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Chronique   

Bloodbath – Survival Of The Sickest


En plus de vingt ans d’existence, Bloodbath ne s’est jamais vraiment éloigné de son projet initial : faire du death metal suédois « comme on n’en fait plus » – en 1998, donc, et a fortiori en 2022. Avec ses allures de Hall of Fame du metal suédois (composé de membres de Katatonia et Opeth notamment, il a vu passer en ses rangs Mikael Åkerfeldt d’Opeth justement, ainsi que Peter Tägtgren d’Hypocrisy), le (super)groupe s’est imposé comme une valeur sûre du style : Bloodbath ne cherche pas à réinventer la roue – dentée et grinçante – du death metal, mais à rendre hommage à ses grands noms, d’Entombed à At The Gates. Et si l’on sait donc à quoi s’attendre avec les Suédois, ils se sont au fil des années permis quelques entorses à la formule, histoire sans doute de ne pas vivre (complètement) dans le passé : le Britannique Nick Holmes de Paradise Lost qu’on n’avait pas entendu grunter depuis des décennies, rien que ça, a rejoint le groupe à partir de Grand Morbid Funeral (2014), et The Arrow Of Satan Is Drawn (2018), leur dernier album en date, incorporait au désarroi de certains de larges quantités de black metal. Mais pour Survival Of The Sickest, son premier disque chez Napalm Records, retour en terrain connu : le death old school façon tournant des années 90…

Dès l’ouverture de l’album, Bloodbath annonce la couleur : en plus du death suédois dont il est coutumier, le groupe lorgne plus franchement du côté de la scène de Floride, avec un « Zombie Inferno » dont le titre même suggère un certain « Zombie Ritual ». On pense aussi à « Arise » de Sepultura : bref, on est propulsé en 1987-1991, et on n’en sortira guère tout au long des onze titres enchaînés sans temps mort par un groupe qui a de l’énergie à revendre. Fourmillant de clins d’œil à Obituary et Morbid Angel, Survival Of The Sickest bénéficie cependant d’une production moderne pour laquelle Lawrence Mackrory lui aura prêté main forte. Massive, elle donne à chaque titre le mordant qu’il mérite, des trépidants « Malignant Maggot Therapy » ou « Affliction Of Extinction » aux gros riffs plus lents et aux crissements de guitare de « Dead Parade ». Et malgré ses influences américaines revendiquées, le groupe n’oublie pas ses prédécesseurs suédois pour autant. S’étant adjoint les services d’un nouveau guitariste, Tomas Åkvik, en renfort d’Anders Nyström, les guitares brillent tant dans des solos volontiers mélodiques que dans les riffs qui vrillent le cerveau. Si la basse de Jonas Renkse effectue un soutien relativement discret, Martin Axenrot montre l’étendue de sa gamme à la batterie, du rythme effréné de « Malignant Maggot Therapy » au break presque tribal de « Tales Of Rotting Flesh ». Au chant, Nick Holmes, hargneux et guttural, offre lui aussi un retour dans le passé plus vrai que nature.

Bref, tout est là pour faire de cet album un véritable précis de décomposition, du jaune nauséeux de la pochette aux poncifs qu’il égrène, que ce soit son titre (un jeu de mots sur le célèbre « Survival of the fittest » de Darwin : la loi du plus fort à laquelle Bloodbath oppose la loi du plus malade), les viscères qu’il déroule, le « Fucked » en ouverture, ou les inévitables touches de satanisme. Rien de nouveau sous le soleil, certes : il faut dire que l’obsession fin-de-siècle du death des années 1990 pour la pourriture se transpose très bien en 2022, où, entre les canicules qui s’enchaînent et les catastrophes environnementales qui se profilent à l’horizon (« Environcide »), les charognes bien mûres et les proliférations d’asticots sont particulièrement de circonstance. Mais malgré – ou grâce à – ce déluge de chair faisandée, une dimension presque ludique émerge : Bloodbath a toujours eu ce côté terrain de jeu pour légendes du metal suédois, et c’est plus que jamais le cas ici. Accompagnés de guests de haute volée venus d’horizons divers – Barney Greenway de Napalm Death sur « Putrefying Corpse », Luc Lemay de Gorguts sur « Carved » et « Born Infernal », et Marc Grewe de Morgoth sur « To Die » –, les musiciens se font plaisir, et ça s’entend. Hommage bien ficelé à une époque cruciale de l’histoire du metal, Survival Of The Sickest a de quoi satisfaire les amateurs, et servir de porte d’entrée de luxe pour les néophytes.

La chanson « Carved » en écoute :

Clip vidéo de la chanson « Zombie Inferno » :

Album Survival Of The Sickest, sortie le 9 septembre 2022 via Napalm Records. Disponible à l’achat ici



Laisser un commentaire

  • Charles D'Arouine dit :

    « Survival of the fittest » n’a rien à voir avec « la loi du plus fort », c’est une déformation des travaux de Darwin qui sert à justifier tout un tas d’idées nauséabondes.
    La survie du « fittest » signifie la survie de l’individu le mieux adapté à son environnement. Ça concerne n’importe quels caractères, pas spécifiquement la force.

    [Reply]

    Garm

    Ah! Merci d’avoir corrigé cette erreur, moi même elle m’ecorchait les yeux

    On parle de « survie du plus apte », si je dis pas de bêtise.

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