurais probablement fait quelque chose de plus orchestral, peut-être, avec un côté un peu à la Dead Can Dance, très sombre. Si je voulais faire un projet parallèle, ça tournerait sans doute autour de ce genre de chose. Mais, comme je l’ai dit plus tôt, Bloodbath est très éloigné de Paradise Lost. En fait, c’est presque comme un style de musique différent, même si ça reste sous la bannière du heavy metal.

Comment décrirais-tu et expliquerais-tu ton évolution vocale de Lost Paradise à aujourd’hui ?

Je ne sais pas. Dans Paradise Lost, nous avons un peu changé notre style vers 1993. Je trouvais le death metal un peu restrictif parce que c’était toujours la même chose et je voulais essayer de faire des mélodies aussi avec ma voix, tu sais, la musique était elle-même pas mal mélodique. C’était à cette époque que j’ai commencé à changer légèrement mon chant. Et ensuite ça s’est développé de plus en plus, je me suis plus intéressé à ce type de chant clair. Pour moi, ça fait un bail, tu sais, Paradise Lost fait ça depuis vingt-sept ans maintenant, ce n’est donc pas un truc qui s’est fait du jour au lendemain. La progression était lente.

« En 1991, si quelqu’un m’avais dit : ‘Dans 25 ans tu seras dans le même groupe que ce chanteur,’ je me serais chier dessus et je serais parti en courant ! « 

Je suppose que tu vas aussi chanter en live avec Bloodbath. Ne redoutes-tu pas le fait que chanter en voix death puisse avoir un impact sur ta voix claire que tu utilises dans Paradise Lost ?

Je ne prévois pas de jouer avec Paradise Lost le même jour que Bloodbath. Mais il y a aussi une technique pour faire ça, tu sais. Tu t’y habitues. C’est un peu étrange au début et ensuite, après quelques concerts, tu t’y fais. Si j’avais pensé que je ne pouvais pas le faire, je ne l’aurais pas fait. C’est aussi simple que ça.

Comment préserves-tu ta voix claire en chantant du death metal ?

Ne pas sortir, rester à l’intérieur et lire un bouquin ! [Rires] Ne pas parler ! Je crois que le fait de parler pendant les fêtes bruyantes d’après concert est la pire chose que je puisse faire. La plupart des chanteurs que je connais ne sortent jamais, ils restent chez eux.

Je me souviens de Dan Swanö d’Edge Of Sanity – qui a d’ailleurs fait partie de Bloodbath aux débuts – expliquant ne plus pouvoir faire de voix death metal parce que ça l’empêchait de chanter en voix claire, car il finissait par cracher du sang…

Ça dépend. Je ne prévois pas de faire des tournées de cinquante dates à travers les Etats-Unis. Si tu joues soir après soir après soir, je pense effectivement que ça risque de faire beaucoup de dégâts. Mais nous ne prévoyons pas d’avoir des plannings aussi intenses. Si les gars disaient : « Ça te dirais de faire une tournée de deux mois et jouer tous les soirs ? » Je serais là : « Hum… Peut-être pas. » [Rires] Il y a différentes voix et différents styles, tu sais. Certains chantent plus fort que d’autres. C’est juste une question de trouver le juste milieu qui te permet de tourner, je pense.

Et d’ailleurs, n’avez-vous pas été tenté dans Bloodbath d’utiliser un peu de ta voix claire ?

Oh non, aucune chance dans Bloodbath ! Absolument pas, ça aurait été un blasphème, n’est-ce pas ? [Rires]

Anders : Nous n’en avons jamais discuté. Probablement que ça aurait pu être quelque chose à laquelle nous aurions pensé si nous avions fait plus d’albums avec Nick, dans le futur ou peu importe, mais à ce stade c’était qu’une question de growl, à 100%.

Apparemment Nick a rejoint le groupe en 2012, comment se fait-il que nous n’en avons entendu parler que récemment ? Y avait-il une volonté de garder ça secret ?

Nick : Je ne l’ai pas vraiment confirmé avant l’année dernière. Je veux dire que c’est resté en suspens pendant très, très longtemps. Lorsque est venu le moment de fixer quelque chose pour entrer en studio et faire des concerts, ils ont demandé : « Ok, il faut que nous sachions : est-ce que ça va se faire ou pas ? » Et ça, c’était l’année dernière, je crois. Il y a eu une sorte de campagne sur Facebook pour titiller les gens, ce qui était assez marrant, mais tout ceux que je connais savaient que j’allais le faire. Je n’ai pas gardé ça secret. J’en ai surement parlé mais pour une raison ou une autre, ça n’est pas devenu publique. Mais c’était très amusant tout ce truc pour aguicher les fans. Je veux dire qu’il n’y a pas assez de secrets ou de mystères de nos jours. Tout est balancé sur la place publique et c’est très sympa d’avoir un peu de mystère, au moins pendant un temps.

Anders : Je trouvais que ne pas partir trop tôt en tournée avec Nick était la meilleure chose que nous puissions faire car, comme nous avons pu le constater, lorsque nous avons sorti l’annonce comme quoi il était le nouveau chanteur, les gens sont un peu devenus fous sur notre mur Facebook [rires]. Globalement, les retours étaient divisés en deux camps. Certaines personnes ne comprenaient même pas ce que nous faisions et je m’y attendais, c’est pourquoi j’ai voulu que l’annonce soit secondée de près par de la musique, des déclarations, des photos et tout. C’est pour ça que nous avons retenu tout le truc.

Vous ne vouliez pas que les gens jugent trop rapidement…

Exactement, et éviter de créer des rumeurs inutiles. Tu sais, les gens aiment dire de la merde sur internet et c’est vraiment barbant.

N’y a-t-il pas eu des problèmes contractuels avec le label ?

Nick : Non. Pas du tout. De toute façon, nous avons le même management. Katatonia, Bloodbath Paradise Lost et Opeth ont le même management. Je suis donc certain que, quels que soient les problèmes internes, ça a pu se résoudre.

Tous les gars dans le groupe vivent en Suède, à l’exception de toi, Nick. Est-ce que ça ne complexifie pas un peu votre travail ensemble ?

Ça veut juste dire que je dois prendre l’avion et me lever tôt [rires]. Je peux voler de Stockholm à ici ; ce n’est pas si pénible. Et ce n’est pas comme à l’époque : internet rend les choses vraiment plus faciles.

Anders : Tout ce que nous avons fait avec Bloodbath a été compliqué. Ça n’a jamais été simple. Le fait que chaque membre soit dans différents groupes principaux n’a jamais rien facilité. Nous avons toujours eu des conflits d’intérêts et de planning de concerts. D’ailleurs, ça a toujours été une lourde tâche de faire un album. Donc, non, ça n’a aucune espèce d’importance. Nick est bien là où il est et avec les technologies actuelles, qui permettent de s’échanger des fichiers, de communiquer par Skype et par téléphone et toutes ces choses, ce n’est pas du tout un problème pour nous.

J’ai vu que toi, Anders, et Jonas étiez de grands fans de Paradise Lost. Alors, du coup, qu’est-ce que ça a fait de travailler avec Nick ?

Eh bien, c’était un plaisir absolu pour nous parce que si tu m’avais posé la question à l’époque, je n’aurais jamais imaginé que cela puisse se produire. Paradise Lost a joué un très, très grand rôle dans ma vie, particulièrement leur album Gothic qui est l’un de mes cinq albums préférés de tous les temps. En 1991, lorsque cet album est sorti, si quelqu’un m’avait dit : « Dans 25 ans tu seras dans le même groupe que ce chanteur » je me serais chier dessus et je serais parti en courant ! Mais nous y voilà aujourd’hui ! De toute façon, nous sommes de la même génération. A l’époque, ça faisait une énorme différence si tu avais dix-sept et vingt ans. Mais aujourd’hui, si tu as quarante et quarante-trois ans, c’est la même chose, tu sais.

« Je ne sais pas si je pourrais porter le costume sur scène parce que je vais probablement foutre le bordel et atterrir dans la fosse. Il faut donc que je fasse gaffe à ça ! [Rires] »

Tu as déclaré que « depuis que [tu] a adhéré à Paradise Lost en 1990, Nick Holmes a été l’un de [tes] chanteurs de death metal favoris. » C’est amusant, parce qu’en gros il a chanté du death metal le temps de deux albums seulement, et en général les fans de Paradise Lost ont tendance à oublier ou ignorer l’album Lost Paradise à cause de son côté trop juvénile… Dirais-tu donc que cet album mériterait d’être mieux considéré ?

Je pense que cet album à un statut d’album culte, tout du moins c’est le cas pour moi. Il est sorti à une époque où le death metal arrivait avec force et il a eu une très, très grosse influence au sein du mouvement death metal suédois car il faisait quelque chose de différent. A l’époque, beaucoup de groupes se focalisaient à faire le death metal le plus extrême, brutal et rapide possible alors que eux faisaient au contraire une version très doom du death metal. Je trouve que cet album a clairement été très sous-estimé. Evidemment que l’album est juvénile, d’une certaine manière, car il a été conçu lorsque les gars étaient adolescents, mais ça ne veut pas dire que c’était un mauvais album. Pour ce qu’il est, c’est un putain d’album classique et légendaire.

La voix death metal de Nick n’a pas tant changé depuis l’album Lost Paradise et sonne pas mal old school, bien plus que celle de Mikael Åkerfeldt ou même Peter Tägtgren, les deux précédents chanteurs de Bloodbath. Et la musique sur ce nouvel album somme vraiment comme du death metal authentique et old school. Etait-ce donc la voix qui a dicté l’orientation musicale ou était-ce à cause de l’orientation musicale que le groupe souhaitait que vous avez choisi une voix comme celle de Nick ?

Ouais, la seconde partie est la bonne réponse. Nous avions déjà tous pris la décision de la direction de cet album lorsque nous étions en train de faire l’album précédent il y a six ans. Nous savions que nous voulions faire un album très différent cette fois-ci. Il devait être moins moderne, moins dépendre des approches modernes d’enregistrement. Aller aussi loin que possible d’un point de vue de la composition et simplement le rendre plus organique, très spontané, brut, old school. Nous savions aussi que le style vocal devait changer. Lorsque Mike a effectivement annoncé que faire du death metal ne l’intéressait plus, nous nous sommes mis à chercher un chanteur qui collerait uniquement à ce genre de son. C’était donc déjà très déterminé à l’époque.

Nick : Musicalement, ils avaient une idée déjà bien arrêtée de ce qu’ils voulaient faire. Je ne pense pas qu’ils aient forcément réfléchi à comment ma voix sonnerait. Les chansons sont tellement éloignées de tout ce que nous faisons dans Paradise Lost que c’est juste une question de comment je vais les aborder et quel est véritablement mon style. Et j’ai fait des démos des chansons pour qu’ils aient une idée de comment ça sonnera au final.

Mikael avait cette voix death profonde, grave et assez moderne, n’aviez-vous pas peur que les fans rejettent Nick parce qu’il sonnerait trop différent et, en l’occurrence, trop vieille école en comparaison ?

Anders : Non, pas du tout. Je me fous royalement de ça parce que ce sont les membres du groupe qui décident ce qui se passe au sein de Bloodbath. C’est un projet que nous faisons pour notre propre divertissement, notre propre plaisir et, aujourd’hui, pour ré-explorer le passé, tu sais, les glorieuses années avec lesquelles nous avons grandi. C’est ainsi que ça doit être. Nous ne voulons pas que quiconque dicte la direction que nous prenons avec le groupe. Nous n’écoutons personne en dehors du groupe, ni les fans, ni les labels, ni la presse, ni le management, personne. Bloodbath fait juste ce que nous voulons faire et il avance de manière indépendante, sans l’influence de quiconque.

Nick : J’adore la voix de Mike. Il chante superbement le death metal mais je ne suis pas Mike, tu sais, c’est ça le truc [rires]. Certaines personnes n’arrivent pas à s’y faire, genre : « Est-ce qu’il va copier ce que Mike faisait ? » Mais pour moi, c’était important d’apporter ma propre patte à l’album. Je veux dire que, lorsque tu entends une chanson, je veux que l’on ne puisse imaginer personne d’autre la chanter que celui qui la chante. Et je pense que lorsqu’ils entendront l’album, avec un peu de chance, ils comprendront que j’ai relevé le défi. On verra bien, tu sais, c’est au fruit que l’on juge l’arbre. Jusqu’ici je suis très content de ce que j’ai fait sur l’album. Je veux dire que Mike a laissé un grand vide à combler mais le but n’est pas de se mettre dans sa peau. En somme, je suis un gars différent.

Nick, est-ce que tu as participé au processus complet de l’album ? Quel a été ton apport, hormis le chant évidemment ?

J’ai collaboré avec Anders sur deux chansons. C’était « Beyond Cremation » et « Unite In Pain ». J’ai travaillé sur ces deux chansons les quelques dernières semaines avant d’aller les enregistrer mais le reste des chansons était déjà écrit.

L’album est sombre, menaçant, brutal et sale. Est-ce ainsi que tout bon album de death metal devrait sonner ?

Ouais, absolument ! Je veux dire, tu peux jouer au sein même du genre. Je suis un grand fan du groupe Septicflesh, par exemple. J’aime vraiment ce qu’ils font avec le death metal : ils l’emmènent à des extrêmes de différentes façons et j’admire vraiment ça. Pour Bloodbath c’est une question d’honorer les vieux groupes qui ont démarré le genre. Nombre d’entre eux étaient suédois et je pense que l’écriture des chansons en est un témoignage éclatant.

Anders : Je le crois clairement, parce que lorsque nous avons fait cet album, c’est en fait la première fois que j’ai trouvé une certaine magie que je n’ai pas arrêté de rechercher avec Bloodbath. Nous avons donc enfin réussi à toucher ceci du doigt et je pense que ça vient pour beaucoup du fait que l’album soit si sombre. Le death metal sombre, c’est la véritable essence du death metal. Pour moi, ce sera toujours ça la définition correcte de ce qu’est le légendaire death metal.

Le titre de l’album, Grand Morbid Funeral, sonne comme un cliché death metal, mais diriez-vous que le côté cliché fait un peu partie du genre ?

Oh ouais, carrément. Je veux dire que si tu lis les paroles, ce sont toujours les mêmes sujets réchauffés, ça parle toujours des mêmes sujets horrifiques et gores, et c’est ainsi que ça doit être. C’est un peu ironique ; ce n’est pas fait pour être pris de manière littérale ou trop au sérieux. Au final, ce n’est que du divertissement. Si tu regardes un film d’horreur à la télévision, c’est pour ton propre plaisir. La manière dont je me passe du death metal, c’est pour mon propre plaisir, c’est donc la même chose.

Nick : Je crois que, dans Bloodbath, si tu sais que c’est cliché, alors c’est que c’était fait pour être comme ça. Si certaines parties des chansons sonnent comme Celtic Frost, alors c’est que c’est fait pour sonner comme Celtic Frost. C’est ça tout le truc. Il y a beaucoup de clichés au sein du genre mais tu peux quand même les célébrer, tu peux quand même les apprécier [rires]. Je veux dire, l’album offre exactement ce que le titre annonce.

L’une des clefs du son du death metal suédois c’est la pédale de distorsion HM-2. Qu’est-ce qu’elle représente pour toi, Anders ?

Anders : Ça représente le son de guitare définitif et ultime de n’importe quel style de musique. Je pense que si tu as cette pédale et que tu sais à quel point elle est importante dans la chaîne d’effets de ta guitare, c’est une vraie révélation. Les gens sont peut-être familiers avec le son et apprécient le fait que ça ressemble, genre, au son d’une tronçonneuse mais ils ne savent peut-être pas forcément que c’est cette précieuse petite pédale qui en est la responsable. Elle a tellement apporté au death metal, tout particulièrement à la scène suédoise. Elle est d’ailleurs affiliée à la scène des Sunlight Studios de Stockholm et était certainement le mieux représentée dans le passé par Entombed, Dismember et les groupes de ce genre. Et c’est une pédale qu’on ne peut pas laisser disparaître ! Le simple fait de parler de cette pédale m’excite ! J’ai cinq exemplaires de cette pédale : trois japonaises, une taiwanaise et j’en ai une encore dans sa boite d’origine que je n’ouvrirai jamais ! Elle devrait être exposée dans un musée, en fait ! Le musée du death metal !

« [La pédale de distorsion HM-2] représente le son de guitare définitif et ultime de n’importe quel style de musique. […] Le simple fait de parler de cette pédale m’excite ! « 

On a vu une photo promo de toi, Nick, où tu portais un costume avec un visage très pâle. Est-ce que tu t’es construit une sorte de personnage de scène spécialement pour l’occasion ?

Nick : Ouais ce personnage, c’est Old Nick, alors que moi je suis juste Nick. Donc ouais, je vais parler de moi à la troisième personne. Nous avons juste fait ça pour faire un shooting photo intéressant. Mais nous avons quand même fait aussi un shooting photo dans un cimetière, à la manière traditionnelle.

Souhaitais-tu séparer le Nick « normal » d’Old Nick ?

Ouais, Old Nick est un type compliqué [rires]. C’est juste que je trouve ça amusant, la théâtralité lorsque les gens font semblant d’être quelqu’un d’autre et tous ces trucs me font marrer. Ceci dit, je ne sais pas si je pourrais porter le costume sur scène parce que je vais probablement foutre le bordel et atterrir dans la fosse. Il faut donc que je fasse gaffe à ça ! [Rires]

Je suppose que ce à propos de quoi tu chantes dans Bloodbath est très différent des paroles que tu écris pour Paradise Lost. Comment approches-tu cet aspect ? Où vas-tu chercher l’inspiration ?

Je suis un énorme fan de films d’horreur et, pour moi, Bloodbath et le death metal sont à mettre côte à côte avec ça. L’une des choses qui m’ont attirés vers le death metal quand j’étais gamin, c’était mon amour pour l’horreur et les films d’horreur, etc. Les paroles sont toutes basées autour de ça. Tu peux jouer vite et de manière ample, il n’est pas nécessaire que les paroles aient un sens métaphorique ou incroyablement profond. C’est comme je l’ai dit plus tôt, on retrouve la couleur que le titre annonce et les sujets gores sont toujours marrants à écrire [rires]. Je trouve qu’on peut s’amuser avec les paroles death metal. Ça n’a pas à toujours être super sérieux. C’est comme les films d’horreur.

Les films d’horreur semblent être du coup l’un de vos centres d’intérêts communs et une grosse influence à tous…

Anders : Oh, c’est une grosse, grosse influence. C’est probablement le facteur le plus important parce que ça influence autant la musique que les paroles. Tout dans Bloodbath est directement lié aux films d’horreur et je pense que les films d’horreur sont quelque chose que l’on partage avec beaucoup de monde. Tu n’as pas à être porté sur le death metal pour apprécier les films d’horreur mais je crois que ce que tous les musiciens et fans de death metal ont en commun, c’est qu’ils sont tous de grands consommateurs de films d’horreur. Du coup, c’est clairement un bon sujet à aborder.

J’ai lu que l’album contenait plusieurs invités, dont Chris Reifert et Eric Cutler d’Autopsy. Mais qui sont les autres invités ?

Eh bien, il y a un autre invité sur l’album mais c’est un secret. Le mec ne voulait pas que son nom soit imprimé, alors nous avons respecté ça et les fans devront creuser par eux mêmes pour le découvrir. Je pense qu’il y a quelques indices et l’énigme va certainement être décodée mais pour le moment, il faut qu’ils fassent leurs devoirs [rires].

[NDLR : les musiciens ont été interrogés séparément et Nick semble avoir vendu la mèche dans sa propre réponse à la même question.]

Nick : [Il réfléchit] J’essaie de réfléchir à qui d’autre est là-dessus… Ouais, il y a Eric et… Qui d’autre était là ? Je ne me souviens plus qui d’autre est sur l’album ! Je n’ai pas encore vu les crédits ! [Rires] Je reviendrais te dire lorsque j’aurais vu la page des crédits ! [Rires] Mais ils étaient là lorsque j’y étais, évidemment. Mais pour ce qui est des mecs d’Autopsy, ils ont toujours été une part importante de la scène old school, je suppose donc que c’est en gros la raison pour laquelle on leur a demandé quelques contributions. En fait, je viens de me rappeler : Fredrik [Åkesson] d’Opeth a fait quelques solos de guitare aussi; il est venu lorsque j’y étais.

Chris Reifert chante sur la fin démentielle de la chanson éponyme qui clôture l’album. Quelle est l’histoire derrière ça ?

Anders : Ouais, ça c’est un autre privilège et honneur pour nous. Je me suis dit que puisque nous avons été si loin dans ce genre de death metal dégueulasse, il faut qu’il y ait… S’il devait y avoir des invités, il fallait que ce soit les mecs d’Autopsy. Je les ai donc contactés et ils ont immédiatement dit oui. La collaboration les a intéressé et ça n’aurait pas pu être mieux, tu sais. J’avais une vision de comment la dernière chanson, la chanson éponyme qui clôture l’album, devait être. Je l’ai brièvement décrite à Chris et il est complètement parti en vrille avec ça. C’est sans doute mon moment préféré dans l’album. C’est tellement intense, ça sonne comme quelque chose provenant directement d’un asile psychiatrique. C’est dément !

Nick, peux-tu nous donner des nouvelles de Paradise Lost ?

Nick : Ouais, nous avons désormais grosso-modo terminé l’album. Nous avons composé pendant l’année qui vient de passer et la plupart des chansons sont écrites maintenant. Nous prévoyons de faire les enregistrements à partir de la fin novembre et pendant le mois de décembre. Nous n’avons pas encore de titre, mais nous pensons enregistrer douze chansons. J’étais en train de passer tout ça en revue hier et je suis vraiment content de ce que nous avons jusqu’ici. Nous avons hâte de le terminer. C’est clairement différent de Tragic Idol. D’une certaine manière, c’est difficile à décrire parce que les styles vocaux sont bien plus variés sur celui-ci. Les passages heavy sont encore plus heavy. Aussi, il était important d’incorporer de nouvelles idées au noyau dur du son du groupe. Les gens devront juste attendre [petits rires], nous verrons ce qu’il se passera lorsque nous l’enregistrerons. Mais je trouve que c’est différent de Tragic Idol.

As-tu songé à mélanger ta voix death et ta voix claire dans Paradise Lost, comme Mikael Åkerfeldt l’a fait dans Opeth ?

Il y aura un peu de ça sur le nouvel album de Paradise Lost. Nous avons réenregistré quelques chansons il y a quelques temps pour l’album best of des raretés; nous avions réenregistré « Our Saviour » et je faisais du chant death metal sur celle-là, et ça a plutôt bien marché. Alors nous nous sommes dit que nous pouvions explorer un peu plus ça avec le nouvel album. Aucun rapport avec ce qu’il se passe [avec Bloodbath]. Nous avons réalisé beaucoup d’albums, alors nous voulons rendre celui-ci aussi frais que tous les autres que nous avons fait.

Est-ce la raison pour laquelle le batteur Adrian Erlandsson a dit que « certaines personnes vont être surpris » par le prochain album de Paradise Lost ?

Il y a des éléments dans le chant [qui vont clairement surprendre] mais, tu sais, maintenant vous m’avez entendu dans Bloodbath, donc peut-être que ce ne serait pas une aussi grosse surprise que ç’aurait pu l’être [Rires]. Je crois qu’il y a un côté death metal bien plus prononcé dans certaines chansons, clairement. Il y aura des éléments de [death metal] sur ce prochain album, c’est certain, mais ça restera fidèle à ce qu’est Paradise Lost. Ce n’est pas comme s’il allait y avoir des blast beats ou des choses de ce genre. Nous avons fait quatorze albums, alors nous voulions simplement explorer, essayer de nouvelles idées et même revisiter de vieilles idées dans un nouveau concept. On verra.

Anders, en tant que vieux fan de Paradise Lost, que penses-tu de ça ? J’imagine que ça doit t’exciter de savoir ça…

Anders : Ouais, mais j’aime tout ce que Paradise Lost a fait, pour une raison ou une autre. Certaines personnes ont tendance à n’aimer qu’un de leurs styles mais je suis vraiment le groupe de près et je peux comprendre pourquoi ils ont fait ce qu’ils ont fait dans leur discographie. Ça reste à voir, tu sais. S’ils veulent réincorporer ce genre d’élément dans le groupe, je n’ai pas de mal à imaginer que ça puisse se faire mais je ne crois pas, juste parce que Nick fera à nouveau du chant death, que ça sonnera comme Lost Paradise, si tu vois ce que je veux dire. Ça, ça n’arrivera pas. L’album sera sans doute encore une évolution à partir de là où ils en sont aujourd’hui. Le fait de rajouter des vocaux plus agressifs va juste apporter une nouvelle dimension et je suis totalement pour ça.

Paradise Lost a joué le 20 septembre dernier dans le théâtre romain de Plovdiv, en Bulgarie, en compagnie de l’Orchestre Philharmonique de Plovdiv. Peux-tu nous en dire plus sur cette expérience ?

Nick : C’était vraiment bien. Nous n’étions pas totalement sûrs de comment ça allait se passer mais c’était intéressant à faire et je suis heureux que nous l’ayons fait. Tout s’est très bien passé. Ça a marché comme sur des roulettes. Je sais que les mecs d’Anathema ont fait ça aussi. Je leur en ai parlé et ils ont dit la même chose. Je suis totalement d’accord avec ce qu’ils ont dit, c’était vraiment une expérience unique et géniale à faire. Le public est devenu fou. L’atmosphère était vraiment électrique, vraiment incroyable. Je pense que les gens étaient excités par les simples différences que ça représentait d’avoir un orchestre et une chorale. Rien que l’atmosphère était superbe. C’était vraiment génial ; exactement comme Vincent [Cavanagh, le chanteur d’Anathema] l’a dit.

Comment avez-vous réarrangé les chansons, en fait ?

Il y avait juste une partition des chansons que nous avions choisies, comme une partition instrumentale qui était joué par-dessus les pistes. Tout a été fait par le directeur musical [Levon Manukyan].Il a tout fait et ensuite nous avons répété la veille, et c’était parti. Ça a bien marché. C’était un angle de vue intéressant sur ce que nous avions déjà fait. Nous avons toujours été portés sur ce genre de choses de toute façon ; nous avons toujours été de grands fans de ce type de musique et des bandes originales de films. Ça n’a pas fait une si grande différence. C’était juste agréable de pouvoir faire ça quand nous en avions l’opportunité.

Et j’imagine qu’on peut s’attendre à un album live…

Ouais, nous sommes en ce moment en train de travailler dessus. Rien qu’hier nous travaillions dessus. Il y aura, genre, un DVD ; tout a été filmé. C’est quelque chose sur laquelle nous bossons petit à petit en ce moment.

Quand peut-on espérer voir paraître cet album live et le nouvel album ?

Le prochain album, ce sera pour le printemps prochain, j’imagine. Pour le DVD avec l’orchestre, je ne pourrais pas te dire. Je ne sais pas, il faut d’abord que nous finissions.

Anders, as-tu des nouvelles de Katatonia à nous donner ? Avez-vous commencé à travailler sur le successeur de Dead End Kings ?

Anders : Ouais, nous sommes actuellement occupés à composer pour le prochain album. Ca va prendre un peu de temps. Il y a toujours beaucoup de challenges qui viennent avec la conception d’un nouvel album de Katatonia. C’est difficile d’entrevoir où ça va tant que toutes les chansons ne sont pas écrites, mais Jonas et moi sommes en plein dans la composition là tout de suite. Je pense qu’on va passer le reste de l’automne, sûrement tout l’hiver, à faire ça et nous entrerons probablement en studio quelque part vers le printemps, en espérant que nous soyons prêts. Et si c’est le cas, alors nous viserons une sortie pour l’automne 2015.

Interview de Nick Holmes réalisée par téléphone le 10 octobre 2014 par Spaceman.
Interview d’Anders Nyström réalisée par téléphone le 6 novembre 2014 par Metal’O Phil.
Retranscription : Thibaut Saumade.
Traduction, introduction et fiche de questions : Spaceman.
Photos promo : Ester Segarra.

Site internet officiel de Bloodbath : bloodbath.biz.



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  • Merci RM !

    [Reply]

    Ivan

    Hâte d’écouter le nouveau Bloodbath et toutes les futures sorties de Paradise Lost !!!

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